‹ Histoire grecque; les peuples orientauxChapitre 5 sur 19 · CHINOIS · texte numérisé non relu

CHINOIS

§ 19. Si peu propres que soient les Chinois par leur nature ii nous introduire dans la vie historique, à laquelle ils n’ont eux-mêmes aucune part, c’est à bon droit qu’ils sont placés ii l’entrée , d’abord parce que, en général, le développement de la race humaine a suivi le cours journalier du soleil, en sorte que, selon toute vraisemblance, les peuples de l’extrême Orient sont sortis les premiers de l’état de demi-sauvagerie des peuples primitifs, et ensuite, parce que les Cliinois, à cause de leur caractère typique et de leur immobilisme ne pourraient figurer dans le torrent rapide de l’iiistoire universelle. Ils restent dans le vestibule pour disparaître h jamais après une courte inspection de leur nature.

Dans l’empire incommensurable de la Chine , dominé actuellement par la race .Mandchoue, existe de temps immémorial un peuple d’origine mongole

qui possède, depuis des milliers d’années, la même culture et les mêmes institutions. On ne sait pourtant pas grand’chose de positif sur l’histoire des Chinois, parce qu’ils font remonter leurs dynasties à une antiquité fabuleuse et déligurent tous les événements pour en tirer une satisfaction d’amour-propre. On ne peut admettre comme certains que les récits des voyageurs européens sur la situation et les institutions de la Chine. Après une époque primitive et fabuleuse, îi laquelle appartenaient les célèbres législateurs et organisateurs Fo-hi, Yao, Schun et Yu, l’empereur Wuwang fonda la dynastie ïsche-u, qui occupalctrônejusqu’au milieu du iii" siècle avantJ.-C. Comme celle maison dégénérait et menaçait l’Empire céleste d’une dissolution générale, l’énergique mais xxolcnl Scfiiltoaufi-H (vers 230) restaura l’ancien (lesi»otismc impérial et lit en même temps anéantir les livres sacrés que Confucius avait compulsés d’après les anciennes sources et traditions, en sorte que, par la suite, ils durent être recomposés de mémoire et à l’aide de fragments isolés qui avaient été conservés. Ce fut l’œuvre de la dynastie Ilan (de 206 îi 263 après J.-C.) sous laquelle l’empire chinois arriva à son plus haut degré de puissance et d’extension. Dans le vu® siècle de l’ère chrétienne, la Chine eut une dernière lloraison sous Tai-tsong qui fut aimé et célébré par le peuple, à cause de sa vertu et de sa sagesse. Après l’extinction de sa maison , la dynastie Tang commenta au x® siècle l’époque de décadence. — l.’histoire chinoise présente un spectacle peu récréatif ; la nomenclature

sèche de circonstances extérieures d’une fatigante uniformité, la représentation de révoltes, de changements de dynasties et de crimes de cour, ne sont relevées par aucune poésie, animées par aucun élément populaire, échauffées par aucun intérêt humain. C’est pourquoi il règne dans toute cette histoire un ton plaintif. — Le peuple et l’empire chinois ont les dehors d’une nation qui se meut dans des formes d’état réglées et qui est douée d’une haute civilisation apparente; mais cette civilisation souvent trop prisée n’ellleure que la surface, et elle est restée sans la moindre influence sur le reste du monde, parce quelle n’était pas la conséquence d’une force créatrice intrinsèque et d’une activité intellectuelle, mais la suite d’un long exercice extérieur et d’une étude machinale. En Chine tout est ordonné et réglé par des lois, des formes et des habitudes; la liberté et l’indépendance, sources de toute civilisation réelle, sont des trésors inconnus; c’est pourquoi aussi aucun progrès ne se manifeste. Ce manque de développement ascendant est dû en partie au caractère tenace du i)euple qui est attaché h ces traditions et à ces usages, en partie à l’absence de commerce avec les autres peuples auxquels l’accès du pays est obstinément interdit et rendu difficile par les montagnes, la mer et la haute muraille chinoise que Schi-hoang-ti fit élever au milieu du 111® siècle pour s’opposer aux invasions des peuples nomades du Nord, en partie enfin au mode de gouvernement despotique -patriarcal. Car l’empereur investi d’un pouvoir sans limites et honoré comme

