‹ Histoire géologique de la pluieChapitre 30 sur 62 · LES GALETS STRIÉS 19O · texte numérisé non relu

LES GALETS STRIÉS 19O

rintempérisme, mais on peut penser, avec autant de vraisemblance, qu'ils n'ont jamais été dans des conditions favorables à la stria tion.

Ces considérations ne sont pas inutiles ici, et nous avons le devoir d'y insister, puisque c'est, comme l'on sait, la découverte des stries qui constitue le principal argument en vertu duquel on qualifie de « glaciaire » le terrain à pierrailles des Préalpes vaudoises, et il est évidemment de la plus haute importance de constater que cet argument ne signifie aucunement ce qu'on a prétendu lui faire dire.

Reste à donner au processus de slriation par voie de dénudation souterraine, la sanction irréfutable qu'on est en droit d'exiger pour lui. Elle nous sera procurée par une application convenable de la méthode expérimentale.

La pression dont nous pouvons disposer dans un laboratoire étant très faible, comparée à celles qui, dans la Nature, représentent le poids des massés caillouteuses se tassant peu à peu, il est indispensable d'employer, pour joqer le rôle des galets calcaires, des objets beaucoup plus faciles à entamer. Après diverses tentatives, je me suis arrêté à des galets de plâtre qui, malgré ce qu'on pourrait supposer tout d'abord, sont éminemment propres au but poursuivi. Pour les obtenir facilement, et avec le degré désirable de poli, je coule du plâtre à mouler très liquide dans des ballons de verre à panse sphéroïde ou ellipsoïde (matras d'essayeur), que je brise avec précaution après la prise.

En second lieu, pour réaliser des tassements énergiques et rapides, et pour représenter le calcaire qui, dans la Nature, est dissous lentement par les eaux, je mélange au sable quartzeux, dont les grains doivent agir comme burins, une proportion suffisante d'une poussière soluble dans l'eau. Enfin, je dispose les choses de façon à pouvoir développer, non seulement un tassement de haut en bas, mais des déplacements obliques à la verticale.

L'appareil consiste en une caisse rectangulaire de /|0 centimètres de hauteur sur io centimètres de longueur et 20 centimètres de largeur. On place à son intérieur, et en contact avec l'une ou l'autre de ses parois, suivant les cas. un ou plusieurs coins en bois, qu'on pourra enlever lentement ou brusquement

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au cours de rexpérience. de façon à provoquer des glissements latéraux. La caisse est remplie d'un mélange d*un volume de sable quartzeux de calibre approprié avec un à deux volumes de gros sel de cuisine. Souvent j*ai recouvert le fond de la caissedf plusieurs centimètres de sel sans mélange de sable. Pendant le remplissage, OH dépose dans la masse les galets de plâtre, qu'on protège d'ailleurs de tout froltemonl étranger à Texpérience en les enveloppant d*iine zone de sel liumide. Une fois la caisse j)leine, on recouvre le contenu d'une plancliette qu'on surcharge d'un poids de vto à 3o kilogrammes.

Pour provoquer le glissement, on fait arriver de l'eau au contact du mélange, tantôt sous la forme d'un jet de robinet ou dune pluie d'arrosoir, tantôt par immersion de la caisse dans un réservoir. Le sel se dissout et la matière s'écroule; on retire les coins, avec une allure variable d'un ras à l'autre cl, pour mettre fin à Texpérience, on n'a qu'«i retirer le poids et à ouvrir une porte latérale par laquelle s'écoule lentement le sable sous l'action d'un Iilel d'eau.

