CHAPITRE III Le Calcaire, la Dolomie et (e Gypse de la Mer
Le calcium, d'après les analyses de Forchammer et de Dittmar, représente de 4 à 5 dix millièmes de la masse totale des océans. Convertie en calcaire, cette quantité donnerait lieu à une couche pouvant couvrir la terre entière avec lm,04 d'épaisseur. Le métal est d'ailleurs engagé dans les combinaisons dont les principales sont le bicarbonate, le sulfate et des phosphates simples ou complexes.
Unie à l'acide carbonique, la chaux se présente simultanément sous deux formes, dont la coexistence est des plus intéressantes. Le bicarbonate est essentiellement soluble dans l'eau; le protocarbonate, au contraire, y flotte à l'état de poussière impalpable. Là où l'eau de mer subit une évaporation rapide, comme sur les plages basses de régions chaudes ou de pays balayés par des vents secs, le protocarbonate se précipite sous forme de matière cristalline qui cimente, avec une extrême rapidité, les sables du littoral. L'exemple typique est fourni par les côtes de la Guadeloupe où l'on peut, pour ainsi dire, suivre de l'œil le passage du sable le plus mobile à la roche de
construction : circonstance que les nègres ont naïvement exprimée par la qualification de « maçonne bon Dieu », donnée au merveilleux moellon. On observe le même fait sur les plages soulevées de Cagliari, en Sardaigne, comme sur celles de la Sicile et de la Tunisie. On le retrouve en Danemark, aux environs d'Elseneur.
Le rôle du carbonate de chaux dans la mer a été longtemps méconnu. On l'a regardé comme la matière première qui fournit, à la faune et à la flore marines, les éléments de leur squelette ou de leurs téguments. Non seulement, il a fallu reconnaître que la quantité de calcaire existant dans l'eau est tout à fait insuffisante pour subvenir aux besoins des êtres organisés, mais encore et surtout que l'assimilation directe du calcaire par les organismes est contraire aux réactions normales de la physiologie.
On doit à M. Th. Schlœsing un ensemble de travaux remarquables, qui assignent au calcaire une fonction maîtresse dans le maintien de l'équilibre planétaire et spécialement dans l'économie de l'atmosphère. Dans sa manière de voir, les deux formes d'association de l'acide carbonique avec la chaux représentent les deux parties complémentaires d'un seul et même appareil. L'atmosphère superposée à l'océan étant le siège de réactions innombrables dont les unes sont génératrices et les autres consommatrices de f acide carbonique mélangé à l'air, la proportion de celui-ci devrait être constamment variable. L'expérience montre au contraire, à la suite de milliers d'analyses, réalisées dans les conditions les plus variées, qu'elle est extraordinairement constante