‹ Histoire géologique de la merChapitre 48 sur 58 · Manuel de Conchyliologie, p · texte numérisé non relu

Manuel de Conchyliologie, p

aspect particulier, que le dernier tour s'allonge considérablement, et se termine par une courbure ; Baculites, à coquille droite, très répandue dans le crétacé, du néocomien au danien; Oxynoticeras, Buchiceras, Amaltheus, dont on connaît 80 espèces dans le lias et le jurassique; Placenticeras (néocomien et aptien) Neumayria (jurassique supérieur de Russie); Schlœnbachia, dont les 100 espèces se rencontrent du néocomien au crétacé supérieur; Psiloceras, du rhétien et du lias inférieur; Arietiles qui compte 130 espèces, toutes dans le lias inférieur, quelques-unes atteignant des dimensions considérables jusqu'à 1 mètre de diamètre. Agoceras du lias ; Harpoceras, dont on connaît près de 190 espèces et qui a son apogée dans le lias supérieur et le dogger ; Oppelia, 150 espèces dans le jurassique supérieur; Desmoceras, qui vécut du néocomien au sénonien; Pachydiscus, à très grande coquille, foit répandu dans le crétacé moyen et le crétacé supérieur; Cœloceras, du lias moyen et supérieur, Stephanoceras, à coquille épaisse de l'oolithe inférieure à l'oxfordien; Reineckia, dont les 40 espèces 'sont réparties dans le bathonien et le callovien; Parlcinsonia, dans l'oolithe inférieure et le bathonien; Cosmoceras, dans le crétacé inférieur; Perisphinctes, qui a son apogée dans le jurassique supérieur où l'on peut trouver des coquilles de 1 mètre de diamètre, et qui disparaît dans le crétacé inférieur; Hoplites, dont les 80 espèces sont crétacées; Acanthoceras, une centaine d'espèces, et le maximum dans le gault et le cénomanien; Peltoceras, Aspidoceras, Scaphites sont également des genres riches en espèces et cantonnés dans le crétacé.

Aux Ammonites se rattachent les Aptydws qui ont donné leur nom à des couches jurassiques des Alpes, les « schistes à Aptychus », remplis de ces fossiles. Elles sont là, isolées des ammonites ; mais on les trouve si souvent dans la dernière loge de ces coquilles qu'on en a fait un dos éléments de leur clasfication. Selon certains auteurs, les Aptychus auraient servi de nourriture aux ammonites, tandis que d'autres y voient des opercules de celles-ci. Les amas d'Aptychus s'expliqueraient par le fait qu'après la mort de l'animal, la coquille délestée du corps, était soulevée par les gaz de putréfaction qui remplissaient ses loges, comme on l'a observé chez le nautile et entraînée loin de son opercule.

Nos seiches ou sépias peuvent donner une idée des Bélemnites (céphalopodes dibranches) bien que la coquille interne, cachée pendant la vie sous le manteau, qu'on appelle l'os de seiche (ou sépiostaire) et qui se trouve en si grande quantité sur nos rivages dans la laisse de mer, soit assez différente de la coquille de la bélemnite, très allongée, cylindricoconique et de structure compliquée. Cette coquille caractéristique de couches jurassiques et crétacées et géographiquement très répandue avait été remarquée depuis longtemps sous les noms d'Idœi digiti, et de Diaboli digiti. C'était, disait-on jadis, une pétrificaion d'urine ou d'ambre. Les naturalistes mêmes furent longtemps à en découvrir la signification; auparavant ils y avaient vu des dents de crocodile, d'autres des stalactites, des radioles d'oursins, des holoturies pétrifiées, etc. Ce fut Voltz qui, en 1S30 reconstitua le mollusque; et plus tard, Buck-

land1 et Agassiz lui attribuèrent une poche à encre, dont on a, en effet, retrouvé les traces fossiles. Des rostres de 6 à 8 décimètres de longueur, trouvés dans le jurassique, donnent à penser qu'il y eut des bélemnites longues de 2 mètres à 2m,50. Toutes les espèces durent être couronnées d'une dizaine de bras. Les bélemnites proprement dites, qui comptent à peu près 350 espèces, datent du lias inférieur, ont leur apogée dans le lias supérieur et le crétacé inférieur et finissent avec le crétacé. Un genre voisin Belemnitella se rencontre dans le crétacé supérieur; Beîoptera a une espèce dans le calcaire grossier; Phragmoteuthis, des schistes noirs du trias supérieur de Carinthie, y a laissé des empreintes de bras et des restes de poches à encre; de Belemnoteuthis, qui se trouve dans le jurassique moyen d'Angleterre et du Wurtemberg, nous avnns des empreintes complètes dans l'argile à Ornati de Gammelshausen, en Wurtemberg.

