‹ Histoire géologique de la pluieChapitre 12 sur 62 · ACTION CHIMIQUE DE LA PLUIE · texte numérisé non relu

ACTION CHIMIQUE DE LA PLUIE

ment dit dérive d'une tout autre origine et provient d*une activité chimique émanant des profondeurs de la Terre (*).

Quand les roches calcaires renferment des minéraux non attaquables par la pluie, la dénudation pluviaire a pour effet de les dégager et même parfois de les Ubérer complètement de leur gangue. Dans bien des pays, des moellons de craie à silex montrent en saillies, après quelques années, les rognons qu'ils contenaient et on en a comme exemple les murs du Chœur de Beauvais, où une espèce d'expérience accidentelle vient reproduire le fait si remarquable des calcaires grenatifères du pic d'Eridlitz, dans les Pyrénées, et de maints autres lieux.

L'expérience rationnelle imite aussi ces conditions : l'attaque, par un acide très étendu, d'une surface calcaire cristallifère ou arénifère amène la saillie progressive des minéraux insolubles qui y sont inclus. Ces grains, peu à peu se détachent et font au pied du bloc calcaire, un sable tout pareil à celui que la dénudation pluviaire détermine dans une série de localités et dont on peut ne pas reconnaître tout de suite l'origine, à cause du contraste de sa composition avec celle des roches d'oii il dérive.

Il est intéressant, au point de vue de la théorie des phénomènes, de constater (jue la forme générale de ravinement de la surface du sol par la pluie, peut être la même, qu'elle soit d'origine mécanique^ ou d'origine chimique. A cet égard, on pourrait confondre l'un avec l'autre, le relief d'une chaîne de montagnes comme les Pyrénées, dont la sculpture provient avant tout de l'écroulement des roches sous des influences mécaniques, et le relief, parfois de dimensions minuscules, de certains fragments rocheux arrachés aux matériaux des pointes ou des aiguilles ciselées chimiquement par la pluie. Je citerai à cet égard un échantillon de calcaire magnésien ou dolomitique que j'ai recueilli moi-même au sommet de la Sulzfluhe, dans les Alpes du Vorarlberg (Autriche), à 2900 mètres d'altitude.

Cette roche, défavorable à toute végétation, constitue un sol absolument stérile, sur lequel aucune poussière, c'est-à-dire aucun burin propre à une sculpture, ne reste adhérente. Les*

(*) Stanislas Meunier, La Géologie fxpénmenlale. Un vol. in-S". Paris, 190^.

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lits successifs, traversés de fissures entrecroisées, sont donc dans les conditions les meilleures pour subir l'action directe de la pluie et manifester, par les érosions subies, les directions de solubilité les plus faciles.

Or, bien que la roche soit parfaitement homogène, on voit que Tusure météorique est loin d'être la même dans tous les points. Il y a des régions profondément excavées et d'autres au voisinage, qui font une saillie très forte. J'ai analysé des éclats provenant de ces deux conditions et j'y ai trouvé la môme teneur en magnésie, la môme densité, en général une identité parfaite.

Un examen plus attentif montre que l'inégale corrosion provient avant tout des inégalités de forme de la surface du sol. Les eaux de pluie, dirigées par les déclivités, vont s'accumuler en certains points, qui subissent une usure proportionnée et, quand l'action est commencée, toutes les conditions se réunissent pour la continuer et pour Texagérer progressivement.

Bien plus, et c'est ici que Téchantillon représenté prend toute sa valeur, des blocs polyédriques à surface très régulière sont le théâtre, en plus petit, de pliénomènes comparables, c'est-à-dire que nulle surface plane ne subit la corrosion pluviale sans perdre sa planimélric. Il sullit d'une inégalité insensible dans ses différents points, pour que l'érosion y soit sensiblement plus forte qu'ailleurs et l'inégalité conimcncce s'accentue peu à peu, pour devenir bientôt très manifeste.

