‹ Histoire géologique de la pluieChapitre 13 sur 62 · ÉBOULEMENTS · texte numérisé non relu

ÉBOULEMENTS

Seine{^)y nous en conte plusieurs et donne Texplication du phénomène.

Le vendredi 1 4 juin 1860, foute la partie connue sous le nom ^le Basses Falaises, glissa lentement vers la mer,/ en refoulant -devant elle le sable et le galet, qui se trouvèrent soulevés en quelques endroits, de 4 à 5 mètres au-dessus du niveau de la mer. Le lendemain, de grandes fissures, qui avaient élé remarquées sur le haut de la falaise, s'élargirent, et bientôt plus de 4o.ooo mètres cubes de roches roulèrent comme une avalanche au bord de la mer. Des blocs continuèrent à tomber pendant deux jours. « Le troisième jour, nous pûmes explorer celte masse -de débris ; elle couvrait une surface de 3o.ooo mètres carrés et ne pouvait être évaluée à moins de 5o.ooo mètres cubes. Un phénomène très curieux fut observé par toutes les personnes qui assistaient au premier glissement de la falaise. De toutes les fissures qui se produisaient dans le terrain en travail s'échappaient des lueurs phosphorescentes, qui furent comparées à la clarté <jui se produit à la mer lorsque des myriades de noctiluques viennent illuminer les flots. La présence de ces lueurs peut s'expliquer par le dégagement de chaleur que devait produire le frottement de masses aussi considérables les unes contre les autres.* Cette chaleur pouvait être augmentée encore par Toxydaiion des pyrites blanches en décomposition, qui se trouvaient en .grande quantité dans le terrain éboulé. »

Lenier assista à La Ilève, en 1866, à un autre éboulement. Le 3o juin, les Basses Falaises, en mouvement depuis près de •deux mois, commencèrent à descendre vers la mer, en glissant -sur les assises argileuses du kimméridge (jurassique supérieur). Le même jour, des fentes se produisirent sur le plateau, au- •dessus des terrains en mouvement.

« Le lendemain, ces fentes s'étaient beaucoup élargies, et, à •dix heures du matin, une partie considérable de la falaise s'éboulait avec un bruit sourd et en produisant un nuage de poussière orayeuse. En tombant sur les talus d'éboulements préexistants, <;ette masse en accéléra la marche, et toutes les Basses Falaises, «UT une étendue de plus de 5oo mètres, depuis le nord-ouest des

,^*) Deux vol. grand in-8°, avec un atlas, Le Havre, i885.

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parcs jusque sous les signaux, furent ébranlées et suivirent le mouvement en avant, glissant sur les argiles kimméridgienne» vers la mer.

La surface d'éboulement des terrains en mouvement, en 1860. était d'environ 8 hectares, et la masse des rochers calcaires, des sables et des terres qui participèrent au mouvement, fut alors estimée ù un million de mètres cubes. Sur la plage, en face dci'éboulement, le cordon littoral avait été refoulé et formait un petit promontoire, avançant d'une quarantaine de mètre* dans la mer. Du sommet de la falaise, du poste du Sémaphore, on pouvait mesurer la partie tombée du plateau : c'était une brèche de 200 mètres de long sur une largeur moyenne de 12 a i5 mètres, soit plus de 2000 mètres superficiels de terre de rapport, supprimés, perdus pour tous et pour toujours.

Le fossé du fort de La Hève n'était plus qu'à 10 mètres de la falaise. C'était une masse de plus de 2 millions de mètres cubes, craie avec bancs de silex, craie glauconieuse, argile noirâtre du gault, sables ferrugineux micacés, qui avait glissé, s'avançant à plus de 100 mètres en mer, en avant du n^rdon littoral.

(( L'ancienne plage de galets a été refoulée ; elle forme aujourd'hui un énorme bourrelet de 5 à G mètres de hauteur. Là se trouvent accumulés, soulevés par une poussée d'une puissance incalculable, toutes les roches, tous les galets qui fi>rmaient l'ancienne plage. »

Kt l'observateur de ces gigantesques phénomènes s'intéresse à leurs petites victimes : aux mollusques bouleversés avec les rochers aux(|uels ils étaient attachés : à des poulpes, par exemple, occupés à pondre. « Tout le monde souterrain croit à un imm(*nse cataclvsme ; le sol remue, tremble, se fend, marche. Les insectcîs. les mollusques, enfoncés dans la terre pour résister aux froids de l'hiver, sont troublés dans leur sommeil léthargique. Aux premières secousses, au premier ébranlement du sol, les lapins quittent leurs terriers et vont s'établir ailleurs. Les oiseaux, les freux (corneill(*s de falaise), se réunissent en bandes, voltigent en criant plaintivement, comme s'ils pleuraient les corniches de silex, les pics sur l'abime suspendus où leurs ancêtres avaient placé leurs nids et d'où, pour la première fois, ils ont vu la mer, l'horizon et le ciel. »

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Lcnier constate qu'en ^9 ans les éboulements ont emporté au sud (le la Hève 46 incires du plateau, en moyenre envlro» 1 mètre par an, « s'il est permis de donner un chifire moyen pour des effets aussi accidentels et irréguliers ».

