‹ Histoire grecque; les peuples orientauxChapitre 3 sur 19 · RELIGION ET FORMES DE CULTE DU PAGANISME · texte numérisé non relu

RELIGION ET FORMES DE CULTE DU PAGANISME

§ 7. La religion et le culte, la forme et le reflet de l’activité de l’esprit et de l’âme des peuples distincts, ne sont pas moins différents que leur manière de vivre et leurs formes de gouvernement. A l’origine, la religion prenant racine dans le cœur et dans le monde du sentiment, eut son principe le plus profond dans les aspirations de Tàme humaine vers la réunion avec la source première de l’esprit, dans le frémissement intérieur en présence des forces extérieures de la nature, dans le sentiment de la dépendance de puissances supérieures et de l’insuffisance des facultés humaines dans la tourmente de la vie terrestre. C’est pourquoi la religion n’est pas seulement un côté, mais bien plutôt la totalité de la vie intérieure; c’est l’étincelle divine d’où jaillissent toutes les activités intellectuelles, le sol sur lequel toutes les fleurs distinctes de l’esprit s’élèvent à la lumière; et plus un peuple, dans son développement général, se trouve près de la nature, plus sa manière de vivre et son genre d’occupation sont simples, plus son horizon et son monde d’idées paraît borné, plus aussi tout son être spirituel s’accorde avec la religion, plus ses exercices religieux sont, pour le monde intérieur, des travaux exclusifs, semblables aux affaires quotidiennes pour l’existence physique, plus ils s’unissent aux devoirs extéi rieurs de la profession, et prêtent aux ouvrages i ! manuels une plus haute consécration par le souffle

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divin. La religion païenne a sa source dans ces rapports alternatifs de la vie pratique et de la vie religieuse. Les hommes honorèrent tes puissances divines qui se manifestaient dans le cercle de la vie physique et prêtaient une direction et un but è l’existence terrestre; et comme ils crurent les reconnaître principalement dans le soleil qui répand la lumière et la vie et dans les forces qui apparaissent dans la croissance et la mort des végétaux, ils les conçurent comme des êtres personnels , doués de conscience et de volonté, et par des fêtes et des cérémonies religieuses, ils rendirent hommage aux figures divines qu’ils avaïent créées eux-mêmes. Mais dans le perfectionnement des représentations religieuses aussi bien que dans les sacrifices et le culte, une grande différence se montra entre les peuples supérieurs par leurs dispositions naturelles et leurs facultés, et les races incultes préoccupées seulement de l’existence terrestre et des jouissances matérielles. Car tandis que les peuples sauvages de l’Afrique et de la Haute-Asie revêtaient les idées simples de la Divinité, qu’ils avaient empruntées à une intuition sensuelle, de formes grossières qu’ils honoraient comme fétiches, sous la figure d’animaux ou d’objets inanimés et rarement sous une forme humaine, les peuples de l’Asie antérieure où le soleil, la lune et les étoiles brillaient d’un si vif éclat, fondèrent le culte des astres {sabéisme) et les nations qui s’élevaient en culture, cherchèrent soit à comprendre philosophiquement l’Ètre divin en faisant épanouir la Divinité dans les choses visibles et en la concc-

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vant comme vraiment présente dans tous les phénomènes (panthéisfne), soit à le figurer ingénieusement en divinisant toute la nature extérieure et en représentant les dieux comme des hommes plus parfaits et plus hautement doués {polythéisme, anthropomorphisme). La même différence se manifesta dans le service extérieur de la religion et dans les sacrifices. Tandis que les rudes peuples sauvages s’approchaient de leurs fétiches avec des incantations étudiées et des formules de prières, et cherchaient à s’assurer contre la puissance des esprits contraires au moyen d’objets consacrés, d’amulettes et de talismans, l’homme civilisé rattachait par la sainte poésie sa vie intérieure au monde des dieux, se créait d’une main exercée à l’artune image sublime, dans laquelle l’organisme humain était glorifié comme idéal et exposé comme forme et comme expression de la nature divine, et cherchait, par f observation des corps célestes et du cours des planètes et par l’étude de la nature et de ses lois, à perfectionner et h ennoblir ses idées sur l’essence de la Divinité et sur fesprit agissant éternellement. Et tandis que les races syriennes et phéniciennes se livraient îi de ténébreuses superstitions, tandis qu’elles croyaient apaiser la colère de la Divinité en immolant des filles et des fils chéris qu’elles plaçaient dans les bras d’une idole ardente, de Moloch, Dieu du feu, ou obtenir sa faveur par des impuretés et des rites licencieux (§ 33); tandis que les peuples brutaux égorgeaient des esclaves et des prisonniers de guerre sur les autels de leurs dieux nationaux, les Grecs

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puisaient dans leur culte ennobli et dans leurs sacrifices des jouissances élevées en préparant Ji leurs dieux de joyeuses fêtes, dans lesquelles ils mangeaient les animaux qui avaient été sacrifiés et les fruits qui avaient été offerts, et en même temps prenaient plaisir aux 'nobles arts, à la poésie, fi la musique et fi la danse solennelle, qui se développaient dans ces fêles religieuses.

§ 8. Le Paganisme de l’Orient. 1. Lidoits. — La religion des Indous est le système de l’émanation, d’après lequel tout le monde visible et invisible soit de la divinité et y retourne apres de grands intervalles. La base de cette religion est la doctrine de 1a transmigration des âmes {métempsÿchose) selon laquelle l’âme liumaine n’est associée au corps terrestre qu’en punition des fautes qu’elle a commises dans une existence antérieure (préexistence); elle a pour tendance et pour but de se réunir de nouveau à la divine âme du monde. C’est pourquoi l’Indou regarde la vie de ce monde comme une période de châtiment et d’épreuve qu’on peut abréger seulement au moyen d’une conduite sainte, de prières et de sacrifices, d’expiations et de purifications, ou d’une vie contemplative,- ascétique, qui se plait dans l’adoration de la Divinité et cherche à se préserver de la contagion d’un monde souillé. Lorsque l’homme néglige de se purifier ainsi et, en s’éloignant de la Divinité, s’enfonce de plus en plus profondément dans le mal, sou âme après avoir quitté le vêtement usé de la chair, passe, en vertu de l’arrêt du juge des morts, dans un autre corps, souvent inférieur, un corps d’animal, et recommence une nouvelle migration ; tandis que l’ânie du sage, du héros ou du pénitent commence son ascension à travers de brillantes constellations et finit par se réunir à l’essence spirituelle dont elle est issue. Dans les temps les plus reculés, lorsque les

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Indous habitaient encore le pays » des cinq fleuves, » ils adoraient les puissances qui forment la vie physique : V Indra, le dieu du ciel, qui règne sur la pluie et sur la lumière du soleil, avec l’aurore et les vents; Agni, le feu avee l’essence de la lumière et Varuna, le souverain de l’espace infini et de la surface de la mer. Outre ees êtres symboliques auxquels les Indous offraient le sacrifice de Soma et qui représentaient la vie de la nature dans sa triple manifestation, naissance, durée et fin, ils invoquaient déjà, sous le nom de Brahma , une autre divinité mystérieuse qui était considérée comme l’esprit saint de la prière et du saerifice et qui avait autorité sur les Dieux physiques pour les obliger à exaucer les vœux. Dans la suite, lorsque les Indous se livrèrent sur les bords délieieux du Gange à une vie paisible et eontemplative, cette eonception de Brahma, considéré par l’esprit inventif des Brahmanes comme l’âme du monde et la source première de tout ce qui existe , occupa la première place dans la théogonie indoue ; Indra et les autres Dieux physiques furent mis au rang subalterne de gardiens du monde. La venue de Bouddha, le royal fondateur de la religion, que ses disciples vénèrent comme le type divin de la vertu humaine et de la perfection terrestre, conduisit alors les Indous à la doctrine des incarnations, en vertu de laquelle le premier esprit Brahma, l’unité idéale du monde, se manifesta d’abord sous une triple forme {Triraourü) comme Brahma, Vishnou et Siva et enfin Vishnou lui-même apparaissait de temps en temps ci-bas avec un coiq)S humain (comme Rama, Krischna, etc.), pour ramener l’ordre dans ce monde égaré et incertain, et pour remettre en honneur le droit éternel et les mœurs saintes.

