‹ Histoire grecque (volume 2)Chapitre 21 sur 47 · I-NFLIENCK I)i;S PIIÉ.MC.IKNS Sl'H LKS lIKLr.KNKS · texte numérisé non relu

I-NFLIENCK I)i;S PIIÉ.MC.IKNS Sl'H LKS lIKLr.KNKS

de Ninivc, F Ana hit des Perses, la grande Artemis qui s'est avancée, à travers la Cappadoce et la Phrygie, jusqu'à la côte où on la vénérait ici comme Rhéa, là comme Cybële, mère des dieux, àEphèse comme Artemis, comme Hèra à Samos.

Cette même déesse a été ensuite portée dans les régions occidentales : elle était aussi fêtée à Corinthe sous le nom d'Aphrodite qu'en Cappadoce sous le nom de Ma.

Il faut tenir compte cependant d'une modification considérable qui nous montre la portée du mouvement historique survenu dans le domaine de la vie religieuse. En Orient, la déesse est un être panthéistique, une puissance unique et dominante qui pénètre la substance de toutes les créatures. Sur le sol hellénique, elle s'individualise et se localise. Ditl'éremment conçu dans chaque tribu et chaque cité, le type de la divinité primordiale reçoit une empreinte nouvelle ; il se décompose en une série variée de figures féminines qui, sous forme de matrones ou de vierges, éprises des combats ou attachées au foyer domestique, ici plus idéales, là mieux pourvues de séductions sensibles, entrent dans le cercle des dieux grecs et sont associées à Zeus à titre de mère, d'épouse ou de iille *.

Les apôtres du culte de la grande divinité féminine ont été principalement les Sidoniens , tandis que les Phéniciens originaires de Tyr propageaient le culte d'une divinité mâle, celui de Melkart, le patron de leur cité. C'est à Corinthe que nous trouvons les traces les plus évidentes de cette double propagande. En effet, l'acropole de la ville ou Acrocorinthe était le siège d'un très ancien culte d'Aphrodite, dans lequel la forme de la déesse cypriote s'était fondue avec celle de la Grande-Mère asiatique, et sur l'isthme était installé Mélikerte qui, même réduit au rôle subalterne de génie marin, resta toujours le centre du culte locale. Or, le nom de Mélikerte

') Je ne fais qu'indiquer ici la façon dont les déesses grecques sont sorties du concept asiatique de la nature divinisée ; on trouvera ces indications sommaires plus amplement développées dans mon article Die griechischo Gœtterlchre von geschichtlichen Standpunkte, inséré dans les Preussische Jahrbücher, XXXVI.

-) E. CuivriLS, Pclopo)inesoi>, II, 517.

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n'est autre que celui de Melkart, accommodé par les Hellènes à leur prononciation. Ce fait nous renseigne, par surcroit, sur les voies de communication suivies par les marins phéniciens. Autant, en effet, la navigation moderne aime à se mouvoir en pleine mer, autant les navires anciens cherchaient à se tenir près des côtes, à s'enfoncer dans les baies et à se glisser dans les passages étroits de l'Archipel. On s'explique ainsi que, dès la plus haute antiquité, les Phéniciens aient cherché à se frayer à travers la Grèce une voie d'un golfe à l'autre, et qu'ils aient fait passer leurs marchandises par dessus l'isthme. Ce mode de transfert est attesté par les cultes de Sidon et de Tyr, implantés aux deux bouts du chemin. Partout où les Tyriens se sont établis, ils ont élevé des sanctuaires à leur dieu national, Melkart. Ce sont eux qui ont importé son culte sur tous les rivages de rilellade. On rencontre Melkart, sous des noms analogues, comme Makar, Makareus, en Crète, à Rhodes, à Lesbos, en Eubée, mêlé tant bien que mal au cycle des légendes indigènes. C'est de lui que proviennent même des noms qui ont une physionomie tout à fait grecque, comme Makaria en Messénie et en Attique '.

Mais les principaux attributs du héros tyrieii ont fini par passer à Héraclès, qui fut adoré sous le nom de Makar dans l'ile de Thasos, où les Phéniciens exploitaient de riches mines, et qui, en maint endroit, symbolisa le rôle initiateur du colon étranger : car, il est bien, lui qui voyage sans trêve ni repos, la personnification de cet infatigable peuple de marchands. Le voilà qui, accompagné de son chien, trouve la pourpre sur le rivage *; sa coupe, dans laquelle il vogue vers Erythéia, est l'image du vaisseau de transport phénicien à la coque duquel il fait appliquer un doublage en cuivre. Ce sont les Phéniciens qui, sous son nom, ont arraché aux torrents leur corne dévastatrice, élevé des digues, tracé les premières routes '.

•) Sur les noms de localités qui se rapportent au culte de Melkart, voy. Olshausex, Rhein. Mxis, VIII, p. 329. Thèbes appelée vr^aoi Maxâptov (Lycophr., Alex. 120'i). Langue des Makares (Zander, Lesbos, p. 22).

