‹ Histoire géologique de la pluieChapitre 14 sur 62 · ÉBOULEMENTS · texte numérisé non relu

ÉBOULEMENTS

frottement des roches entrechoquées s'élanccrent en gerbes de la montagne entr'ouverte ; Teau des couches profondes, tout à coup transformée en vapeur, fît explosion cl des quantités de pierres et de boue furent lancées, comme par la bouche d'un volcan. Les charmantes campagnes de Goldau (la vallée d'Or) et quatre villages qu'habitaient près de mille personnes, disparurent sous l'entassement des débris.

Le lac de Lowerz fut comblé en partie et la vague furieuse que Téboulement lança contre les rivages, balaya toutes les maisons. Des oiseaux avaient été tués en l'air. La partie de la montagne qui s'était écroulée n'avait pas moins de 4 kilomètres de long sur 320 mètres de largeur moyenne et 82 mètres d'épaisseur. C'est une masse de plus de 4o millions de mètres cubes.

Ce fut une catastrophe analogue que celle du Grand Sable, à Salazie, dans l'île de la Réunion. En novembre 1876, une partie du Gros Morne, montagne volcanique de 3. 000 mètres de haut, s'écroula sur un malheureux village qui fut anéanti avec ses habitants, sauf deux. Une superficie de 160 hectares se trouva recouverte par des millions de mètres cubes de rochers et de terres amoncelées. On crut d'abord à un phénomène sismique, une convulsion intense de l'écorce terrestre. Mais les profondeurs souterraines n'avaient point bougé : la pluie seule avait causé le désastre. Ecoutons M. Vélain(^).

« En traversant au mois de janvier 1876 la chaîne des Salazes, c'est-à-dire le massif où s'est produit l'éboulement, pour passer du cirque de Cilaos dans celui de Salazie, j'avais été bloqué à Mariai par un ouragan et j'avais été frappé des dégâts immenses que pouvaient causer en un instant les pluies torrentielles qui fondent sur ces remparts. J'avais vu là d'énormes failles dans lesquelles les eaux s'engouffraient et disparaissaient pour former, à de certaines hauteurs, dans ces murailles à pic, de véritables éruptions boueuses. Il devenait évident que les érosions se multipliant, certains massifs s'abattraient, provoquant des éboulements considérables : aussi, à la nouvelle de l'accident, n'ai-je pas hésité un instant à l'attribuer uniquement à un éboulement dû aux causes originaires de la vallée où il s'était produit. »

(•) La Nature, du 22 avril 1876.

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Épanchements boueux, — Sous l'innucncc de la chute de la pluie et du ruissellement des eaux sauvages, des matériaux tri»» variés vont s'accumuler en des points spéciaux el y constituent des roches nouvelles dont le mode de sédimentatioi^est parlîculièremenl intéressant.

Dans la nuit du 12 juillet 1892» une avalanche yie boue se précipitait dans la vallée de Bionassay et dans celle du Bon- Nant, détruisant les bains de Saint-Cjervais et une partie du village du Fayel, en faisant i5o victimes humaines. Ayant eu l'occasion de passer sur le lieu du désastre quelques jours après qu'il s'était produit, je pus constater de nombreuses particularités de celte forme de la sédimentation.

Cette avalanche donna lieu, au débouché de la gorge, très inclinée à son arrivée par le travers, à peu près horizontal, de la vallée de TArve, à un cône de déjection très surbaissé, sur le dos duquel se signalaient des blocs de différentes tailles.

Kn descendant la pente de ce delta boueux, on le voyait capturer de place en place des blocs gisant sur le sol. pour les transporter à des distances surprenantes. Nous avons vu des meules de mouUn, prises dans un cellier, où elles étaient en réserve, emportées par la porte ouverte jusqu'à un kilomètre de distance (*).

La catastrophe était due à l'écroulement dune partie du |)etil glacier de Tète- Housse : mais la pluie seule donne fréquemment lieu aux épanchements boueux. Kl j'eus l'occasion d'observer le phénomène dans une région du Vorarlberg dans la vallée de l'Ill. un peu au-dessus de Schruns, et qui en petit, mais dans des conditions extrômement favorables, m'a fourni une reproduction t^xacte du phénomène de Sîiint-(ierNais.

Dans le point dont il s'agit, a (lamprechl, sur le tlanc S.-O. du Iloch-Joch, un pelit ruisseau descend sans méandres très sensibles, et suivant la ligne de plus grande pente, dans une rainure (ju'il a creusée et qui n'a pas plus de li mètres de largeur au fond. La penteestde Go" en moyenne et l'eau, qui y circule très rapidement, n'y existe que «l'une manière intermittente. Après les pluies, c'est une espèce de gouttière d'assèchement des prai-

(') l.ri Glitciers *•/ Irs M"iit'i'infit. |»ar Stuiii!»las Mfunirr. l*an«i, 1920.

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