Les trois dieux supérieurs, Brahma, Vishnou, Siva n’onl été mis dans une certaine relation les uns avec les autres que par les philosophes plus récents. Dans le principe, ce sont trois êtres fondamentaux qui sont honorés comme les dieux les plus élevés dans des contrées différentes de l’Inde et procèdent de

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souches diverses. Plus tard, les sectes continuèrent également à attribuer la prééminence à l'un ou à l’autre. Brahtnan (le neutre, au nominatif Bmhmâ) signifie littéralement ; le Grand, par conséquent l’être absolument grand, élevé, dans lequel tout e.\lste à l’origine et vers lequel tout retourne. C’est l’unité éternellement complète en elle-même de l’univers et de tous les êtres, qui ne peut, comme unité pure, être |)ersonnifiée ni représetitée par des pensées humaities. — De cette unité abstraite, du neutre Ilrahinû, (jui forme toujours de la sorte la substance de tout, résulte un second être concret, portrait fidèle de l’être primitif, le masculin Brahman (au nominatif Brahmâ). Celui-ci est rintclligencc première qui a créé le monde réel et la race humaine : il a communiqué aux hommes les livres sacrés, les Védas, les lois de l’homme, etc. Ce itrahm£t humain est seul honoré par un culte, tandis que l’être primitif abstrait ne peut, comme unité pure, devenir un objet de représentation. — Vishnou est également une manifestation du premier Esprit; son nom signifie, soit celui qui pénètre, soit le protecteur, le conservateur. Il est le libérateur et l’éternel restaurateur de l’ordre moral du monde, puisque, pour le salut de l’humanité, il .s’est fait homme lui-même plusieurs fois et a combattu le mal. Des adorateurs de Vishnou le considèrent en même temps comme créateur, conservateur et destructeur, parce qu’il renverse l’(;rdre ancien pour en établir un nouveau. Le culte de ce dieu a pris nai.ssance au Bengale cl dans les vallées du Gange, où toute fécondité et toute prospérité dépend, comme en Égypte, des inondations du fleuve. Presque toute la littérature indoue appartient aux .sectateurs de Vi.shnou. Ils sont doux; ils ne blessent ni ne tuent aucun animal. Le bouddhisme procède de cette secte. — Le culte du troisième dieu, Siva, a son origine dans les pays montagneux de l’Inde septentrionale; c’est de là qu’il s’est répandu sur toute la contrée. Au commencement, il avait son siège sur les montagnes, particulièrement sur l’IIimàlaya; c’est un dieu des montagnes. C’est pourquoi il s’appelle aussi Seigneur des montagnes, et son épouse Pàrvati, la montagnarde ou Durga, l’inaccessible. Ce dieu se révèle comme feu. C’est une double

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intuition : d’abord l’élément destructeur qui consume ce qu’on lui oppose; d’un autre côté, le principe — feu et chaleur — de la vie et de 1a génération ; en sorte que Siva représente surtout la vitalité sauvage de la nature, dont il réunit en lui les deux faces, la génération et la destruction qui alternent éternellement comme l'été et l’hiver. Le culte de Siva formait dans l’Inde la religion populaire proprement dite, et avait un caractère abrupt, farouche et dévergondé. Des sacrifices sanglants et surtout des sacrifices humains furent aussi offerts à la grande puissance de la nature [Bharani, surnom de Siva) qui concourt avec le feu à tout engendrer. Le sacrifice de soimême notamment était frequent On .se précipitait dans la source du Gange à rilimillaya, pour se consacrer entièrement à cette puissance absolue. Le symbole principal de Siva est le phallus ou lingam, qui toutefois semble ne lui avoir été attribué que plus tard par les peuples du midi. Le taureau est également un emblème de Siva. Le nom de Siva signifie en sanscrit heureux, et originairement brillanl. — D’après la doctrine pliilosophique et religieuse de Bouddha, c’est du vide (yirvana) c'est à dire l’espace éternel, produisant au dehors et recueillant de nouveau eu lui-même, que procède le monde triple ; éther sans forme, monde spirituel des formes et monde matériel. La même doctrine enseigne que « le sort de cette vie dépend des actes d’une vie antérieure et qu’il est fermement réglé d’avance; qu’aucune mauvaise action ne reste sans châtiment, comme aucune honne action sans récompense. 1,’hommc ne peut SC soustraire à cette fatalité qui le domine dans le cercle de )a transmigration des âmes qu’en dirigeant sans cesse sa volonté sur la seule i)ensée de s’en affranchir, qu’en restant fidèle à cette direction et en ne recherchant, avec un zèle persévérant, que des actes méritoires; c’est ainsi qu’après avoir rejeté toutes les passions, considérées comme les plus fortes chaînes (lui le retiennent dans le cercle fatal, il peut atteindre le terme .souhaité, l’affranchissement complet de la régénération. » Le des.sein et le hut de la doctrine de Bouddha sont donc la diminution des .soutïranccs de la vie terrestre par la |»ratique de la vertu et l’amour de l’humanité, et la rédemption de l’âme

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des douleurs d’une nouvelle naissance par le retour dans le Nirvana.

2. Peuple de Zend. Les peuples primitifs du Zend dans l’Iran (Bactriane) cultivèrent lui remarquable système religieux. Comme les Ariens de même race qui habitaient les bords de rindus, les Iraniens honorèrent d’abord les puissances qui régnent sur la vie physique. Le soleil qui dissipe les frimas et les masses de neige sur les montagnes, l’aurore qui chasse la brume de la nuit, le feu flamboyant, reflet terrestre de la lumière céleste, dont la flamme ascendante symbolisait la progression de l’Ame humaine vers réternelle source de lumière , furent adorés par les peuples pasteurs de l’Iran oriental comme par les Ariens de l’Indus ; les vents qui dessèchent, les épouvantements des solitudes et du désert qu’habitent les esprits de la nuit et de la destruction, étaient redoutés comme des démons ennemis. Mais tandis que, sous le ciel riant de l’Inde, où la nature se montre seulement sous son côté bienfaisant, se développait l’idée d’une Ame divine du monde d’où procédait tout ce qui existe, et d’une providence tutélaire, s’éleva dans l’Iran oii la nature et le climat présentent les plus grandes oppositions, une religion physique dont la base est la croyance aux bons et aux mauvais esprits, aux puissances bienfaisantes de la lumière et aux puissances hostiles des ténèbres — dualisme qui, avec le temps, passa du domaine physique et symbolique dans le domaine de la morale. Mais de même que chez les Ariens de rindc, rindra occupait toujours la première place dans la croyance populaire, chez les Iraniens ce fut Mithras, le dieu du Soleil. — Ce culte de la nature fut de bonne heure érigé en système par un ancien sage et fondateur de religion, Zoroastre {Zarathustra) et les doctrines distinctes et les préceptes consignés dans un livre saint nommé Zend Avesta (§ 45, note). En partant de l’observation que le bien et le mal existent dans la nature comme dans l’âme humaine, et en s’appuyant sur l’an-

