I.KS SOIIHCF'S MINF.HALKS
terrains, où depuis fort longtemps se sont allumés des incendies inextinguibles, sortent des sources qui paraissent s'y minéraliser par la décomposition des schistes carbonates et pyrileux et qui sont chargées de sulfates dont la médecine tire parti (').
Elisée Reclus (^) nous a donné la description de la vallée du Kara-Kach, entre le bassin de Tlndus et celui du Tarim, qui est en grande partie recouverte d'cfflorescences salines. Le lac qui remplissait s'est desséché et les rivières qui coulèrent ensuite . sur le fond lacustre ont été remplacées par des sables mobiles. De profondes crevasses s'ouvrent çà et là, remphes de sulfate de magnésie aussi lin et aussi blanc que les aiguilles de neige que soulève le vent. Des mares de boue saline, cachées par des dalles de glace, occupent les vallées les plus profondes et jusqu'à la hauteur de 5 l\oo mètres on voit des sources thermales s'entourant de concrétions calcaires, puis d'un second cercle d'eau congelée. Sur des espaces de plusieurs kilomètres carrés, le sol est percé de petits entonnoirs d'un mètre de profondeur et d'un diamètre double. De quelques-uns de ces entonnoirs, on voit, après les pluies, s'élancer des masses boueuses et parfois Teau en jaillir à gros bouillons. Ilendei^son ne pense pas que ces ouvertures soient de véritables volcans de boue : ce seraient, suivant lui, des effondrements du sous-sol argileux, laissant remonter à la surface, après les averses, ou lors de la fonte des neiges, les eaux d'une nappe profonde. Plus bas, les bords de la rivière de Kara-Kach sont percés en plusieurs endroits d'autres entonnoirs du même genre, mais ceux-ci sont bordés dune croûte saline dans la partie supérieure. Ces ouvertures sont en communication avec les eaux du Kara-Kach qui baissent la nuit à cause de la gelée, et grossissiMit le jour par suite de la fonte des neiges et des glaces. C'est ainsi que les entonnoirs sont alternativement remplis et vidés pendant les vingt-quatre heures et que l'eau saline du Kara-Kach s'évapore en laissant une couche blanchâtre comme trace de son passage.
Les eaux carbonatées contenant des carbonates alcalins ou
(*) Annuaire des Eaux iU France.
(*) Asie Orientale.
i8o INFILTRATION hKS KATX UE IMTIE
alcalino-terroiix. ceux-ci dissous a la faveur d'un excès parfois énorme d*acide carbonique, caractérisent une famille très nombreuse de sources minérales. En France, elles sont surtout abondantes dans le Plateau Central, où elles sont une des dernières manifestations volcaniques.
Rovat, à deux kilomètres de Clermont. a quatre sources, dont la plus belle est la source Eugénie. d*un débit de i ooo litres par minute. On attribue son efficacité spéciale contre le rhumatisme, Tanémie, la dyspepsie à une quantité très dosable de, cblorure de litbine.
Les eaux du Mont-Dore, suprême ressource de bien des tuberculeux, diffèrent peu d'une source à Tautre en température et en minéralisation, celle-ci étant d*ailleurs assez faible.
Les principales sources de la Itourboule sont très chaudes. Le corps prédominant est le bicarbonate de soude (a«,8920 par litre); puis vient le cblorure de sodium, dont la proportion est «le 2",8'io6. Il faut noter aussi l'arsenic. Un litre d'eau du puits Perrière renferme o'^.ooyoô d'arsenic métallique, ce qui correspond à G», 01081 «l'acide arsénique et a o*, 028^7 d*arscniate de soude. L'artliritismb, les affections de la peau et de la gorge sont puissamment combattues par les eaux de La Bourboule.
Dans le même département que l(»s précédentes, les eaux de Saint-Nectaire, très fortement minéralisées, servent, plus encore qu'à la médecine, à l'industrie des pétrifications, dont nous reparlerons plus loin.
Dans cette catégorie des sources carbonatées, il n'en est pas de plus justement célèbres que les eaux de Vichy, qui sortent de terrains nuMibles emplissant un vaste bassin dont le fond est constitué par des assises tertiaires reposant directement sur le ^M-anit. (iC bassin, en partie comblé par les apports de l*AUier. est partout imbibé, pénétré, par une eau minérale qui sort probablement du soubassement cristallin. Souvent les eaux douces viennent s'y mélanger, et c'est seulement sur quelques points que les eaux minérales, ayant en (pielque sorte tube leur trajet, arrivent naturellement jusqu'à la surface du sol. Ce sont les anciennes sources de Vicliy(' ). Les principales sources sont : la
(') Lccoq, Les rauj minérales tin massif rcnlrnl de la France.
