Loc. cit., t. II, p
bitumineux à Olenus de Scanie; Trinucleus dont Barrande a décrit les larves (silurien inférieur de Bohême, d'Angleterre, de Scandinavie, de Bretagne, etc.) ; Ampyx, qui n'a pas d'yeux, non plus que Dionide, tous deux dans le silurien inférieur des pays déjà cités ; Olenus du cambrien (schistes à Olenus de Scanie); Paradoxides très nombreux dans le cambrien de Bohême, de Scandinavie, la Grande-Bretagne, de l'Amérique du Nord; Hydrocephalus dont la tête est aussi longue que le reste du corps (cambrien de Bohême); Remopleurides (silurien inférieur d'Irlande, de Suède, de Bohême, de l'Amérique du Nord; Conocephalites, qui compte une centaine d'espèces et abonde dans le cambrien et le silurien inférieur (Bohême, Scandinavie, Grande-Bretagne, Amérique du Nord, Chine, etc.); Sao hirsuta, célèbre par létude que Barrande a pu faire de toutes les phases de son développement (abondant dans le cambrien de la Bohême); Calymene dont on connaît une soixantaine d'espèces : C. Blumenbachi est particulièrement remarquable (silurien supérieur du pays de Galles; Homalonotus qui se montre dans le silurien et le dévonien inférieur de la France, de la Belgique, de l'Allemagne, de l'Angleterre, des deux Amériques; Ogygia, de très grande taille, avec de nombreuses espèces dans le silurien; de même qu' Asaphus, Illœnus, très abondant surtout dans le silurien inférieur, en Scandinavie et en Russie : environ cent espèces; Bronteus, répandu du silurien inférieur au dévonien de l'Eifel, du Harz, etc.; Phacops, qui s'étend du silurien inférieur jusqu'au dévonien supérieur; Clieirurus qui compte 90 espèces dout les uues
•commencèrent dans le cambrien et les autres vécurent dans le dévonien moyen; Staurocephalus et Amphion, tous deux du silurien inférieur; Cybele (silurien inférieur de Russie, etc.; Acidaspis, avec beaucoup d'espèces, l'apogée dans le silurien supérieur et l'extinction dans le dévQnien; Lychas, silurien inférieur (États-Unis), Arethusina, Prœtus, etc.
Necton. — Le necton est la réunion des animaux qui nagent librement dans la mer, indépendamment des mouvements ordinaires de l'eau. C'est le domaine de la vie marine active, assez forte pour lutter contre les courants, tout en étant obligée de compter avec eux, quand ils atteignent une certaine intensité.
Tout d'abord, il faut remarquer la liaison, qu'on aurait pu prévoir, entre le necton et le benthon. Quantité d'animaux se comportent à peu près comme les oiseaux à la surface de la terre, c'est-à-dire font alterner la déambulation sur la surface solide du fond avec des envolées dans le fluide superposé. On péchera tel crustacé à une certaine hauteur audessus du fond, dont le gisement ordinaire sera la surface des rochers ou les excavations dont ils sont percés.
Quelques naturalistes ont été jusqu'à nier la réalité du necton, qu'ils rattachent d'une manière intime au plancton. Nous devrons remarquer, en arrivant à ce dernier, à peu près ce qui concerne les rapports du necton avec le benthon : indissolublement liés ensemble, ils représentent cependant des types nettement différents et qu'il y a tout avantage à définir, selon la mesure du possible.
A leur mort, ceux des êtres nectoniques qui n'ont pas été dévorés par les animaux auxquels ils doivent normalement servir de nourriture, abandonnent tout ou partie de leur dépouille à la pesanteur. Ces restes vont donc se mélanger aux éléments du benthon et c'est une circonstance que nous ne devrons pas oublier en recherchant les vestiges de necton fossile. Parfois, le corps mort tout entier est enlisé dans une vase compacte qui en conservera le moulage général : le plus souvent ce seront des os, des dents ou des écailles que leur résistance ou leur nature chimique sauvera de la désorganisation. Il arrivera aussi que l'empoisonnement subit, ou que réchauffement notable de la mer, par exemple par éruptions de sources thermales ou de gaz délétères, ou d'autres produits volcaniques, exerceront des ravages sur des groupes plus ou moins nombreux d'individus qui, non seulement seront enfouis en masse dans un point déterminé, mais encore dans des conditions antiphysiologiques, défavorables aux entreprises microbiennes de destruction.