un dieu sous le nom de « fils du ciel, » aussi bien que la classe aristocratique des lettrés (mandarins) partagée en neuf degrés, maintenaient le peuple, traité avec un grand mépris et une grande dureté, dans le respect des traditions et lui interdisaient toute nouveauté. Comme les Chinois ne pouvaient de la sorte faire aucun usage des expériences des nations étrangères, ils restèrent fort en arrière des autres peuples, malgré la connaissance précoce qu’ils eurent de la boussole, de la poudre à canon et d’une espèce d’imprimerie, et malgré leur assiduité et leur activité merveilleuses ; leur industrie même ne peut soutenir de comparaison avec celle des peuples occidentaux, quoiqu’elle fût renommée dès la plus haute antiquité pour la tisseranderie et la sculpture en bois , pour la fabrication de la porcelaine fine et du papier k écrire, etc. L’agriculture, qui est placée sous la protection immédiate de l’empereur, tellement que celui-ci cultive et laboure lui-même une partie de terre déterminée, est l’occupation la plus ancienne et la plus considérée, et Ibrme l’élément d’ordre et de moralisation dans l’organisation chinoise. Par l’introduction et l’entretien de l’agriculture, les pays conquis furent rattachés d’une manière pacifique ü l’empire chinois plus étroitement qu’ils n’auraient pu l’être par des moyens violents. Outre l’agriculture dont la situation lïorissante se manifeste dans les vastes champs de blé et de riz et les nombreux jardins, la culture du thé et la fabrication de la soie sont l’orgueil de la nation et les sources d’énormes revenus. De même

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que l’empereur passe pour le protecteur et le promoteur de ragriculture, de môme la sollicitude de l’impératrice s’étend particulièrement sur la culture de la soie. Les Chinois ont devancé les autres peuples dans la fabrication des tissus de soie et des étolfes de laine. Mais en dépit de toute leur civilisation extérieure, de toute leur habileté machinale et de toute leur linesse intellectuelle, les Chinois ne forment qu’une branche desséchée de l’arbre de vie de l’histoire des peuples, une momie embaumée, couverte d’hiéroglyphes et entortillée de soie. — Leur éducation ne se propose point de développer les facultés de l’esprit pour constituer une pensée indépendante, mais seulement d’enseigner ce qu’ont fait et su leurs devanciers; c’est pourquoi l’on n’éveille (]ue la raison et le savoir-vivre praticpie et l’on n’e.xerce que la mémoire, tandis que l’imagination, la poésie, toutes les inspirations et tous les sentiments élevés restent sans soin et sans culture. Chaque science, chaque affaire publique est exposée en maximes que l’on apprend par cœur; chacun est examiné, le guerrier comme le fonctionnaire civil et le juge. De même que les employés forment une hiérarchie étroitement articulée et fondée sur l’obéissance et la subordination, de même les grandes et les petites villes, les bourgs et les villages de l’immense empire peuplé outre mesure et couvert de localités sans nombre, ont entre eux un ordre de rang déterminé , en sorte que toute vie communale indépendante est bannie et que l’état maintenu dans une centralisation rigoureuse, régi par un méca-

iiisme bureaucratique et surveillé par une armée d’inspecteurs, ressemble ü une machine dont les rouages s’engrènent les uns dans les autres. Cette éducation, cette manière de vivre et ce système de gouvernement ont rendu les Chinois lâches et impuissants; peuple servile et rampant, sans vigueur, sans dignité, sans essor intellectuel, ils sont pourtant pénétrés d’une aveugle infatuation d’eux-mémes et d’un mépris superbe envers les autres peuples. Leur langue qui ne consiste pas en lettres, mais en certains signes qui expriment une idée déterminée, est si difficile et si incommode, qu’il faut beaucoup d’années pour apprendre seulement â la lire. Les Chinois honorent, comme fondateur de leur littérature, au.ssi bien que de leur religion intimement liée à leur organisation patriarcale, le sage Confucius (Kong-fu-tse , 550-479) qui assembla et coordonna les anciennes doctrines, histoires et traditions et donna par là de la fixité et de la fermeté à la coutume indécise.