LES s()i:kces minérales i8i
Grande-Grille, le puits Chomel, le puits Carré, l'Hôpital, Lucas, Lardy, les Célestins, cette dernière à 13** seulement. Ce qu'elles contiennent avant tout, c'est le bicarbonate de soude; il prédomine tellement sur les autres éléments minéralisateurs qu'il est impossible de ne pas lenvisager comme l'élément essentiel de la médication. La source la plus riche en bicarbonate de soude est celle des Célestins, qui en contient 5*^,32 par litre. La source la moins riche, Lardy, en contient encore 4"»i3. Les maladies de Testomac, du foie, la gravelle vont chercher du soulagement à Vichy.
Bourbon-l'Archambault a une source chaude de 60° centigrades et des sources froides. La source chaude contient environ 4 grammes par litre de carbonates, sulfates, siHcates, chlorures à base de soude, de chaux et de magnésie. La source de Saint-Pardoux, à 17 kilomètres de Bourbon, donne une eau très gazeuse. La paralysie, Tarthrilisme relèvent de Bourbon- TArchambault.
L'eau très froide de Contrexéville (Vosges) est une eau carboniquée qui ne contient que 2*^,20 de sels par litre. On la prend en boisson abondante contre la gravelle.
Vais (Ardèche) a des eaux très alcalines : 7 grammes par litre de bicarbonate à peu près pur. Elles sont gazeuses et froides.
L'eau de Seltz (Nassau), célèbre surtout par l'imitation qu'on en fait, est une des plus gazeuses de l'Europe. Elle jaillit à grand bruit avec une température de 16**. Elle contient 2 grammes environ de chlorure de sodium et de carbonate de soude.
Les eaux d'Ems, en Westphalie, sont fortement gazeuses, très alcalines et chlorurées, faiblement sulfatées.
A Nauheim, le Grosser Sprudel s'élève du sol en bouillonnant jusqu'à une hauteur de G mètres, avec une apparence de pyramide de neige, tellement l'eau est saturée d'acide carbonique. Elle est très purgative et s'emploie surtout en bains, en 86 renouvelant constamment dans la baignoire. Son abondance est telle qu'on peut donner ainsi huit cents bains par jour et laisser encore assez d'eau pour les salines.
Carlsbad en Bohême a eu ses eaux spécialement étudiées par Berzélius. Toutes les sources ont une composition identique ;
l8> INFILTHATION hKS KAl'X l»K IMXIE
elles ne dillcrent que par leur température : le Sprudel a 7^' : les moins chaudes, 50". Bcrzélius y a trouvé par litre o'tOO des substances les plus diiTérentes : acide carbonique, sulfate d«* soude, carbonate de soude, chlorure de sodium, carbonate de chaux, carbonate de magnésie, silice, car1)onate de manganesi*. iluorure de calcium, phosphate de chaux, phosphate d'alumine. avec excès de base. Ainsi que le constate Constantin Jamesf^. Taclion thérapeutique de tant de principes minéralisaleurs reste bien obscure. On va à Carslbad pour les hypertrophies du foie. la gravelle, la goutte.
Alarienbad, à 6 kilomètres de Carslbad, possède le Marienbrunn, source tellement îrazeuse que le bassin qui la reçoit est toujours couvert d'un nuage d'acide carbonique. Le Ferdinand* brunn a dans son réservoir la blancheur du lait, à cause de l'immense quantité de petites bulles qui s'en échappent.
Kxtrrmement carboniquées aussi sont les eaux de Kish^ vodsk. dans le Caucase: elles font éclater les bouteilles dans lesquelles t)n' les agite.
Comme stations d'eaux ferrugineuses, la France a Orezza en Corse et I^agnèrcs-de-Bigorre, dans les Pyrénées. Mais les sources les plus fréquentées de celle catégorie sont celles de Spa, en Belgique. La source du Pouhon, au centre de la ville, d'une tenq)érature de if centigrades, sort en bouillonnant des fentes de roches micacées. Les bulles d'acide carbonique viennent crever à la surface avec un bruit léger, qui devient plus fort ù Tappioche de la [)luie. l/oau contient environ 0^,00 de carbonate de fer par litre.
Les soffionis. — Knfin, les sojjionis ou soufllards sont des fumerolles <pii consistent en vaj>eurs d eau chargée d'une forte quantité d'acide bnri(|ue, coud)inéen proportion très variable avec diverses bases et spécialement avec la soude et l'ammoniaque. Lardereleut l'idée heureuse d emplo\er la haut(» température des jets de vapeur des soilionis de la Toscane, près de Volterra, température (jui peut atteindre 1 yT)". à l'cvajxjratioii des eaux de conden-
LES EAUX A FAIBLE MINÉRALISATION i83
nation réunies dans les dépressions du sol, où elles constituent les lagonis. Les frais d'extraction du borax étaient ainsi prodigieusement diminués.