Les blocs dv. plaire, bien lavés et dessécliés. se prêtent à un examen intéressant : on peut en résumer les conclusions en (constatant qu'il cadre exactement avec celui des galets naturels. Les stries ont en général quelques millimètres de longueur et sont rectilignes : elles commencent toujours et elles finissent souvent en pointe. On reconnaît parfois (pie le petit burin a (|uitté le bloc pour le reprendre dans la même direction, après un «glissement plus ou moins long. Très souvent, on trouve plusieurs stries qui se sonl réunies en un fiiisceau, avec une direction commune. Le ini*m(* sj)écimen renferme ordinairement des stries de «lirections très dilférentes et (jiii peuvent s'entrecroiser sous des aiii^^les (|uelcon(|ues. Aux stries fines sont associées d'ordinaire, comme sur les galets naturels, des stries plus grosses, et même des traces pareilles a celles que produit une compression sans glissement : c'est un acbeminement vers la reproduction des a galets impressionnés » qui s'est réalisée dans <|uel(|ues expériences, mais sur laquelle je n'ai pas à insister en ce moment.

(Cependant, le poli n'a pu être imité, et même le poli primitif a été diminué: mais cela s'e\pli(|ue j)ar la nature du plâtre et

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par le peu de durée de rexpérience. Ajoutons d'ailleurs que si les produits artificiels sont beaucoup moins riches en stries que les galets naturels, il est clair qu'on les enrichirait indéfiniment par une prolongation ou par une répétition suffisante de l'expérience.

Les mêmes essais, dont il suffît d'indiquer ici l'esprit général, ont permis d'aller encore plus loin dans l'interprétation des faits naturels. En mettant dans l'appareil des plaques de plâtre, obtenues par moulage dans une cuvette de porcelaine et en conséquence parfaitement polies, on les a couvertes de stries en différentes directions. On a même obtenu ces stries saccadées que les glacialistes ont regardées comme particulièrement caractéristiques. Ces divers résultats ne sont d'ailleurs pas aussi faciles à obtenir qu'on se l'imagine volontiers ; et, par exemple, on n'a réussi qu'à la condition d'employer un sable bien serré, c'est-à-dire dont les grains soient maintenus en présence les uns des autres et mis dans l'impossibilité de tourner aisément sur leur centre. Dans ce dernier cas, en effet, un grain de sable ne fait pas de stries ; il ne touche le plâtre que d'une façon intermittente et y laisse des ponctuations plus ou moins équidistantes.

II résulte de ces faits, qui montrent que le striage peut être réalisé sur des surfaces calcaires immobiles par le tassement progressif des placages sous Tinflucnce de la dénudation souterraine, qu'on ne peut pas plus invoquer le témoignage de ce striage que celui des galets eux-mêmes, pour affirmer l'origine glaciaire de la région où ils se présentent.

On doit même faire une remarque complémentaire qui a des conséquences importantes. C'est que le poli et la striation des roches calcaires sont des caractères éminemment fragiles, qui tendent à chaque instant à se laisser efTacer et qui doivent constamment être rétablis par le mécanisme que nous avons décrit. De telle sorte que, si, conformément aux idées généralement admises, les polis et les stries étaient dus aux anciens glaciers, c'est-à-dire dataient de l'antiquité des temps quaternaires, il y a bien longtemps qu'ils auraient disparu du fait de la circulation de ces eaux souterraines, qui se trouvent, au contraire, en être les artisans. C'est bien à tort, par exemple, qu'en trouvant des surfaces polies et burinées sur des roches calcaires, telles que celles

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de Lourdes, débarrassées dans un but architectural des terrain» superficiels, on a pensé que ceux-ci les avaient préservés de la dénudation depuis « Tépoque glaciaire ». On les a, au contraire, privées désormais des agents préposés à leur entretien.

La conclusion de nos études sur le terrain à galets striée des Préalpes vaudoises esl donc extrêmement nette. Elle peot avoir d'autant plus d*intérêt que, sans aucun doute, on l'appliquera sans variante à. une foule dautres régions qui présentent les mômes particularités géologiques. On peut la formuler en disant que ce genre de formations ne se rattache aucunement a lorigine glaciaire qu'on lui attribue universellement : c'est, an contraire, un produit, toujours on voir de renouvellement, delà dénudation souterraine.