Les poissons dominent dans le necton, y manifestant des allures très variées. Tantôt, chaque individu se meut d'une manière indépendante et plus ou moins capricieuse, tantôt, et comme nous l'avons rappelé récemment, des bandes plus ou moins nombreuses et quelquefois très nombreuses, se déplacent avec ensemble dans une direction commune.
D'autres vertébrés font partie du necton : ce sont des mammifères, généralement de grande taille, et qui appartiennent aux trois ordres, des cétacés,, comme les baleines et les cachalots, des Siréniens,-
comme les lamantins et des pinnipèdes, comme les phoques et les morses. Il y a aussi des reptiles, mais exclusivement aujourd'hui, de l'ordre des chéloniens, tortue franche, caret, caouane.
Des mollusques se rencontrent dans le necton, et tout d'abord les céphalopodes. Le nautile fait très fréquemment partie du benthon; la tête en bas et la coquille sur le dos, il rampe sur le fond; mais parfois, il se retourne, vide son siphon et les chambres que celui-ci remplissait, acquiert ainsi un poids spécifique plus faible et s'élève dans la masse des eaux. A l'aide de ses tentacules (il y en a jusqu'à 90), il peut nager rapidement. Les seiches (Sepia) se déplacent avec une très grande activité, en tenant leur corps horizontal : les nageoires latérales ondulent doucement et l'animal se porte en avant ou en arrière. S'il veut aller vite, ce n'est plus aux nageoires, alors appliquées sous la surface ventrale du sac, qu'il demande sa propulsion, mais à son siphon et il se déplace par réactions d'avant en arrière.
Les calmars (Loligo) sont plus vifs encore que les seiches. Selon P. Fischer1, la natation peu rapide est réalisée par des impulsions alternatives en avant et en arrière, qui font parcourir à l'animal le même espace avec la même vitesse. La natation rapide est toujours rétrograde et les nageoires sont alors appliquées contre la face ventrale du sac. A marée basse, sur nos plages de la Manche et de l'Atlantique, il est très fréquent de voir de petits calmars traverser avec la rapidité de flèches, les flaques d'eau abandonnées par le reflux.
1. Manuel de Conchyliologie et de Paléontologie conchyliologique, p. 352, 1 vol. in-8°. Paris, 1887.
Les argonautes, dont la femelle est pourvue d'une nacelle nidamentaire, si élégante, et qui simule si bien une coquille, méritent d'être comptés dans le necton, car ils savent nager très vigoureusement. Parfois cependant, ils vont ramper sur le fond avec une allure benthonique et souvent aussi ils flottent à la surface en ouvrant au vent le voile dont est pourvue une des paires de leurs huit tentacules, et c'est même de là que leur vient leur nom d'argonaute.
Même des pélécypodes nagent à certains moments.
Je n'oublierai jamais l'expression avec laquelle un praticien de la zoologie me racontait les déboires que lui avait valu une tentative de domestication des huîtres perlières. Dans une localité savamment choisie de la mer Rouge, il avait réuni toutes les conditions favorables à la prospérité de la mère perle, dont il avait installé de très nombreux individus. Les choses allaient à merveille; on avait su conjurer plusieurs tentatives d'invasion de parasites redoutables, quand un jour, en venant faire la visite régulière, on vit toutes les pintadines sortir de leur parc en volant comme des oiseaux et s'en aller vers une destination inconnue.
Nous devons admettre, dans la série nectonique, jusqu'à des animaux très inférieurs, comme des cœlentérés et spécialement des méduses qui se livrent à de grands voyages rappelant les migrations des poissons. Le spectacle en est remarquable : fortement inclinées sur l'horizon, elles progressent rapidement par la vibration de l'élégante bordure de leur ombrelle.
