PRÉFACE DU TRADUCTEUR IX
tion des autres Hellènes, auxquels elle apportait pêle-mêle les marchandises, les inventions et les idées de l'Orient. Le mouvement civilisateur suit ainsi une marche continue d'Orient en Occident, d'Asie en Europe, et l'admirable floraison du génie grec n'est plus un effet sans cause, mais le dernier terme d'un progrès préparé par des moyens parfaitement inteUigibles.
Mais cette conception si vraisemblable , si conforme auxlois constatées par l'histoire générale, se heurte tout d'abord à l'opinion des anciens eux-mêmes. Les Grecs ont écrit leur histoire en un temps où la Grèce d'Europe était la véritable Beilade, le domaine propre de la race; et, portés comme ils l'étaient à refaire le passé àl'image du présent, ils ont renversé les rapports qui, dans une période déjà lointaine pour eux, unissaient les deux rivages de la mer Egée. La tradition, adoptée par eux et uniformément reproduite depuis par tous les auteurs, considère les Ioniens d'Asie comme des colons expulsés de la Grèce européenne par l'invasion des Doriens et installés sur le littoral asiatique depuis un temps relativement court. Si les villes d'Asie avaient leurs métropoles ea Europe et ne dataient que d'une époque où les Doriens avaient déjà affirmé leurs aptitudes spéciales, il est évident que la civihsation grecque s'est faite elle-même, et qu'elle doit à l'Asie moins qu'elle ne lui a prêté. Aussi M. E. Curtius a-t-il commencé par démontrer, dans une dissertation spéciale*, que le rivage occidental de l' Asie- Mineure est la véritable patrie des Ioniens. Il ne nie point que le contre-coup de l'invasion dorienne n'ait ramené en Asie une masse considérable d'émigrants ; seulement, bien que les villes agrandies aient fait dater leur fondation de cette nouvelle ère de prospérité, il distingue, sous les splendeurs de rionie nouvelle, les vestiges oubliés de laVieille-Ionie. Ceci une fois admis, tout s'ordonne et s'éclaire. A l'ar-
') E. Curtius, Bie lonier vor der ionischen Wanderung. Berlin. 1855.