‹ Histoire grecque (volume 2)Chapitre 4 sur 47 · IV PREFACE DU TRADUCTEUR · texte numérisé non relu

IV PREFACE DU TRADUCTEUR

trahit une cer(auie faiblesse de composition, un assemblage assez lâche des diverses parties. L'auteur, tout préoccupé de l'utile, interrompt souvent son récit pour justifier, contre Clinton et autres, une date qu'il vient d'établir, une allégation qui va à l'encontre des idées reçues : texte et notes fourmillent de renseignements, de comparaisons avec les usages de diverses époques et de divers pays, de rectifications de toute sorte qui embarrassent le cours de la narration, déjà ralenti par les résistances d'un style qui ne coule nulle part sans effort. Enfin, défaut plus grave et qui, pour avoir été voulu, n'en est pas moins choquant, l'œuvre de Grote ressemble à un édifice auquel on aurait enlevé ses premières assises et qui resterait suspendu par miracle au-dessus du vide. Tout ce qui précède l'ère des Olympiades est réputé appartenir à la légende et se trouve retranché de l'histoire : puis, la certitude commence à heure fixe, et, dès lors, l'historien se met à l'œuvre avec confiance. Le lecteur peut se faire de la partie ainsi sacrifiée l'idée qu'il lui plaira : on lui fournit les matériaux triés et classés ; il a devant lui une mythologie à compartiments où sont étiquetées les légendes des divers pays grecs; puis, il parcourt du regard la série des moteurs premiers jadis invoqués au hasard, Pélasges, Lélèges. Cariens, Phéniciens... etc., vieux rouages dont on ne veut plus et qu'on détaille en passant pour attester qu'on n'a rien oubhé.

C'est la passion de la vérité palpable, le besoin de la certitude, qui décide Grote à mutiler ainsi l'histoire de l'Hellade. Il a dû essayer, lui aussi, de poursuivre à travers les détours et les redites trompeuses de lalégende la réalité, fait ou idée, qui se cache sous cette végétation touffue ; mais il y a renoncé, et il a gardé de sa fatigue un certain dépit. « En vérité, dit-il, je ne sais rien de si décourageant et de si mal récompensé que les laborieuses pesées de ce qu'on appelle évidence, les comparaisons de probabilités infinitésimales et de conjectures toutes dépourvues de preuves,

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