Les doctrines de Confucius sont consignées en quatre livres sacrés (Kii/ffs) en partie composés par lui-mcme, en partie compilés d’ouvrages anciens, de traditions et de coutumes; ces livres qui sont eu grande vénération parmi les Chinois comprennent : 1) Y-King, dont le contenu est philosophique; 2) Li-King, livre des rites et cérémonies; 3) Scki-Kiug, livre de cantiques; collection de vieux chants nationaux pleins de grâce, de dignité et de beauté ; 4) Schu-King , le livre fondamental des lois, des mœurs et de la politique. Ces Kings, et surtout le dernier, contiennent, outre Thistoirc qui remonte à un passé fabuleux et les préceptes religieux, des principes sur l’art de

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gouverner et sur le droit public, et des enseignements pour la vie civile, consistant en règles de prudence, en apophtegmes, etc. La religion, qui n’apparaît chez les Chinois que comme conscience de la communauté publique dans laquelle l’individu a la conservation de lui-même comme membre du tout, consiste en une foule de cérémonies et de pratiques superstitieuses et en préceptes moraux et philosophiques. Les Chinois n’ont pas de mot ou de signe propre pour représenter un être immatériel d’essence divine. Leur religion est un simple système de morale qui peut être ramené au principe de la soumission illimitée des enfants à leurs parents, des femmes à leurs maris, des sujets à leurs princes.

Toutefois, dans l’intuition du ciel (^Thien) existe l’idée de Dieu, l’idée de l’unité absolue, de l’ordre universel. Ce principe supérieur, ce résumé de l’ordre éternel de la nature, de la raison et de toutes les lois, est considéré comme unité concrète dans l’empereur. Il est le fils du ciel, le représentant de Dieu sur la terre, il a pour mission de maintenir les lois. — La langue particulière aux Chinois n’a point de grammaire véritable ; car les déclinaisons et les conjugaisons , à l’aide desquelles les autres langues peuvent exprimer un si grand nombre de rapports , leur sont étrangères ; les relations réciproques des mots ne peuvent être déterminées et indiquées que par leur position et à l’aide de particules. Tout le trésor linguistique des Chinois se compose de 450 monosyllabes qui, au moyen de quatre intonations différentes, forment 1203 vocables. Avec un nombre si restreint d’expressions, le même mot, prononcé exactement de la même manière, ne peut manquer d’avoir différentes significations, et les mots les plus en usage expriment de 30 jusqu’à 40 idées.

INDOrS.

§ 20. Les Ariens. Dans le Thibet, aux sources du Dsjihuii (Amu, Oxus) et du Gihun (Sihon, Jaxartes) habitait dans les temps les plus reculés un peuple nomade bien conformé et susceptible de culture, qui donnait lui-même la dénomination de « les Excellents, » Arja (Ariens) à ses chevaux et à ses troupeaux de bœufs. Lorsque les Ariens, cédant î'i la soif de migration inhérente à tous les peuples pasteurs, quittèrent leur patrie, une partie d’entre eux s’établirent dans les provinces situées au nord des monts Hindukhu et appelées par les anciens Sogdiane, Bactriane, Hyrcanie et Arachosie; les autres s’avancèrent davantage, traversèrent les défilés sud-ouest de la montagne et s’emparèrent du pays riche et fertile qu’arrose Y Indus (Sindhu). Les premiers, appelés aussi Iraniens, ou, selon le langage sacré, peuple de Zend, fondèrent un système religieux (§8) que leur empruntèrent ensuite leurs