Des soufllards qui contiennent de i*acide borique existent aussi en Amérique. C'est le cas du Clear Lake, en Californie, qui tient en dissolution le borate de soude.
Le plateau de Kbatclii, au Thibet, a dans une dépression le lac de Borax (Boultso), où Ton prenait le borax dit de Venise, parce qu'on le ratlinait dans cette ville.
Les eaux à faible minéralisation. — Au contraire des sources minérales, toutes plus ou moins chargées, que nous venons de citer,- il en est dont la minéralisation est extrêmement faible, pour ne pas dire nulle, et qui cependant ont des qualités thérapeutiques, attribuées, depuis les récentes découvertes de la physique, à la radioactivité.
Les plus célèbres en France de ces eaux thermales à faible piinéralisation sont les sources de Plombières qui émergent du granit porphyroïdc, sur une longueur d'environ aoo mètres, les tempérées au-dessus des plus chaudes. Elles sont en rapport avec les fdons de quartz, de spath fluor et de barytine. Des sources dites savonneuses jaillissent des parois de ces filons.
Au cours de travaux de captage, entrepris en 1807, on retrouva les sources anciennes : au moment de la découverte, le robinet romain donnait une eau à 74**» qui descendit «à 70". La minéralisation totale n'est que de 0*^,80 par litre. La matière onctueuse qui se dépose au fond du bassin de certaines sources est du silicate d'alumine. '
Luxeuil (Ilaulc-Saône) a avec Plombières, dont il est assez voisin, de grandes analogies.
Les eaux de Néiis, onctueuses à cause de la grande quantité de confervcs qu'elles contieiment, ont également une minéralisation insignifiante. Le gaz qui s'en dégage est de l'azote, mélangé de deux à trois centièmes d'acide carbonique.
Il faut mentionner encore parmi ces eaux minérales, aussi faibles qu'efficaces, les sources de Bade, celles de Pfâll'ers en Suisse, celles de Gastein, en Autriche, sur le versant des Alpes Noriques. Ces dernières, cliaudes de ^o"*, limpides, sans saveur.
I^i INFILTHATliLN llKS KAl X DK PLIIK
avec h peine de faibles traces de sels insignifiants, ont cependant une action si active que des personnes pléthoriques seraient mortes d'en avoir usé. Quand on se plonge dans Têtu de (jastein, on éprouve une impression de resserrement de la peau, de la gêne dans la respiration : le pouls est dur et plein, el Ton quitte le bain avec une irrésistible envie de dormir. Au réveil, la tête est libre et le malaise dissipé. La cure de Gastein a soula^^é et même guéri des maladies très graves.
Les apports des eaux minérales. — Le rapide aperçu que nous venons de donner des eaux minérales, nous a déjà suscité cette conséquence de leur circulation et de leur émergence. qu*elles nous apportent' des quantités considérables de matériaux empniiités aux profondeurs de la croûte terrestre. Nou& allons ajouter quelques faits qui montreront mieux encore leur part dans Tœuvre géologique, et principalement dans le* dépôts de calcaire.
Kn Auvergne, la source de Saint-AUyre contient en dissolution, à la faveur de son acide carbonique, une si grande proportion de carbonate de chaux, que ses incrustations ont formé plusieurs ponts jetés sur la Tiretaine, qui passe à Clcrmonl- Kerrand. Il y a longtemps que le phénomène avait été remarqué. Dans sa Cosmofjraphie univrrselle, publiée en 1075, Bellcforest écrit : (( Au dedans de l'abbaye de Saint-AUyre passe un fleuue qu'on dit auoir esté iadis nommé Scatéon et ores est dit Tiretaine» sur le cours de laquelle est posé le merueillcux pont de pierre naturelle fait par l'eau d'une fonteine qui s'endurcit en pierre non sans estonnenient des eflets miraculeux de la nature: et la(|uelle fonhûne est à enuiron trois cents pieds de la riuière. laquelle coulant vers la riuicre susdicte faict cette dureté pierreuse du pont par sous lequel passe le fleune susnommé.
tt Le feu roy, Charles neuuicme du nom. faisant son voyage de Bayonne, voulut voir ce pont merueillcux et la fontaine qui n'est artiiieielle. et le cours d'eau et la source d'où elle procède comme chose t»strange el des plus rares miracles de la nature qu'on voye guère en France. /)
Le irrand pont de pierre, qu'on appelle aussi Pont du Diable ou lN>nt stalactite, est une niasse de travertin qui a posé
LES APPORTS DES EAUX MINÉRALES l8S
une arche considérable sur une île de la Tirelaine et qui avait commencé de jeter sur Taulre bras du ruisseau une seconde arche. La face supérieure du pont a une élévation au-dessus des eaux du bief de 5"*, lo ; la largeur du pont au niveau du bief est de 5", 45 ; celle de Taqueduc naturel de i",5o à 2",io. La longueur du pont est de lo mètres ; celle de Taqueduc, de 75 mètres.