2) 'IIpâxAîio; y.vtov (PoLLux, I, io). Sur les monnaies de Tarante figure un murex cid inhicit canis (Milllxgen, Considcrations etc., p^ lOU).

3) 'IIpax).£ia ôôô; (Aristt., Mir ah . auscult., c. 86).

Mais les Grecs, en l'accueillant, le comprirent de deux façons. Ou bien ils se rallièrent au culte tyrien et acceptèrent Héraclès comme une divinité, au même titre qu'Astarté, ou bien ils le vénérèrent comme le bienfaiteur de leur pays et l'auteur de leur civilisation, comme un de leurs héros dont le nom et les exploits font retentir d'un bout à l'autre les éclios de la Méditerranée. A Sicyone, on trouve Héraclès adoré sous ses deux formes, comme héros et comme dieu '.

Ces cultes, aussi bien que le culte de Moloch dont on trouve des traces en Crète et ailleurs, celui des Cabiresde Samothracc, transformés, comme Mélikerte, de dieux sémitiques en génies helléniques -, ont été — on a de bonnes raisons pour le supposer, — introduits par les Phéniciens dans la Grèce européenne, en même temps qu'une foule d'arts industriels, tels que la tapisserie, qui occupait les loisirs des prêtresses d'Aphrodite à Cos, Théra, Amorgos% l'industrie minière, la métallurgie... etc.

Aphrodite et Héraclès représentent tous deux un point culminant de l'influence phénicienne, mais exercée par deux villes difi'érentes. En efi'et, tant que les colons partirent de Sidon, c'est-à-dire de 1600 à 1100 avant J.-C, ils répandirent le culte de la déesse d'Ascalon, Aphrodite Ourania, apportant avec elle en Grèce la blanche colombe, la colombe sacrée des temples, et le myrte, qui accompagne partout la déesse sidonienne. Plus tard, lorsque la prospérité de Sidon décline, commence la colonisation tyrienne, représentée par Héraclès-Melkart. Mais, à l'époque oii la puissance de Tyr se substituait à celle de Sidon, les Ioniens avaient déjà une marine; voilà pourquoi, dans leurs traditions, immortalisées par Homère, Sidon seule est le centre de la domination maritime des Phéniciens *.

») Pausan', II, 10. 1.

-) Sur les Cabires, voy. Schoemanx, Griech. Alterth., IP, 403 . Cf. les (f Génies orientaux (irpoo-ïiwot ôaîp-oveç) » de Rhodes {Fragm. Hist . Grxc, III, 175).

3) Sur l'industrie du tissage dans le culte d'Aphrodite, voy. E. Curtius, Peloponnesos, I, 438.

*) La colonisation divisée en trois periodespar Movers, Colonicn der Phœnizier^ p . 58 sqq .

Lorsque les Grecs d'Asie, suivant les traces des Phéniciens, fondèrent à leur tour des colonies, ils se rallièrent à ces mêmes cultes, comme ils l'avaient fait déjà dans leur patrie, et répandirent pour leur propre compte les religions phéniciennes revêtues d'une forme hellénisée. Pélops et Egée fondent aussi des sanctuaires d'Aphrodite. Ces nouveaux colons, qui apparaissent à la même époque et avec les mêmes caractères, accomplissent aussi leur œu^Te sous les auspices phéniciens ; eux aussi propagent le culte des planètes et toutes les créations de la civilisation orientale. Mais, d'autre part, ils apportèrent aussi avec eux d'autres cultes dont on ne saurait trouver directement le prototype en Syrie, des cultes qui se sont développés au milieu d'eux, qui sont à la fois le rellet du génie national et la mesure des différents degrés de son développement.

Tel est, entre autres, le culte de Poseidon, qui était d'abord inconnu dans l'intérieur de rilcllade; d'où l'on comprend que le roi de 'mer Ulysse ait pu recevoir la mission de le répandre dans rintérieur du pays, chez des hommes qui ne connaîtraient pas le sol et prendraient une rame pour une pelle *. Le culte de ce dieu est inséparable de la mer: aussi, là où il était adoré, même dans l'intérieur du pays, on croyait entendre mugir sous son temple l'onde amère. La forme de son nom, Poseidaon, est ionienne ; son culte est le culte national des Grecs d'Asie et rattache entre eux les rameaux disséminés de cette famille, qu'ils s'appellent Cariens, Lélèges ou Ioniens, qu'ils soient restés dans leur patrie ou Talent quittée pour se lixer ailleurs.

Poseidon , dieu de la mer, a un caractère farouche comme son élément : le rit de ses sacrifices abonde en prescriptions barbares, telles que sacrifices humains, noyades de chevaux... etc. Dans sa suite fisurent de sauvaaes Titans et des génies malfaisants; parmi eux on rencontre, il est vrai, des figures qui témoignent. des connaissances géographiques des peuples navigateurs, comme Protée^, le pasteur marin, l'enchanteur égyptien qui connaît la direction et les longueurs des roules

') HoM., Odijss. XI, 122. Cf. Stepii. Byz., s. v. ßo-:v£i|;.a. -) E. CcRTiLS, lonicr, p. 15.

