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LES GALETS STRIÉS

-dénudatrices, et c'est précisément du fait de celles-ci que résulte la série de transformations que nous nous proposons de décrire.

Les eaux sauvages, c'est-à-dire celles qui ruissellent sur le sol, exercent d'abord un certain lavage sur les mélanges rocheux et en retirent les parties relativement fines, les parties délayables et les parties solubles. Sous leur action aussi, les blocs, d'abord anguleux, tendent à s'émousser progressivement.

Mais une portion notable de ces eaux filtre au travers des placages, et un volume relativement considérable, arrêté par les roches continues sous-jacentes, doit se constituer à l'état de nappe, très intermittente et très variable d'un point à l'autre. Elle use, sans aucun doute, le substratum rocheux et poursuit l'œuvre de l'abaissement progressif des montagnes sous le manteau des débris accumulés. C'est exactement ce qu'elle continuera à faire plus bas 011, malgré la persistance toute apparente de la pellicule de terre végétale, renouvelée en réahté à chaque instant, elle réalisera le même travail de corrosion souterraine.

En conséquence de ce mécanisme, les placages dont nous venons de voir l'origine descendent peu à peu sur le flanc des montagnes, amoindries elles-mêmes à chaque instant, et, en même temps qu'ils descendent, ils se modifient dans leur composition et dans leurs caractères extérieurs, par la perte de certains de leurs éléments, par le changement de forme et d*aspect de ceux qui subsistent.

Et c'est ici qu'intervient un phénomène de la plus haute importance qui a élé complètement méconnu, et qui détermine dans la masse la production des particularités qu'on a si inconsidérément rattachées à une origine glaciaire.

L'argile conjonctive des pierrailles est mélangée d'une, notable proportion de sable quartzeux, de façon qu'on peut très justement la comparer à la poudre d'émeri et à la « potée d'étain », dont les marbriers se servent pour polir les pierres. Si l'on en frottait les blocs calcaires qu'elle contient, on arriverait à leur donner un poli qui ne serait gâté que par les rayures produites en tnême temps par des grains quartzeux de volume trop considérable.

Or, ce qu'on obtiendrait ainsi artificiellement, la Nature le réalise d'une manière extraordinairement simple. En eflet, l'eau

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qui circule dans la masse y trouve, en très grande abondance, une fine poussière calcaire provenant de la trituration des roches et, comme cette eau est chargée de la proportion d*acîde carbonique qui ne manque jamais dans Teau de pluie, elle dissout ce calcaire et Tentraîne au dehors.

Ce premier fait est contrôlé à chaque pas, on peut le dire, par la frrande propension à l'incrustation des sources qui sortent de toutes parts des placages boueux. Dans tous les points précédemment mentionnés, on voit des travertins calcaires signaler les f^^riffons d'eaux fournies par les placages, et parfois ces travertins prennent des dimensions considérables. C'est ce cjue nous voyons aux Avants (à la « Tuffière » et ailleurs) : c'est ce que nous retrouvons entre (îlion et Territet, entre En-Cornaux et En-Saumonl, au lieu désigné sous le nom de Scex que Ppliaa ou Pierre qui Pleut. C'est ce qu'on voit également à Ureiit. où d'énormes masses de tuf calcaire ont été recoupées, ou encc>rc (car nous sommes bien loin d*épuiser ainsi la liste quon pourrail dresser) sur la rive droite de la baie de Clarens. en plusieurs points (|ui ont fourni, comme les autres, des pétrifications éléfrantes, animales et végétales. La masse de calcaire retiré des placages par ce procédé presque occulte est donc gigantesque.

Mais on ne peut concevoir cette soustraction sans reconnaître en môme temps qu(^ le terrain qui la subit doit éprouver du mrme coup un tassement continu. Il est dépourvu de toute cohésion et, par conséquent, il se refuse à la production de vides dans sa ma>se. Il faut donc qu'il comble au fur et à mesure tous les délicils de matière, et il en résulte au propre une véritable friction des blocs par la boue qui les enveloppe : une friction analoirue à celle que le lapidaire réalise sur les blocs de marbre ipril travaille.

\oici d(»ne. sans hy|)olhese. expliquée dans tous ses détails la structure des plaraires. parvenus au maximum de leurs caractères, e\'>l-ii-dir«* appauvris en fine matière conjonctive el ne renfermant plus, en fait de blocs calcaires, que des galets polis et striés.

