‹ Histoire grecque (volume 2)Chapitre 28 sur 47 · LES CADMÉEXS DE THÈBES · texte numérisé non relu

LES CADMÉEXS DE THÈBES

])ienfaits d'une civilisation supérieure, les nouveaux venus apportent dans le pays des fléaux inconnus, la ruse et la violence, l'immoralité, des crimes inouïs, la guerre et la misère. La colère divine et la perversité humaine, le péché et la malédiction déchaînent tour à tour leurs orages. C'est là ce qu'ont si souvent chanté les poètes, la fatalité attachée à la race de Cadmos.

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EOLIEXS ET ACHEENS.

Thèbes est le lieu où la civilisation importée de la Phénicie et de l'Orient grec a jeté les plus profondes racines, et celui où elle formait avec l'élément indigène le contraste le plus frappant. C'est pourquoi Cadmos a gardé, plus nettement que les autres héros de même catégorie, un caractère étranger; ses descendants ne rencontrent chez leurs voisins que des sentiments de malveillance et d'hostilité. C'est pour cela encore qu'il n'a point de place dans les généalogies nationales et ne figure pas avec les autres héros dans l'histoire de la Grèce européenne.

Ainsi, de môme qu'on entendait par Eoliens les Pélasges indigènes qui, par leur mélange avec des colons d'outre-mer, avaientfait des progrès en agriculture, dans l'art de la navigation et dans leur organisation politique, de même on comprenait sous le nom collectif de fils d'iEolos ou yEolides les héros que l'on considérait comme les dépositaires et les propagateurs de cette civilisation. C'étaient Jason, Athamas, l'ancêtre des Minyens, la famille prophétique des Amythaonides, descendants de Salmonée, enfin les Néléides de Messénie et le héros corinthien Sisyphos, auquel on associe par analogie Ulysse. Nous trouvons des Eoliens en Thessalie ainsi quedansl'archipel de Céphallénie, sur les côtes d'Elide, de Messénie, de Locride et d'Etolie ; ils nous apparaissent généralement comme ado-

rateurs de Poseidon et fusionnés avec une population lélège ou ionienne K

Le seul point de rapprochement, la seule conformité de caractère qu'aient entre eux tous cesEoliensetces ^^olides, c'est de représenter, sous des formes diverses, la transition de l'âge pélasgiquc à Tère hellénique, la formation d'Etats maritimes en Europe, l'accroissement de puissance et de lumières qu'apportèrent avec eux les colons venus de l'Orient grec.

C'est encore un peuple de transition que les Achéens. Ils ont toutefois un air plus historique et des traits plus accentués. On les considère comme une branche des Eoliens, avec lesquels ils se sont de nouveau confondus plus tard, et non pas, par conséquent, comme une race primordiale, un rameau indépendant de la nation grecque ; aussi n'est -il question ni de dialecte achéen ni d'art achéen ".

Ils ont cela de commun avec les Eoliens que, partout où on les rencontre, on reconnaît dans leurs habitudes la marque bien nette d'une influence venuedu côté delamer. LesAchéens sont eux-mêmes une des tribus grecques le plus anciennement familiarisée avec la mer ; nous les trouvons seulement sur les côtes et même occupant une étendue notable de l'un et de l'autre littoral. On signale une étroite parenté entre eux et les Ioniens. Aussi, Ion et Acha^os sont-ils associés à titre de frères et de fils d'Apollon, et c'est en lonie que les Achéens plaçaient le berceau de leur plus grande famille princière. Les Achéens sontencore rattachés à la Lycie et à la Troade par la tribu des ïeucriens; on voit même des héros achéens, comme yEaque, aider à bâtir les murailles d'Ilion. A Cypre, il y avait des Achéens, de temps immémorial, ainsi qu'en Crète; on en trouvait de même à l'embouchure du Pénée, autour du Pélion, à Egine et dans l'Attique. Bref, les Achéens se montrent

') Eoliens et /Eolides (Deimli.ng, Lelcger, p. 132, 118, 158). A'o).îî; signifiant peuple mêlé (Gerhard, Poseidon, p. 192).

-) Sur les Achéens considérés comme tenant le milieu entre les Pélasges et les Hellènes, voy. Gerhard, Yolksstamm der Ach'der [Abh. der Berlin. Akad., 1853, p. 419): Deimli.ng, Leleger, p. 123. 212. — D'après de Rougé [Rev. Archéol. 1867, 2, p. 44. 96.) et Ebers {.Egypten, I, 154 sqq.). les Achéens auraient, sur les monuments égyptiens, des cnémides comme attribut distinctif. C'est là une méprise rectifiée depuis par W. Pleyte (Z. f. œgijpt. Sprach. 1871. p. lö-lG'i.