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cienne intuition dualiste du peuple , il divisa Tunivers et toutes les choses créées en deux règnes : le monde pur de la lumière que gouverne le prince des dieux Ormuzd ( Aliuramasda) et auquel appartient tout ce qu’il y a de bon , de pur et de saint ; et le monde des ténèbres que domine le » soupçonneux « Akriman (Aramainjus) et où réside tout ce qu’il y a de corrompu, de vicieux et d’impie. Chacun des Dieux avait sous lui, pareils à des corps d’armée, des esprits divisés par ordre de rang : Ormuzd les six Amschaspands avec les Fervers (Fravaschi) et les Izeds (lazata) et Ahriman les Dews (Daevas et Drudscha) également groupés en classes et en degrés. Les deux principes fondamentaux existaient depuis le commencement ; mais Ormuzd était le plus puissant ; malgré son antagoniste , il créa, à t’aide du Verbe formateur {Honover) le monde, royaume de lumière dans lequel il ne se trouvait rien que de bon et de pur. Mais lorsqu’il se fut retiré dans son séjour céleste, Ahriman pénétra dans le monde sous la forme d’un serpent et l’emplit d’esprits ennemis, d’animaux immondes et malfaisants, de vices et de péchés. De même qu’Ormuzd avait été le créateur de la lumière, du jour et de la vie, Ahriman devint l’auteur des ténèbres, de la nuit et de la mort. Ormuzd avait créé le taureau, le chien et le coq, Ahriman forma les animaux rapaces, les serpents, les insectes nuisibles ; lorsqu’Ormuzd cherchait avec le secours de ses Fervers à tenir les hommes dans le sentier de la vertu et de la pureté des mœurs, Ahriman épiait avec ses Daevas l’occasion de prendre possession du cœur des hommes et de les conduire sur le chemin du vice et de l’impureté. Ainsi s’élève ime lutte perpétuelle, un combat sans relâche entre les deux puissances qui se disputent l’empire de la terre et de la race humaine. Mais à la fin des temps le bon principe reste vainqueur; le règne de lumière envahit le monde et il s’ouvre une ère d’éternelle béatitude. Alors les serviteurs d’Ormuzd, dont les âmes ont été trouvées sans tache après la mort par l’épreuve sur le pont ïschmavat, reçoivent un corps glorieux, lumineux, qui

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ne projette aucune ombre, et jouissent devant le trône du Dieu de la lumière d’une félicité sans ûn'et d’une magnificence céleste. C’est pourquoi il est du devoir du serviteur d’Ormuzd, pendant son passage sur la terre, de lutter de toutes ses forces contre les mauvais esprits ; il cherche à les apaiser, à adoucir leur colère par le sacrifice et l’humilité ; il les combat dans la nature par la destruction des animaux nuisibles, par la culture active de fruits et d’arbres utiles, et dans son propre sein par l’observation de la sainte loi , le culte du feu et la prière, les paroles pieuses et les bonnes œuvres, les sacrifices expiatoires de taureaux et de chevaux et plus tard d’hommes. — Par l’observation de la » bonne loi, » dans laquelle Ormuzd a manifesté sa volonté par Zarathustra, l’homme est en état d’échapper à toutes les poursuites des Daevas qui habitent en Touran, dans les steppes sauvages vers le septentrion, d’où les essaims nomades ont coutume de se répandre dans le royaume de lumière de l’Iran. 11 y avait dans cette intuition une séduisante occasion pour les prêtres {mages) de combler le Zend Avesta de prescriptions et de préceptes qui courbaient la vie des Iraniens sous le joug d’une loi tyrannique. Comme Zoroastre avait recommandé la pureté dans les pensées , dans les paroles et les actions comme le plus sûr préservatif contre les Daevas, les prêtres donnèrent à l’idée de la pureté une signification extérieure et inventèrent une foule de preseriptions , de cérémonies et de rites pour consei^ver la pureté ou pour la retrouver dans le cas où on l’aurait perdue par quelque manquement. Au moyen de ces prescriptions, de ces sacrifices et de ces prières, et de ces rites liturgiques, ils firent de la religion de la lumière une loi de servitude.

3. Égyptiens. Comme toute l’existence des Egyptiens dépendait de la situation de leur pays , l’essence de leur religion était également en rapport intime avec la nature. Dans la vallée du Nil où la vie et la mort se touchaient de si près, la principale préoccupation des hommes devait être d’affaiblir la puissance de

la mort, d’augmenter et de glorifier les forces physiques qui créent la vie. C’est pourquoi le culte religieux des Égyptiens fut presque exclusivement dirigé vers l’agent physique qui , dans sa rotation, donnait au pays la vie et la fécondité , vers le soleil. Quelque diverses que fussent les figures des dieux et les formes du culte, puisque ehaque ville presque possédait ses propres divinités loeales dont un petit nombre seulement était l’objet de la vénération du peuple entier, il résulte eependant de toutes les représentations que le scrviee du soleil fut le premier germe et le prineipe le plus général de la croyanee égyptienne, du véritable eulte national; non seulement parce qu’une quantité d’êtres divins qui s’introduisirent avec leurs noms, leurs cultes et leurs sanctuaires propres, avaient, d’après leur conception intime, une étroite parenté avec l’idée du soleil dans ses différents effets et ses différents phénomènes, soit par la raee et la descendance, soit par les images symboliques , mais aussi parce que la plupart des dieux de race ou de localité furent mis en rapport avec le soleil pour rehausser leur puissance , tantôt afin qu’on les identifiât ainsi avec lui, tantôt afin que, par l’adjonction du nom de Ea , qui passait pour la plus ancienne désignation du dieu-Soleil, on augmentât la sainteté et la grandeur du dieu local. Ainsi, ce ne fut pas seulement le dieu principal des Thébains, Ammon, qui devint, comme Ammon-Ea, le plus important des dieux nationaux; la plupart des autres dieux locaux, tels que Maniou, Atmou, Thot, etc., enrichirent aussi le culte du soleil par l’addition de Ea. Ce Ea ou Phra (d’où Pharaon) père et roi des dieux, qui trône dans le disque du soleil et gouverne et surveille tout l’espace céleste, était particulièrement honoré à Memphis et dans la » ville du Soleil » (Héliopolis). Lâ se trouvait un sanctuaire révéré où, d’après la tradition des Égyptiens, tous les cinq cents ans l’oiseau merveilleux, le phénLt , arrivant de l’Orient, se consumait au milieu d’im encens odorant pour renaître rajeuni de ses cendres, et retourner le troisième jour dans sa patrie orientale, indica-

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tion emblématique du cours du soleil dans des périodes de temps déterminées et toujours répétées. Le Sphinx sous la forme d’un lion avec la tête du dieu du soleil, le représentait comme gardien du ciel.

A côté de Ra, Ptah et Osiris étaient en grande vénération. Près du temple de Ptah, du • père de la lumière, » à Memphis, on entretenait dans une cour somptueuse, le taureau sacré Apis qui, comme emblème du soleil dans sa vertu fécondante, était en si grand honneur chez le peuple égyptien , qu’à sa mort le pays entier portait le deuil jusqu’au moment où les prêtres en avaient trouvé un nouveau qui portât sur lui les signes de reconnaissance déterminés; alors l’heureux événement était célébré par une fête de réjouissance qui durait sept jours et qui était accompagnée de processions et de bonne chère. Le taureau sacré était de couleur noire avec une tache blanche sur le front , deux sortes de poils à la queue, et une excroissance sous la langue qui devait avoir la forme du scarabée sacré. La véritable divinité nationale des Égyptiens était cependant le dieu du soleil Osiris avec sa femme Isis et leur lils Horus. De lui seul, les prêtres ont formé les ihythes ingénieux qui avaient pour sujet emblématique le cours de l’année et les phénomènes physiques qui l’accompagnent. Osiris , le bienfaiteur du pays, fut tué par sou frère envieux Typhon (Set) et ses 72 compagnons , et son cadavre, renfermé dans un coffre, fut plongé dans le fleuve. Isis en deuil chercha, plaintive, son époux perdu. Lorsqu’elle eut retrouvé le cadavre, elle le fit déposer dans l’île sacrée de Philà, formée par le fleuve. Du royaume des morts, où Osiris était alors souverain, il apparut à Horus et l’exhorta à la vengeance. L’excellent fils assemble ses fidèles autour de lui, défait Typhon et le chasse dans le désert avec scs noirs compagnons. Ensuite Horus monte sur le trône de son père et règne sur l’Egypte comme dernier des dieux.

