A travers le Groenland, p. 125, in-6°. Paris
par les courants et frottant les côtes, peut réaliser des désagrégations et des usures de roches. Des glaces flottantes, icebergs et flœsbergs, peuvent aussi racler le fond et produire des effets mécaniques variés. Dans des contrées sub-polaires, comme Terre-Neuve et la côte du Labrador, on retrouve la glace côtière, où, malgré ses dimensions réduites, elle exerce encore des actions considérables : le banc de Terre-Neuve paraît être son œuvre, au moins en grande partie.
N'oublions pas que, dans les mers peu salées : la Baltique, les eaux qui baignent le Labrador et la Nouvelle-Ecosse, voisines du Saint-Laurent, la mer d'Ochotsk, peut-être parce qu'elle est diluée par les eaux de l'Amour, — on constate la présence de glaces qui reposent sur le fond sous-marin. Cette glace, poreuse, spongieuse, grise et chargée de pierres et de terre, apparaît tout à coup à la surface, venant du fond. On suppose que des portions d'eau, gelées d'abord par la surface dans des localités peu profondes, se sont épaissies progressivement jusqu'au fond submergé. La glace a adhéré fortement au sol, puis elle s'est fondue à la surface et c'est après la production d'une épaisse couche d'eau superficielle que la glace s'est détachée du fond.
Un calf (veau) est un glaçon submergé, en tout ou en partie, et adhérant au sol par quelques points. Sco resby en a vu un, recouvert de tant d'eau que le navire pouvait passer sans le toucher : ses deux extrémités se voyaient à droite et à gauche du bâtiment, auquel il faisait courir un danger, dont on a eu des exemples, le glaçon se détachant tout à coup du fond et brisant ou mettant le bateau à sec.
Une partie des glaces qui flottent sur la mer ont une origine continentale. Leur source principale réside dans les glaciers terrestres aboutissant à la mer et desquels nous pouvons rapprocher les fleuves, au moment de leur débâcle. La Seine elle-même gèle quelquefois l'hiver ; mais le phénomène prend une dimension considérable dans beaucoup de régions situées plus au nord. Nordenskjold signale la grande abondance des glaces fluviaires dans la mer de Kara, où les déversent l'Obi et l'Iénisséi. Au Canada, les glaces descendent à la mer par le Saint-Laurent et un ouragan suffit pour les rejeter sur la côte avec les boues, les terres dont elles sont chargées.
Les glaces fluviales apportées dans les mers ont évidemment un très grand intérêt géologique, en charriant des objets continentaux destinés à se précipiter au fond de l'eau, lors de la fusion de leur radeau, et à se mélanger ainsi à des vestiges marins. Il faudra y avoir égard dans l'interprétation de certains gisements fossilifères.
Glaciers aboutissant à la mer. — Les terres montagneuses boréales et australes déversent leurs glaciers directement dans la mer. A l'opposé des glaciers alpins, le ruban glacé ne se prolonge pas en s'atténuant progressivement par suite de sa fusion. Il est brusquement coupé à pic. Chacun des séracs dont il est composé, immergé à son tour dans l'eau, subit de la part de celle-ci l'influence d'une poussée, qui tend à le soulever verticalement et qui détermine une bascule désignée sous le nom de vêlage dont le résultat doit être l'acquisition d'une position d'équi-
libre dans laquelle le centre de figure du bloc sera sur la verticale passant par son centre de gravité.
Ces icebergs se sont constitués dans leurs parties inférieures, sous l'immense pression résultant de leur poids et de la poussée de la glace; aussi les bulles d'air contenues sont prodigieusement comprimées. Si la montagne de glace est retournée, il s'y fait parfois de vraies explosions et le bloc tout entier se pulvérise comme une gigantesque larme batavique. Parfois l'équilibre en est si instable qu'il suffit d'une détonation, ou même d'un cri, pour provoquer des avalanches.
Dans la région du Groenland qui est spécialement connue, la côte est bordée sur toute sa longueur de fronts de glaciers, alternant avec des portions soulevées du rivage. Ces glaciers constituent des émissaires du grand glacier continental (Inlandsis) traversé en 1870 par Nordenskjold et dont la superficie est deux fois et demie plus grande que celle de toute la France.
