LE SEL MARIN 1S
jusqu'à des traces de l'existence de cristaux de sel marin.
A première vue, cette assertion peut paraître risquée; mais la trouvaille est incontestable, par exemple dans des localités des environs de Paris, d'échantillons, comme il en existe au Muséum, où des trémies de sel gemme ont laissé leurs empreintes, après s'y être constituées, au sein même d'argiles salées.
Ce type de formation nous conduit aux gîtes de sel proprement dits. On sait qu'ils peuvent atteindre des dimensions considérables et alimenter des usines très importantes, de façon à faire une concurrence parfois très sérieuse à l'industrie des marais salants, et que, malgré l'invraisemblance d'une conservation indéfinie du sel dans les entrailles de la terre, au travers de toutes les durées sédimentaires, on trouve des salines de tous les âges. Il suffira de citer tout d'abord certains amas salifères qui sont subordonnés aux assises tertiaires, comme à Wielickzka. en Pologne et à Cad orna en Espagne ; d'autres, sont jurassiques, comme à Salies-de-Béarn et à Salins. Le trias et spécialement, les marnes irisées, en fournit dans toute notre Lorraine : à Vie, à Dieuze, à Varangéville- Saint-Nicolas. Les mines de Stassfurth et d'Anhalt, en Allemagne, sont ouvertes en plein terrain permien. Enfin, celles de Salina, aux États-Unis, sont subordonnées au silurien.
Partout, la roche saline a été préservée de la dissolution par un épais revêtement d'argile, qui n'est cependant pas complètement imperméable, ainsi que le prouvent les suintements salés parvenant à la surface du sol dans tous les pays salifères.
La lumière qu'on peut attendre de l'étude de ces gisements, pour refaire l'histoire chimique de la mer dans tous les âges, n'est pas aussi facile à interpréter qu'on pourrait le croire a priori. Cependant, il est fréquent de constater, dans l'ordonnance générale des superpositions sédimentaires, une reproduction de l'ordre renversé des solubilités relatives. A Stassfurth, par exemple, la zone inférieure est constituée par du gypse qui représente le vrai piédestal du massif de sel gemme, et celui-ci est couronné par un dépôt de composés potassiques et magnésiques, qui rappellent l'ordre des dépôts dans un marais salant artificiel : ici encore, le fond du bassin est chargé de gypse et Veau-mère, que l'on rejette après la cristallisation du sel gemme, aurait fourni, si on l'eût laissée s'évaporer, les correspondants des sels supérieurs du gisement allemand. De là, il est tentant de conclure qu'il s'agit de l'évaporation, durant les temps permiens, d'un bassin océanique construit comme la mer actuelle. Les particularités de l'aspect, le mode de séparation des niveaux superposés et l'état cristallin des matériaux qui les composent ne sauraient constituer des objections bien solides contre cette assimilation, puisque le milieu géologique étant en voie continue de travail intérieur, déterminé avant tout par la rencontre et les réactions mutuelles des liquides d'imprégnation, dont la température a constamment varié avec le temps, on est sûr qu'aux produits purement océaniques du début, se sont associés des résultats dont l'origine était certainement différente. Le départ des uns avec les autres, peut se faire de telle manière que l'on se sente autorisé à conclure à l'intervention