(( Il doit son origine, dit Lecoq ('), à la source aujourd'hui détournée de la me des Chats. A partir de cetle source, le pont de pierre présente Taspect d'une muraille construite seulement à fleur de terre, laquelle irait en augmentant de hauteur et d'épaisseur à mesure que Ton avance vers son extrémité. Sa surface supérieure, d'abord très étroite, s'élargit graduellement, et l'on remarque encore une espèce de sillon qui servait sans doute à conduire les eaux qui élevèrent elles-mêmes cet aqueduc. L'eau, suivant la direction que lui traçait la pente du sol, coula sur son dépôt, l'augmenta tous les jours, et comme la matière calcaire se déposait plus facilement sur les bords que dans le milieu, elle laissa dans cette partie le sillon peu profond qui lui servait de conduit. Les eaux, arrivées à l'extrémité de la muraille, se répandirent dans le ruisseau qui mettait un terme à leur dépôt ; bientôt cependant la muraille s'éleva au bord, et dès qu'il y eut une chute, il y eut bientôt aussi un prolongement de matière calcaire qui avança au-dessous de l'eau. Des plantes aquatiques ne tardèrent pas à s'y développer, et leur végétation, activée par les matières salines contenues dans les eaux minérales, couvrirent de touffes de verdure le rocher qui venait de se former... Un dépôt de carbonate de chaux et de fer hydroxydé couvrit en peu de temps les végétaux vigoureux qui avaient pris possession de ce sol encore vierge ; les mousses et les coquillages qui venaient y chercher la fraîcheur étaient saisis en même temps, et tous ces matériaux accumulés ne servaient qu'à exhausser le terrain, à multiplier les surfaces, à augmenter les points de contact, et favorisaient puissamment la formation d'une arcade, dont la nature seule avait donné le plan; Qu'arriva-l-il, au bout d'un grand nombre d'années.*^ C'est
(*) Le$ eaux minérales du massif central de la France. Un voL in-8. Pari», i864.
iXC) INFILïKATlnN hKS KAl'X hK l'Ll'lK
(ju'unc arche tout enliore parut sur le ruisseau dont le couni eût été arrêté si ses eaux n'eussent pas enlevé, au fur ol à mesure de sa précipitation, la matière calcaire ap|>ortée par le courant qui venait croiser les sienn(»s. Le ruisseau de Tiretaine ne fut plus des lors un obstiicle au cours des eaux de Saint-AIlyre : elles l'avaient traversé et se disposaient déjà à franchir un autre bras de ce ruisseau en formant une nouvelle arche. CcUe-cî se voit encore l\ demi formée, avançant au-dessus d'un ruisseau cl restant suspendue sans soutien, l ne cause qui nous est inconnue chaii^'ca l(^ point de sortie des eaux minérales et l'aqueduc fut à sec. m
On estime que le grand pont est postérieur a la fondation de l'abbaye de Saint-Allyre. et (|u'il a fallu quatre siècles au plus pour le former.
Tout le monde connaît les jolis objets, médailles, caniée>. nids, fleurs, fruits, rameaux incrustés qui se vendent à Clerniont. La fabrication se fait dans un bâtiment, dont le plafond laisse arriver l'eau, (|ui se déverse dans une multitude de rigoles et s'échappe par les trous qui y sont prati([ués. Tous les objets s(jnt éclaboussés et bientôt recouverts d'une légère couche pierreuse.
Plus b(»aux sont encore ceux que l'on fait avec les incrustations de Saint-Nectaire, dont les sources laissent déposer du carbonate de chaux beaucoup plus blanc et donnent des cristallisations beaucoup plus (nies, (l'est à Saint-Nectaire qu'a commencé en Auvergne l'industrie des camées et des médaillons. déjà connue en Ilalit!.
La source des Clélestins, à Vich\ , a donné lieu au dépM considérable connu sous le nom de Uocher des (Jélcstins et qui s(»rt d'ornement à une promenade de la ville : mais la plus grande partie d<» ce travertin se prolonge loin sous les maisons. 11 est très a(*tivement exploite.
Dans beaucoup de localités, le mouvement continuel de 1 eau cal(*arifcre forme des pisolithcs dans les lieux où tombe une cascad(* et où r(»au lourbillomie. Si la chute est assez consi<lérable, les urains, longtenq)s suspendus, peuvent acquérir un certain volume en si; clian:eant contimiellement de sources calcaires. Quand ils sont doemis trop pesants pour être ballotti's, ils tombent et sont airglutinés en masse par le dépôt
LKS APPORTS DES EAUX MJNÊHALES 187
calcaire. Dans les dépôts de Vichy, certaines assises sont pénétrées de pisolitlies qui parfois n'ont pas beaucoup moins d'un centimètre cube et -témoignent par ce volume d'une énergie remarquable dans le bouillonnement de l'eau. On assiste à Carlsbad à la production actuelle .des pisolithes et aussi à San Philippo, en Toscane, où ils sont connus sous le nom de confetti.