Dans l’ingénieux mythe, la vie physique de la vallée du Nil est représentée sous une forme symbolique. Typhon et ses com-

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pagnons sont les 72 jours de chaleur ardente et de sécheresse. Isis, la terre d’Égypte, gémit et crie après l’eau bénie : Osiris, la force féconde qui se manifeste dans le Nil, est parti pendant la domination de son frère ennemi ou sommeille à la porte de rocher près de la cascade de Phila et d’Eléphantine. Mais son fils IToms, le frais automne, chasse avec une vitalité juvénile Typhon • l’homme de feu rouge foncé » et rend au pays son droit et sa fécondité, La mort d’Osiris n’est qu’une léthargie; il vit et agit, aussi bien sur la terre par son fils Horus, le vengeur ( « révélateur ») de son père, que dans le monde souterrain, dans le royaume des morts où il juge les âmes séparées du corps et les éveille à une nouvelle vie. Le dieu grec-égyptien Sérapis, dieu local d’Alexandrie qui fut plus tard la capitale, appartenait également, d’après son essence, au eyele des divinités solaires; son culte fut tellement favorisé par les Ptolémées que, dans leiii' siècle avantJ.-C., oncomptait en Égypte 42 sanctuaires qui lui étaient consacrés. A côté de ces dieux, Reith, la mystérieuse personnification du principe physique de la conception et de l’enfantement maternels, la déesse gardienne (» l’image voilée ») de Sais dans la Basse-Égypte, était eihgrande vénération. On célébrait tous les ans en son honneur une fêle des lampes, comme à Athènes la course des flambeaux en l’honneur de la virginale Pallas Athéné à laquelle on l’a souvent comparée. L’adoration d’animaux sacrés était particulière aux Égyptiens et occupait la première place dans le culte populaire, tellement que, dès l’antiquité, elle avait excité la plus vive curiosité et conduit à plusieurs explications de la cause et du sens profond d’mi pareil culte. Non seulement le taureau Apis, mais aussi des vaches, des chats, des ibis, des éperviers, des chiens, des crocodiles, et beaucoup d’autres animaux jouissaient des honneurs divins. Quiconque tuait un animal sacré avec préméditation encourait la peine de mort. Dans un incendie, raconte Hérodote, les Égyptiens prenaient beaucoup plus de souci de sauver les chats que d’éteindre le feu et lorsqu’un chat périssait

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dans les flammes , il s’élevait de longs gémissements. Une superstition grossière semble s’allier h des vues ou à des représenfalions plus élevées dans cet hommage rendu aux. animaux : tandis que la masse du peuple se livrait vraisemblablement à un fétichisme aveugle, en prenant l’objet sensible de la vénération pour l’être divin lui-même, les initiés y attachaient des considérations d’un ordre plus intelligent, d’après lesquelles, dans l’instinct des animaux, l’esprit merveilleux et incompréhensible de la nature était contemplé et honoré d’une manière immédiate, comme il agit puissamment, sans y être porté par délibération ou réflexion; ou bien on respectait les animaux comme emblèmes des divinités auxquelles ils étaient consacrés, au même titre que les dieux étaient regardés comme les représentants des forces actives de la nature ou des corps célestes. Les Égyptiens croyaient à la continuation de la vie apres la mort, à la , punition des méchants et à la récompense des bons : l’une et l’autre avaient lieu dans le vestibule du monde souterrain, dans la salle de la « double justice, » devant le trône d’Osiris, où le cœur du mort était pesé dans la balance de la justice. Les âmes des justes entraient, ornées de la plume d’autruche, dans les domaines du dieu du soleil, les âmes des pécheurs dans le royaume des ténèbres. — Les Égyptiens partageaient avec les Indous la croyance à la transmigration des âmes. Sans doute, les corps des justes trouvaient le repos dans le tombeau, la vie dans la mort et la joie dans la patrie orientale du soleil, et les seules âmes des impurs qui n’étaient pas entièrement damnés, devaient être soumises à cette migration qui durait jusqu’au moment où l’âme par là pouvait avoir accès auprès du dieu du soleil.

§ 9. Religion des Grecs et des Romains. — Le polythéisme se constitua avec le plus de sérénité chez les Grecs dont les légendes sacrées {mythes, d’où mythologie) furent adoptées en grande partie par les Romains qui les combinèrent ou les fondirent avec leur propre religion. D’après la conception reli-

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gieuse des Grecs, qui distinguent dans leur mythologie une période de forces physiques créatrices du monde (système théogonique) et des puissances qui gouvernent le monde (dieux olympiques), Tunivcrs était au commencement une masse grossière et informe, le Chaos d’où sortirent, comme dieux indépendants, la Terre • au large sein » {Ghé, gé), le monde souterrain {Tartare), l’obscurité nocturne {Erèbe et Siyx) qui enfanta le jour, et le créateur primitif, l’Amour {Bros). La Terre tira de son sein le Ciel {Uranus) , et la mer (Ponius) et engendra ensuite des êtres d’une taille et d’une force surhumaine, les Titans, qui régnèrent d’abord, jusqu’à ce qu’une race plus intelligente, qui se groupa autour du dieu du CxAZeus {Jupiter) leur eut enlevé l’autorité, vaincu et préeipité du ciel les Titans et les Géants, et les eut enterrés dans les profondeurs de la terre. Après que les sauvages forces physiques et la violenee des éléments eurent été ainsi enchaînées, Zcus trôna sur l’Olympe » dentelé, » tandis que Pluton gouvernait le sombre royaume du monde souterrain {Hadès, Tartare, Orcus), et que Poséidon commandait avec son trident aux vagues de la mer. En outre, les forêts et les montagnes, les champs et les prairies, les fleuves et les mers furent animés d’une iuflnité d’êtres divins, qui avaient souvent une influence sur les destinées humaines {Nymphes, Néréides, Triions, Sirènes qui conduisaient les mortels à leur perte en les attirant par leurs sons enchanteurs, etc.). Une racede4/m, qui faisait remonter son origine à Zeus, relie, comme une chaîne, les dieux aux hommes, de même que la race inférieure des dieux satyres et faunes, comble l’intervalle entre l’homme sensuel et le règne animal. Les relations sont très diverses entre les hommes et ce monde de dieux doués de liberté et de beauté et représentés dans les œuvres les plus parfaites de la poésie et de l’art grecs. A partir de sa naissance, l’homme a, à côté de lui, pendant toute la vie, un démon {génie) qui influe sur ses résolutions et ses actes, sans pourtant limiter l’indépendance de sa volonté. Le foyer domestique est le siège des dieux de la famille et de là

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maison (Lares, Pénates'), qui préservent la demeure de l’iiomme de l’adversité, et chaque événement important de la vie est sous la protection d’une divinité particulière. Au moj^en d’oracles et de prophéties, les Immortels permettent aux humains do jeter im regard dans l’avenir, ou bien ils déterminent leurs rusulutious et leurs actes par des sentences et des inspirations. En opposition avec l’idée chrétienne d’apres laquelle la vie terrestre n’est qu’un temps d’épreuve, de passage vers une vie supérieure, les Grecs satisfaits avaient recommandé toutes les joies à l’existence terrestre, dont la vie des ombres dans le monde souterrain était la triste continuation. Ils croyaient pourtant à une rémunération et à une vie cterneUe, à une liaison entre les morts et les vivants. Les morts étaient amenés par le conducteur des morts Hermès, devant les trois juges du monde inférieur (Minas, Rhadamanthe, Æaqite, et, d’après leur arrêt, ou admis dans le séjour des justes (Mysée) Ues des bienheureux), qm livrés à 1a damnation (Tartare). Les survivants faisaient sur les tombeaux des sacritices aux âmes ou aux ombres (mânes) des morts. Car les âmes descendaient dans Yhadès, pareilles à des ombres ; mais lorsqu’elles buvaient du sang, la conscience et le souvenir de leur état antérieur s’éveillaient en elles comme après un long rêve. Les grands criminels, comme Tantale, Tityus, Sisyphe, étaient punis par la continuation douloureuse des désirs qui les avaient agités outre mesure pendant la vie. Le grand nombre d’êtres divins et la diversité de leurs dénominations et de leurs propriétés, s’explique par la multitude des races et des peuplades grecques, qui possédaient toutes des divinités nationales, tantôt parentes, tantôt distinctes des autres. Les divinités italiques ont beaucoup de ressemblance avec les divinités grecques, d’abord parce que l’esprit humain, dans ses contemplations surnaturelles, arrive aisément à des intuitions analogues, ensuite parce que, dès les temps primitifs, il y eut entre les deux pays des rapports multiples et un contact réciproque, et enfin parce que, plus tard, les Eomaius érigèrent les dieux étrangers à côté des leurs avec la

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tolérance particulière au paganisme. En Italie, non seulement les races et les peuplades distinctes, mais aussi les générations et les familles avaient leurs divinités propres. En général, on peut appliquer à tout polythéisme la règle fondamentale que la manière de vivre déterminée d’un peuple est la source la plus essentielle pour son culte et par celui-ci pour son mythe même.

