CHAPITRE IV Les silicates contemporains de la mer
Un fait des plus considérables concerne la production dans les mers actuelles, à basse température, et avec une grande rapidité, de différents silicates bien connus dans certaines roches.
Glauconie. — La glauconie ou silicate double d'alumine et de fer, avec magnésie et potasse, a été d'abord signalée à ce titre par les naturalistes du Challenger.
Rappelons que la glauconie est une substance verte en cristaux extrêmement petits, groupés volontiers sous forme de granules, et que l'on rencontre en abondance dans de nombreuses formations géologiques, qu'elle a quelquefois même servi à dénommer : d'Archiac distinguait dans la géologie parisienne la glauconie inférieure (ou sables de Bracheux), la glauconie moyenne (ou sables de Cuise), la glauconie supérieure dite aussi glauconie grossière (ou sables de Verneuil). Pendant bien longtemps on a regardé la glauconie comme un produit d'altération 4e roches cristallines : comme un résidu de l'altération
de la chlorite. Mais il n'en est évidemment rien : car les transitions manquent et la glauconie est exclusivement sédimentaire.
Or, des sondages de 200 à 1.800 mètres en mer, ont ramené de très nombreux spécimens de glauconi se présentant en enduits sur des supports variés et moulant, par exemple, avec une exactitude scrupuleuse les loges du test de foraminifères comme Globigerina. Le dépôt de ce silicate est donc actuel, sans aucune objection possible.
Après avoir, peut-être un peu à la légère, supposé que la glauconie provient de réactions au nombre desquelles figure la réduction de matériaux ferrugineux par suite de la décomposition de la matière organique des foraminifères — on a cherché à expliquer son gisement en profondeur.
Jusqu'à 200 mètres les phénomènes de flux et de reflux, les courants des grands fleuves, d'autres causes encore empêcheraient le phénomène. D'un autre côté, à 550 mètres toute la matière organique dissoute serait consommée et il n'y aurait plus réduction. Mais de 550 à 1.300 il y aurait sur le fond marin glissement des produits élaborés plus haut : c'est la zone des boues vertes. Enfin plus bas, et sans qu'on nous dise pourquoi, l'eau de mer jouirait de propriétés oxydantes et la matière verte deviendrait ocreuse. Il est probable que cette théorie sera revisée.
La rencontre de la glauconie dans les assises sédi mentaires ajoute un terme de plus à la série des analogies chimiques des mers anciennes avec l'océan d'aujourd'hui.
Parmi les horizons les mieux caractérisés à cet