ÉOLIENS ET ACIIÉENS 109

disséminés autour de la mer Egée, sur des points si éloignés les uns des autres qu'il est impossible de considérer tout ce qui porte ce nom comme les débris d'un peuple ayant jadis vécu d'une vie commune ; d'autant plus que nulle part on ne les voit formant, à proprement parler, un peuple, la base d'une population. Ils se réduisent à un petit nombre de familles marquantes qui produisent des princes et des héros ; de là l'expression « fils d'Achéen » pour indiquer la noblesse de l'extraction. Si évidente que soit chez les Achéens l'empreinte de la civilisation importée de l'Orient, bien que, dans la légende et pour le culte, ils se distinguent à peine des Grecs d'Asie, cependant ils ont provoqué dans la Grèce européenne un développement plus spontané que ne l'avaient pu faire leurs aînés les Éoliens. Par eux furent fondés les premiers Etats qui marchèrent de pair avec l'Orient; c'est même à dater de l'apparition des Achéens que l'histoire des Hellènes commence à former une trame continue.

Parmi les nombreuses localités occupées par les Achéens, c'est la fertile vallée creusée entre l'Œta et l'Othrys qui a gardé les traces les plus remarquables de leur séjour. C'est la Phthiotide , où le Sperchios verse ses eaux dans la mer et ouvre au navigateur son riche bassin. Nous y trouvons des forteresses achéennes, entre autres, Larissa « la suspendue », ainsi nommée parce qu'elle semble un nid suspendu au rocher. C'est là qu'ont élu domicile les légendes favorites des Achéens, l'histoire de Pelée vouant des hécatombes de béliers près des sources du Sperchios aux Immortels qui entretiennent avec lui des relations amicales ; celle d'Achille, fils de Pelée et de la déesse marine aux pieds d'argent, qui, élevé sur les montagnes, descend dans la vallée pour périr, moissonné dans la fleur de la jeunesse. Cet aimable et magnanime héros, qui n'hésite pas à préférer une courte et glorieuse carrière à une long'ue vie de bien-être et d'obscurité, est un monument impérissable de l'esprit chevaleresque, des hautes aspirations et des facultés poétiques des Achéens.

Une autre légende également achéenne est la légende de Pélops, qui est surtout remarquable parce qu'elle nous reporte plus clairement que toute autre légende héroïque vers la Lydie

1 1 0 LKS PREMIERS ÉTATS

ci lloiiie. Nous connaissons déjà* la maison de Tantale, cette riche et puissante famille qui a fixé son séjour sur le Sipyle et qui tient de si près au culte de la Grande-Mère phrygienne -. Des membres de cette famille émigrent et cinglent des ports de rionie vers THellade ; ils y arrivent avec des compagnons entreprenants et des trésors, avec des armes et les séductions d'un luxe magnifique ; ils se font un parti parmi les indigènes qui vivent sans lien politique ; ils les rassemblent autour d'eux et fondent ainsi des principautés héréditaires dans le pa}S nouvellement découvert dont les habitants, ainsiréunis, entrent du même coup dans les voies d'un développement historique.

Voilà comment des hommes tels que Thucydide se figuraient l'époque inaugurée dans leur pays par Tavènement des Pélopides : — et qu'y a-t-il d'invraisemblable ou d'insoutenable dans ces idées ? Est-ce que tout ce que la tradition nous raconte des princes achéens de la race de Pélops ne nous ramène pas invariablement à la Lydie ? Les hauts tertres tumulaires à la mode lydienne, nous les retrouvons chez les Achéens ; le culte de la Grande-Mère, les Tantalides l'ont apporté en Thessalie et dans le Péloponnèse^; les corporations de flûtistes à la mode lydienne les ont suivis jusqu'à Sparte. Les restes de Pélops reposaient à Pisa auprès du sanctuaire de l'x^jtémis lydienne; cette même Artemis, sous le nom d'Iphigénie, est en rapport avec Agamemnon, qui partout fait fonction de prêtre de la déesse *. La puissance de cette maison reposait sur son opulence; or, l'on sait que, pour les Grecs, les mines d'or les moins éloignées comme les plus abondantes étaient le sable du Pactole et les flancs du Tmolos. Ces trésors à la main, les Pélopides éblouirent les indigènes qui cultivaient leurs champs à la sueur de leur front ; or et puissance souveraine sont depuis ce temps, dans l'esprit des

') Voy. ci-dessus, p. 93.

-) Stark, Niobe, p. 435 sqq.

3) Pals.\x., III, 22, 4. Pélops fait une statue d'Aphrodite en bois de myrte (Palsan., V, 13, 7).

*) Les Pélopides et le culte d'Artémis [Archœol. Zeitung, 1853, p. loG. Deimlino, Leleger. p. 169'.

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