Il importe de noter que ces remarques acquièrent une portée toute particulière quand il s'agit du necton fossile, qui ne peut être représenté que par des vestiges mélangés à ceux du benthon. Pour les interpréter sûrement, il faut s'inspirer de leur analogie plus ou moins directe avec des êtres actuels et prendre aussi pour guide le principe de la continuité du régime marin et conséquemment de la prééminence de l'allure physiologique des êtres sur leurs ressemblances purement zoologiques.
Les cétacés n'ont apparu qu'à l'époque tertiaire. Le miocène a fourni des restes du Squalodon, qui tire son nom de la ressemblance de ses dents avec celles du requin. Après lui, se montre le Plesiocetus. Dans les assises des environs de Paris, près de Palaiseau de même que dans les faluns de la Gironde, sont des lamantins Halitherium représentés par des crânes, des vertèbres et surtout par de nombreuses côtes très denses. En certaines localités comme à Anvers, on a trouvé en exécutant de très grands travaux de fortifications, des monceaux d'ossements de cétacés marins, dont les plus beaux échantillons ont été montés pour le Musée de Bruxelles.
Ce sont les poissons qui nous offrent, pour le necton des anciennes mers, les restes les plus nombreux et les plus complets, quoiqu'il n'y ait guère plus de 2.500 espèces fossiles, alors que l'on a compté jusqu'à 10.000 espèces de poissons actuels *. Rien ne porte cependant à croire que les eaux d'autrefois ont été moins peuplées que celles d'aujourd'hui. Ce sont de véritables amas de poissons qui se trouvent dans de
1. Zittel, Traité de Paléontologie, trad. française, t. III, p. 309.
certaines couches schisteuses, argileuses, calcaires marneuses ou siliceuses. Ces couches étaient originairement une fine boue dans laquelle s'ensevelissaient sans choc les cadavres des poissons tués souvent par des accidents locaux. « Dans les roches à grains plus grossiers, il ne s'est le plus souvent conservé que des dents isolées, des os ou des formations dermiques. »
Il y a en outre d'énormes dépôts dans lesquels on ne trouve aucun vestige ichthyologique.
Les plus anciens datent en Europe du silurien supérieur (bone bed de Ludlow, île d'OEsel). Us sont d'ailleurs peu abondants et mal conservés. Mais dans le plus ancien dévonien, VOld red d'Ecosse, et des provinces baltiques, c'est une véritable exubérance; et certaines familles que l'on voit déjà dans le silurien supérieur, atteignent leur maximum dans le dévonien et ne le dépassent pas. Tels sont les ptéraspides, les céphalaspides, les placodermes, poissons cuirassés, de la grande division des ganoïdes. Pteraspis a laissé dans VOld red sandstone d'Ecosse et dans les schistes ardoisiers du Cornwall, des boucliers d'une longueur de 30 centimètres. Un peu moins grand, Cephalaspis se trouve dans le même gisement avec Pterichlhys très abondant et qu'on rencontre aussi dans le calcaire dévonien de Gerolstein.
Dans les couches carbonifères marines (calcaire carbonifère des Iles Britanniques,» de Belgique, de Russie), ce sont les poissons cartilagineux qui dominent, et avec une grande abondance (plus de 300 espèces); mais ils n'ont laissé que des dents et des piquants de nageoires. A côté d'eux se distinguent
les hétérocerques, c'est-à-dire les poissons dont la nageoire caudale est partagée en deux portions inégales et qui comprennent deux familles, les Paléoniscides {Rhabdolepis que l'on trouve en quantité dans les rognons de sphérosidérite du bassin de Saarbruck, Palœoniscus des célèbres schistes cuivreux du Mansfeld en Saxe et de Durham en Angleterre qui en sont çà et là comme pétris et dans lesquels quelques-uns ont conservé l'intégrité de leurs formes) et les Platysomides qui, de même que les précédents, vécurent à l'époque permienne.
Le lias de Gucy, dans le Calvados, de Lyme Régis, de Boll, etc., est remarquablement riche en échantillons bien conservés : Lepidotus gigas, L. dentatus, L. semiserrata.
Les niveaux oolithiques comprennent des gisements parmi lesquels nous nous bornerons à mentionner celui du calcaire lithographique de Solenhofen et d'Eichstadt (Bavière) et celui du même âge qui affleure à Cerin dans le département de l'Ain.