§ 10. Religion celtique et germanique. — Les anciens Germains qui séparaient d’abord l’univers informe en royaume des ténèbres (Nijlheim) et en monde de feu (Muspelheitn), adorèrent également — outre les astres, dont ils avaient apporté la connaissance de leur patrie orientale dans leur migration vers l’occident, et la terre (Hertha, Nerthus) — le feu et les autres forces élémentaires, jusqu’à ce que les objets de leur culte dans leurs sombres forêts devinssent des divinités personnelles, avec Wodan (Odin), le type de la vigueur héroïque, à leur tête comme père universel. L’épouse d’Odin était Frigga, qui présidait aux mariages; ses fils TAor (tonnerre) et Tyr (Tin ou Zin) dieu de la guerre ; douze eompagnons (Ases) l’aidaient à gouverner le monde ; dans la mythologie du nord on leur adjoint encore LoAe, le mauvais élément. Les autres fils d’Odin, Balder, le pur et innocent dieu de la lumière, dont la mort fut pleurée par la nature entière et par tous les êtres, et Bragi, le dieu de la poésie, avec son épouse Idunna, déesse de l’immortalité, sont seulement des demi-dieux. Les Germains honoraient beaucoup aussi la déesse de l’amour et de la fécondité, Freya, dans l’origine identique avec Erigga, quoiqu’elles fussent séparées dans la mythologie. Trois vierges appelées Nornes sont les puissances qui dominent sur les dieux et préparent des destinées aux hommes. Comme les Titans et les Géants chez les Grecs, chez les peuples germaniques et Scandinaves les Géants représentent les forces extérieures de la nature, taudis que les Nains, qui habitent le sein de la terre et dont les Elfes sont parents, désignent les forces intérieures de la nature. Après leur mort, les héros tombés dans les combats sont enlevés du champ de

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bataille par les IValkyries, jeunes filles armées de la lance, du bouclier et du casque, et transportés dans le Walhalla où ils mènent une vie délicieuse, tandis que ceux qui sont morts sans blessures tombent dans le triste royaume à'Hela. Les sacrifices humains étaient fréquents ; on y dévouait des criminels, des prisonniers de guerre et des esclaves. Il en était de même parmi les peuples celtiques qui habitaient l’ouest de l’Europe (la péninsule des Pyrénées, la Gaule, la Bretagne), et chez lesquels la puissante classe sacerdotale des Druides, distinguée du peuple par un grand nombre de droits, de privilèges et de biens, et par un costume et des insignes extérieurs, était dépositaire des mystères religieux et de toute sagesse. Les enchanteurs et les devins jouissaient d’un grand crédit chez les peuples germaniques et celtiques. Aux peuples romans appartiennent les Fées {àe/atum, lisX./ata, comme de nota née), les déesses qui filent la destinée et la vie des hommes; elles correspondent aux Nymphes et aux Parques des Hellènes.

Les Druides, partagés en plusieurs classes et catégories, recevaient au moyen de la iradilion leur sagesse mystique qu’ils conservaient comme l’aitanage de leur ordre; ils étaient prêtres, devins et juges. Us étaient très considérés parce qu’ils avaient seuls le secret de l’essence de la religion, cachée sous une foule de cérémonies et de précei)tes, ainsi que de la loi nationale et du droit divin et humain, du comput de l’année et des remèdes, parmi lesquels le gui du chêne jouait un grand rôle. Us formaient une hiérarchie redoutable, qui avait la jouissance exclusive de la domination et faisait des États celtiques autant d’États théocratiques. La corporation des Druides avait un seul chef que les prêtres élisaient eux-mêmes ; elle avait ses écoles propres, dans lesquelles se propageait la tradition très complexe, ses privilèges particuliers, notamment l’affranchissement de l’impôt et du service militaire, ses conciles annuels qui étaient tenus près de Chartres, au centre de la terre celti(|ue, et formait une communauté de fidèles pleins

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d’obéissance aveugle et de dévotion pénible. On comprend aisément qu’une pareille théocratie cherchait à empiéter sur le gouvernement séculier et y parvenait en partie; elle éleva avec succès la prétention d’exclure des individus et des communes entières de la communion religieuse et par suite aussi de la communauté civile; elle parvint à s’emparer des affaires civiles les plus importantes, telles que les différends sur les limites ou les héritages ; elle étendit de plus en plus sa juridiction et en vint même à décider de la paix ou de la guerre. Il existait aussi chez les peuples celtiques un ordre de prêtresses, les Druidesses, qu’on supposait en possession des arts divinatoires et des vertus magiques. La Bretagne passait pour la patrie réelie du druidisme. On prétend reconnaître des monuments des Druides dans les rangées de pierres de Stonehenge et les pyramides de Quiberon, et des autels dans les colonnes surmontées de tablettes, que l’on a retrouvées çà et Ic^. — Leurs dieux étaient honorés dans des bois sacrés par des sacrifices et des rites mystérieux dont on retrouve encore aujourd'hui des traces parmi le peuple. Le druidisme enseignait une migration des âmes limitée à trois inrarnations, une expiation et une perpétuité des âmes après la mort. De même que l’àme a à parcourir sur la terre trois cycles d’existence, de même dans l’éternité elle entre d’abord dans le cercle de la peine, traverse ensuite le cercle de la purification et arrive enfin dans la région de la béatitude parfaite et éternelle. Si le druidisme était aussi une religion de la nature, il se distingue |)ourtant des religions orientales en ce que les divinités y affectent une plus grande personnalité. Partout se trouvent à la tète deux divinités principales : un dieu actif qui répand les bénédictions, créateur du monde et fondateur de l’agriculture et de l’ordre civil, qui était appelé IIu dans les îles bretonnes où on lui consacrait les bœufs; et une mère nourricière de la terre, Ceridwen qui, pareille à la Démêler grecque, présidait à la végétation et produi.sait les blés; les autres sont, ou les mêmes êtres sous d'autres formes et d’autres noms, ou des esprits qui en dépendaient et les servaient.