3) HoM., Odyss. IV, 352.

de mer, et Atlas, le père des étoiles, que consulte le pilote, le compagnon de l'Héraclès tyrien, le gardien des trésors de l'Occident.

Il y eut un moment où Poseidon était le dieu principal de tous les Grecs navigateurs; ce n'est que plus tard que, dans la plupart des localités, il a dû céder le pas à d'autres cultes qui correspondent à un plus haut degré de civilisation i, Poseidon bat en retraite devant les divinités vraiment helléniques.

Cependant jamais, chez les Hellènes, un culte une fois institué n'a été aboli. Quoique réduit à un rôle inférieur, il continuait à figurer parmi les choses saintes et s'amalgamait avec les cultes postérieurs. C'est ainsi qu'à Athènes, à Olympie, à Delphes, on distingue clairement une première période posidonienne qui a laissé dans le rit des sacrifices des traces indélébiles. Ainsi se sont formées, en quelque sorte , des couches différentes qui, dans tous les centres religieux de l'IIellade, se succèdent dans le même ordre, et permettent do suivre, à travers ses diverses phases, le développement du génie national, absolument comme la série des stratihcations terrestres nous fait assister à l'élaboration progressive de la croûte du globe.

Certaines époques se dessinent plus nettement : ce sont celles où l'introduction d'un nouveau culte a provoqué des luttes dont la tradition a gardé le souvenir. C'est que, même dans le monde païen, à côté d'un goût irréfléchi pour les nouveautés, on rencontre aussi un sentiment plus sérieux, la fidélité aux anciens dieux et à leur culte plusjjur, plus simple, Hérodote raconte qu'un peuple de montagnards, les Cauniens, s'armèrent de pied en cap et, brandissant leurs lances, chassèrent de leur territoire les dieux étrangers qui s'y étaient installés-.

La légende grecque parlait de combats semblables à propos de l'introduction du culte de Dionysos, très répandu en Asie- Mineure ; car ici, l'origine orientale de cette dévotion et la résistance qu'elle rencontra dans la j^opulation indigène s'ac-

*) De là le nom de Poseidon (( troqueur » k[i.rnovk (Gerhard, Poseidon,]). 10 i). -) Herod., I, 172. — Décision rendue par Zeus Dodonéen, concernant l'introduction des dieux nouveaux (Herod., II, 53).

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cuseiit plus particulièrement. Les Argiens racontaient comment, SOUS la conduite de Persée , ils avaient combattu contre des espèces de sirènes farouches qui étaient venues des îles avec Dionysos *.

Des souvenirs analogues se rattachent à Artemis, qui apparaît sur le littoral de l'Asie-Mineure entourée d'une bande d'hiérodules armées et exercées au métier de soldat. Ce sont là les Amazones avec lesquelles les héros grecs engagent des combats sanglants. Adorée en Grèce sous une foule de noms, la cruelle Artemis, avide de sang humain, est une des figures les plus marquantes du cycle religieux qui, rayonnant de l'Asie sur l'Hellade, a rattaché l'un à l'autre les deux rivages.

D'autres cultes furent accueillis de si bonne heure et s'acclimatèrent si complètement qu'ils perdirent tout-à-fait leur caractère exotique. Se figure -t- on l'Attique sans Demeter et Athêna ? Cependant les hymnes sacrées elles-mêmes font venir Demeter de la Crète, et, si inséparable que soit Athêna do l'olivier, il n'en est pas moins certain que son culte a pris naissance chez les peuplades ioniennes de la côte orientale^.

Mais, dans toute la vie religieuse des Grecs, il n'est point d'époque plus importante que l'apparition d'Apollon : elle inaugure, dans l'histoire de leur développement intellectuel une sorte de renaissance et presque de création nouvelle. Dans toutes les villes grecques qui nous ont légué un riche trésor de légendes, on attribue à la venue du dieu bienfaiteur une transformation de Tordre social, un épanouissement de vie et d'intelligence. Les routes s'ouvrent, les quartiers des cités se régularisent, les citadelles s'entourent de murailles, le sacré se sépare du profane. On entend résonner les chants et les cordes des instruments ; les hommes se rapprochent des dieux ; Zeuslcurpaiie par ses prophètes, et le péché, môme l'homicide, ne pèse plus, à jamais irrémissible, sur les infortunés mortels ; il no se transmet plus, comme une malédiction, de génération en génération ; mais, de même que le laurier purifie l'air méphitique, de même, le dieu couronné delaurier lave la tache

1) Combat contre les VUi'at (Pausan., II, 22, 1).

