PREFACE DU TRADUCTEUR XIII
de la Fortune, les défaillances et les erreurs delà volonté. 31. Curtius retourne tout doucement à l'optimisme antique : convaincu que les récriminations n'ajoutentaucune autorité aux leçons de l'histoire, il a l'éloge vif et le blâme discret. Au lieu d'appliquer à tout et à tous une mesure uniforme, il change, suivant les temps et les heux, de point de vue et de préférences. Il se déplace, pour ainsi dire, parallèlement à son sujet pour envisager chaque partie bien en face et sous son vrai jour. Une se sent pas forcé d'opter entre Lycurgue et Solon ; il respecte les pouvoirs fondés sur la tradition sans se croire obhgé de maudire ceux qui les renversent ; il parle de la royauté héréditaire en homme qui, durant cinq ans (1844-1849), a eu pour élève un prince royal et de la « tyrannie » en politique qui sait les accidents inévitables aux époques de transition ; il apprécie le rôle modérateur des classes aristocratiques et ne trouve rien à reprendre aux légitimes aspirations de la démocratie. Ce n'est pas chez lui indifférence ou mollesse de jugement,' mais ouverture d'esprit et hauteur de vues. Si la bienveillance est la première condition de la justice, l'indulgence en est peut-être le dernier mot. La mémoire de Periandre, pour ne citer que cet exemple, en a largement profité.
Pourtant, comme nous le disions tout à l'heure, M. E. Curtius ne peut'ni ne veut se défendre d'une certaine prédilection pour les tendances du génie ionien. De même qu'il excelle à peindre le mouvement des ports marchands, il aime à mesurer l'impulsion donnée aux espritsparl'échange d'idées dont le négoce est l'occasion ; il se plaît à voir un peuple intelligent et hardi prendre pleine possession de lui-même. Nul n'a parlé avec une admiration plus franche, plus émue parfois, du magnifique élan imprimé à toutes les forces vives de la cité par la démocratie égalitaire des Athéniens. On a vu, au moins une fois dans l'histoire, ce que peut développer d'énergie le hbre accord de volontés dont chacune aune valeur propre, et nous sentons aujourd'hui