Mais on ne peut articuler une semblable assertion sans «e préoccuper de ses conséquences, et, tout d'abord, il convient de rechercher comment die s'accorde avec les idées jusqu'ici reçue» sur riiistoire idéologique de la région qu'elles concernent. Or, il faut répéter c{ue la principale raison pour adirmer l'ancienne présence des glaciers dans les gorges de la Veveyse, de la baie de Clarens. du Cliaudcron, do la ïinière, c'est la présence, sur leurs flancs, des placages de boue ù cailloux striés. Cette présence perdant sa signification ot lo terrain dit glaciaire devenant un terrain d'éboulis. doit-on pour cela renoncer à croire que le u grand glacier du Uhono » u jadis reflué dans les vallées qui viennent d'être nommées? S'il en était ainsi, il n*v aurait plus de rjiison pour attril)!ier à ce glacier i ooo mètres d'épaisseur par lo travers du lac Léman et, do proche en proche, il faudrait dimiinior oonsidérablement l'actif de la « période glaciaire ».

En oxaminant l'état dos choses, on reconnaît d'abord que le gisement mrmo dos placages no cadre pas aussi bien avec la doctrine (luon so plaît à lo ropélor. Ils s'élcvent jusqu'à i ooo mètres, il esl vrai, mais cotto altitude ost loin do les rencontrer partout et on ne comprend pas comment les moraines latérales qu'ils constituent, dans et^tle manière de voir, manquent dans une foide do points oii l:i Lrlaeo aurait pu parvenir comme ailleurs. Du reste. (|uand on descend vers lo lae. on voit bientôt tout vestige de uralels stries disparaître, et eesl une chose bien inexplicable, ear le j^laeior, on so rapetissant, n'aurait pas manqué de

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. laisser la trace de toutes ses dimensions successives, par des lambeaux du terrain qu'il édifiait sur ses bords. En réalité, dès qu'on atteint le niveau de la mollasse, on ne voit plus rien de comparable à ce que montre, avec tant d'abondance, la zone des calcaires crétacés et jurassiques qu'on rencontre plus haut.

Les galets striés se présentent incontestablement comme des matériaux descendus des sommets voisins et aucunement comme des blocs venant de loin et qui auraient été charriés transversalement .

Il est vrai, et c'est un point sur lequel les glacialistcs insistent volontiers, que si la grande majorité de ces galets est de la même substance que le substratum du bassin hydrologique dans lequel on les recueille, une portion se rapporte cependant à des roches toutes différentes et dont on ne peut trouver le gisement originel que dans les parties les plus hautes de la chaîne des Alpes.

C'est ainsi que dans la région que nous avons surtout en vue dans ce qui précède, on rencontre, de côtés et d'autres, à la surface du sol, des blocs plus ou moins gros d'un poudingue rougeâtre, identique à celui qui affleure dans la vallée du Rhône, audessus de CoUonges, près d'Evionnaz. Il en est qui sont faits du poudingue éocène de Ghaussy, près des Ormonts, et c'est le cas pour un bloc qui gît à i /5 7 5 mètres d'altitude, à 5o mètres audessus d'un petit chalet sur le sentier qui conduit de Cau à Chamosallaz. Dans la vallée de laTinière, ce sont des poudingue» de Vallorcines qui se présentent en blocs disséminés ; ils y sont en grand nombre et spécialement autour des Clavons, à i 000 mètres environ d'altitude.

Les géologues ont beaucoup discuté pour expliquer le gisement de ces matériaux. M. le D' II. Schardt écrit à ce sujet: ce On est surpris à juste titre de trouver ces blocs aussi haut dans la vallée, en un point où l'arête de Naye a i 700 mètres d'altitude et celle du mont d'Arvel i i)3o, au signal de Malatrait. Le point 1718 de l'arête de Naye, les blocs erratiques et le signal de Malatrait se trouvent exactement sur une ligne droite. Or, il n'est pas admissible que le glacier soit venu par l'arête de Malatrait, qui a encore i Goo mètres, à 2 kilomètres au S.-E., hauteur que le glacier n'avait pas dans cette région. Il est ainsi probable que la gluce du grand glacier a réellement refoulé celle