Plancton. — Le plancton se compose d'êtres qui flottent, selon l'étymologie du mot, à la surface ou dans l'épaisseur des eaux, jouets des vagues et des courants, sans moyens de lutter contre eux, contraints même à se déplacer verticalement pour des causes purement physiques, comme le changement de densité de l'eau, selon la température. C'est pourquoi le-: naturalistes choisissent certaines heures du jour pour recueillir le plancton de surface, qui plonge à d'autres

1. La Géologie *t la Minéralogie dan» leurs rapports avec la Théologie naturelle (traduction française], 2 vol. in-8°. Paris,

moments et devient inaccessible. Il n'en est pas moins vrai que le plancton contient des formes qui, tout en ne se livrant qu'à des déplacements très faibles, parcourent en un temps très court un grand nombre de fois leur propre longueur, ce qui, pour tout être donné, est la délinition de la vitesse. C'est ce que nous voyons pour d'innombrables larves microscopiques, à manière de vivre d'infusoires ciliés et qui sont, au moins pour un très grand nombre, destinées à devenir des animaux fixés.

La composition du plancton change suivant les localités, mais entre des limites qui ne sont pas très écartées. Il varié davantage d'après les époques de l'année. On peut, comme terme moyen, accepter les chiffres suivants relatifs à l'Atlantique européen :

( Diatomées. ... 5 formes

Algues^ Halosphériées . . 1

( Oscillariées ... 9

Radiolaires 24

Méduses et siphonophores. 8

Larves d'échinodermes. . 2

Crustacés 35

Schizopodes 5

Copépodes 57

Ptéropodes 2

Salpes . „ ..... „ 4

Total. . 152

Selon les observations de Georges Pouchet, le plancton de l'océan Glacial est essentiellement végétal. Il abonde dans les fjords, où le dépôt qui remplit

]e filet employé à la pêche de surface, est une sorte de boue d'un roux jaunâtre. Ce qui y domine, ce sont des diatomées et de petites fucacées qui répandent la nuit une faible phosphorescence, de peu de durée. Les diatomées les plus abondantes, par exemple à Jan Mayen, sont Schizonema, mesurant de 175 à 200 îj. ; Rhizosalenia, Chaetoceras, Thalassiosira. Pouchet pense que, dans les fjords, la végétation des fucacées suffit à l'entretien immédiat de la vie animale ambiante et fournit la phycophœïne, qui colore en vert les eaux de ces fjords.

L'océan Glacial antarctique est également riche en diatomées. Il prend quelquefois une remarquable coloration verte, même dans l'eau grise des glaçons, causée par la présence d'innombrables petites algues sphériques, piquetées de quatre points jaunâtres et verdâtres.

Il est impossible de ne pas comprendre dans la catégorie planctonique, les sargasses (raisin des tropiques) qui consistent en algues arrachées à des régions benthoniques amenées, par les courants de la mer, à constituer de vraies prairies flottantes, parfois gigantesques, que la terreur des compagnons de Christophe Colomb, qui s'y crurent perdus, a rendues classiques.

Les sargasses introduisent dans la masse planctonique les animaux qui s'y réfugient. Certains poissons, par exemple Antennarius marmoratus, sont devenus célèbres par les nids qu'ils y construisent pour y pondre leurs œufs et par le mimétisme extraordinaire qu'ils affectent et qui les confond complètement avec les fucus, par les découpures de leurs nageoires et par les marbrures de leur peau.

L'élément prédominant du plancton animal sur toute la surface des mers, consiste en êtres microscopiques comme les pérédiniens, qui sont regardés par beaucoup de naturalistes comme étant des infusoires flagellés (dinoflagellés). Ils sont en effet constitués d'une unique cellule d'où partent deux flagellum dont l'un paraît jouer surtout le rôle d'organe locomoteur. Ces êtres, et spécialement Gymnondium, gros de 80 {/. et Certiumtripos de 450 (x, sont pourtant regardés par les botanistes comme des algues phéophycées : exemple remarquable de l'intime jonction des deux règnes à leur base.

