SUCCES D ATHENES
Après la marche languissante des opérations militaires durant les cinq premières années de la guerre, le sixième été vit se préparer des entreprises plus importantes et des événements plus décisifs. Les deux partis cherchaient de nouveaux points d'appui; dans les deux Etats des hommes plus énergiques arrivèrent au pouvoir ; Sparte reconnut la valeur de Brasidas ; Athènes se remit peu à peu des suites de la peste, qui sévit encore une fois en 427 (01. lxxxvih, 2); la ville reprenait courage, et sa vigueur renaissante se personnifiait dans Démosthène, fils d'Alcisthène.
Grâce à un tremblement de terre qui arrêta lesPéloponnésiens à l'isthme de Corinthe, l'Attique ne fut pas envahie cetteannée. Ces commotions, qui se firent sentir dans toute la Grèce centrale, furent accompagnées de maréeshautes qui, surtout dans les détroits peu larges, sur la côte d'Eubée et la rive opposée ^ causèrent des inondations désastreuses. Les Péloponnésiens cherchèrent à se dédommager par une autre expédition.
L'antique ville de Trachis, situé au pied de FŒta, près des
') C'est vers ce temps, après la fin de 428, que Hérodote a cessé de travailler à son livre (Kirchhoff, Entstehungszeit des Herodot. Geschichisicerks, p. 27).
2) Voy. le tableau tracé par Thucydide de la démoralisation causée par les luttes des partis (Thlcyd., III, 82-84).
^) Seconde apparition de la peste et tremblements de terre (Thucyd., III, 87-89).
SUCCÈS d'athènes ' 433
Thermopyles*, avait été ruinée par les peuplades voisines. Ses habitants^ après avoir d'abord songé à Athènes, demandèrent du secours à Sparte, qui leur inspirait plus de confiance et que de vieilles traditions liaient à leur patrie -. Des Doriens, demeurant entre TŒla et le Parnasse et qui se trouvaient dans une détresse semblable, se joignirent à eux. Les plus clairvoyants des Spartiates, dont Brasidas était sans doute le principal organe, reconnurent tout l'avantage de la situation de Trachis. C'était une place d'armes faite à souhait: on pouvait delà agir dans deux directions différentes; d'abord, contre l'Eubée, les possessions et les stations navales qu'y avaient les Athéniens, puis atout moment, du côté du nord, contre les colonies de laThrace, que Brasidas avait particulièrement en vue. L'oracle de Delphes approuva l'entreprise, bien que cet établissement militaire fût peu en harmonie avec son ancienne politique de colonisation. On fit donc tout à coup un effort considérable : on invita le peuple grec tout entier, excepté les Ioniens et les Achéens, à prendre part au relèvement de Trachis. Quatre mille colons du Péloponnèse et six mille autres, Béotiens pour la plupart, répondirent à l'appel. On reconstruisit la ville sous le nom d'Héraclée ; on l'entoura de murs; on aménagea un port près des ïhermopyles, et on éleva des fortifications pour défendre le passage ^. La domination dorienne semblait vouloir refleurir dans cet antique berceau de la race, et les Athéniens se virent menacés aux points les plus vulnérables de leur empire extérieur. Cependant, la jeune ville ne prospéra point. Les tribus les plus voisines, les ^nianes, les Dolopes, lesMaliens, excitées parlesThessaliens, la fatiguèrent pardes hostilités sans trêve, et les Spartiates compromirent euxmêmes le succès de leur œuvre pardes abus de pouvoir etdes maladresses de toute espèce, 'de sorte que les Athéniens furent dispensés de parer à tout danger venant de ce côté.
2) Voy. vol. I, p. 132.
3) Thucyd., III, 92-93, Diod., XII, 59. Sur la fondation d'Héraclée, cf. R. Weil, Hermes, VII, p. 381 sqq. C'est à cause d'Héraclée que les Athéniens mirent en face, à Ptéléon, sur la côte de la Magnésie Phthiotide, la garnison mentionnée dans la paix de Nicias (Thlc, V, 18) : cette garnison avait pour but de tenir le golfe de Pagase.
134 ' LA GUERRE JUSQu'a LA PAIX DE NICIAS
Ils purent d'autant mieux poursuivre avec énergie la réalisation des plans qui devaientavoir pour effet d'étendre leur empire sur terre et sur mer. Nicias, qui après la chute de Mytilène avait dû à la victoire du parti modéré un surcroit d'influence, avait fait, cet été-là, une expédition heureuse contre l'île de Minoa. Cette île formait avec Nisœa une station péloponnésienne qu'il fallait surveiller de Salamine. Pour plus de sûreté, Nicias voulutêtre maître du port mêmedeMégare, etilconstruisit dans ce but un château-fort à Minoa. L'année suivante (426 : 01, Lxxxvui,3), il conduisit une escadre de soixante vaisseauxà Mélos pour contraindre cette île, importante par sa position et par ses ports, à entrer dans l'alliance d'Athènes: car, depuis que les Péloponnésiens avaient une flotte, il semblait d'autant plus nécessaire de ne laisser subsister dans l'Archipel aucune puissance ennemie et d'arrondir plus complètement le domaine maritime d'Athènes. Mais Mélos ne put être forcée, et Nicias se tourna rapidement vers la merd'Eubée : il débarqua sesdeux mille hoplites àOroposet sejoignit sur le territoire de Tanagra à l'armée athénienne qui, sous Hipponicos * et Eurymédon, envahissait la Béotie. Les Tanagréens et les auxiliaires thébains furent battus ; cette incursion, faite en représailles de l'exécution de Platée, donna l'éveil aux Béotiens qui se croyaient à l'abri de toute attaque ■.
Démosthène, qui avait quitté le port en même temps que Nicias, poursuivait des plans plus vastes; c'était un homme qui paraissait avoir toutes les qualités requises pour compléter les aptitudes de son collègue. Général et politique audacieux, sa vue portait loin, et il était plein d'expédients et d'idées neuves. Il voyait clairement qu'Athènes ne pouvait pas vaincre avec ses soldats citoyens tout seuls, mais qu'elle devait apprendre à mieux se servir de ses alliés. Son ardeur guerrière menaçait également Thèbes et Sparte; c'était le premier tacticien d'Athènes qui sûtprofiter de la nature du terrain, des saisons, et employer à propos les différentes armes. Il apprit le premier à apprécier à leur juste valeur les troupes légèrement armées, et fit preuve dans ses plans- de campagne d'une puis-
*) Voy. ci-dessuSj p. , ») Thugyd., III, 9} .