‹ Histoire grecque (volume 2)Chapitre 5 sur 47 · PRÉFACE DU TRADUCTEUR V · texte numérisé non relu

PRÉFACE DU TRADUCTEUR V

en ce qui concerne ces temps et ces personnages obscurs. » Les hommes de sa trempe, esprits entiers et positifs, plus vigoureux que pénétrants, sont mal propres à ces sortes de tâches qui exigent beaucoup de perspicacité, de souplesse, de patience, et, pour tout dire, un usage discret de la corjecture. Mais, renoncer à se faire une opinion sur les origines du peuple grec, c'est, de peur d'un mal, se jeter dans un pire. Chaque progrès des sciences sociales tend à affirmer de plus en plus nettement la solidarité qui, par l'hérédité, par la tradition sous toutes ses formes, unit le présent au passé ; et l'on risque fort de ne pas saisir le sens d'un mouvement dont on n'a pas voulu examiner la direction initiale.

Retrouver les premiers germes de la civilisation hellénique, les sources de sa vitahté ; reconstituer, avec leur tempérament particuher, les tribus helléniques, personnaUtés collectives dont chacune met en évidence un trait saillant du type commun : expliquer par l'effet des aptitudes héréditaires les tendances divergentes que l'histoire de Sparte et d'Athènes, par exemple, montre à chaque instant en conflit ; jeter ainsi, à travers la multiplicité des détails, de larges générahsations qui les groupent et les rendent inteUigibles ; telle a été. au contraire, la préoccupation de la science germanique et particulièrement de l'école d'Otfried Müller. On sait qu'en écrivant l'histoire des tribus helléniques \ le vaillant archéologue que la mort a arraché tout plein de projets à ses fouilles de Delphes se préparait àécrire une histoire générale de la Grèce. Cette tâche qu'il réservait à sa maturité, son disciple d'alors, Ernest Curtius, l'a abordée à son tour après une longue et consciencieuse préparation dont témoignent tant de notes de voyage, de recherches personnelles, de monographies.

') K. 0. Müller. Geschichten hellenischer Stamme und Städte. I. Orchomenos und die Minijer. II. III. Die Doner. Breslau. 1820-1624. i2« édit. Breslau. 1844. 3 vol. in-8°).

VI PRÉFACE Dr TRADUCTEUR

d'esquisses oratoires accumulées autour de YHistoire grecque ' .

On commence à se plaindre, dans le monde savant, de la di\1sion du savoir en spécialités dont chacune suffit à l'activité d'un esprit mais risque de rétrécir l'intelligence à laquelle elle suffit. Pour ne parler que des études historiques et, parmi elles, de celles qui ont pour objet l'antiquité classique, elles offrent déjà une surface immense, où plus d'un travailleur se contente de se tailler une province. Philologie — hnguistique et httéraire, — épigraphie, archéologie de l'art, étude des coutumes et institutions politiques, religieuses, économiques, tout cela sert ou, pour mieux dire, tout cela est nécessaire à qui veut se rendre maître d'un pareil sujet et en rapprocher toutes les parties en conservant à chacune sa juste proportion. En suivant la carrière scientifique de M. E. Gurtius depuis le jour où il pubhait ses Anecdota DelpJnca (1843) jusqu'à l'heure présente où il dirige les fouilles d'Olympie, on pourrait montrer que, disciple d'O. Müller, de Welcker, de Bœckh, successeur de K.-Fr. Hermann à Gœttingen, de E. Gerhard à Berlin, secrétaire perpétuel de l'Académie des Sciences et, par-dessus tout, voyageur infatigable, il a parcouru le cycle entier des investigations de détail où se forme et s'essaie Fhistorien. Il est plus simple d'aller tout droit au résultat et de dire qu'il s'est acquitté d'une tâche particulièrement difficile avec un remarquable talent. Cinq éditions successives du texte original ", chaque fois revu et amélioré, la traduction de l'ouvrage en anglais, en italien

') Le Péloponnèse (E. Curtius, Peloponnesos. Gotha. 1851-1852. 2 vol. 8°) est déjà plus qu'une monographie. C'est une« description géographique et historique de la péninsule », d'une facture tout à fait magistrale.

2) E. Clrtus, Griechische Geschichte. Berlin. 1857-1867. 3 vol. 8». (5« édition des vol. I et II et 4<= édit. du vol. III, Berlin. 1878). L'ou\Tage — il est peut-être utile d'en avertir ici — se termine au lendemain de la bataille de Chéronée (338), qui met fin à l'indépendance de la Grèce. Mitford s'était arrêté à la mort d'Alexandre (323), etGrote à la bataille d'Ipsus (301). Thirlwall clùt l'histoire de la Grèce à la destruction de Corinthe (146).

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