L'Italie est d'ailleurs très riche en travertins. Rome en a tiré ses plus solides constructions. La formation de cette roche étant surtout abondante auprès de Tivoli, autrefois Tibur, les anciens lui avalent donné le nom de tihurtinus, d'où travertino, travertin, par corruption. Les célèbres cascades de Tivoli coulent sur des couches de concrétions variant de 120 à i5o mètres de puissance. En Toscane, à San Vignone, le dépôt s'accroît de io centimètres d'épaisseur tous les ans, et à San Philippo, les eaux, qui se rendent dans un élang, construisent en vingt ans une assise calcaire de 9 mètres.
Les dépôts de (Carlsbad sont également d'une grande puissance. La plus considérable des sources, le Sprudel, jaillit avec bruit d'une voûte formée par ses dépôts, qui s'étendent sous une grande partie de la ville. Partout où l'eau a trouvé du vide, elle a donné lieu à des bancs disposés en couches minces et parallèles dont chacune provient d'un dépôt particulier.
Les sources de Hammam-Meskoutine, dans la province de Constantine sur les bords de l'oued Zénati (voir p. 162), sont justement célèbres pour l'importance el la maj^nificence de leurs concrétions. Les sources, dont la température est à 97** et dont les dépôts sont dus au sulfate et surtout au carbonate de chaux, s'annoncent au loin par les colonnes de vapeurqui s'en dégagent et a plusieurs centaines de mètres par une odeur sulfureuse qui ne devient jam^iis très forte. Lorsqu'on est assez près des dépôts pour les distinguer sous les vapeurs, on afperçoit un vaste espace hérissé dv cônes qui donne l'impression d'un douar de tentes. Les principales sources, haut situées, s'écoulc^nt en cascades sur les rochers blancs et roses qu'elles ont formés. Le sol résonne sous les pieds, de l'acide carbonique s'en dégage ; on sent de toutes parts la circulation de l'eau chaude. Les sources ont disparu de beaucoup d'endroits, 'abandoiuianl les cônes qu'elles ont formés et dont elles ont fini par oblitérer l'ouverture.
iSS INFILTUATIUN DKS KAl'X DK PLUIK
En Al^a'rio encore, mais à ao kilomètres sud-ouesl d'Oran. les sources thermales d*l[ammam-Bou-Hadjar (Bains Père« dos Pierres) so font jour à travers de longes fentes du terrain tertiaire. Les dépôts calcaires qu'elles abandonnent en s*évap> rant à Tair forment quatre bourrelets parallèles entre eux et dont trois ont une longueur de 5oo à i\i>o mètres, le quatrième de 200 mètres. La ligne de faite est sensiblement horizontale. ce qui donne de loin à ces dépots lapparence de hautes murailles.
Kn Asie, Paml)ouk-Ralcssi est riliérapolis dont Strabon disait merveilles.
« L'eau de ses sources a une telle disposition à se solidifier. à se changer en une espèce de concrétion pierreuse que les habitants du pays n*ont qu*d la dériver dans de petites rigoles (pratiquées autour (le leurs propriétés), pour ol)tenir des clôtures qui semblent faites d'une simule pierre. »
Le mot Pambouk-Kulessi. qui signifie Chdtenu de coton, fait allusion à la forme monumentale et à la blancheur des masses de travertin qui rendcMit la localité célèbre et excitent Tadmi* ration des voyageurs, a L'œil a peine à distinguer les gerbes d'eau des ^rroupes sédimentaires qu'elles ont produits, et ce n'est qu'aux reilets des rayons du soleil que l'on parvient a reconnaître le liquide ruisselant au milieu des incrustatioos immobiles mais étincelantes. Six de ces cascades se font remarquer entre toutes par leurs audacieuses proportions. La plus magnifuiue est celle qui descend de l'endroit où s'élève, sur la plateforme supérieure, le splendide édifice thermal des anciem. L<»rs(|u'on le contemple du bas de la plaine, on a devant soi un ainphithéalre composé de masses arrondies d'une éblouissante blancheur, brillant au soleil de mille feux comme une montagne de cristal... Mais si h* grandiose de l'ensemble du tableau saisit d'étonncment le voyageur qui le considère de la plaine, la surprise atteint son apogée lorsque, après avoir gravi les masses ondoyantes, on se trouve transporté au milieu d'une véritable scène de féerie. Là, ce sont des coupes, des amphores ; ici. de merveilleux bassins <|ue la nature a échelonnés en terrasses: ces formes étranges et gracieuses prennent souvent des dimensions colossales... Toutes ees'eouj)es, tous ces vases, dont le pinceau cl le ciseau s'eilbrceraient en vain de rendre la fantastique élé-