Ces déversoirs qui s'écoulent par les passes coupant le cordon montagneux de la côte, sont innombrables comme les passes elles-mêmes. Helland en a compté 47 dans la seule portion de rivage entre l'île d'Upernivick et le fjord de Kangerdlussuak. A lui seul, le glacier de Humboldt mesure 11 kilomètres de front sur la mer. Sa falaise de glace présente un à-pic. de 90 mètres. De la boue, des sables, des terres sont pris dans sa masse. A sa surface, gisent les blocs charriés, éboulés des nunataks, c'est-à-dire des pics rocheux qui le dominent.
Le mouvemement de progression des glaciers groen-
landais est dix ou vingt fois plus rapide que celui des glaciers alpins : la vitesse de celui de Iakobshavn est de 19 à 21 mètres par jour.
La boue charriée par les glaciers du Groenland représente, d'après Helland, de 75 grammes à 2 kgr. 274 par mètre cube de glace. On peut en conclure les gigantesques proportions de sédiments qui, de ce fait, viennent s'étendre dans la mer.
Il importe d'ajouter qu'une grande partie de ces matériaux sont emportés par les glaces flottantes jusqu'aux basses latitudes, où leur fusion est complète, augmentant prodigieusement l'aire de dispersion des sédiments glaciaires.
Les icebergs ont fréquemment 6 à 8 kilomètres de longueur et s'élèvent au-dessus de la mer jusqu'à 120 mètres d'altitude, ce qui leur donne, la partie émergée ne représentant que le neuvième de la hauteur totale, plus d'un kilomètre d'épaisseur. Aussi marchent-ils souvent contre le vent, étant entraînés par quelque courant sous-marin, dans lequel plonge leir pied.
L.es rapports de la mer et des glaciers continentaux qu. poussent leur tête jusque dans ses eaux, ont donné lieu à l'un des phénomènes géologiques des plus larges. Il s'agit du « grand phénomène erratique du nord », considéré d'abord comme la conséquence dune époque glaciaire qui, peu avant les temps actuels, aurait constitué une exception unique dans toite la série géologique.
La surface de l'Europe du Nord, à l'intérieur d'une coirbe, ayant pour centre le point milieu de la péninsue Scandinave et passant par Bréda, Leipzig, Cra-
covie, Moscou, est recouverte de traces ressemblant évidemment à celles qui précèdent la moraine terminale actuelle des glaciers actifs, dans les Alpes, par exemple. On y voit des traînées divergentes de matériaux, contrastant avec la nature du sol qui les supporte et parmi lesquelles se signalent des quartiers de rochers parfois volumineux et dont les caractères pétrographiques permettent de retrouver le lieu d'origine et le point de départ. C'est ainsi qu'aux environs de Berlin, émergent de la plaine horizontale et géologiquement si récente, ici des calcaires marbres fossilifères identiques à ceux qui sont en place dans les assises siluriennes de l'île Gothland, en Baltique ; là, des débris de l'élégante roche connue sous le nom de zyrcosyénite et qui, à n'en pas douter, proviennent des escarpements de Christiania. On en conclut qua la cause de dispersion de ces matériaux a irradié des Alpes Scandinaves et de Laponie pour les étaler sir toute l'Allemagne du nord et sur la Russie de l'ouest. D'autres preuves sont parfois invoquées, et par exemple, le profil des îles suédoises, raboté et émoussé sur le versant qui regarde le nord, abnpt et anguleux sur le versant opposé.
Les mêmes apparences se retrouvant dans le nord des États-Unis, à l'intérieur d'une courbe qui pevt être considérée comme étant sur le prolongement ce la précédente, on a émis l'opinion qu'à l'époque quaternaire, d'immenses glaciers, rayonnant du pôè, s'étaient prolongés jusqu'aux limites indiquées et avaient fondu en laissant sur place le témoignage de leur existence.