Mais les gisements qui intéressent le plus par leur abondance les chercheurs de fossiles, se trouvent dans des terrains plus récents. Les couches néocomiennes supérieures de la Haute-Veveyse, du canton de Fribourg, des Voirons, dans le Chablais, de la Tolfa, non loin de Civila-Vecchia, sont pleins de restes de poissons, dont Lepidotus, le genre le plus répandu, compte depuis le trias de nombreuses espèces, les unes représentées par des écailles, les autres aar des dents.
C'est au sénonien que se rattachent les gisement le Sahel Aima et de Hackel (Liban) d'où provenaien
vraisemblablement les spécimens soumis à saint Louis et que nous avons mentionnés.
Les couches de l'éocène sont plus riches encore que J celles du secondaire supérieur. Elles fournissent dans i le sud de l'Angleterre et notamment à l'embouchure j de la Tamise, une centaine d'espèces. A Glaris, en I Suisse, les argiles éocènes renferment des squelettes 1 de poissons; ils font bien ressortir l'âge de la roche qui les contient et qui a, grâce au métamorphisme, 1 tous les traits de composition et d'aspect des ardoises I siluriennes d'Angers.
Le gisement éocène le plus important est celui du Monte Bolca, dans le Vicentin : il se compose de calcaire en plaquettes dans lesquelles on a compté I 94 genres et 170 espèces. Lors de la campagne d'Italie, Bonaparte en réquisitionna des échantillons dans les collections, de même qu'il saisissait des tableaux et ï| des statues pour les envoyer au Louvre. A peu près du même âge que le Monte Bolca, le calcaire de j Puteaux offre au géologue les couches à Hemirhynchus \ Deshayesi. A un niveau un peu plus récent, dans le A bassin saumâtre d'Aix-en-Provence, se rencontrent ces myriades de tout petits Lebias cephalotes, que l'on a j qualifiés de «friture fossile». C'est aussi dans l'oligo- j cène que se présentent dans la Haute-Alsace, à Belfort j et dans le Jura bernois, les schistes à Meletla, poissons j si voisins de nos harengs. Enfin, les grès burdigaliens, j de la perte du Rhône et de Fribourg, renferment d'innombrables dents de requin (Lamma) dont nous j aurions pu citer des gisements un peu plus anciens dans- j le calcaire glauconifère des environs de Paris et dans les sables yprésiens de Pierrefonds, dans l'Oise.
Les anciennes mers ont nourri des batraciens, parmi lesquels il faut citer des stégocéphales, Archegosaurus, trouvés dans les rognons de sphérosidérite de Lebach, près de Saarbruck et Stereorachis dominans dans le permien d'Igornay, près Àutun.
Comme reptiles, tout le monde connaît les Ichtyosaures, dont Cuvier1 a dit : « Ils ont le museau d'un dauphin, les dents d'un crocodile, la tête et le sternum d'un lézard, les nageoires d'une baleine et les vertèbres d'un poisson », et les plésiosaures au cou de cygne, se composant toutefois chez certaines espèces de 41 vertèbres. Quelques ichthyosaures atteignent
mètres de longueur et même /. trigonodon en avait usqu'à 12; on en connaît un crâne de 2 mètres de long. C'étaient de gros mangeurs, à en juger d'après leur vaste gueule, leurs fortes dents pointues et aussi par leurs coprolithes contenant les vestiges d'une' copieuse nourriture.
Comme les cétacés, ils avaient la respiration pulmonaire et étaient vivipares. Ils comptent de nombreuses espèces, dont les plus anciennes se montrent dans le trias. On trouve dans le lias de Lyme Régis les squelettes, admirablement conservés. Les schistes bitumineux à Posidonomyes du lias supérieur de Souabe et de Franconie sont d'une abondance extrême ïn débris d'ichtyosaures. « Dans les environs de Boll, lit Zittel2, des squelettes aplatis se trouvent en si grande abondance dans le schiste noir, que leur îxtraction rapporte aux possesseurs de carrières un
1. Recherches sur les ossements fossiles, 3e édit. 1 vol. Paris>