CHAPITRE PREMIER La forme des rivages maritimes
Ainsi qu'on l'a vu tout à l'heure, nous entendons par caractères géographiques de la mer, les traits de sa morphologie, considérés comme un détail de la manière d'être générale de la planète.
Remarquons tout d'abord que la distribution générale des mers diffère singulièrement de ce qu'on aurait pu supposer a priori. Malgré son manque de régularité absolue, la forme de la terre, voisine de celle d'une sphère, a porté beaucoup d'esprits mathématiques à l'étudier comme un objet rigoureusement défini et à la soumettre au calcul. Il en est résulté quantités de travaux à apparence géologique, qui ne sont au fond que des abstractions et dont la plus célèbre est le réseau pentagonal d'Élie de Beaumont4.
1. Notice sur les systèmes de Montagnes, 1 vol. in-8°. Paris,
Au premier coup d'œil sur un globe géographique, il semble que la mer représente la portion principale de la masse terrestre : sa surface énorme occupe les 3/4 de celle de la planète tout entière.
Il y a longtemps déjà que, d'une façon générale, on a rattaché la signification de cette surface à l'allure même de l'évolution planétaire. Bien des faits ont révélé que l'océan est un détail du globe, en voie continue de diminution, à cause de son absorption progressive par le substratum solide, et destiné à disparaître par la continuation pure et simple de l'état actuel des choses.
La comparaison de notre planète avec ses deux voisines astronomiques, Vénus et Mars, est des plus suggestives. Vénus, plus jeune que la Terre, jouit d'une étendue océanique sensiblement plus grande, et Mars, plus âgé, ne montre plus qu'un océan dont la surface ne dépasse pas celle des régions continentales.
La distribution géographique des océans terrestres, et par conséquent des continents, est très imprévue, étant donnée, outre la régularité approximative du globe, l'uniformité de son mouvement autour du soleil. On sait que pratiquement, les continents sont distribués de telle sorte qu'il est possible de répartir la sphère terrestre en deux moitiés, c'est-à-dire par un grand cercle, dont l'une contiendra à peu près toutes les terres fermes, et l'autre à peu près toutes les régions océaniques. Les continents, répartis en deux gros massifs, ne sont aucunement situés suivant une disposition rattachable à la symétrie sphérique, quoique certains géomètres, voulant démon-