-) Athêna Onka (Stahk, Mytholog, Parallelen, p. 58. Arcliasol. Zeitung, 1865, p. 68).

de sang qui souille Oreste et lui rend la paix de l'âme ; la redoutable puissance des Erinnyes est brisée, et sur ses débris s'élève le monde de l'harmonie, le royaume de la grâce et du pardon K

Les lieux oii s'est fixé le culte d'Apollon entourent comme une bordure le continent grec, et bien que ce culte, comme celui d' Artemis, ait été rattaché à des légendes indigènes qui remontent jusqu'au temps des Pélasges, l'Apollon historique n'enestpasmoinsun dieu essentiellement nouveau. En Grèce, il passa toujours pour être venu du dehors ; on voyait dans ses principaux sanctuaires le terme de sa marche. Il arrive directement de la mer, qu'il aurait traversée entouré d'un cortège de dauphins ; ou bien, s'il s'avance par terre, il vient de la côte où ses premiers autels s'élèvent au bord de l'eau, dans des anses couronnées de falaises ou k l'embouchure des fleuves, fondés par des marins de Crète, de Lycie, de l'Ionie primitive, qui ont ainsi dédié le pays à son nouveau protecteur. A la naissance d'Apollon, le premier laurier sortit du sol de Délos ; sur le continent, le laurier qui croissait à l'embouchure du Pénée passait pour le plus ancien.

La religion d'Apollon a aussi ses divers degrés de perfection ; le dieu a quelque chose de plus farouche dans les montagnes et les forêts de Gypre, oii l'on adore l'Apollon Hylatas, et chez les Magnetes ; sous le nom de Delphinios, c'est encore un dieu analogue à Poseidon, un dieu marin, comme les Gabires et les Dioscures, qui, au printemps, calme les vagues et ouvre la navigation ^ ; enfin, comme dieu Pythien, il asseoit son trône à Delphes, et là, modérateur des Etats, foyer de lumière et de justice, il devient le centre intellectuel du monde hellénique tout entier. Get Apollon est comme le couronnement du polythéisme hellénique qu'il a transfiguré et porté à la perfection dont il était susceptible. Si, de cette hauteur, on jette un regard en arrière, si l'on remonte jusqu'à l'idée de Dieu telle que les Grecs l'ont apportée de la patrie commune des peuples aryens et l'ont conservée tant qu'ils restèrent des Pélasges, on

*) Expiations, al vo[AtÇ6jx£vat luo-stç (Aristot., Polit. 26, 27).

2) L. Preller, Ausgew. Aufsätze, p. 244. Deimling, Leleger, p. 202.

70 m:s nELLÈxrs a l'époque prehistorique

devine ce qui a dû se passer pendant les siècles qui se sont écoulés, depuis les premiers rapports des Grecs avec les Phéniciens et linauguration d'un commerce bien autrement fécond avec les Grecs d'Asie, jusqu'au jour où l'imagination grecque eut complété le groupe de ses dieux.

§ ni

PÉRIODE d'élaboration : AGE HÉROÏQUE

L'histoire des dieux est la préface de l'histoire du peuple et en même temps du pays. Car le pays, lui aussi, s'est transformé dans cet intervalle; les forêts se sont éclaircies et ont cédé la place à une culture plus productive.

En entrant dans l'Hellade, les dieux de l'Orient y ont apporté avec eux les végétaux qui leur étaient consacrés et qui étaient indispensables à leur culte : la vigne, l'olivier, le myrte, le grenadier, le c\^rès, le platane et le palmier. Athènes croyait posséder encore les prémices de ses riches plantations, l'olivier planté parla déesse elle-même, et ce même arbre avait également un caractère sacré à Tyr, dans l'enclos du temple d'Héraclès '. Avant qu'on ne songeât à bâtir des temples, ces arbres. étaient les portraits vivants et la demeure des divinités ; c'est à leurs rameaux qu'on suspendit les premières offrandes; c'est dans leurs troncs' qu'on sculpta les images informes des êtres invisibles. Il faut ajouter à ceux que nous avons cités le byssos (probablement le cotonnier arborescent), que les prêtresses d'Aphrodite employaient dans leurs tissus -,

1) Achill. Tat. II. li. Cf. Stark, Mijthol. Parallel, dans les Berichte d. Sxchs.Ges. cl. Wiss. 1856, p. 51 sqq. D'après Qiw?,KGKC\i{Gœtting.gel. Anz. 1872, p. 1770). on ne peut démontrer que le laurier soit venu de l'Orient; Sur le laurier, voy. Hem.n, Culturpflansen, p. 149.

-) Hehn {op. cit.,TÇ>. 106) voit dans le byssos le lin. En revanche, Pausanl\s (V, 5, 2. VI, 26, 6) attribue à cette plante un caractère tout à fait exotique. Cf. E. Curtils, Peloponnesos, II, 10, et, dans le même sens, K. Ritter, Ueber die geographische Verbreihmg der Baionicolle, dtins les Abhandl. d. Berlin. Akad. Jul. 18,50. .\ov. 1851.

■PÉRIODE d'élaboration : AGE HÉROÏQUE 71

et le styrax, dont les Phéniciens avaient apporté la résine parfumée d'Arabie en Grèce, avant que des colons crétois eussent acclimaté l'arbuste lui-même en Béotie *. Le culte hellénique ne pouvait se passer des parfums d'Orient.