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dominateurs les 3Ièdes et les Perses; désignés par les autres peuples de l’aniiquité sous le nom d’iN- DiENs ou d’IiNüous , d’api'ès le nom de leur lïeuve principal, ils furent les fondateurs de ces formes d’état etde ces formes judiciaires particulières, de cette remarquable littérature sanscrite, que nous admirons encore aujourd’hui dans scs restes et dans ses traditions. La population primitive, race brune aux mœurs rudes et sauvages, fut en partie détruite ou repoussée dans les forêts par les envahisseurs ariens, en partie assujettie et réduite h l’esclavage. — Les Arja habitèrent le pays des cinq fleuves jusqu’au fleuve sacré Sarasvati, è partir de leur immigration sur le territoire l’Indus qui doit être placée dans le III® siècle avant notre ère, jusque dans 1e xv® siècle. Partagés en un grand nombre de tribus , sous la conduite d’anciens, de chefs de famille et de rois, ils menèrent une vie pastorale et champêtre; ils adoraient le dieu du soleil Indra, le dieu de l’espace céleste, Varnnas et les autres puissances physiques, jiar des hymnes et des sacrifices {Sonia) et raffermissaient la vigueur virile par des luttes de tribu à tribu. Les plus anciennes parties des Védas contiennent encore quelques-unes des hymnes et quelques-unes des invocations que fou chantait aux fêtes des dieux et aux banquets des morts et qui ont été conservés et transmis par ta tradition orale. La séparation des castes n’était pas encore connue; chaque père de famille pouvait s’approcher des dieux par des prières et des offrandes ; les sacrifices solennels que les rois offraient pour leur tribu

éiaient accomplis seulement par certaines familles sacerdotales privilégiées et fort estimées des princes. Dans leur extension progressive vers le sud, ils semblent déjà avoir atteint au xiv*" et au xnr siècle les embouchures de l’Indus et noué des relations commerciales sur les côtes méridionales avec les Égyptiens et les Phéniciens. Car le pays û'Ophir, d’où les navigateurs phéniciens tiraient des pierres précieuses et de l’or, des singes et des paons, du sandal et de l’ivoire, était situé vers le bas Indus (Abhira).

Les Védas. On reconnaît cet état patriarcal avec le culte naïf de la nature dans les hymnes de la plus ancienne partie des Védas, le lîigveda, assemblage de saints cantiques dans lesquels les ancêtres des Indous qui habitaient aux bords des cinq fleuves, prient pour leur prospérité et celle de leurs troupeaux, saluent le lever de l’aurore, célèbrent la lutte du dieu qui porte la foudre (Indra) contre la puissance des ténèbres, et exaltent le secours céleste qui les a sauvés dans leurs combats. Ces chants sont rangés d’après les familles de chanteurs à qui on les attribue ; ils n’ont pas tous un caractère religieux, plusieurs appartiennent à la poésie mondaine et même à la poésie badine. LeRliigveda aussi bien que les trois livres suivants, ont été par la suite fort étendus par les prêtres et rangés en trois grandes divisions ; le Sam. hita, collection de cantiques et de prières ; le Brahmana qui contient les plus anciennes prescriptions rituelles, définitions philologiques, légendes, etc., et le Sutra, dans lequel sont consignés les dogmes les plus importants, les instructions religieuses et les préceptes pour les sacrifices. Le deuxième et le troisième livre, le Samaaveda et le Jadschur (Jajur)pei?« renferment des hymnes, des sentences et des formules religieuses à l’usage du culte divin , et enfin, la collection la plus récente

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\' AtJiarvaveda peut être considéré comme un complément du Eigveda; il se compose principalement de sentences destinées à préserver des eiïets pernicieux de la colère divine, de la maladie et des animaux nuisibles, des imprécations contre de méchants ennemis, des invocations de forces salutaires, etc. Les Yédas sont composes dans une langue sacrée, langue morte aujourd’hui, le sanscrit, idiome parfait par la richesse des mots, l’euphonie et la construction, qui fut de bonne heure l’objet d’études grammaticales dans les écoles des Brahmanes. Les déclinaisons et les conjugaisons de la langue sanscrite sont plus perfectionnées, plus riches et plus variées que celles de la langue grecque, et leurs règles d’harmonie, de construction et de liaison des mots attestent une étonnante habileté philologique. Il existe une analogie remarquable entre un grand nombre de mots et de formes de mots de la langue indienne et ceux de la langue grecque, de la langue romaine et d’autres langues. Cette analogie s’étend presque à toutes les racines et à tout l’organisme grammatical.