LES r.ALETS STIUÈS 189
gance, sont tantôt d'une teinte jaune uniforme, tantôt bariolés de nuances diverses simulant le jaspe, l'albâtre ou le porphyre ; une eau parfaitement douce les remplit généralement ; quelquefois, c'est un dépôt de tuf blanc, léger et vaporeux comme des bulles de savon. Au sommet du rempart d'où la cascade pétrifiée se précipite en larges lames qui ressemblent à autant de gerbes écumantes, on voit ces coupes alignées comme au cordeau. Souvent, elles sont frangées à leur partie inférieure et reposent sur un groupe circulaire d'immenses ciselures ; au-dessus de tous ces chefs-d'œuvres du grand atelier de la nature se voûtent, comme des coupoles de diamant, des masses globulaires d'un blanc de neige, qui semblent écumer et s'agiter aux reflets du soleil (*). »
Les sources ne donnent pas seulement lieu à des dépôts de calcaire. Les geysers déposent en abondance de la silice hydratée ou geysérite, roche vacuolaire, souvent très légère, qui incruste des coquilles, des plantes. On conserve au Muséum des bonnets et des gants d'Islandais enveloppés d'une couche pierreuse pour avoir été abandonnés quelque temps dans un bassin de geyser. Aux Etats-Unis, on a donné le nom de Fontaine architecturale à un geyser du Firehole autour duquel ses dépôts ont construit un véritable monument : le bassin a i5o pieds de diamètre. Sur une surface de plusieurs centaines de pieds s'étagent d'innombrables degrés semi-circulaires, magnifiques dans leurs détails. Autour d'autres sources, la silice s'est déposée également en élégants ornements, entourant les bassins de margelles ornées de perles qui, parfois, en se groupant, prennent des aspects de corail ou dv chou-fleur.
Il y a aux Açores, dans l'île de Saint-Michel, des sources dont la température varie de 20 à 97** centigrades et qui déposent des quantités considérables d'argile et de matière siliceuse. Celleci enveloppe tout ce qui se trouve en contact avec elle. On peut observer des plantes à tous les états de silicification et ron voit, par exemple, des fougères rapidement incrustées de pierre.
Le« galets striés. — La carte géologique des Préalpes vaudoises
(*) TchihatchcfT, Le Bosphore et Constantinople.
ï(f* INFII.TliATlMN U¥< KAIX l»K l'U'IK
alFerte une- zone relativement très largo à des formations superficielles qui y sont qualifiées de « terrain glaciaire ». Ce sont de« placages rPargile sableuse, dans laquelle sont novés d*înnomhrahles galets, la plu|)art calcaires, et qui. dans ce cas, présentent il leur surface des paquets de stries fines, disposées comme de* coups de burin entrecroisés.
Il y a bien longtemps maintenant que ces galets striés ont été remarqués, et Von peut dire (ju'ils ont constitué le principal argument a Tappui de l'origine glaciaire attribuée aux terrain* qui les renferment. Depuis Tépocpie dWgassiz, c'est comme un axiome que les glaciers sont S(»uls capables de strier les pierre*, et rillustre promoteur des études scientifiques sur ce grand cliapitre de la(iéologie a posé quelque part en fait qu*il suffit d'observer une seule strie sur la surface d'un galet pour qu'on soit en droit d'en conclure, sans autre examen, que ce galet e«t de formation glariaire.
A cet égard, il n'existait aucune divergence d'opinion entre lc»s géologues (le tous les pays, et il pouvait sembler téméraire de sotniiettre à une n<»uvelle étude un sujet sur lequel un accord aussi parfait (et aussi rare dans la science) avait été obtenu.
Cep(^ndant. durant une dizaine d'années, je fus constamment, et comnu* malgré moi. ramené en présence des placages caillouteux dont il s'agit: je les ai vus sous toutes sortes d'aspects. grâce à tle larges coupures faites au travers de leur masse par d(»s travaux considérables, routes, ponts, cbemins de fer, et je i\r m(» suis pas senti libre dv ne pas laisser les faits parler devant moi. J'ai bien vu «pir la conclusion allait être en dé.saccord avec les iilé(*> revue> et j'ai fait tout ce que j'ai pu pour me désintéresser de la (piestion. Mais elle s'est imposée à moi, et j'arrivai à comprendre d'une façon tellement nouvelle I origine et le mode (le formntion de ces dépots, (pi'il me parait inévitable qu'on fasse, en cons('(pience. subir un jour à la carte géologique une importante modillration.