Cet assemblage disparate de dieux et de cultes s'est fondu, sous l'étreinte puissante du génie grec, en un tout compact, qui se présente à nous complètement achevé et marqué du sceau national, si bien que nous pouvons à peine surprendre çà et là quelques traces de l'élaboration progressive d'où il est sorti.

La légende héroïque nous renseigne mieux sur les époques de l'histoire primitive : elle fait revivre ce temps où les Pélasges autochthoncs furent arrachés à la monotonie de leur existence, où se fondèrent de nouveaux cultes, où l'activité s'ouvrit de nouvelles voies, où les sociétés se constituèrent sur de nouvelles bases qui devaient assurer leur prospérité future. Les auteurs de ces institutions sont des personnages semblables aux hommes, mais plus grands, plus majestueux et plus voisins des Immortels. Ce ne sont point de vains fantômes créés par un jeu d'imagination ; ils représentent des actes et des faits réels qui se sont incarnés et revivent en eux. L'histoire des héros a un fonds authentique ; il n'y a là d'arbitraire que ce qu'y ont ajouté les mythographes pour coordonner les légendes éparses et y introduire une chronologie systématique. Ainsi s'explique, d'une part, l'accord qui règne sur la nature et le caractère des héros, de l'autre, leur multiplicité et la diversité des groupes qui personnifient les diverses phases du progrès, à des époques et dans des lieux ditférents. De tous ces personnages, le plus populaire en Grèce, depuis la Crète jusqu'en Macédoine, était Héraclès. Sauf quelques traits qui sentent encore le dieu -, il apparaît généralement comme un héros qui, en domptant les forces désordonnées de

1) Le styrax, aux environs d'Haliarte, considéré par les habitants de ceLli' ville comme un indice d'immigration crétoise (Plutarch., Lysand. 28. Cl. Welcher, Kretische Colonie in Theben, p . 44 . Fraas, Synopsis plcmf. fior. cîass., p. 124.

-•) Sur Héraclès considéré comme dieu, voy. E. Curtius, Peloponnesos, II, 494. Gurutt, Tetrap. AU. 42. Wachsmuth, Rhein. Mus., XXIV, p. 45.

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la nature, a permis d'asseoir unordrede chosesrationnel; c'est le symbole populaire de la tâche dévolue aux premiers pionniers de la civilisation, symbole transmis par les Phéniciens aux Grecs d'Orient * et par les Grecs d'Orient à leurs frères d'Occident. Là où des tribus tyrrhéniennes ou ioniennes se sont jointes aux Tyriens pour peupler leurs colonies, lolaos apparaît comme compagnon d'armes d'Héraclès - ; là où les Grecs ont le plus complètement annihilé l'influence phénicienne, le héros tyrien transfiguré prend le nom de Thésée ^.

Les localités plus particulièrement inféodées à Héraclès, Argos et Thèbes, sont aussi celles où la légende s'épanouit plus vigoureuse, encadrant dans ses fictions les souvenirs du passé. Le golfe hospitalier d' Argos était destiné par la nature à être le premier point de contact entre les peuples navigateurs et ceux de la terre ferme ■*, et il n'y pas d'endroit dans l'Hellade qui ait eu une histoire si variée avant que l'histoire fût née. Nous en avons pour preuve tout le cycle des légendes indigènes; Argos, qui apporte de Libye la semence du blé; lo, qui erre à travers toutes les mers et dont la postérité vagabonde, transplantée sur lesbords du Nil, revient dans la mèrepatrie avec Danaos, un patriarche indigène celui-là, qui se trouve être à la fois le père d'une race tout à fait grecque, le fondateur du culte d'Apollon Lycien, et le fils du Bélos phénicien, qui enfin, en abordant sur sa pentécontore à l'embouchure de rinachos, vient révéler aux Grecs l'art de la navigation ^ La fusion d'éléments indigènes et étrangers qui a constitué le peuple se retrouve dans la personne de son ancêtre.

C'est encore au pays des Danaëns qu'appartient Agénor,

♦) Voy. ci-dessus, p. 63-65.

^) Sur lolaos, voy. Movers, Colonien, p. 565 sqq. E. Curtius, /onfcr, p. 30 sqq. On trouve des lolaïdes, d'anciennes familles de Thespies, ville ionienne (0. Mueller, Orchomenos, 232. Diodor., IV, 29. C. I. Gr. I, p. 729). DoNDORFF {Die lonier auf Euboia, 1860, p. 7) regarde lolaos comme une figure qui appartient au cycle des légendes orientales.

3) Preller, Griech. Mi/thoL, IP, 285.

*) Voy. ci-dessus p. 44.