§ 21. Les Ariens aux bords nu Gange. A) Age héroïque. La conquête du pays bas aux bords du Jamouna et du Gange forma un second degré de développement; elle commença vers le xiv' siècle avant notre ère et fonda une période d’héroïsme, pleine de hauts faits guerriers, dont le souvenir s’est conservé dans les plus anciennes légendes de l’épopée nationale, du Mahabharata et du Ramayana, et dans les noms de quelques princes et de quelques familles souveraines. Dans l’étroit pays où le Saravasti sacré forme une limite séparative entre la région de l’indus et celle du Gange, des combats sanglants furent livrés pendant des siècles avant

que les Ariens parvinssent h la possession durable de la contrée bénie. Ce ne fut pas seulement la population noire primitive qui, après une violente résistance, dut céder ii la force des armes et fut en partie exterminée, en partie assujettie ou contrainte de se retirer sur les montagnes ou dans les forêts; les expéditions postérieures des Ariens repoussèrent aussi vers l’Orient les étrangers qui étaient arrivés auparavant et les chassèrent des résidences dont ils s’étaient péniblement emparés. Ces guerres de conquête eurent pour conséquence une transformation complète des mteurs et des habitudes. Au lieu de petits démêlés et de coups de main pour enlever des troupeaux ou des pâturages, de grandes expéditions furent entreprises, des batailles furent livrées , de hardis faits d’armes accomplis ; les chefs de tribus devinrent des chefs d’armées escortés d’une noblesse militaire, les cantiques religieux des Védas furent remplacés par des chants guerriers et héroïques, qui constituèrent dans la suite des temps l’épopée de l’Inde. En même temps, l’assujettissement des anciens habitants servit de fondement à la séparation rigoureuse des castes. Après la conquête du pays, les tribus ariennes fondèrent plusieurs royaumes. Les Matsjas, les Çourasenas et le peuple pasteur des Jadavas armés de massues, s’établirent aux bords du Jamouna et bâtirent les villes d'indraprasüta et de Mathoura; entre le .lamouna et le Gange se fixèrent les Pantschalas et la race héroïque des Koiirous dans la ville royale A'Hastinapoura; plus â l’orient, les Koçalas habi-

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tèrent autour de la splendide capitale d’Ayodhya; Varanasi {Bemvës) fut le siège des Kaçis; les Magadhas et les Videhas s’établirent sur le Gange inférieur. Patalipoutra (Palibotlira) située à l’endroit où la Çona afilue dans le Gange, devint plus tard très célèbre par sa magnificence et sa culture de l’ancienne civilisation indoue.

L’épopée indoue. C’est de ce temps de la conquête que découlent les légendes héroïques et les chants de guerre qui forment le noyau et la substance des deux grandes épopées, le Mahahharata et le Ramayana. Après avoir été longtemps transmis et répandus par la tradition orale, ils furent enfin mis en ordre et colligés, le Mahabharata par Vyasa, le Ramayana par Valmiki, qui, l’un et l’autre, appartiennent comme Homère au règne du mythe. Mais comme chaque génération a ajouté des compléments et des intercalations et s’est efforcée d’accommoder la poésie traditionnelle selon l’esprit, le degré de développement et l’intuition religieuse de son époque, non seulement l’épopée indienne est devenue une masse informe par son extension démesurément accrue et par ses épisodes et ses éléments de sièeles différents , mais elle a encore subi beaucoup d’altérations de langue, de forme et de narration et a été fréquemment défigurée dans son essence la plus intime. Le caractère originel, guerrier et héroïque, fut remplacé, entre les mains des Brahmanes, par des points de vue religieux et sacerdotaux ; et l’œuvre s’étendit à l’infini par l’interpolation de doctrines religieuses et morales. Dans le Mahabharata, le récit de la » grande guerre « est interrompu par le célèbre entretien Bhagavad-Ghita (chant divin), dans lequel Crischna donne à Ardschouna des instructions théologiques sur les questions profondes de la philosophie religieuse, pendant dix-huit chants, en présence des deux armées qui sont aux prises. Beaucoup d’autres épisodes et de traditions