Pour fixer les idées, nous pouvons tout d'abord choisir comme «exemple une localité où h» terrain (pii nous occupe se présente avtu' sa nett(»té maxima. (le sera, si on le veut bien, le lieu dit u Iji-Samnonl ». sur la rive gauebe de la baie de Clarens, juste au-dessous de Pacon»s>e, (pie domine le col de Sonloup, entre
LKS (JALKTS STHIKS lr)i
le mont Cubii et le mont FoUy. L'érosion pluviaire a, dans cet endroit, apporté sa collaboration à Tusurc torrentielle des bases, elle sol montre une falaise de plus de loo mètres, toujours avivée et sur laquelle apparaissent nettement tous les caractères de sa structure. Les galets, par milliers et milliers de milliers sont empâtés dans une argile grisâtre, pleine de petites pierrailles et de grains de sable quartzeux, dont la proportion varie d'un point à Tautre, mais qui ne manque nulle part. Leur nature est ordinairement calcaire, mais beaucoup d'entre eux ont une autre composition. Il y en a de gréseux ou de bréchoïdes, et plusieurs sont des roches cristallines spécialement de chloritoscbiste, de granulite à épidote et de serpentine (voir p. 45, (îg. i).
Quand ils sonl calcaires, ils sont très arrondis, mais de forme extrêmement variable et d'un poli dont la perfection est tout à fait remarquable. .
L'épaisseur totale de cette singulière formation est évidemment supérieure à celle que le décapage du sol a rendue visible. Il est difficile de l'apprécier exactement. Quant à la surface recouverte, elle est considérable et se poursuit sur les deux rives du torrent, de même que sur les flancs des vallons qui s'en détachent de piarl et d'autre. Le long de la baie de Montreux, ou Chauderon, et spécialement entre Glion et les Avants, comme entre les Avants et Chaulin, se présentent à chaque pas des faits du même genre.
Quand on peut embrasser d'un coup d'œil, ce qui suppose qu'on a pris assez de recul, une surface suffisamment large du terrain qui nous occupe, on est frappé de l'apparence d'uhe sorte de stratification incomplète, qui est riche en enseignements. Elle se trahit par un grossier alignement des galets dans une direction sensiblement horizontale et, dans plusieurs gisements, par une alternance très nette de zones a gros galets et de zones dont les éléments sont beaucoup plus fins : c'est ce qu'on voit, par exemple, au-dessous du lieu dit « En-Cornaux », auprès de Brent, sur la rive gauche de la baie de Clarens. Cette stratification, tout imparfaite qu'elle soit, est absolument contraire à la supposition glaciaire que nous rappelions il n'y a qu'un instant et suffit déjà pour faire admettre une modification nécessaire dans ce point de vue. Au contraire, elle rappelle
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€xactemont la disposition qu'on rencontre, pour ainsi dire d'une manière fatale, dans les accumulations dV'boulis.
C'est, en effet, comme on va le voir, à cette catégorie de dépôts que je nie suis vu contraint peu à peu de rattacher les placages de boue à galets calcaires des Préalpes vaudotses. Quand on recoupe une simple décharge publique, on est trè» frappé de voir que les matériaux quelconques qui y ont été vidés par (les tombereaux venant de points très divers, se sont régulièrement étalés les uns sur les autres, de telle façon qu'une coupe verticale, au travers de cette superposition désordonnée, donne comme une illusion de stratification régulière. 11 en est identiquement de même dans les deltas de bouc qui s'étalent dans les montagnes au débouché des gorges torrentielles. En plusieurs circonstances, j'en ai reconnu la structure en lits superposés, dont chacun correspond à un écoulement distinct. Par exemple, il est clair que la débâcle de Saint-Gervais-les- Bains a étalé, sur le delta déjà existant, une enveloppe nonvelle qui, sur une coupe verticale, serait bien visible. En outre, mais sur un plan secondaire, la dénudation pluviairc, alternant avec des éléments successifs d'éboulis, peut isoler, à la surface supérieure de chacun d'eux comme un cordon de pierrailles lavées des matières fines qui les séparaient et dessiner ainsi une grossière représentation d'un état de choses stratifié.
En tout cas, le glacier qui accumule sans trêve les matériaux de ses moraines ne saurait donner rien de pareil, et dans les formations vraiment glaciaires, comme celles des Vosges, Tabsente de stratification a toujours été considérée comme un caractère absolument distinctif.
Un autre ordre de considérations qui a fixé mon attention à maintes reprises et que je crois fécond en conséquences importantes, c'(*st (|ue les placages de boue à galets striés manifestent des liens évidents de situation avec des accumulations d'éboulis ordinaires, qui ont d'ailleurs avec eux un certain nombre de traits morphologiques communs.
