RÔLE DE LA PLUIE DANS LA FONCTION BIOLOGIQUE
Toutefois, il reste à concevoir sous quelle influence ce grand perfectionnement de la machine naturelle a été accompli.
Or, sans entrer dans des détails qui nous entraîneraient bien vite en dehors de notre sujet, il est intéressant de constater, comme je l'ai fait des 1896 (voir la Nouvelle Revue, t. CL, p. 65o) que l'apparition de la vie ne serait pas ainsi acceptée sans précédent.
Nous avons la preuve que quelque chose de tout à fait analogue avait eu lieu, dans le monde minéral, il est vrai, mais avec une allure si nettement parallèle avec le phénomène biologique que l'enseignement désiré pourrait nous en provenir.
Il s'agit de l'intervention dans le concert de la nature, d'une force aussi bien caractérisée que les autres forces déjà à TxKuvre, mais qui était restée latente.
Je veux parler de la /orce crisiallogénique, c'est-à-dire de la cause de Texistence des cristaux, qui constituent un ensemble qui, malgré des différences essentielles, se place avec une certaine symétrie, en face du monde des animaux et des végétaux.
C'est seulement à un certain moment, mais à un moment absolument précis de la chute progressive de la température à la surface de la terre, que la première particule solide est apparue dans un milieu 011 il n'existait jusque-là que des corps fluides. Cela paraît être (pour le dire en passant) un moment réalisé seulement aujourd'Imi sur le Soleil, où la zone solide ou photosphère, semble bien près encore de son apparition, par la production du givre doué du pouvoir émissif que l'on sait.
Pour le minéral, il faut concevoir qu'à un certain degré thermométrique, une entité dynamique, dont rien n*aurait pu faire supposer la présence, est entrée en scène; qu'elle a exercé une action dirigeante sur les petits corpuscules solides, pour en faire les édifices qu'on appelle les cristaux et qui sont variés à l'infini d'une espèce minéralogique à une autre et qui sont pourvus d'une personnalité véritable. La seule manière que nous ayons de matérialiser cette hypothèse est d'admettre, dans l'espace, des points agissants, des centres dynamiques tout spéciaux, qui organisent la matière solide aussitôt apparue et en font des cristaux.
Si l'on admet ces entités dynamiques et leur merveilleux pouvoir, peut-on faire une objection sérieuse à l'existence
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d'autres entités également dynamiques qui, en agissant sur la matière, lorganisent aussi, mais non plus sous la forme minérale et cette fois avec tout le cortège des caractères anatomiques ei physiologiques des êtres vivants?
Dira-t-on que la supposition est plus compliquée? Elle est si incompréhensible dans le premier cas que la remarque ne saurait porter.
Doii viennent ces entités, dans une des séries aussi bien que dans Tautre? La question reste sans réponse.
Par quel mécanisme vont-elles organiser la matière en cristaux, en végétaux et en animaux ? Notre ignorance à cet égard n'est pas plus grande que relativement à Torigine et au mode de procéder de la chaleur et de Télectricité.
La force biologique n*a pas jusqu'ici montré un protéisme comparable, et moins encore une aptitude à se transformer en force physique ou à dériver d*elle. Mais son allure n'est pas si éloignée qu'on pourrait croire de l'allure de la force cristallogénique. De même que tout à l'heure nous voyions celle-ci déterminer des minéraux différents dans les différentes localités favorables, de même la force biologique provoque les associations matérielles en germes divers, d'après les conditions locales du milieu où elle opère et nous la voyons, comme la force cristaiiogénique, augmenter avec le temps, le nombre et la variété de ses produits, les faunes et les flores s'ajoutant les unes aux autres au cours des périodes géologiques. De même, il n'y a eu, lors de lu croûte initiale solide, que des minéraux à allure de givre et plus tard (ù la surface) que des minéraux volcaniques, puis les minéraux métamorphiques, puis les minéraux filoniens, puis les minéraux sédimentaires. — de même, après une faune, dont les termes supérieurs étaient le crustacé (trilobite) et le mollusque céphalopode (orthocèreV nous en voyons où s'ajoutent : le pois- .•^on hétérocerque (Onrfms), puis le batracien (Arçhegosaurus), puis le reptile (Irh(hyosfmrus), puis Toisc^au (Hesperornis), enfin le mammiière... VA le perfectionnement or^^anique, pas plus que le perfectionnement niinrralogique, n'abroge les ty|>es inférieurs» qui continuent à avi)ir de» représentants.