indiennes, comme par exemple, l’iiistoire deiV'a/a et Damayanii, l’histoire idyllique du fidèle Satilri, etc., ont été entrelacés dans le Mahqbharata, dont le sujet principal est » le dit de la grande guerre « ou la lutte entre les deux races parentes de héros, les Kourous et les Pandavas. Dourjodhana, roi d’Hastiiiapoura, le chef des Kourous, avait partagé d’abord le royaume avec les fils de Pandou, ses parents, parmi lesquels on remarque Joudhischihira et Ârdschouna. Mais en jouant aux dés contre Dourjodhana, Joudhischthira perd son royaume et tous ses trésors ; les fils de Pandou se retirent alors dans la forêt , où ils promettent de rester treize ans. Séduits par le rusé Crischna — qui plus tard fut particulièrement célébré sous le nom de » l’acheteur de vaches • (Govinda) et dont la poésie, moitié lyrique, moitié dramatique , Gîta Gotinda qui appartient à une époque postérieure, rappelle les exploits ainsi que les amourettes avec des bergères — les Pandavas rompent eependant leur serment et commencent contre les Kourous la grande guerre à laquelle prennent bientôt part toutes les tribus ariennes. Les Kourous, parmi lesquels ressortent surtout le vieillard héroïque Bhischma et la poétique figure de Carna, ont d’abord l’avantage ; mais à la fin leui's adversaires sont vainqueurs par l’artifice et la perfidie de Crischna qui conduit le char d’Ardschouna. — Tandis que les chants les plus anciens du Mahabharata respirent un esj)rit belliqueux et exaltent les héros » qui ne se sont jamais retournés dans le combat et qui tombent blessés à la poitrine, « les vertus passives de la fidélité, de l’obéissance, de l’amour Glial ou conjugal, occupent la première place dans le Ramayana. Rama est un modèle de vertu, dans lequel la morale indienne trouve son expression la plus complète; les hauts faits chevaleresques sont relevés et consacres en lui par la piété, le sentiment du devoir, la résignation dans le malheur; c’est pourquoi il est évident que les traditions héroïques du Ramayana appartiennent à un temps postérieur. Rama, le vertueux fils du roi d’Ayodhya, est frustré de ses droits au trône par la ruse de sa belle-mère;

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il se retire dans la forêt avec sou épouse Sita qui ne veut pas l’abandonner. Là, il combat contre les esprits géants (Ralischasas) et les démons du midi, et excite ainsi la colère du puissant roi des géants Ravaua de Lanka (Ceylan). Pour se venger, celui-ci enlève §ita dans son île. Rama, pour reconquérir son épouse, s’allie aux singes ou hommes des bois , par lesquels, aussi bien que par les Rakschasas qui troublent les œuvres pieuses des pénitents, il faut entendre les sauvages tribus de la population primitive du Dekhan. Soutenu par le roi des singes Hanouraan, Rama passe à Ceylan sur un pont construit en roches de corail et délivre sa fidèle Sita. Dans l’intervalle , les quatorze années de bannissement sont écoulées, et Rama retourne à Ayodhya où il gouverne avec tant de bonheur et de sagesse que son règne fonde un âge d’or. — De même que dans le Mahabharata la conquête de la plaine du Gange forme le motif historique , dans le Ramayana, c’est l’expansion des Ariens vers la péninsule méridionale. Car il est à peine douteux que ce soient là d’anciennes traditions et d’anciens souvenirs des premiers essais de colonisation du Dekhan et des violents combats <|ui s’y rattachent avec les sauvages habitants autochthones , et que la première extension pacifique de la religion et des coutumes ariennes et le fondement des villes et des royaumes futurs, résultent des saints pénitents et des sages qui secondèrent l’expédition de Rama et instituèrent par la suite des lieux de pèlerinage aux endroits où sonpied s’était posé. Sita signifie siVéo» et Rama imte-charrue ; ainsi l’allégorie devient transparente.

B) Les Ariens sous la domination des Brahmanes. Ces guerres de conquête semblent avoir ébranlé et brisé la force nationale des Indous. Aussi ne fut-il pas difficile îi la classe des prêtres, {après que la tranquillité fut rétablie, de déposséder la classe affaiblie des guerriers du rang qu’elle avait occupé

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