INTRODUCTION

§ 11. CONCLUSION ET RÉSULTATS. Dans tous ces systèmes religieux se manifeste la tendance à saisir l’essence de la divinité, dont l’homme percevait l’existence dans la nature comme dans sa conscience, et à s’approcher d’elle de plus en plus par le soin et le peiTectionnement de la partie divine dans l’àme humaine. Tandis que les peuples sémitiques, notamment les Babyloniens, s’efforçaient d’atteindre ce but par l’étude de la nature extérieure, par l’observation du soleil et des astres dans leur carrière et dans leur influence sur la terre et sur la vie humaine, les Indiens s’enfoncèrent dans les mystères de la création et cherchèrent à établir le rapport entre Tàme de l’homme et l’àme de l’univers, entre le monde créé et la divinité, et, dans une contemplation fanatique, à amener à maturité le germe spirituel qui sommeillait en eux et à 1e faire remonter h la source première de tout ce qui est; les Egyptiens réunirent- les deux tendances en un système en rapport avec les occupations des champs et la nature du peuple, et honorèrent en outre la légalité et l’immutabilité éternelles de l’être divin dans l’instinct non moins sûr et non moins constant des animaux; les Grecs emplirent l’univers de l’esprit divin et ennoblirent l’homme en formant les dieux è son image et en élevant l’organisme humain à l’état d’idéal. Toutes ces directions principales ont pour base une conception panthéiste, une pénétration, une vivification et une animation de la matière et de tout ce qui existe par la divinité. Le panthéisme est le signe distinctif, commun à toutes les théogonies

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païennes; non point qu’on puisse admettre que cette intuition religieuse ait été transmise d’un peuple à l’autre; quoique certaines représentations, certaines formes aient été empruntées et transplantées, quoique, par le commerce et les facultés poétiques l’élément étranger et l’élément propre se soient confondus çà et là en un tout, en un cycle de mythes, les systèmes religieux, avec leur monde légendaire et leurs formes de culte, ont jailli du génie primitif de ces peuples par de libres créations d’idées; ils sont les produits de leurs propres recherches, de leurs tentatives, de leur activité, le reflet de leur propre vie morale. L’accord résulte de la similitude de la nature humaine et de l’insuffisance de l’esprit humain à saisir par lui-même les rayonnements de la divinité dans leur source première, à reconnaître l’unité dans la diversité. Toute intuition religieuse qui n’a pas sa racine dans le déisme, conduit nécessairement au panthéisme; car lesdbrces divines, prises isolément, sont en nombre infini ; leur réunion ne se trouve que dans une force créatrice primitive qui fut et qui sera de toute éternité, d’où dérive toute vie et toute force. L’homme physique, dans sa recherche de la divinité, ne put s’élever à la conception d’un seul Dieu personnel, qui a créé le ciel et la terre, qui régit l’univers d’après des lois éternelles et détermine le sort des peuples et des hommes d’après des résolutions insondables. Il était réservé à un petit peuple, aux Israélites, placés au milieu d’un entourage païen, d’engendrer et de perfectionner cette croyance. Chez eux, l’adoration du Jéhova

INTUODLCTION.

vivant surmonta l’idolâtrie aussi souvent qu’elle chercha h s’établir parmi eux avec ses formes sensuelles et envahissantes.

SUJET, SOURCES ET DIVISION DE l’iIISTOIRE.

§ 12. L’histoire traite de la formation, de l’accroissement et de la décadence des États, et de l’origine, du développement et de la ruine des peuples et des nations. Car tout ce qui existe sous le soleil est soumis à un changement perpétuel et les destinées des peuples ressemblent h celles des individus. Chaque nation a une jeunesse joyeuse, pendant laquelle toutes les forces grandissent, un âge mûr où la grandeur s’allie à la floraison intérieure, une vieillesse où les facultés déclinent, et la nation enfin succombe ou fait place â une nation plus puissante. Dans la première période, les faits d’armes sont les objets principaux de l’exposé historique ; dans la seconde, ce sont les constitutions de l’État, l’organisation judiciaire et la littérature; dans la troisième, les luttes de partis et la situation compliquée d’un monde raffiné. On apprend par lâ que l’amour de la patrie (le patriotisme), la vertu civique (le civisme) et la simplicité des mœurs rendent grands les empires et les nations, que l’égoïsme et l’esprit de parti qui en découle, la soif de jouissances et l’amollissement les conduisent à leur perte.

§ 13. Comme des empires et des nations ont subsisté avant que l’on se servît de l’écriture, et comme

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les hommes ont fait la guerre et établi des institutions avant de tenir note de leurs actes, nous n’avons sur riiistoirc très reculée que des renseignements très incomplets, puisés à des sources incertaines. Car ils reposent tantôt sur des poésies et des chants populaires, tantôt sur des traditions orales, qui, en se transmettant de bouche en bouche, se compliquaient d’éléments étrangers et fabuleux, tantôt sur des monuments historiques, bornes, tertres funéraires, tombeaux, ruines d’anciens édifices, inscriptions, monnaies, ustensiles, etc. C’est pourquoi l’iiisloire primitive, entremêlée de légendes, de mythes et de fictions est fabuleuse (mythique) et a plus d’importance pour la poésie épique qui choisit de préférence ses sujets dans les temps héroïques, que pour fhistoire. Celle-ci n’acquiert de certitude que lîi où il existe déjà des écrivains qui ne sont pas trop éloignés, par le temps ou par l’espace, des faits qu’ils rapportent. Avec l’accroissement de culture, la connaissance des événements historiques gagne alors de plus en plus en lumière et en vérité , jusqu’à ce qu’enlin la surabondance de documents écrits prépare de nouvelles obscurités et des difficultés d’un autre genre.

Les hislorien.s.se sont souvent servis des roi'.siBS épique nationales et des CHANTS populaires, comme de sources pour l'hisloire primitive; ainsi ont fait Tite-Live pour l’histoire romaine, Paul Diacre et Jornandès pour l’histoire des Lombards et des Goths, Saxo Grammaticus pour l’histoire danoise ; mais dans ce cas, la liction et la vérité historique sont tellement confondues, qu’il semble impossible de les séparer; les essais qu’on tente

INTRODUCTION. XLI

pour en expliquer le sens conduisent souvent à des erreurs, parce que l’imagination et l’opinion préconçue y prennent souvent une part trop active. 11 en est de même des légkndes MYTHOLOGIQUES commc sources historiques; les explications symboliques qu’on en donne sont incertaines. Les mon.naies et les INSCRIPTIONS ont plus dc valeur, surtout pour l'histoire spéciale de contrées, de villes, d’îles, etc., ainsi que les tombeaux avec les sarcophages, les ustensiles, les armes, les urnes, etc., qui s’y trouvaient fréquemment. Pour l’histoire des Celtes et des Germains, les tombeaux des Huns que l’on rencontre dans le nord de l’Allemagne, ainsi que dans les Pays-Bas, en Angleterre, en Écosse, en France, etc., ont sous ce rapport une importance réelle. On désigne ainsi tous les tombeaux de la période païenne, qui sont ou placés en rang par grandes quantités, ou isolés sur des hauteurs, dans des forêts et des sites à l’écart et qui consistent en tertres tantôt élevés, tantôt insignifiants, d’une forme arrondie , et contiennent souvent les restes de cadavres calcinés ou de squelettes qui n’ont pas été consumés, ainsi que des urnes et d’autres vases, des armes et des ustensiles diversifie la vie publique ou domestique, en pierre, en corne ou en métal.

§ 14. Avant la découverte de l’imprimerie (1440) les relations historiques, comme toutes les œuvres littéraires, étaient seulement écrites et conservées en manuscrits dans les bibliothèques. Plus tard, on fit, de ces manuscrits sur parchemin ou papyrus, qui avaient été enfouis pendant des siècles dans la poussière des bibliothèques des couvents (souvent effacés et écrits à nouveau, palimpses(es) et dont la diffusion par des copies était extrêmement coûteuse et pénible, des éditions imprimées qui hâtèrent la propagation de la science historique et la connaissance des productions intellectuelles de l’antiquité. Cependant, il existe encore aujourd’hui des documents manuscrits, dont l’historien, doit tenir compte, surtout lorsqu’il rapporte les événements compliqués et les tendances de notre temps : ce sont des lettres, des rapports, des mémoires, etc., et

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particulièrement des pièces diplomatiques qui sont conservées dans les archives. — Un assemblage historique de circonstances rangées par ordre de dates, sans cohésion intime, s’appelle chronique; l’histoire proprement dite cherche à indiquer la liaison des causes et des effets dans les événements, la marche intime et l’enchaînement des phénomènes et des faits.