C'est, par exemple, ce que l'on reconnaît, sous des formes variées, le long de la route qui va de GHon aux Avants. A maintes reprises, les reliefs du sol sont dus. suivant les altitudes relatives, tantôt aux amas de galets striés, tantôt aux masses
LES GALETS STKIÉS 19.3
d*ébouIis proprement dits. Jusqu*à 900 mètres environ, la route a mordu sur des placages à galets calcaires striés, mais plus haut, on trouve surtout des placages a blocs anguleux sans poli superficiel.
Le passage de l'un à l'autre de ces états est si ménagé que ridée se présente tout de suite qu'ils pourraient bien représenter deux phases successives dans une même série de transformations. En un point situé par 1 000 mètres, j'ai relevé une coupe remarquable, puisque, au-dessus de 6 mètres environ de placages à blocs anguleux, elle montre 3 mètres de placage à galets polis et striés.
Mais CCS faits se complètent par une autre série d'observations qui tendraient à faire prévoir que la forme du terrain, et surtout celle du substralum des placages, est liée à la structure de la masse et à Tétatdes pierrailles qu'elle renferme.
On avait fait récemment à En-Cornaux une tranchée pour le chemin de fer, devant aller de Vevey à Chamby par Blonay. Cette tranchée recoupe précisément >4es terrains à blocs dont nous avons vu la section naturelle sur les berges très escarpées de la rive gauche de la baie de Clarens. Mais ici, à quelques centaines de mètres du premier point, le sol est sensiblement horizontal et présente une grande stabilité relative. Les blocs calcaires, noyés dans la boue sableuse, ne sont ni polis ni striés; d'ailleurs. on remarque également tout de suite que la proportion de boue, par rapport aux galets, est plus grande que dans Tescarpement, bien qu'il s'agisse, sans aucun doute possible-, du même placage de matériaux récents.
Des faits du même genre, et plus nets encore, ont été observables pendant plusieurs mois, sur la route nouvelle de Blonay à Brent, où une longue et profonde tranchée avait été ouverte au travers d'un magnifique placage de boue à galets calcaires. Il se trouve, qu'au lieu d'intéresser ce terrain, comme dans les autres localités, tangentiellement aux flancs des montagnes, où l'on ouvre des routes avec une déclivité aussi faible que possible, on l'avait recoupé suivant une ligne de grande pente, et il en était résulté, à mon point de vue spécial, des enseignements tout nouveaux.
En effet, cette ligne de pente est très diversement inclinée
Stan. Meumek. — La pluie. i3
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suivant les points, et, tandis qu*clle plonge i-apidemenl sur le flanc du coteau, elle tend plus haut vers riiorizontalitë. Aussi retrouve-t-on, Comme a En-Cornaux, des allures dilTérentes des pierrailles incluses dans la bouc, qui sont polies el striées dans le premier cas, avec interposition de boue conjonctive et qui, dans Tautre condition, sont beaucoup moins émoussées et dépourvues de stries, avec excès de parties fines, qui conslituent même souvent de petits lits plus ou moins continus, rappelant la constitution des deltas boueux mentionnés tout à Theure.
Comme on ne saurait trop insister sur ce point, je mentionnerai encore un exemple qui montrera bien nettement qu'il n'y a pas striation quand les placages reposent sur un support dont la forme n'est pas favorable à des ^glissements. Il est procuré par les petites collines qui coupent Tliorizontalité de la vallée du Uliône. auprès de Novelle. On y voit des blocs de calcaire de toutes les dimensions, entassés sans ordre les uns sur les autres et dont les formes sont restées anguleuses. Cest une remarque dont nous pourrons tirer parti un peu plus loin.
Sans entrer dans un plus grand luxe de détails descriptifs, nous pouvons tirer de ce qui précède une vue qui semble rationnelle de l'origine des placages boueux des Préalpcs vaudoises. Dans les parties hautes de lu montagne, Tintempérisme réalise sans relâche la désagrégation des portions rocheuses exposées aux actions atmosphériques. Les débris résultants s'accumulent au pied des pentes et avec une abondance qui dépend du relief du sol autant que de sa nature pétrographique. Dans la région qui nous intéresse le plus en ce moment, c'est-à-dire dans les bassins hydrographiques du Chauderon et de la Tinière, la ({uantité en est parfois considérable. Ainsi, les débris provenant de la D(M)t de Jainan et de sa voisine, la Dent de Hautandon, comblent en grande partie le petit vallon de Jaman.
Le fond de cette dépressir)n est complètement masqué par un épais placage de débris de toutes les grosseurs, d'ailleurs parfaitement perméable, et au travers duquel disparaît le ruisseau, dé\ersoir du petit lac rappelé au jour à une certaine distance en contre-bas.
Ces placages d\'(/r(iva(s, comme on les nomme en plusieurs pays, continuent tout naturellement de subir les influences