‹ Histoire grecque (volume 2)Chapitre 7 sur 47 · VIII PRÉFACE DU TRADUCTEUR · texte numérisé non relu

VIII PRÉFACE DU TRADUCTEUR

tempérament, du caractère propre des Hellènes. Il ramène à un petit nombre d'idées maîtresses la religion, l'art, les préférences morales et politiques de la race, et il incarne ces idées dans la tribu des Doriens, une façon de peuple élu qui sort tout à coup delà vallée de Tempe pour apporter aux autres tribus, avec le culte d'Apollon, l'idéal d'ordre et d'harmonie dont il est épris. Le Péloponnèse devient le centre de la vie nationale, et la législation de Lycurgue, l'œuvre grecque par excellence. M. E. Curtius a senti que l'esprit conservateur des Doriens, leur goût de stabilité, leurs tendances anti-démocratiques et leur penchant à la dévotion scrupuleuse, ne pouvaient vraiment pas passer pour le trait caractéristique du génie grec. Il a bien vu aussi que cette civilisation autonome, créée pour ainsi dire de toutes pièces par une tribu longtemps isolée de tout contact avec le dehors, serait un phénomène anormal dont rien ne saurait rendre compte. Le peuple grec, si bien doué qu'il fût d'ailleurs, a suivi la loi commune ; il n'a été en aucun temps indépendant des influences extérieures et, avant d'arriver à l'âge adulte, il a dû avoir pour éducateurs des peuples plus anciens et plus cultivés. Ce n'est pas au pied de l'Olympe, mais en Asie qu'il faut chercher le berceau de la civihsation hellénique ; ce n'est point par voie de terre et avec la lenteur solennelle d'une procession religieuse qu'elle s'est d'abord propagée, mais bien par la mer, qui est le trait-d'union de tous les pays habités parles Hellènes. Si le centre de l'Hellade est quelque part, il est au milieu de cette mer Egée que sillonnent en tous sens des aventuriers de toute race, Phéniciens, Cariens, Cretois, Ioniens.

L'industrieuse tribu des Ioniens, race souple, inteUigente entre toutes, âpre au gain et amie du plaisir, curieuse de nouveautés et prête à toutes les aventures, a paru à M. E. Curtius plus voisine qu'aucune autre du type général de la nation hellénique, et c'est elle, à son sens, qui, formée d'abord à l'école des Sémites d'Asie, a fait ensuite l'éduca-

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