§ 15. Mais il ne suffit pas de savoir ce qui est arrivé, il faut encore connaître le pays, l’endroit et l’époque, où et quand quelque chose s’est passé. Le premier s’apprend par la géographie et la topographie, le second par la chronologie. Cependant, la supputation du temps , l’ère n’est pas la même chez tous les peuples; car tandis que les nations chrétiennes comptent le temps avant ou après la naissance de Jésus-Christ sous le règne de l’empereur Auguste, les Juifs calculent à partir de la création du monde (au delà de 5,600 ans), les peuples mahométans à partir de la fuite de leur prophète {Hégÿre, 16 juillet 622). Les Grees comptaient d’après les Olympiades, dont le commencement remonte à l’an 776 avant J.-C.; les Romains désignaient les années d’après les consuls qui les gouvernaient et d’après la fondation de la ville (753 avant J.-C.); d’autres peuples prirentdes points de départ différents. — La généalogie peut aussi passer pour une science historique accessoire, en tant qu’elle éclaircit et rend visible, par des tableaux de la succession des familles, l’enchaînement des maisons princières et des dynasties.

§ 16. Pour rendre les aperçus plus faciles, on divise l’iiistoire générale en trois périodes principales : 1. L’antiquité, où dominent les formes de gouvernement républicaines ou despotiques et le culte païen. Elle finit à la migration des peuples (au V® siècle après J. G.), qui ouvre 2 le moyen ace avec les modalités compliquées du réseau féodal, avec la séparation rigoureuse des trois états, l’état militaire, l’état

INTRODUCTION

ecclésiastique et le tiers-état (Noblesse, Clergé, Bourgeois et Paysans), et sous l’influence de la hiérarchie papale et théocratique. Cette influence est brisée par la Réformalion (1517), après que la découverte de l’Amérique (1492) et l’épanouissement des arts et des sciences eurent élargi l’horizon borné du moyen âge. Là commence 3 le temps moderne, avec l’avénement de la bourgeoisie, jusqu’à ce que les aspirations vers la liberté personnelle et la reconnaissance des droits naturels de l’homme, et les luttes de constitution qui atteignent leur point culminant dans la Révolution française (1789), amènent h l’époque contemporaine dont la tendance principale est dirigée vers l’égalisation des rangs, la participation du peuple à la vie publique et l’établissement de règles de droit applicables à tout le monde.

§12. Esquisse géographique de l’Asie. — Au centre de l’Asie s’étend, avec beaucoup de vicissitudes d’élévation et d’abaissement, un immense plateau qui va de la mer Noire jusqu’à la Corée et s’ouvre presque en éventail de l’ouest à l’est ; il est séparé des basses terres qui l’entourent au nord par V Allai et d’autres cbaines de montagnes, au sud par le merveilleux mont Tlimalaya, fécond en mythes. Le mont Ilindoukhou (Paropamisus) divise ce plateau en deux parties, une grande à l’est, une plus petite à l’ouest. C’est le noyau de l’Asie, auquel le pays plat se rattache en cinq groupes principaux, entre lesquels s’élèvent à leur tour plusieurs petits plateaux qui sont séparés du grand par des montagnes, et qui, pour la plupart, s’avancent très loin dans la mer et forment des presqu’îles. Parmi celles-ci la presqu’île arabique-syriaque et la presqu’île indoustanique sont des plus importantes. Les montagnes d’Asie qui servent de bord au plateau central au sud, au nord et à l’est, se groupent autour du système principal comme suit : 1 . Les monts T auras

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avec le mont Ararat riche en mythes, qui partagent toute l’Asie Mineure en deux directions. 2. Le mont hnaus que les anciens ne connaissaient pas d’une manière préeise et qu’ils supposaient fort loin ; il était considéré par eux comme le prolongement oriental de l’Himalaya (Mont Emodi), séjour paradisiaque de l’humanité avec ses dépendances abondantes en animaux domestiques, en blés, en légumes et en fruits, et le prolongement occidental du Paropamisus, connu depuis l’expédition d’Alexandre sous le nom du Caucase indien. '6. Le haut Allai avec ses prolongements vers l’est (Monts Dauriques) et vers l’ouest (Monts Muztag, Thian-Schang). 4. Les monts hyperhoréens (Ourals) qui s’étendent entre l’Europe et l’Asie au nordest de la mer Caspienne. 5. Le Caucase, couvert de neiges éternelles, entre la mer Caspienne et la mer Noire. 6. Les monts Khing-Kan, qui séparent les plaines chinoises du grand plateau. • En Asie, dit le Grec expert Hippocrate, tout devient plus beau et plus grand ; le pays est plus doux qu’aucun autre, et les peuples sont plus tendres et plus vigoureux, les animaux bien nourris et féconds, les hommes gras, beaux et grands, moins difl'érents de taille et de traits, plus paisibles de mœurs et moins guerriers que les Européens ; car le ciel est plus égal et exempt de contrastes ; un changement fréquent de température excite les passions des hommes et les rend plus variables. * — L’histoire ne s’occupe que du sud et de l’ouest de l’Asie où se développent des états de culture avec une civilisation croissante et des formes diverses d’états dans l’Inde, la Médie et la Perse, en Mésopotamie, en Syrie, dans l’Asie Mineure, etc. ; l’empire immobile des Chinois, au contraire, et les tribus nomades (Scythes) qui peuplèrent le nord, ne présentent à l’œil de l’observateur que des agglomérations d’une durée plus ou moins longue, tantôt, comme en Chine, avec un vernis de civilisation extérieure, tantôt comme chez les Scythes et les Sarmates, dans toute leur rudesse primitive; aussi n’ont-ils point d’histoire. Les habitants de l’Egypte, quoiqu’ils appartiennent à l’Afrique, sont

comptés parmi les peuples orientaux, parce que leur civilisation et leurs institutions dérivent de l’Asie ou s’y rattachent.

I. La péninsule de I'Asie-mineure était habitée par plusieurs peuplades originaires de laThrace, de la Syrie, de la Phénicie, et couverte sur ses trois rives de colonies grecques qui étendirent souvent leur domaine dans l’intérieur des terres et exercèrent la plus grande influence sur la marche de la civilisation et les institutions des habitants primitifs. Son importance historique gU dans sa situation entre la Haute-Asie et l’Europe et dans la transplantation réciproque de la civilisation. Le pays, riche en caps et en anses, coupé de fleuves et de montagnes couvertes de forêts, avec un climat modéré, était très propre au commerce et à la navigation, et abondant en troupeaux de chèvres et de moutons, comme en produits de toute espèce (blé, vin, huile, fruits, fourrures, laines, marbres et métaux). La principale montagne est le Taurus dont deux bras s’étendent au nord : l’un sur les bords sud-est de la mer Noire jusque vers la Colchide ; l’autre à travers l’Arménie , le long des côtes du sud de la mer Caspienne; tandis qu'un bras méridional se dirige à travers la Cilicie (défilés ciliciens) vers l’Euphrate et, sous dlfTérents noms, s’étend au delà du Tigre, à travers la Médie, la Parthie, la Gédrosie et d’autres pays. Dans l’Asie-Mlneure, l’Ida, l’Olympe, le Sipylus, riche en métaux, le Tmolus, le Messagis , etc., appartiennent aux élévations les plus importantes de cette chaîne de montagnes aux sommets neigeux, au milieu desquels de verts pâturages et de belles forêts de chênes, de pins et de platanes descendent jusque dans les vallons fertiles. Les fleuves principaux sont : l)mer iN’o!rc(Pont-Euxin):le Phase, l'Halys, le Parthénius et le Sangarius; 2) mer de Marmara (Propontlde): le Rhyndacus (victoire de LucullussurMithridatc, 73 av. J. C.), le Granique. Ces fleuves tournés vers le nord parcourent, au milieu du pays, tantôt de hautes régions rocheuses, tantôt des plaines arides et nues, coupées par des gorges profondes, des lacs et des montagnes volcaniques, tantôt enfin des creux eu apparence fertiles et luxuriants, dont le climat est particulièrement échauffé çà et là par la nature volcanique du

