LE SEL MARIN
initiale de la mer. C'est un point sur lequel on pourra revenir.
Il y a lieu d'ajouter une remarque, quant à la salure fréquente de certains niveaux d'eau, recoupés, à des profondeurs diverses, par des travaux de mines. On a quelquefois émis la supposition qu'ils représentent des échantillons de la mer même, dans laquelle la sédimentation a eu lieu. Le célèbre torrent d'Anzin, subordonné aux assises du jurassique supérieur et du crétacé le plus ancien, a été présenté quelquefois comme un reste de la mer secondaire. Cette supposition est un contre-coup de l'ancien point de vue, dont l'inexactitude est si bien démontrée maintenant, « que les éléments d'une couche donnée sont nécessairement de l'âge de cette couche. »
L'origine des solutions salées qui circulent dans le sol et qui, en tant de points, viennent sourdre à la surface, loin de confirmer le point de vue que nous combattons, lui porte un coup décisif, en se révélant comme provenant de la dissolution, par les eaux actuelles, d'amas de sel constitués comme ceux que nous venons d'énumérer. Les archives de la ville de Metz contiennent des documents qui démontrent que c'est en partant des indications fournies par les sources salées, qu'on est parvenu, par des travaux souterrains, au contact du sel en roche, dont les villes de Vie et de Dieuze entre autres ont tiré leur prospérité.
Les régions salées des « chotts » paraissent devoir leurs salines au délayage de couches triasiques salifères. En effet, la guirlande des chotts et des lacs salés qu'on peut suivre dans toute la largeur de l'Ai-
gérie, correspond à une zone triasique grossièrement parallèle à celle qui borde le littoral. Elle commence à l'ouest, non loin d'Aïn-Sefra par le chott El Charbi et le chott El Cherqui, près d'Oran, et se continue par le Khang-el-Melah (département d'Alger) où se rencontre le célèbre rocher de sel; puis par le chott El Ilodna et le chott Melrhir (département de Constantine) pour se terminer en Tunisie entre Batna et Tebessa.
Le sel, rappelé à l'activité géologique, après un repos relatif qui dure depuis le début des époques secondaires, représente une quantité gigantesque : beaucoup de chotts salés sont fort vastes : le Zemal a 7 kilomètres sur 9; le Guerrhah-el-Marsel, 4 kilomètres sur 3; l'Auk-el-Djemel, 10 kilomètres sur 7; le Tharf, 18 sur 12, etc. Le lac d'Àrseu, étudié par Bleicher, s'étend sur 1.500 hectares; son eau est fortement salée; en été, elle s'évapore tout à fait; le lac est alors à l'état de sebka, susceptible d'exploitation régulière et fournissant de 20.000 à 30.000 tonnes.
Il est tout particulièrement intéressant de rappeler ici que Janssen, qui était d'avis, selon ses propres expressions, que «l'étude de la constitution du soleil, éclairera une foule de questions sur celle de notre propre globe », se flattait d'avoir démontré, par l'étude de la chromosphère solaire, que « la salure des océans terrestres s'est faite simultanément avec la formation de l'eau et non après, par dissolution des roches » ».