L'étude impartiale et raisonnée des phénomèies
qui prennent naissance sur le front des glaciers actuels du Groenland nous apprend que, si l'on pouvait dessécher l'Atlantique septentrional, on verrait sur son fond, mais à l'échelle réduite de sa propre largeur, la répétition des détails qui viennent d'être énumérés. D'autre part, les Alpes Scandinaves se présentent comme une antique chaîne de montagnes qui, après avoir donné naissance à de grands glaciers, aboutissant au littoral sud de Vile, baignée au nord par le détroit qui réunissait la Baltique à la mer Glaciale et dont elle constituait l'arête dominante, abandonnait aux courants de la mer des icebergs qui éparpillaient, où ils finissaient de fondre, les pierres de toutes grosseurs dont ils étaient chargés. Il suffit d'admettre que le bossellement général, qui a séparé la mer Baltique de la mer Glaciale, ait déterminé un déplacement progressif du bassin océanique et, par conséquent, de la zone sur laquelle l'extension des blocs erratiques s'est accomplie par tranches séparées, dont aucune n'a jamais eu d'importance supérieure à celle de la tranche actuellement à l'œuvre, et sans modifier autre chose dans l'activité de la mer que la localité où elle s'est successivement exercée. L'abondance avec laquelle les glaciers déversent dans la mer les eaux, froides et lourdes, provenant de leur fusion nous fournit une explication de la basse température que présentent les grands fonds sur toutes les latitudes et nous prépare à constater que l'habitat des animaux sous-marins en est très fortement influencé.
Le rôle incomparablement actif de la mer au point de vue chimique, a son explication dans une propriété générale des corps qu'on a méconnue bien longtemps : il n'y a pas une seule substance qui ne cède à la longue aux entreprises de l'eau et qui, par son moyen, n'entre dans une série de combinaisons et de transformations indéfinies. Bien entendu, nous n'avons aucunement en vue l'eau pure : l'eau pure n'existe pas ; c'est une abstraction, au même titre que les conceptions initiales des géomètres.
Par l'intermédiaire des substances dites solubles, et que l'eau naturelle renferme d'une manière constante, elle agit sur bien des corps qui, dans le labo-
ratoire résistent à l'eau distillée et, de proche en proche, toute la série des matières y passe. Tantôt, par simple dissolution, c'est-à-dire avec la possibilité de reparaître par évaporation avec les propriétés primitives ; tantôt, par décompositions plus ou moins partielles, plus ou moins successives, qui résultent de réactions ayant pour résultat de modifier la constitution du milieu complexe d'où l'on est parti.
Aussi, la complexité chimique de l'eau de mer estelle extrême : la liste des éléments qu'on y rencontre s'augmente invariablement, comme conséquence de tout progrès dans les procédés d'analyse.
L'évaporation de l'eau de la mer procure un salin que tout le monde connaît et qui explique sa saveur salée et amère. Un litre d'eau de l'Atlantique donne 36 grammes de salin, substance qui est bien éloignée d'être formée de sel pur. On y trouve en centièmes :
Sel marin 78,6
Chlorure de magnésie 9,6
Sulfate de soude 6,5
Sulfate de chaux 3,7
Chlorure de potassium ,. 1,8
Bromure de potassium 0,2
Bicarbonate de chaux 0,1
Ces quantités varient un peu d'une mer à une autre, et quelquefois notablement, "pour des mers exceptionnelles et de petite dimension. Voici quelques chiïïres donnant la salinité de diverses parties des océans :
. grammes par litr»
Mer Rouge 43
Côte atlantique du Maroc 38
Méditerranée 38
Atlantique 36
Pacifique 35
Mer des Indes 35
Cap Farewell 35
Baie de Bafûn 33
Les Syrtes 33
Mer Noire 17
Mer d'Azow 11
Baltique (Bothnie) 5
Id. à Kronstadt ■ 2
Moyenne 34.4
On a cherché à évaluer la masse du sel contenu dans la masse totale des océans, et, pour ne pas avoir de chiffres trop énormes, on a pris pour unité le mille géographique cube. Le volume total des océans étant supposé égal à 2.500.000 fois cette unité, on trouve que le sel marin représente 3.051, le sulfate de soude 633, les sels de magnésie 441, le carbonate de chaux 109, ce qui fait au total 4.231 milles géographiques cubes. Comme termes de comparaison, il faut dire que le volume de la chaîne des Alpes représente 685 milles géographiques cubes, ce qui fait sensiblement le 1/5 du volume du sel considéré seul.
11 est évident que les matières contenues dans la mer lui sont fournies, pour une part, à l'état de dissolution par les cours d'eau qui y aboutissent.
D'après John Murray, un kilomètre cube d'eau de rivière moyenne renferme en substances dissoutes :
Carbonate de chaux. .
Carbonate de magnésie Phosphate tricalcique Sulfate de chaux. .
Sulfate de soude. .
Sulfate de potasse. .
Azotate de soude . .
Chlorure de sodium.
Chlorure de lithium.
Azotate d'ammoniaque
Silice
Matières organ., etc