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(lu petit affluent de la Tînière en formant une sorte de golfe dans la vallée. »

Pour le bloc qui gtt entre Cau et Chamosaliaz, il présente des réflexions analogues : « Ce bloc, dit l'auteur, est le plus élevé que nous ayons remarqué parmi ceux appartenant certainement an glacier du Illione. Plus haut se trouvent encore de nombreoi blocs calcaires qui peuvent Htc attribues au glacier local. On pourrait attribuer ce bloc de poudingue éocènc au glacier de rilongrin. ailluent de celui de la Sarine, et qui charriait presque exclusivement des blocs de cette roche. Etant donne que le col de Jaman n'a que i 485 mMres d'altitude, c'est-à-dire 10 mètres seulement de plus que le bloc observé, il se pourrait que le glacier de THongrin eût dépassé le niveau de ce col ; mais dire ({uil ait franchi le col de Jaman et déverse ses blocs cl ses graviers sur le glacier du Uhone, c'est là une supposition qui n'est guère probable. En effet, sous quelle impulsion auraii-il pu remonter l'étroit vallon de Jaman pour arriver sur le versant occidental du mont Cau ? On peut donc admettre avec certitude (|ue ce bloc de llysch des Ormonts a été déposé là par le glacier du Uhnric, et que celui-ci a atteint et dépassé peut-être le niveau de I /i^f) mètres. »

Mais il semble que la question comporte une solution beaucoup plus simple et qui a, à nos yeux, le mérite de concorder avec celle qui s'est appliquée à l'histoire des galets striés. C'est que le transport des blocs s'est eifectué par simple éboulemeot 1(* long des p(*nles, dont le profil s'est ilejmis lors profondément inodiiîé en conséquence des progrès de la dcnudation subaérieime.

On ne peut (ju'étre très frappé, en effet, de lénergie avec la(|uello le sol des Préalpes vaudoises est travaillé par les agents de la dénudation aqueuse, et, dans cette direction, une attention spéciale doit être accordée au mode: d'action des torrents. En voici im exemple particulièrement bien choisi.

La montagne des Pléiades, (jui domine Vevey, et dont la constitution géologi(|ue, comme les particularités techniques, a fourni aux savants suisses la matière de recherches intéressantes, est bien comme des touristes. Quand on la regarde de Vevey, cest-à-dire du S.-O., on est frappé de la profonde écorchure

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verticale qu'elle présente, toujours maintenue à vif et dont la couleur blanchâtre contraste avec le vert foncé des bois qui 8*étendent sur ses flancs. Cette écorchure est un ravin à parois abruptes, dont le mode de formation jette du jour sur un phénomène fréquent dans les montagnes : on peut y saisir, en effet, l'allure énergique que présente, dans les circonstances favorables, la régression des torrents.

Au fond de ce ravin coule un filet d'eau qu'on doit regarder comme la source principale du ruisseau désigné sous le nom d'Oyonnax et qui, après avoir passé aux Chevaleyres-Devant et à Blonay, se jette dans le lac Léman entre Vevey et la Tourde-Peilz. Ce ruisseau n'a qu'un très faible volume, sauf au moment de la fonte des neiges où il est plus abondant, mais seulement un temps très court, et sans jamais atteindre un débit très considérable. Aussi est-on frappé du travail énorme qu'il a réalisé sans qu'on puisse lui supposer d'autre collaborateur que l'eau ruisselant sur le sol à chaque pluie.

La vue du ravin donne l'idée d'un trait de scie, qui menace de couper la montagne en deux parties. Ce travail se propage très visiblementde la base vers le sommet des Pléiades, qui n'est pas encore atteint, mais qui ne sera pas longtemps indemne. C'est donc bien d'une forme particulière de la régression des torrents qu'il s'agit ici.

En l'étudiant de près, on lui reconnaît une série de traits de détail qu'on retrouve dans des accidents nombreux, situés dans des régions très diverses. On en conclut que si l'on a aflaire ici, sans conteste, au phénomène banal du ravinement des montagnes par les torrents, les choses s'y présentent avec une netteté qui en rend l'interprétation exceptionnellement éloquente.