^) Sur le cycle des légendes argiennes, voy. E. Curtius, Pelo23onnesoSj II, 443 sqq,

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qui importe dans l'Argolide l'élève des chevaux; le roi Prœtos, cpii bâtit des murailles avec l'aide des Cyclopes de Lycie ; Persée, qui vogue dans un coffre de bois; Palamède, le héros de la ville de Nauplia, bâtie sur un promontoire isolé, l'inventeur de l'art nautique, des phares, des poids et mesures, de l'écriture, du calcul'. Tous ces personnages, si divers de physionomie, prouvent en somme la même chose, une chose qui n'a pu être inventée à plaisir : c'est que les premiers émigrants qui ont mis le pied sur ce littoral étaient des marins venus de Phénicie, d'Egypte, d'Asie-Mineure, et qu'à force de s'assimiler, par leur entremise, des nouveautés de toute sorte, la population indigène s'est, pour ainsi dire, radicalement transformée.

Le Palamède argien a son pendant dans l'isthme , fréquenté de bonne heure par les Phéniciens et leurs émules les Grecs navigateurs : c'est l'astucieux Sisyphe ^, le type de l'habitant de la côte dont l'esprit éveillé contraste avec la simplicité des habitants de l'intérieur. Pour la même raison, la tradition lui fait instituer le culte de Mélikerte, absolument comme Egée et le roi Porphyrion, « l'homme à la pourpre », introduisent en Attique le culte d'Aphrodite.

Le souvenir le plus précis des progrès dont la Grèce est redevable à l'Orient, s'est conservé dans la légende de Cadmos. Parti du rivage opposé où habitent ses frères, Phœnixet Cilix, Cadmos s'avance, en suivant la trace vagabonde d'Europe, vers rOccident; et, partout où il aborde en chemin, à Rhodes, à Théra, sur la côte de Béotie, à Thasos et à Samothrace, il apparaît comme le génie delà civilisation; il élève, sous la protection d'Aphrodite, des villes appelées à une célébrité durable et pourvues par lui de tous les arts de la guerre et de la paix; il devient la souche de races royales et sacerdotales qui ont conservé leur prestige, parmi les Grecs, jusque bien avant dans l'époque historique 3.

Enfin, en Thessalie, la légende héroïque se groupe autour

1) Cf. Rhein. Mus., 1850, p. 455.

2) Sisyphos = Sapiens (G. Curtius, Griech. Etymol. p. 424). Sur le caractère de Sisyphos, voy. Nitzscii dans ses notes sur VOchjssée (XI, 597).

3) Sur la légende de Cadmos, voy. E. Curtius, lonîer, p. 6;

t4 LES HELLÈNES A l'ÉPOQUE PRÉHISTORiyi'E

du golfe de Pagase, autour de la rade dlolcos, dont les eaux tranquilles ont vu partir Jason sur sa frêle barque et, avec lui, une foule de héros en quête d'aventures '.

Toute la vie, toute Factivité des peuplades grecques dont les navires ont peu à peu rattaché les unes aux autres toutes les côtes, et qui ont fait entrer dans le cercle de leur action les Hellènes des divers pays, nous est retracée dans le vaste cycle de légendes qui entourent le pilote d'Argo et ses compagnons. Toutes ces légendes héroïques choisissent de préférence pour théâtre de leurs récits la côte orientale, preuve évidente que nulle part Fimpulsion première n'est venue de l'intérieur, mais que tous les grands événements, ceux du moins dont les Hellènes avaient gardé le souvenir, ont eu pour cause le contact des indigènes avec des émigrants venus par mer.

Cette tradition populaire diffère essentiellement des idées qui eurent cours plus tard, qui sont le produit de la réflexion, et appartiennent à une époque où les Grecs cherchaient à éclaircirles origines de leur histoire. En effet, lorsqu'ils eurent vu de leurs propres yeux les empires de l'Orient, lorsqu'ils eurent comparé aux Pyramides l'âge des murailles de leurs villes et pris connaissance de la chronologie sacerdotale, cette imposante antiquité, cette' tradition écrite, qui se déroulait à travers des milliers d'années et que leur expliquaient des prêtres vantards, fit sur eux une telle impression que, dès lors, il n'y eut rien en Grèce qu'ils ne fissent remonter à cette origine. Il ne fut plus question d'intermédiaires grecs entre rOccident et l'Orient ; au contraire, Cécrops, le premier roi d'Athènes, demi-homme, demi-serpent, aussi hien que les prêtresses de Dodone, furent considérés comme des réfugiés égyptiens ; les dieux avec leurs fêtes passèrent pour être venus du même pays. C'est sous l'influence de cette impression et des tendances qui, depuis le vn*" siècle avant J.-C, dominaient les esprits les plus cultivés de la nation, que la plupart des historiens anciens et Hérodote lui-même ont écrit leurs ouvrages-.

•)La légende des Argonautes dans E. Clrtius {Op. cit., p. 22). -) Sur i'égyplomanie dans les théories, anciennes et modernes, concernant les immigrations, voy. O.Mlieller. Orchom., p. 101. E. Clrtils, /onjer,p.4.

