X PRÉFACE DU TRADUCTEUR
rière-plaii de l'histoire grecque apparaît un grand peuple aryen campé sur les plateaux de Phrygie. Une première et large poussée d'émigration amène en Occident les Pélasges. Plus tard, des groupes moins nombreux, mais déjà plus compacts, s'engagent successivement dans la même voie. Les uns passent l'Hellespont ; les autres s'installent tout le long du rivage asiatique de la mer Egée. Alors commence la genèse de riIellade.Tous ces éléments réagissent les uns sur les autres, réaction lente à distance de la mer, active sur les côtes, sans cesse visitées par les Grecs d'Asie ou Ioniens. Ceux-ci courent les mers avec les Cananéens et, faciles aux relations de toute sorte, s'allient, au hasard des circonstances, en Asie et hors d'Asie, avec des races étrangères. Il se produit ainsi des populations hybrides, de caractère indécis et de nom variable, qu'on ne peut ni distinguer nettement des Ioniens ni confondre avec eux, véritables Protées dont les déguisements ont dérouté jusqu'ici l'érudition la plus patiente.
Pour débrouiller ce chaos, il fallait ne pas oubher « le caractère doux et bienveillant de la mer Egée w. Tandis que l'historien préoccupé de fixer au sol tous les noms ethnologiques épars dans les textes se fatigue à retenir en certains lieux des entités fantasques qu'il rencontre partout, M. E. Curtius suit du regard le va-et-vient incessant des vaisseauxqui, comme autant de navettes agiles, croisent et mêlent dans toutes les directions les fils multicolores de la trame historique. A l'équilibre statique, il a substitué le mouvement, la vie, un perpétuel devenir qui explique également bien la multiplicité des noms appliqués à un même agent ou la diversité des éléments rassemblés sous une même dénomination. Cariens , Lyciens , Dardaniens , Tyrrhènes, Cretois, Curetés, Caucones, Taphiens, Téléboëns, qu'ils soient désignés à part ou sous le titre vague de Lélèges, sont des peuplades de sang diversement mêlé, qui forment autant d'intermédiaires entre le Sémite et l'Hellène