Par exemple, le pied du ravin est un point de départ pour des traînées de boue avec fragments calcaires, qui vont se déposer, à des niveaux inégalement distants, dans les régions les plus basses. Elles nous font assister à la production de ces placages boueux, regardés comme glaciaires par les auteurs de la Carte géologique de la Suisse.

Or, celte disposition des choses rend facile à comprendre, sans l'intervention de glaciers gigantesques, la situation de blocs

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(le roches parfois tn^s gros sur un sol très différent d'cux-mi^mn et dans des points qui sont séparés de leur gisement prîmîlifpar des sillons très profonds. En effet, des blocs qui sont desrendus sur le flanc n(»rd des Pléiades seront avant peu sépares de leur lieu d'origine par ce sillon d(^s Chevalevres, destiné sans aucun doute à disjoindre deux sommets aux dépens de la montagne aujourd'hui unique. On sera alors tenté, pour rendre compte de leur gisement, de supposer l'existence passée d*un glacier qui aurait comblé rintervallc et fait un pont sur lequel les blocs auraient été charriés. On voit à quel point cette supposition peut être inexacte. C'est cependant celle qu'on fait à chaque instant dans des conditions analogues et dans ce môme pays des Préalpes vaudoises. pour expliquer le gisement sur la mollasse de blocs pnivenant des chaînes centrales.

Il faut se mppeler que les sillons ouverts maintenant, sont, en général, d ùgo très postérieur à celui du soulèvement du sol, et que le jeu des cours d'eau de tous ordres, depuis les ruisseaui jusqu'aux torrents, consiste à débiter. la surface du sol en segments séparés les uns des autres par des traits de scie plus ou moins orthogonaux, dont la multiplicité amène progressivement un abaissement général du pa\s.

On a souvent été très éloigné de bien comprendre ce mécanisme, cependant si évident en tant de lieux, et auquel se rattache la production d'innombrables cols accidentant les chaînes montagneuses de structure homogène. Pour l'appliquer tout spécrialomcnl ù notre sujet, nous pouvons considérer l'ensenible des sommets (pii, parallèlement à la rive droite du Rhône, comprend la l)<'nt (le Jaman, les rochers de Nayc, ChamossaîreetU cime des Diablcrcls avec 3 5i5i mètres d'altitude. Aujourd'hui, tous CCS points sont séparés par des cols profonds, dans chacun desquels coule un torrent. Mais il est facile de s'imaginer que, par un C(>iiil)lemcnt convenable, toutes ces dépressions soient supprimées et (|ue le profil découpé d'aujourd'hui soit remplacé par une pente continue le long de la(}uelle la descente progressive des « égravats » ne rencontrerait aucun obstacle. L'ouverture ultérieure d(»s cols est venue accidenter la surface primitive* en coupant la communication entre les points de départ el les points d'arrivée actuelle des charrois pierreux.

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Sédimentation souterraine. — Par sédimentation souterraine, j'entends la constitution au-dessous de la surface du sol, et parfois fort au-dessous de cette surface, de strates parfaitement réglées et pouvant être en concordance avec les masses sousjacentes comme avec les masses superposées, — tout en étant plus récentes que les unes et que les autres.

Suivant moi, un^certain nombre d^assises d'argiles, de sables, de rognons pbospliatés, de débris fossiles, comme les bone-beds reconnaissent ce mode de formation. Leur âge, comme assises distinctes, n'est donc pas intermédiaire, comme on le croit généralement entre celui de la couche qui les supporte et celui de la couche qui les recouvre, mais postérieur à ce dernier et quelquefois de beaucoup. D'un autre côté, leur nature spéciale n'indique pas, comme on l'a pensé souvent, une constitution exceptionnelle du milieu de sédimentation au moment de leur dépôt, el il est facile de démontrer qu'en divers cas, ce résultat présente une grande portée.