Et déjà, en 1789, Lamblardie évaluait la destruction du cap à une toise par an, en se fondant sur la tradition historique, d*apres laquelle la cote s'étendait 700 ans auparavant jusqu'au banc de TËclat, à 700 toises du rivage actuel.

Nous avons vu que cette démolition continue, et continuera-

En effet. « le cap de La Ilève est élevé de 100 mètres h 1 15 mètres au-dessus du niveau de la mer ; il est formé à la base par des argiles kimméridgiennes, qui s'élèvent jusqu'à 7 mètre» au-dessus du niveau de la mer et forment une terrasse avancée de 100 à i5o mètres. A la surface de ces argiles se trouve une petite nappe aquifère, et au-dessus une assise sableuse plus ou moins ferrugineuse, épaisse de i5 à 20 mètres ; enfin, au-dessus des sables, les couches du gault qui contiennent aussi un lil aquifère, puis les glauconies, )es craies jaunes blanchâtres à silex, et enfin les argiles de décalcification ; l'ensemble de ce» assises présente une épaisseur de 90 à loc» mètres.

(( Les eaux pluviales s'infillrent et traversent lentement toule la masse crayeuse; celle-ci les tient en réserve et alimente les rivières d'Harfleur, de Monlivilliers el tous les petits cours d'eau des environs du Havre, ainsi que les sources et tous les puits qui traversent la craie. Ces eaux s'échappent des sables verts à la surface d'un banc argileux du gault. Mais ce banc, peu épais, quelquefois sableux ou calcareux. laisse passer une certaine quantité d'eau qui, traversant les sables ferrugineux, forme la petite nappe inférieure, laquelle s'écoule au-dessus des argiles kimméridgiennes et entraîne continuellement des parties de sable. A la longue, il se forme des cavités ; les sables, moins compactes, deviennent très friables et, à un moment donné, ils cèdent sous le poids de la falaise de craie qu'ils supportent. Cl'est alors que celle-ci, déjà divisée en grandes masses par des fissures parallèles à la côte, s'éboule et vient recouvrir de masses rocheuses tout le terrain du kiinméri<lge, et s'étendre quelquefois jusqu'à une assez grande distance sur le rivage occupé par la mer, en refoulant la plage de galets. »

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Il faut ajouter que, sans Térosion de la mer, « les éboulements supérieurs cesseraient, quand les terres auraient pris une pente naturelle favorable à Técoulement des eaux, et on peut remarquer que les points où de petits vallons découpent la falaise sont moins attaqués que les autres, sans doute parce que les eaux trouvent dans ces vallons un écoulement facile. »

Les falaises s'éboulent au sud de Testuaire de la Seine, comme au cap de la Hèvc ; les cbutes de terrain étaient même assez fréquentes, près d'IIonfleur, à la côte de Grâce. « La captationdes eaux souterraines et les travaux nombreux qui ont été faits, tant à la base de la cote que dans le talus d'éboulement, semblentavoir arrêté depuis quelques années les mouvements de terrain. » * Les glissements sont fréquents entre Villers-sur-Mer et Beuzeval. « Chaque averse de pluie qui tombe sur le plateau forme bientôt des ruisseaux qui grossissent rapidement et arrivent ainsi au sommet de la falaise argileuse. Ils se. précipitent en torrents boueux jusque dans la mer, qui se trouve ainsi chargée de vases et de sables, que le flot transporte depuis des siècles dans la baie, où ils se sont déposés à Tabri des cordons littoraux dans la plaine de Leure. au Havre et sur la côte du Sud, entre Villerville et lion fleur. »

Il y a bien d autres exemples de ce genre d accidents. L'un des plus célèbres est celui du Uossberg (mont des Chevaux >, survenu en i8o<). Cette montagne, située au nord du Highi, au centre de Tespace péninsulaire formé pur les lacs de Zug, d'Egeri et de LoNNcrz, consiste en couches d'un conglomérat compacte reposant sur les lits d'argile que délayent les eaux d'infiltration.

A une époque inconnue, l'éboulement d'un contrefort avait déjà écrasé le village de Rotten.

En 180G, la catastrophe fut plus terrible encore. La saison qui venait de s'écouler avait été très pluvieuse, et les strates d'argile s'étaient graduellement changées en une masse boueuse : à la fin, les roches supérieures, venant à nian(|uer d'appui, commencèrent h glisser sur les pentes en soulevant les terres devant elles. Soudain, la débâcle eut lieu. En un moment, l'énorme masse, avec ses forêts, ses prairies, ses hameaux, ses habitants s'abattit dans la plaine; les flanrnes produites par le

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