A côté de ces êtres incertse sedis, le plancton renferme de véritables infusoires et en particulier Noctiluca, déjà mentionnée comme étant la cause de la « mer de lait ». Il y aussi des radiolaires, dans lesquels on est porté à voir un pendant animal des diatomées, à cause de la nature siliceuse de leur squelette et qui- établissent, sous une forme spéciale, un nouveau lien entre les deux règnes, en renfermant dans la substance même de leur sarcode, des petites granulations où l'on a reconnu des algues particulières.

Si nous montons l'échelle zoologique, nous trouvons dans la substance du plancton, de nombreux vers, parmi lesquels il suffit de nommer les némertiens. Des cœlentérés y abondent, sous les trois formes principales de Polypes hydraires [Pelagia), de Cténophores (Cestus Veneris) et de Siphonophores (Vellela, Physalia).

Comme représentants des échinodermes, il convient de citer, pour certaines époques de l'année,

d'innombrables larves d'oursins et, toute l'année, des holothuries nageuses, comme Pelagothuria natatrix, péché à 2.360 mètres. Comme crustacés, les copépodes se signalent par leur nombre prodigieux et aussi par la variété inépuisable de leurs formes : citons seulement Callocalanus pavo qui, gros de quelques millimètres à peine, étale un éblouissant déploiement de plumes irisées, lui permettant de s'élever dans l'air, à la façon des papillons qu'emporte le vent.

Les mollusques sont largement représentés par des céphalopodes de petite taille et de forme globulaire ou élancée; de gastéropodes prosobranches (Janthina fragilis), dont le flotteur ovigère a longtemps été un problème pour les zoologistes), des gastéropodes hétéropodes (Firola coronata), vermiforme de 30 centimètres de longueur, composé de tissu entièrement transparent; enfin, des ptéropodes (Hyale, Cavolina, Cymbula, Tieclemania, Criseis). Formant des bancs immenses, ces derniers mollusques se montrent à la surface de la mer après le crépuscule, restent des heures entières suspendus entre deux eaux, en étendant simplement leurs nageoires latérales, membraneuses, en forme d'ailes, puis coulent subitement en les repliant. Les ptéropodes se trouvent dans toutes les mers, mais certaines formes sont bien localisées : Clio, en énorme quantité dans les mers du nord; Cymbula dans l'Atlantique sud; Tiedemania au nord du Pacifique; Criseis affectionne spécialement le voisinage des sargasses.

Les tuniciers sont aussi à mentionner, soit sous les formes de salpes, dont l'histoire, révélée par

Albert de Chamisso, a procuré à la science la notion de la génération alternante, à laquelle on a opposé une si singulière incrédulité, et des pyrosomes phosphorescents, véritables feux d'artifice, ballottés au gré des flots.

Le plancton, surtout le plancton polaire, a évidemment pour finalité de pourvoir à l'alimentation d'une foule d'habitants de la mer. Ainsi, un ptéropode à coquille globuleuse, Limacina, des mers glaciales des deux pôles, constitue la nourriture de gigantesques cétacés Megaptera boops, Balsena mysticetus, les plus grands des animaux passés et présents : les 25 mètres, attribués à Atlantosaurus des Montagnes Rocheuses1 paraît être le maximum des dimensions des animaux fossiles.

Georges Pouchet s'est préoccupé de savoir la quantité de « vie » qui, du fait du plancton, existe dans un volume donné d'eau de mer. Sa méthode consiste à employer un filet de gaze, à ouverture circulaire de 20 centimètres de diamètre, qu'on fixe à l'avant dun canot. Muni de cet instrument, on se dirige en dnite ligne sur une bouée placée à une distance coLnue et le plancton recueilli est précisément celui que renfermait un cylindre d'eau de la longueur du chenin parcouru et du diamètre du filet. On met une gou te d'acide osmique dans la masse placée au fond d'um éprouvette graduée et, après tassement, on a d'après l'épaisseur du dépôt le chiffre voulu. Aux Feroè, on a dosé ainsi 3 centimètres cubes de plancton dms un mètre cube d'eau.

1. V. Boule, les Créatures géantes d'autrefois : Revue gêné" raie desSciences, du 15 octobre 1902.

La notion de l'existence du plancton à tous les âges, résulte de la découverte sur le fond des anciennes mers, de dépôts, de débris comparables à ceux que donneraient les êtres flottants de la mer actuelle. On peut les répartir en deux séries principales : d'une part ceux qui proviennent d'animaux de dimensions notables, comme sont les coquilles de certains ptéropodes; d'autre part, les tests d'organismes microscopiques, comme ceux des foraminifères et des radiolaires.