Il n'est pas iinitilc. à cette occasion, d'insister sur la difficulté qu'aurait du rencontrer l'assertion que la striation des galets est le fait des ::laciers quaternaires. En ellet. {K)ur qu*un «galet

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soit strie par un glacier, il faut de toute nécessité quil occupe une situation très particulière et évidemment exceptionnelle. Il faut qu'il soit pincé entre la glace dans laquelle il est enchâssé et le substratum rocheux : strié par la roche en place, il la strie en retour et y trace même parfois les cannelures et les « coups de gouge )) qui sont si caractéristiques. Comme le galet peut tourner sur lui-même au cours de son travail, on conçoit qu'après avoir reçu un certain nombre de stries dans un sens déterminé, il en reçoive dans un sens différent. Mais il n'y a pas beaucoup de chances pour que ces vicissitudes soient très nombreuses et, d'habitude, un galet qui a reçu une strie plonge dans la masse de glace et se trouve soustrait dès lors à tout burinage ultérieur. En somme, les galets striés ne sauraient être qu'une minorité infime parmi ceux que le glacier accumule dans ses moraines, et quand on visite celles-ci (je parle expressément des moraines des glaciers actuels), d'ordinaire, on n'en rencontre pas un seul.

Or. les placages de boue caillouteuse des Préalpes nous procurent tout autre chose, car, non seulement tous les galets calcaires y sont striés sans exception, mais tous présentent des paquets de stries dans les directions les plus diverses. Enfin, on y trouve des stries, non seulement sur les parties saillantes et qui auraient dû seules porter sur le substratum rocheux, mais même dans des parties concaves de la surface, c'est-à-dire là où la friction des rochers extérieurs ne pouvait évidemment pas se faire sentir.

Il ne faut pas oublier que plusieurs géologues se sont préoccupés d'expliquer l'abondance des stries à la surface de certains galets glaciaires, et Ilogard a émis à ce sujet des vues qui ont été adoptées tout de suite par Ed. Gollomb et rééditées bien plus tard par M. Faisan et même par M. Schardt. Elles consistent à rattacher le phénomène aux pressions exercées par un glacier sur le lit de matériaux interposés entre lui et la roche en place sousjacente et (|ui est désignée sous le nom, fréquemment employé, de moraine profonde. Il est incontestable que ces débris, de toutes grosseurs, soient charriés en une masse plus ou moins cohérente, (|iii a à subir à la fois la compression du glacier superposé et la friction dé la roche sous-jacenle ; mais il faut reconnaître aussi que chaque /.^alet, pris à part, n^ëprouve pas toujours

I<.)8 INFII.TBATION DKS EAl'X UK PLUIE

le frottement des galets voisins ni môme celui des grains plus petits contenus dans la boue conjonctive. En conséquence, il peut être strié, mais il ne lest pas nécessairement et. de (ait. dans les portions, d'ailleurs restreintes, où Ton peut obsener les moraines profondes actuelles, les galets striés ne sont qu*eQ infime minorité dans le nombre total.

Le plus souvent, au lieu de moraines vraiment actuelles, au sens absolu du mot, ce sont simplement des moraines très récentes qu on observe, comme en avant des glaciers de Rosenlaui et de Grindelwald. Mais leur récence n'est pas telle que ces moraines n'aient déjà subi, comme les moraines quatemaire.4. les actions ultérieures, indépendantes des glaciers, et auxquelles nous attribuons la striation.

Ce qui nous autorise pleinement à formuler cette opinion. c*est que parmi les points où, dans les Vosges par exemple, se rencontrent les galets striés, sont, non seulement des moraines profondes, mais aussi des moraines frontales, comme à Wesserling et à Saint-Aniarin ; des moraines frontales qui n*ont pas été écrasées par leur glacier et pour lesquelles le mécanisme de stria* tion proposé ne convient en conséquence aucunement.

Cette remarque, qu'on pourrait répéter pour des pays très nombreux et très divers, s'applique tout spécialement à la région bavaroise, à cause des belles études dont elle a été Tobjel de la part de Zittel. Celui-ci, décrivant le pnysafjr morainique au sud de Munich et ayant constaté que tous les galets calcaires sont striés dans la moraine profonde, ajoute à l'égard de la moraine frontale : u Les débris calcaires et, en partie aussi, les blocs et les cailloux de i;ros v sont forcément striés et ont évidemment clicniiné de la moraine profonde jusqu'au bord du glacier. » Cet é\idoininent » e>t le complément du calme avec lequel Tauteur recoiinait, inconsciemment d ailleurs, (|ue la moraine frontale ne contiendrait nurun galet calcaire si la moiaine profonde n'était pas là pour lui en fournir.

Kniln, il faut nuonnaître cjue les \ raies moraines profondes des temps ({uatrrnaires. «• est-à-dire les cailloiitis éparpillés entre deux MKM'aines frontales successives d'un même glacier en voie de diminution, ne présnitenl d ordinaire aucune strie. On dira qu'ils ont été dépouillés do la boue qui les protégeait contre

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