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sol. 3) mer Egée : le Scamandre, l’Hermus aux nombreux confluents, le Caystre, le Méandre, 4) mer Intérieure (de Lycie) ; le Glaucus, le Xanthe, le Cestrus, l’Eurymédon (combat naval, 469), le Calycadnus (Frédéric Barberousse f 1190), le Cydnus (Alexandre), le Sarus. — Provinces : 1) Mtsie, avec la région de Troie (Ilium) et les ruines de la nouvelle Ilion bâtie sous la domination macédonienne au sud de l’ancienne contrée fertile, aux terres labourables et bien arrosées, abondantes en vertes prairies, en pâturages et en forêts sur les montagnes; les villes les plus importantes étaient d’origine grecque et appartenaient à la ligue éolienne. 2) Lydie, volcanique, ricbe en vins et fertile, mais en butte à de fréquents tremblements de terre. Le peuple, guerrier dans le principe, s’amollit depuis Cyrus ; enrichi par le commerce et l’industrie, il tomba dans la volupté et le relâchement des mœurs, prit plaisir au jeu de flûte et au jeu de dés et inventa les hôtelleries et les cabarets. Les villes du littoral appartenaient à 1a ligue ionienne; dans l’intérieur du pays il y a à remarquer : Sardes avec son château bâti sur des rochers escarpés, le siège des rois de Lydie et ensuite des satrapes de Perse ; Thyatire aux teintureries de pourpre ; Apollonia, Magnésie sur le Sipylus; sous Tibère, un tremblement de terre détruisit la plupart des villes. Sur les côtes occidentales, le voisinage de la mer adoucit la chaleur de l’été aussi bien que la rigueur de l’hiver, et la réunion de l’air des montagnes et du vent de la mer, les relations que l’Hermus et le Méandre ouvrent vers l’est avec le pays élevé, tandis que vers l’ouest une mer calme favorise l’accès des nombreuses îles voisines, font de ces contrées des bords de la mer Egée les régions privilégiées de l’Asie- Mineure pour la civilisation. 3) C.^rie, habitée par un peuple rude, belliqueux, mal famé à cause de sa piraterie, qui se mettait à la solde de l’étranger et possédait une constitution fédérative avec une assemblée générale qui avait lieu dans le temple de la ligue près de Stratonique. On compte parmi les villes les plus importantes : Mylasa, bâtie en marbre, ancienne résidence des rois de Carie; Magnésie sur le Méandre, Tralles, Alabanda, riche et luxueuse, etc. 4) Lycie, contrée montagneuse sur les côtes de laquelle se trouvaient plusieurs colonies grecques

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PEUPLES Orientaux. si

(doriques) : Patara, Myra, Phaselis. Les habitants vivaient sous une constitution républicaine fédérative ; ils étaient épris de liberté, belliqueux et braves , mais comme leurs voisins adonnés à la piraterie ; leur ville la plus importante était Xanthe dans la charmante vallée du même nom. Ils adoraient le dieu de la lumière Lycœus, que les Grecs désignèrent comme Apollon, et respectaient les femmes au point que les ills portaient le nom de leur mère. Leurs bourgades bien situées étaient étroitement entourées de cimetières dans lesquels on élevait, à la mémoire auguste des morts, des masses de rochers qui formaient des voies de tombeaux. 5) Pahphtlie, pays montagneux, coupé de ravines, et peuplé d’habitants grossiers et adonnés à la piraterie, mélange de toutes sortes de peuples et de colonies grecques. 6) Cilicie, en partie unie, couverte de champs de blé, en partie garnie de bois de cèdres et de sapins (bois de construction de navires) ; les habitants étaient des pirates hardis et téméraires qui s’abritaient dans des forts. Les villes les plus considérables, situées le long des cotes, étaient d’origine grecque : Sélims (où mourut Trajan), Séleucie, Tarse, lieu de naissance de l’apôtre Paul, Issus. De la ville argienne Sole (plustardPowpmpobs)onfait dériver le mot soiécisme, parce que les habitants, dans leurs rapports avec les indigènes, s’étaient habitués à un dialecte corrompu. 7 et 8) Au nord de la Cilicie, se trouvaient la Cappadoce et la Petite-Arménie, pays rude et montagneux, riche en chevaux et en cinabre, habité par une race syrienne ; les Romains y remplacèrent les châteaux-forts et les bourgades ouvertes par des villes, entre autres Césarée (auparavant Mazaca), Tyane (thaumaturge Apollonius), Melitène dans un site fertile; A’aztonce (Grégoire), Nicopolis (bâtie par Pompée), etc. A l’ouest, 9) ta Lycaonie aux nombreux troupeaux de moutons, avec la ville A'Iconium et I’Isaürie habitée par un peuple montagnard et endurci , qui défendit sa liberté même contre les Romains et, dans ta guerre contre Perdiccas, incendia sa capitale Isaurie et se précipita dans les flammes. 10) PisiDiE, séjour d’un petit peuple libre, brave, adonné à la piraterie; ses villes sont Anlioche (de Pisidie) et les prétendues colonies lacédémoniennes de Selge et Sagalassus. 11) Phrtgie,

HISTOIRE A:<CIENNE.

montagneuse et volcanique, mais fertile et abondante en marbre, particulièrement près de la ville de Synnade ; ses autres villes sont : Ceteiwe, Apamée, Colosse, la riche cité marchande de Laodicée (détruite par le tremblement de terre déjà mentionné), Oori/iéc, etc. 12) Gala TiE, occupée dans lelll* siècleavant J. G. par une race celtique, à la suite de longues expéditions de brigandage, et partagée en trois tribus et douze cantons (détrarchies) indépendants, mais unis par une diète, à la tête desquels Pompée institua le roi Déjotarus. Les habitants étaient braves, de haute stature, et redoutés comme soldats mercenaires. Villes : Pessinonle (avec un célèbre sanctuaire de Cybèle), Gordium (ancienne résidence des rois de Phrygie; nœud gordien), A nci/re avec un commerce de caravanes; les troupeaux de moutons étaient la richesse du pays. 13) Bithïnie, pays fertile, où l’entretien du bétail répandait le bien-être; sur les côtes se trouvaient de riches villes de commerce grecques, telles que dus, Astacus (où mourut Annibal; plus tard, la grande et florissante ville de Nicomédie fut bâtie dans les environs), Chalcédoine (vis à vis de Byzance), Jléraclée, etc. Dans l’intérieur se trouvaient Prusa au pied de l’Olympe, Nicée, bâtie régulièrement en carré, Bithynium, etc. 14) Paphlagonie avec la grande et belle ville d’Aniastm et la riche ville marchande grecque de Sinope. 15) Le Pont, littoral nord-est de la mer Noire, habité par divers peuples barbares et belliqueux (parmi lesquels les Chalybes qui travaiilaient l’acier), pays riche en fruits, en miel, en laine et en minéraux; parmi les villes, on remarquait, outre les colonies grecques de Cerasus et de Trapezus, Pharnacie, Amasie (patrie du géographe Strabon), Comana Pontica avec un oracle et un temple célèbre où se trouvaient beaucoup d’inspirés et.d’extatiques, et des jeunes filles qui servaient de leur corps comme les filles de Babylone ; Néocésarée, Zela (célèbre par la victoire de César sur Pharnace), Sebasie, etc.

L’Asie-Mineure était le siège privilégié de cultes dissolus et immoraux avec des rites impudiques (culte de Priape, de Cybèle, etc.). Chez les Syriens, non loin des côtes de la mer Noire, les femmes, sous l’invocation de la déesse de la guerre Na, que les Grecs désignaient comme Artémis montée sur un

taureau ou comme Enyo, avaient coutume d’apparaître avec les armes des liommes et de conserver à jamais leur virginité, tandis que les hommes sacrifiaient leur virilité. Cet usage, qui était suivi par les Syriens et par les Phéniciens, semble avoir donné naissance aux m> thés d’un peuple d’amazones, composé de vierges.

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