Pour ces derniers, on peut citer d'abord le gisement, signalé par M. Cayeux en plein terrain cambrien, dans les jaspes noirs de Lamballe. Parmi les foraminifères, tout le monde connaît les fusulines et les saccamines si abondantes dès le terrain de culm (carbonifère inférieur), comme à Cussy-en-Morvan, où elles sont associées à d'autres êtres analogues1. Des bancs entiers de fusulines se trouvent dans le calcaire carbonifère, dans les Asturies, en Russie (Moscou), au Japon, en Cbine, à Sumatra, aux Indes, dans l'Amérique septentrionale. Plus de 80 espèces de foraminifères, parmi lesquelles sont mélangées beaucoup le coquilles siliceuses, accompagnent les fusulines à ce niveau : Saccamina, Trochammina, Lituola, Lagtna, Fusulinella, etc.

Le trias des Alpes est riche aussi en foraminifères, par exemple dans le Tyrol méridional, où les coumes à Bellérophons contiennent Endotyra, Textuhria, Lingulina, Trochammina.

Des calcaires de l'infrà-lias (calcaire en plaqiettes

1. Examen paléontologique du calcaire à Saccamina di Cussyen-Morvan. Bull, de la Soc. d'Hist. nat. d'Autun, I (188').

de l'Echernthal, près Hallstadt) contiennent plus de 80 °/0 de globigérines et en outre Texlularia, Orbulina, Quinqueloculina. Le lias de Lorraine, le jurassique supérieur de Souabe et de Suisse présentent une faune de foraminifères dans laquelle dominent les genres Cornuspira, Jnvolutina, Nodosaria, Denialina, Cristellaria, Vaginulina, Lingulina, Polymorphina, où apparaissent Orbitolites, mais dans laquelle deviennent rares Miliolites, Textularia, Rotalina, celles-ci réapparaissant dans le crétacé inférieur, où sont aussi les Globigérines. Le genre Orbitolina forme à lui seul des couches dans l'aptien et le cénomanien. La craie blanche abonde en Globigérines, en Textularines, en Rotalines et en Miliolides.

Ces deux derniers genres prédominent à la base du terii aire, où les Alvéolines caractérisent des calcaires de i'éocène des Alpes méridionales, de l'Egypte, du désert Libyen, etc. Les genres dominants, dans ces deux dernières régions, sont Nummulit es et Orbitoides, qui disparaissent dans le tertiaire supérieur, lequel, sur sa lin, a à peu près les mêmes foraminifères que les mers actuelles.

Le plancton végétal, si abondant aujourd'hui, a certainement eu la même richesse dans les temps géologiques. Toutefois, l'immense majorité des formes actuelles ne saurait laisser des traces qui révéleraient dans l'avenir leur existence. Une seule exception concerne les diatomées qui, grâce à leur squelette siliceux peuvent aisément se fossiliser. Elles forment ainsi le tripoli d'Oran, poudre à polir dans laquelle on a fréquemment trouvé des restes de poissons fossiles; elles entrent dans le guano, après avoir

cheminé de l'estomac des poissons dans celui des oiseaux. La forme la plus ancienne paraît être Bactryllium qui se trouve dans le keuper et dans le muschelkalk, où parfois il forme presque entièrement la roche (couches de Virgloria, dans les Grisons). Diatoma, dont plusieurs espèces vivent dans les eaux saumâtres, date du crétacé supérieur. Citons encore Navicula dans presque toutes les couches à diatomées. Bidulphia, Amphitetras, Triceratium, Fragilaria, que l'on trouve dans les tripolis; Cyclotella, Pyxidicula, Surirella, Himantidium, dont les espèces fossiles sont nombreuses.

Nous avons vu qu'à l'époque actuelle, les champs d'algues flottantes connues sous le nom de sargasses, sont constamment renouvelés par la contribution de courants qui s'en chargent à des distances plus ou moins considérables. On a constaté qu'après leur mort, elles tombent au fond de la mer. Elles ont donc pu, en certaines circonstances du moins, se fossiliser. En effet, quelques gisements d'empreintes rapportées à des algues et qui sont d'âges très divers, semblent résulter du phénomène dont il s'agit. On trouve, par exemple, dans le terrain tertiaire, de très abondantes réunions de vestiges auxquels on a donné le nom de Fucoides et qui jouent un rôle important dans la géologie de plusieurs pays. Cependant, Schimper1 émet l'avis que ces traces ne méritent pas d'être retenues par le botaniste. « Pour nous, dit-il, toutes ces formes auraient des relations systématiques, aussi obscures que variées; ainsi les Dictyo-

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