‹ Histoire géologique de la pluieChapitre 15 sur 62 · ÉPANCHEMENTS BOUEUX · texte numérisé non relu

ÉPANCHEMENTS BOUEUX

ries supérieures. A certains moments, leau est remplacée par la -« boue )) qui, au pied de la grande pente, rencontre un terrain incliné à 3o®. Alors, la boue, ainsi vomie, s'étale en un delta surbaissé, dont le sol, remarquablement fertile, est cultivé par des maraîchers.

Lors de mon passage, une coulée de boue venait de recouvrir toutes les cultures sur 60 centimètres d'épaisseur. La boue avait -contourné les rflaisons d'habitation de façon à en condamner les portes d^entrée, qu'il fallut dégager par un travail de terrassement. *

L'étude du delta de Gamprecht m'a inspiré l'idée d'expériences qui, poursuivies au laboratoire de Géologie du Muséum pendant plus de deux aris, paraissent de nature à donner aux épanchements boueux une signiiication géologique toute particulière.

Il y a lieu de distinguer dans le cours d'un torrent boueux deux régions différentes: 1" une zone supérieure, à forte pente, où la boue se constitue et où elle acquiert une force vive considérable ; 2" une partie inférieure, à pente beaucoup plus douce, où la boue s'arrête sous forme d'un delta boueux. Cette seconde région est spécialement intéressante à notre point de vue -actuel.

L'appareil expérimental consiste en une table de 66 centimètres de large et de 4 mètres de longueur, dont l'inclinaison, variable à volonté, est indiquée par un éclimètre. A la partie supérieure est articulée, par une charnière, une caisse carrée de 18 centimètres de côté et qu'on peut faire basculer à l'aide d'une corde passant sur une poulie, de façon à en déverser sur la table le contenu, consistant en 35 kilogrammes de boue.

Une modification a consisté à surmonter la table d'une glissière de 2 mètres de long, beaucoup plus inclinée et à la partie supérieure de laquelle est une boîte à poste fixe et dont le fond ^eut s'ouvrir brusquement. La boue, qui descend d'abord le long de la glissière, vient, comme précédemment, s'étaler sur la table en un delta.

La boue dont on s'est servi a été obtenue en mélangeant avec -de l'eau une variété ocreuse de sable de Fontainebleau connue ^ans Paris sous le nom de sahlon. Avec 3oo centimètres cubes •<l*eau par kilogramme de sable sec, on obtient une boue bien

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coulante, qui cependant porte, sans les engloutir, des fragment» de calcaire et de granit.

La table étant inclinée ù 20^ sur Ihorizon, op constate que la boue s'y étale de façon à constituer une vraie coulée, dont la forme est tout à fait comparable à celle des nappes de lave vomies par les volcans. Pendant le déversement, elle sVpanche d*abord latéralement, ù droite et à gauche, de façon à occuper /|0 centimètres en largeur. Elle progresse en même teiitps dans le sens de la pente en une traînée limitée en avant par un bourrelet semicirculaire et s'arrête après avoir recouvert i",5o à i",8o de largeur. Cette traînée reste toujours adhérente à la boue appliquée contre la paroi du réservoir, ce qui montre que sa progression est due avant tout à la pression des parties supérieures.

Le mécanisme de Técoulemcnt mérite d'être précisé. Dansune coupe verticale passant par Taxe de symétrie de l'écoulement, on trouve que la vites^ maxima est à la surface. Mais il existe a l'avant une zone frontale où, à cause de la forme du bourrelet limite, les parties superficielles descendent vers le sol et viennent se jeter à la traverse des courants horizontaux plus profonds. Il en résulte que le bourrelet est aplati et comme écrasé par le torrent qui s'avance sur lui.

La matière de fond, celle qui est en contact avec la table, augmentée, ù la t(^te de la coulée, par les éléments de la surface, ne glisse ]>as du tout. Klle se constitue en une sorte de matelas, bien plus étalé vers l'amont que le torrent lui-môme etrestesous la forme de larges plh'res à droite et à gauche du flot qui descend. La boue glisse donc sur delà boue qui, des le commencement de l'écoulement, a comblé les inégalités du sol. C'est ce que montre bien la coupe transversale du torrent, où les bourrelets constituent les plèvres entre lesquelles coule le torrent.

Ainsi, la boue qui coule et sur laquelle pourrait être superposée une masse quelconque de roche, ne tend pas à raviner le sous-sol. Au contraire, elle en comble les dépressions et y constitue un couloir.

L'influence de la charge supérieure et de la pente sur l'écoulement et sur la forme du delta épanché a été déterminée par diverses compacités de putes. La vitesse d'écoulement a, dans tous les cas, une influence directe sur la largeur des plèvres.

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En plaçant des obstacles devant la matière coulante, on a produit des intumescences, des divisions du courant en plusieurs bras et des confluences de plusieurs courants en un seul. J*ai relevé une série de diagrammes, en plans et en coupes, de ces différentes conditions.

C'est d'une manière spéciale qu*a été étudiée au cours de ce travail la puissance de transport des épanchcments boueux. Des blocs de roches variées ont été charriés, sans aucun frottement, sur plus de i mètre de longueur. Certains d'entre eux ont été rejetés, soit sur le front, soit sur les bords de la coulée, de façon à imiter la disposition des moraines glaciaires..

Quand un bloc, préalablement placé en avant du réservoir, reçoit le choc du courant, il est ordinairement roulé et recouvert de boue. Cependant, nombre de dispositions permettent à celle-ci de le prendre par dessous et de le soulever, pour l'emporter à la faveur d'une espèce de jaillissement hydrostatique. C'est la répétition du fait que j'ai vu à Saint-Gervais : les meules de moulin prises dans un cellier par le torrent boueux et emportées à plusieurs centaines de mètres.

Parmi les applications de ces recherches, on signalera le transport de blocs rocheux à des distances souvent très grandes et dans des conditions qui feraient supposer l'intervention glaciaire. Il suffit que la pluie fasse disparaître plus tard la boue, pour que les roches charriées se présentent avec l'allure des blocs erratiques proprement dits. La boue entraine d'ailleurs des pierres non seulement à sa surface, mais encore dans toute son épaisseur (*).

(*) Stanislas Meunier, La Géolojie erpérirnentale. Un vol. in-8*^, Paris, 1904.

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