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Nous croyons, en intorrog-eant les vestiges crime tradition plus authentique, pouvoir restituer aux Phéniciens, ainsi qu'aux peuplades semi-grecques et grecques de l'Orient dont ils ont éveillé le génie, leur véritable rôle historique, et nous mettre par là en état de mieux comprendre le prog-rès de la nationalité grecque, la transition entre les ténèbres de l'époque pélasgique et les premières lueurs de l'histoire g-recque.

Des deux moitiés de la nation grecque, nous avons vu l'une, destinée à devenir plus tard la tribu des Doriens, s'installer dans les montagnes du nord de la Grèce, l'autre, sur le littoral de l'Asie-Mineure et les îles. C'est cette dernière qui, vers le quinzième siècle avant notre ère, donne le branle à l'histoire. Ces Grecs des côtes et des îles se répandent de toutes parts, s'acclimatent dans la Basse-Egypte, dans les colonies phéniciennes comme laSardaigne et la Sicile, dans tout l'Archipel, depuis la Crète jusqu'en Thrace : de leur patrie et de leurs divers établissements partent des essaims de colons qui débarquent surles rivages de la Grèce d'Europe. Ils commencent par la côte orientale, puis, contournant le capMalée, abordent égnlementpar l'ouest. Ils se bornent d'abord à des actes de piraterie, puis, avec le temps, s'établissent cà demeure le long des golfes, des détroits, aux embouchures des fleuves, et se fondent avec la population pélasgique. Ils apparaissent, sous le nom de Cariens et de Lélèges, comme des adorateurs de Poseidon. Une foule de noms de lieux, dérivés d'une même racine, vEga?, Jîgion, ^Egina, ^Egila, qui tous désignent à la fois certains points de la côte et d'antiques sanctuaires de Poseidon', sont restés comme souvenir de cette première période de colonisation. En effet, c'étaient naturellement les marins étrangers qui donnaient des noms aux îles et aux points de la côte restés jusque là sans dénomination. Il est également facile de recon-

1) Pour expliquer le radical Air on peut uUliser la glose d'Hésychius, aiYEç ot Awptsî; Ta xj|j.aTa.. « Les Doriens appellent les vagues des chèvres. » Il faut en rapprocher le symbole mystique de l'a?? X^^-'^"^ sur l'agora de Phliuntc, ville ionienne (E. Clrtius, Peloponncsos^ll, 47-4), et l'effigie de la chèvre sur les monnaies frappées par différentes cités de nom analogue, comme i-Egira, yEgion, etc. On peut encore y ajouter l'AiyeaTa troyenne en Sicile. Alyô(î6£va, Aîyoç Ttoxaixô;... etc. Movers {Coloiiien, p. 3G7) cherche à rattacher la racine al'g à un radical sémitique.

76 LES HELLÈNES A l'ÉPOQUE PRÉHISTORIQUE

naître dans les noms de Samos, Samicon, Same, Samothrace, un groupe de noms similaires qui se répètent des deux côtés de la mer Egée, et toujours associés au culte de Poseidon '.

Une série de cultes plus récents atteste les progrès du sens moral chez les Grecs navigateurs et l'influence de jour en jour plus intime et plus bienfaisante de leur colonisation. Les Grecs d'Orient apparaissent désormais avec des noms plus précis ; ce sont des Cretois, des Dardaniens, des Lyciens. La légende devient plus claire et plus affirmative ; elle détaille mieux les bienfaits de ces nouveaux-venus. C'est alors qu'on voit poindre, dans ces souvenirs, les Ioniens eux-mêmes; car, bien que leur nom n'ait pas été adopté pour désigner collectivement les Grecs d'Asie, comme le nom de Javanim l'était en Orient, nous trouvons au moins des traces parfaitement sûres de l'immigration ionienne sur la côte orientale de la Grèce d'Europe. Delà baie de Marathon, nous voyons les Ioniens, les apôtres d'Apollon, s'avancer dans l'Attique ; et la plus ancienne ville maritime du Péloponnèse, Argos, le pays des légendes, s'appelle (d'ionienne Argos ».Noustrouvonslesloniens surles plages de la Thessalie et des deux côtés du détroit d'Eubée, l'île elle-même étant alors appelée Hellopia, du nom d'un fils d'Ion ; ils sont fixés dans le sud de la Béotie, particulièrement dans la vallée de l'Asopos et sur le versant de l'Hélicon qui regarde la mer ; ils occupent, mêlés aux Lyciens, la côte orientale de l'Attique, les bords du golfe Saronique et de la mer de Corinthe, et l'Argolide jusqu'au cap Malée. De l'autre côté, à l'ouest, le nom de mer Ionienne indique assez qui a, de concert avec les tribus Lélèges, ouvert dans ces parages « les voies humides », qui a implanté en ces lieux la civilisation représentée à nos yeux par le roi Ulysse et le peuple navigateur des Taphiens, et qui a propagé jusqu'en Istrie la culture féconde de l'olivier 2.

^) Samos est un mot sémitique (E. Curtius, lonier, p. 52. Weisshaupt, dans Jahns Archiv XIX, p. 510). -«[ao-jç èxâXouv ik C!i{/r, (Strabon, p. 346).