Dans une éprouvettc à pied, du type dit éprouvclle à dessécher, on dispose, sur quelques centimètres de hauteur, de petits crains de quartz qu'on recouvre d'un mélange intime de carbonate de chaux précipitée et d'oxyde de fer magnétique, Tun et Tautre en poussière très ténue : ce mélange est d'un gris très clair. Après lui avoir superposé plusieurs centimètres de sable <|uarlzeux, on y fait arriver de l'eau très faiblement additionnée d'acide chlorhydrique(').

Le liquide, après avoir filtré au travers du sable, arrive au contact de la couche grise, dissout le carbonate de chaux et immédiatement on voit apparaître un étroit liséré noir, composé de fer oxydulé, débarrassé de la poussière blanche à laquelle il ^tait associé. Peu à peu, ce liséré qui n'est que la tranche d'une mince couche, va en s élargissant et bientôt l'éprouvette montre, soys le sable, une couche noire, reposant avec la plus grande régularité sur la couche grise.

Evidemment, si l'on n'était pas prévenu, on penserait que le -chargement de l'éprouvette s'est fait en quatre fois : qu'au-dessus

(«) Sttnivlis Meunier, C<*mptes r.ndus de l'Acidérnic des sciences, 1S98, l. CXXVH, p. 676.

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du quartz en grains, on a niîs une couche grise, puis aof couche noire et enfin le sable quartzeux supérieur ; que, par conséquent, Tage de la couche noire est intermédiaire entre ceux de la couche grise et du sable qui couronne rensemUe.

(]e seraient autant d'erreurs <|ue d'assertions et je ne crain« pas de dire quOn en commet souvent d^analogues en stratigraphie.

Pour rapprocher de la Nature les conditions de l'cxpcrience. j'ai substitue dans réprouvette au mélange de carbonate de chaux et de fer oxydulé, la poussière obtenue par la désagrégation du calcaire oolithique de Lorraine. Le résultat a été bien significatir, car, à la partie supérieure de la couche ainsi produite, et qui axait été recouverte d'une notable épaisseur de sable quartzeux, il s'est constitué un lit parfaitement réglé qui semble tout d'abord navoir aucun rapport avec la poussière calcaire. Or, il va de soi que cette argile est h» résidu de la dissolution lente du calcaire ; elle se produirait aussi bien par l'action de l'acide carbonique (|ue par celle de Taeide chlorhvdrique.

L'expérience répétée avec la poussière de la craie brune de Beauval (Somme) donne lieu à la production d*un sable de phosphate oolithique de chaux, sous le sable quartzeux et sur la craie non encore altérée, reproduisant la disposition observée dans des gisements naturels très nombreux.

Enlin, j'ai pu aller plus loin et constituer toute une sédimen* tation souterraine, bien plus (M)nq)liquée et dont Tage relatif de ses élémenls constitutifs est précisément l'inverse de ce qu'il semblerait devoir être à première vue.

Sur la couche inférieure de grains de «piartz, que nous appellerons 1, parce (|u'elle est la plus ancienne, on met des lits de carbonate de chaux pur, en farine, mélangés successivement : la couche n" 2 à des paillettes de mica, la couche n° 3 à des grains de fer oxydulé, la couche n" 4 à des grains de pyrite de fer. la couche n° 5 à des grains de pyroxène. Le tout est recouvert de sable quartzeux couche n'' i], et l'on fait agir le dissolvant.

Au cours de la dissolution du calcaire contenu dans la quatrième couche, et pendant (|ue la couche reste immuable avec

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son n" 5, on voit se produire un lit de mica, qui ne représente plus d'ailleurs, quand il est bien purifié, qu'une faible partie de l'épaisseur du mélange et qui mérite le n** 6, étant plus récent que le n** 4. Puis, la couche n" 3 se transforme en couche n" 7 par la perte de son carbonate de chaux et la concentration de sa pyrite. La couche n** 2, par la même transformation, devient la couche de pyroxène n" 8.

