DELTAS FOSSILES
ëlargi une partie du lit d'un ruisseau dont le courant est suffisamment rapide, on jette à l*amont de cet élargissement un mélange, aussi intime que possible, de cailloux, de sable, d'argile et de végétaux ayant assez séjourné dans Teau pour ne pouvoir plus flotter. Au bout d'un temps suffisant, le bassin formé 1 par rélargissemenl du cours d'eau se trouve rempli de ces matériaux charriés. On détourne alors le ruisseau à l'amont, on laisse dessécher le produit, puis on y pratique, à la bêche, des sections verticales convenablement orientées : on y reconnaît alors la structure générale de la tranchée de Saint-Edmond, c'està-dire que le fond du bassin est couvert de débris végétaux représentant la houille ; que les argiles simulant les schisles se sont déposées par-dessus ; que les sables, équivalents des grès, les ont recouvertes ; et enfin que le tout est couronné par les galets, correspondant aux poudingues.
En analysant le phénomène, on voit que la résistance opposée par l'eau du bassin à l'entrée du cours d'eau a déterminé le triage des éléments qu'il charrie : les galets sont tombés les premiers ^sur la berge inclinée du bassin et sont par conséquent restés vers la partie haute de cette berge ; les sables, soutenus davantage, sont allés un peu plus loin, et de même, les particules argileuses, puis les débris végétaux.
Maisce premier dépôt a véritablement allongé de toute son épaisseur le lit du ruisseau ; le phénomène, en se continuant, est parti successivement d'une origine située de plus en plus en aval , et alors les quatre niveaux superposés se sont développés parallèlement.
Sicile, etc, — Comme le terrain houiller, le terrain sicilien (groupe pliocène), on*re des formations qu'il faut rattacher à la production des deltas, par exemple,, sur la côte ligurienne, à l'embouchure de certaines rivières, des lambeaux formés de cailloux plus ou moins cimentés ensemble et disposés en lits inclinés de i5 à 20** sur l'horizon.
Ajoutons que les deltas du Rhône et du Nil existaient dès la période quaternaire. M. CoUadon en a décrit un de cet âge à la Bâtie, point où le Rhône sort du Léman à Genève. Et, en face d'Arles, sur la rive droite du Rhône, sous le cimetière de Saintmilles, on voit des graviers en hts inclinés à 3o° environ et qui
3t8o LKS K.XrX COrHANTKS
«ont surmontés brusquement par une assise horizontale de galets, épaisse d'environ !\ mètres.
Estuaires fossiles. — De même que des deltas fossiles, il y a des estuaires fossiles. On en v«>it dès le silurien, dont les Irares, en plusieurs points de l'Angleterre, et spécialement dans le Shropshire, au niveau de Lludlow consistent en lits caractérisés par le mélan^^e de poissons marins avec des plantes continentales.
Des estuaires dévoniens existent dans les pays où, comme en Ecosse et dans une partie de TAngletorre, se sont dé{>osées les assises du vieux frrès rouge. C'est là que les poissons cuirassés : Cephalaspis , Pleraspis, C.occosteus, Ptrricht/tys sont associés a des plantes terrestres évidemment charriées dans la mer par des eours d'eau débouchant d'îles ou de continents.
(]omme estuaires permiens, on peut signaler certaines parties des grès d'Arlinsk, on des plantes terrestres comme Calamités (j'unis. CnlUpleris conferlfi, etc., sont intimement associées à des eo(|uilles marines. Dans le bassin de la Volga, on rencontre des rouelles saumutres à Palironiulela dont les analogues surgissent dans une partie de la formation de karroc, en Afrique australe.
Dans le Lelirnkohlr, qui constitue le trias d'une grande partie du Tvrol et de la Carinthie, des dépôts d'estuaires consistent en lits argileux, renfermant des fdets charbonneux et alternant avec qneK|ue8 grès et des gypses tout à fait caractéristiques. On y recueille un mélange d'animaux marins et d'animaux lacustres accompagnés de plantes terrestres.
(loniiiie estuaires basiques, nous citerons le grès des environs Ac Moiid(*go, en Portugal, et les lits riches à la fois en insectes et en poissons du (îloucestersliire et de quelques points da Meciviembourg.
Sans aller plus loin, ajoutons (|ue la notion des continents oolithicpies est coniinnéc par la constatation de véritables estuaires dans les niveaux ligniteux du bathonien de bien des points lie la France méritlioiiale (I)ordoirne, Avoron, Lot), où de»" débris d'/:Vy///.sv7////i, véi:étal terrestre, ont été recueillis en abon* danee. I^e portiandien <le la (ihampagne et celui du Jura conliennent de^^ enrbulfs <|ui conduisent à la même conclusion.