2) Légendes concernant Ion dans les parages de la mer Adriatique : 'ASpîa; "Iwvo; u'iô; (ScHOL. DiON. Perieg., 92). lonicum mare ab lone, qui ibi transivit (Schol. Lucan., II, 625); cnzo twv àTio),>>u|j.£Vu)v Iv aO-cw 'laôvwv (Archemachos ap. Schol. Pi.nd., Pyth. III, 120. Fragm. Historie. Greecor., IV, 316. Dondorff, lonier, p. 8). las, partie de l'Illyrie dont les habitants s'appelaient 'làtai et 'Iwvtxo{{DoNDORFF, oji. «Y., p. 146).

PÉRIODE d'élaboration : AGE HÉROÏQUE 77

Ainsi, au début de l'histoire, nous trouvons le massif montagneux de l'Hellade européenne entouré d'une population formée d'un mélange de Pélasges et d'Ioniens : les colons, venus par mer et par conséquent sans femmes pour la plupart, s'étaient déjà si bien fondus avec la population pélasgique, à l'époque où les montagnards du nord se précipitèrent sur le littoral, que, par opposition aux tribus plus récentes, ils semblaient former une race homogène. Ces Ioniens pélasgiques ont introduit avec eux non-seulement l'art de la navigation, mais encore l'art de tirer parti du sol, une agriculture plus variée et plus savante. On en voit la preuve dans l'exploitation des bas-fonds marécageux situés le long des fleuves et des lacs, exploitation qui, en Béotie, est expressément attribuée à des colons étrangers venus par mer *, dans la façon aussi dont les villes sont assises et fortifiées. Les noms les plus communément donnés aux villes et aux citadelles sont, des deux côtés de la mer, ceux de Larissa et d'Argos". Onne les rencontre guère, comme le remarque déjà Strabon, que sur des terrains d'alluvion^ ;

1) Sur les Géphyréens , voy. E. Cvrtius, Geschichte der Wegebaus. Abhandl. der Berlin. Akad. 1855, p. 214).

2) "Apyoç Tiàv 7iapaOa>.à(7C7iov ueôîov (Hesych., s. V. Cf. E. CuRTIUS, Peloponnesos, II, 557).

3)LauoTa[j.ô-/wiTTo; -/wpa desLarisséens(STRABO.\,p. 621. E. CvRTUis,Io)iier, p. 49). MuLLEXHOFF {D . Alterthumskiüide, p. 59), nous conteste le droit de rattacher la forme brève 'lôvco; au nom d"Icav£;. Mais ce droit se fonde sur un fait; c'est que des formes comme 'là;, 'laatt, qui appartiennent indubitablement à la même famille, font supposer un radical plus bref que celui que contient "Iwv. A ces dérivés se rattache également la forme remarquable "lavva citée par Hésychius d'après Sophocle. En outre , "Iwv, comme le prouve l'accentuation, ne saurait être une crase pour 'Idcwv, mais les deux formes dérivent parallèlement d'un radical 10. "Iwv joue ici le même rôle que x'jçwv par rapport à xuyô;: 'lâwv se comporte comme Aioy[Aàwv à côté de StoyfAo;, comme |yvr|wv vis-à-vis de Çuvôç = xoivôç. De la forme première 10 a pu sortir un radical allongé IÜN, comme xpripwv deTp-r;pôç. La quantité du mot fut vraisemblablement réglée sur le modèle des noms patronymiques. Ainsi, on dit"Iwv£ç, comme on dit AloXtwvoç, 'IIetîwvoç, et d'autre part, "Iwvs;, par analogie avec des formes comme Kpovtovoç, Ao)-tovo;, E-/('ovoç. Dans Chœroboscos (Le.nz, Gramm. Grsec, II, 723), Hérodien donne la règle que voici : ou bien iwvo; ou Tovo; de manière que \\ est long dans 'lôvtov tiéXxyo;, et bref dans "Iwve;. La forme 'làove; reste toujours exclusivement poétique. Les formes avec - (comme "lao-o;) sont les plus difficiles à expliquer. On pourrait supposer un radical 'lavx d'où viendrait 'làvTto;, 'Idccio?. Cf. ^Xiadioç, Je dois ces indications à mon frère G. Curtius.

et il est très naturel que des peuplades qui s'étaient fixées d'abord aux embouchures des fleuves de F Asie-Mineure, aient été les plus capables de mettre en culture des terrains semblables.

Grâce à Tinfluencc des Grecs navigateurs de l'Orient, une civilisation à peu près uniforme a pris possession de toutes les côtes qui enserrent TAiThipel. C'est là le théâtre des premières scènes de l'histoire grecque, et si nous avons estimé à sa valeur le rôle an té-historique de ces tribus orientales, nous ne trouverons plus rien d'incompréhensible, rien qui ressemble à un effet sans cause, dans les premières manifestations de la vie sociale en Grèce.

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