Climats géologiques. — Tant que l'atmosphère terrestre ne
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iut pas à peu près ce qu'elle est aujourd'hui, une température uniforme régna à la surface du globe, où d'ailleurs se faisait encore sentir la chaleur propre de la planète. En d'autres termes, il n*y avait pas de climats, et la Vie étant bien antérieure à la différenciation de température, la flore avait partout sensiblement le même caractère tropical ; des plantes houillères et par exemple des fougères arborescentes se rencontrent dans des couches polaires, comme dans des formations tropicales du même âge que celles-ci.
L'établissement bien net des climats semble dater de l'époque éocène, mais il ne s'est pas accompli brusquement, car depuis les temps carbonifères jusqu'à l'époque de l'infrà-lias, les conditions les plus favorables au développement des plantes semblent s'être déplacées progressivement vers le sud. Et, durant longtemps, les pays du Nord conservèrent une température plus élevée que celle dont ils jouissent maintenant, ainsi qu'en témoignent les fossiles. Par exemple, à l'époque quaternaire, dans la localité qui est aujourd'hui Moret (Seine-et-Marne) les figuiers poussaient en pleine terre et donnaient des sycones semblables à ceux qui ne se produisent plus spontanément qu'à des latitudes bien plus méridionales. De même, des gisements du diluvium ancien ont révélé l'existence dans nos rivières de corbicules, e'est-à-dirc de mollusques dont les correspondants n'existent plus que dans les cours d'eau de pays très chauds.
Des gisements pliocènes montrent une flore exigeant une température moyenne de 17°, au lieu de celle de 11", 8, qui règne aujourd'hui dans les mêmes endroits, par exemple à Meximieux dans l'Ain.
« La forêt de Meximieux, dit G. de Saporla(*), ressemblait à celles qui font Tadmiration des voyageurs dans l'archipel des Canaries. Ce sont, en partie au moins, les mêmes essences, en tenant compte de la richesse plus grande, dont la localité pliocène garde le privilège. »
Pour le miocène, le même paléontologiste conclut aune cli-
(•) Le Monde des plantes avant l'apparition de l'Homme. In volume in-8, Paris,
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matologie encore plus chaude : (( Il est diflîcile de ne pas admettre que la mer miocène (du midi de la France) n*ait été pour l'Europe, qu'elle rendait semblable à rArchipel indien, une cause puissante d'adoucissement de climat. Une température égale, clémente durant Thiver, pluvieuse durant Tété, n'a cessé dé régner sur notre continent et d\ favoriser le maintien d'une végétation aussi riche que variée. »
Pour le climat éocène :
« L'influence d'une nature chaude, d'un climat comprenant des alternatives très prononcées de saisons sèches et brûlantes et de saisons pluvieuses et tempérées ; favorables pourtant au développement d'une végétation riche et variée, à la fois élégante et frêle ; peuplée de formes originales, mais généralement petites... ressemblant au total à celle de l'Afrique intérieure, avec des traits empruntés h l'Asie méridionale et à la Chine : tels sont, à ce qu'il me semble, les caractères inhérents à la flore éocène de l'Kurope. » ,
Les temps crétacés nous ofi'rent une météorologie subtropicale : le lac d'Armaille, dans l'Ain, a fourni les vestiges de toute une forôt de Cycadées, rappelant les arbres jurassiques à l'ombre desquels a évolué la population des reptiles secondaires, se rattachant ainsi à Texubérante végétation houillère.
D'après (irand*Kury ('). la nature fistuleuse des plantes houillères gorgées de sucs, indique une rapidité de croissance extraordinaire. Le climat devait être chaud et humide, analogue à celui de la Nouvelle-Zélande. La prodigieuse dimension des insectes houillers confirme encore cette conclusion.
(*) M f^moires (les Savants rtrangrrs. l. X\IV.