Le bloc choisi, c'est le produit de l'érosion du sommet trièdre dun ailleurement prismatique et Ton voit comment les trois areles, rectilignes au début, sont devenues de vraies petites chaînes de pics su<Tessifs, a droite et à gauche desquels se détachent, avec une forme frénérale pennée, de petites vallées parallèles entre elles et séparées les unes des autres par des crêtes très sensibles.

L'analogie d<*s formes de ce tout petit ensemble avec le relief de bien des miissifs montagneux est de nature à montrer que, sans nier Tinllucnce. évidente et gigantesque, des cassures profondes du sol dans l'orientation des vallées, on est pourtant conduit à rcc(»nnaUre (pie. dans une foule de cas, les vallées pennées ont pu se constituer, avec Tallure que nous leur con-

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naissons, dea deux côtés d'une arête tecliformc, môme si celle-ci n'avait, en aucune fa^-on, été interrompue par dea cassures transversales.

Bien cerlaincment, ces cassures transversales ou perpendiculaires h la longueur des clialnes, ne se retrouvent pas dans toutes les vallées des Alpes, et j'ai réalisé des séries d'expériences qui m'ont montré qu'une crête calcaire sur laquelle tombe une

Dc). Roclicn da grei de Fon tiltil Hc la ilénudatinii pi t

pluie d'eau acidulée, se comporte tomme les arêtes de dolomie de la Suiîînuhc et prend le profd denliculé d une ligne de faîlc dans un pays de montagnes.

Nous avons étudié, comme provenant de Bagnerre, des échantillons de sel rouge qui ont rigoureusement, et pour le môme motif pluviaire, la forme que nous venons de décrire.

Weckelsdorf, en Bohême, est une véritable ville dc rochers de l'aspect le plus fantastique, avec un rempart naturel dont la hauteur varie de 5o à 84 mètres. Une « cathédrale » avec sa nef, y résulte d'une crevasse longue de fio mètres et large au plus de

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Q nièires. avec ses murailles, parfaitement droites, qui s'élèvent jusqu'à 70 mètres.

L artisan de cette merveille naturelle est la pluie, dont, il est vnû» le travail a été facilité par les fissures naturelles de ce grès que les AflerrHiiids appellent quader sandstein, (grès à carreaux). Les eaux ont élargi les fissures, mais en les laissant rectilignes et n*ont produit leurs grands effets que par de la profondeur.

Les célèbres rochers d'Adersbach qui, peu éloignés de Weckelsdorf, mais perdus au milieu de forêts et de marécages, ont été longtemps inaccessibles aux touristes, ont été également sculptés pur les eaux pluviales de la façon la plus grandiose.

C'est aussi Térosion atmosphérique, la pluie, qui a donné aux Doh)miles duTyrol méridional leur beauté architecturale.

Ces montagnes, dont le noyau est un immense récif madréporique. comme Tattestent leurs coraux et les autres fossiles qui se nourrissent de ceux-ci, furent recouvertes par des sédiments marins qui, pendant longtemps, protégèrent la roche massive. Mais rien ne résiste à la pluie et la couverture protectrice fut emportée, puis le récif découpé en pyramides, en aiguilles qui font Tadmiration du voyageur.

Éboulements. — La mer est une grande démohsseuse de falaises ; mais ce n'est pas à elle qu'il faut imputer Téboulement considérable qui se produisit en septembre 1900 dans les escarpements de craie (|ui bordent la côte du Tréport au Havre, à Saint-Pierre-en-Port, et qui menaça les phares de la Hève, les premiers dans lesquels on eut. en France, installé la lumière électrique.

D'abord, on entendit un craquement effroyable, puis le bruit d'un effondrement. Une brèche de 150 mètres sur une largeur de ao à l\o mètres s'était faite en face du sémaphore. Une heure après, un second éboulement se produisit, dans le prolongement sud du premier. 600.000 mètres cubes de terre furent entraînés dans ces glissements, sous lesquels furent pris plusieurs habitants.

Cette catastrophe avait eu dans la m^me région de nombreux précédents. G. Lenier, qui a si bien étudié ï Estuaire de la

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