Pour que Texpérience réussisse, il faut que le liquide puisse facilement circuler et Temploi d*une éprouvette à tubulure inférieure est donc indiqué. On peut, de temps en temps, remplacer le liquide acidulé par de Teau pure, qui entraîne le chlorure de calcium produit et prévient le colmatage des couches.

A la fin, l'éprouvette, rapprochée d'un témoin non soumis à Tacide, contraste extrêmement avec lui ; au lieu de trois couches épaisses et grisâtres, fort analogues entre elles pour Taspect, elles montrent entre les lits quartzeux inférieur et supérieur, trois lits, très minces, de substances fort diverses et il semblerait tout d'abord qu'il n'y a aucun rapport entre les deux.

Nous n'avons plus à insister sur ces résultats avec la disposition des biefs de Picardie et de toutes les sub&tances analogues. dont l'isolement souterrain sous la forme apparente de sédimentation normale est du sans restriction à la pluie successivement infiltrée dans le sol.

Génération, par la pluie infiltrée, d'une espèce minérale spéciale: la zoésite. — Il est infiniment remarquable que la structure de certains corps enfouis exerce autant d'influence que la composition des liquides d'infiltration sur la minéraUsation de ces corps eux-mêmes.

Voici à cet égard un exemple bien constaté, à côté duquel on pourrait en citer beaucoup et qui semble montrer qu'une matière ayant été organisée, quoiqu'elle ne représente maintenant qu'une substitution intégrale d'une substance à une autre, jouit de la faculté de donner à la matière de remplissage une structure tout à fiiit spéciale et jusqu'à une forme cristalline particuUère.

Supposons une assise de craie blanche ordinaire, c'est-à-dire

Stan. Meumer. — La pluie. lA

2IO INFILTRATION DKS KAi:X DK FUIE

le produit de fossilisation dune houe à globigérines datant d*uoe époque fort antérieure à la notre et par exemple d*antiqiiilé sénonienne. Les eaux qui n'ont pas cessé de circuler à traven ce type de dépôt abyssal y ont réalisé de considérables et nombreuses modifications. Bornons-fious à considérer ici les déplacements et les transformations de la silice. Celle-ci, d'abord répandue dans la masse vaseuse à Télat de gelée très hydratée et par conséquent très mobile, s'est concrétionnée autour de certains centres d*attraction et y a constitué des nodules ou rognons de silex. Cotte élaboration a compris toute une série de temps successifs, dont on peut retrouver quelques étapes. D*abord. il y a eu substitution à la substance crayeuse, on peut dire molécule à molécule, car la structure en a été conservée d'une manière invraisemblablement précise et délicate : au point que des lames minces montrent au microscope des sections de foraminifères parfaitement délerminables, malgré leur nature complètement siliceuse.

On verra des rognons siliceux (|ui, en grandissant petit à petit, ont empalé de gros fossiles comme des Ananchyies qui sont presque entièrement formés de calcite, on peut dire chimi* quement pure et clivable en une infinité de rhomboèdres parfaits. Il ne faudrait pas, comme quelques naturalistes le font. croire que ces échinodermes sont restés calcaires ; et naturellement, les fauteurs d'un pareil barbarisme colportent leur errenr avec une certaine arrogance. C'est que, pendant leur vie, let tests d'oursins, comme les coquilles de mollusques, et bien d'autres fossiles, ne sont point du tout composés de calcite, et la première lame mince d'un individu iHvanl le démontrera surabondamment ('). Il est impossible de comprendre que les fonctions de la vie puissent s'accomplir dans un tissu cristallin ; mais la matière organique du test a été décomposée et remplacée par de la chaux carbonatée parfaitement cristallisée.

En mèuK» temps, tout le vide de Toursin, comme sa partie extérieure empâtée dans le rognon siliceux, s*cst entièrement rempli de pierre à fusil, et môme dans sa région centrale, il

0) Stanislas Meunier, Memnrias dcUe Academin de Cieneias de Barcelone, 1918,

vol. \in, i>. ViS.

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