LES ÉTATS SECONDAIRES
des exactions et des violences que les seconds avaient intérêt à empêcher. De là une rivalité qui amena la première guerre sacrée (595) que les amphictyons ordonnèrent, que les Thessaliens, les Sicyôniens et les Athéniens accomplirent, et dont le résultat fut la destruction de Girrha. Les dispositions prises par les prêtres de Delphes, après cette sanglante exécution, sont d'une habileté supérieure. D'abord les dépouilles de Girrha servirent à instituer les jeux pythiques, qui rivaUsèrent d'éclat avec ceux d'Olympie au grand profit du temple et de ses desservants. Puis, pour empêcher qu'une autre ville ne prît la place de la cité détruite, ils consacrèrent ses terres h Apollon : elles devaient donc, sous peine de sacrilège, rester incultes et désertes ; mais elles pouvaient servir au pâturage, car il fallait que les pèlerins trouvassent des victimes à présenter aux autels, Toracle ne se laissant interroger qu après un sacrifice.
On ne peut que citer la Doriddy petit et triste pays aVec quatre villages décorési du nom de villes, mais que Lacédémone honorait comme sa métropole.
£tai8 du nord et de l'ouest*
Au nord de la Phocide s'étend la Thessalie, divisée en quatre districts : Thessaliotide, Pélasgiotide, Phthiotide et Histiéotide. Les Thessaliens proprement dits apparaissent comme un peuple grossier, violent, et peut-être étranger à la race hellénique, bien qu'ils parlassent un dialecte voisin de r.^3olien. Leur cavalerie était renonmiée, car leur noblesse servait à cheval; leur infanterie était mauvaise : ils n'avaient guère que des troupes légères, mal armées et peu belliqueuses parce qu'elles combattaient pour des maîtres. Dans le but de se défendre contre eux, les Phocidiens avaient construit aux Thermopyles un mur que Léonidas retrouva.
Si les Thessaliens avaient été unis ils eussent joué un grand rôle; mais cette noblesse turbulente et fière s'aSaiblissait par de continuelles dissensions. Non-seulement les grands cantons étaient indépendants, mais chaque canton se subdivisait en districts qui vivaient à l'écart. Ainsi le pays
des Œtéens était partagé en 14 districts, et les habitants de l'un pouvaient refuser de suivre à la guerre les habitants des autres. Dans quelques villes, il s'éleva des familles dominantes : à Larisse, les Aleuades, qui se disaient descendants d'Hercule, et qui, comme Hippias, allèrent mendier les secours des Perses. Parfois cependant tout le pays se réunissait sous un tagoSy sorte de dictateur comme à Rome.
Il salBt, pour le moment, de nommer les ÉtolienSj peuple à demi sauvage, dont Thucydide ne comprenait pas la langue, et les AcarnaneSy que les colonies de Gorinthe k Anactorion et à Leucade n'avaient pu civiliser. Thucydide dit de ces deux peuples et des Locriens Ozoles qu'ils conservaient les mœurs de l'âge héroïque, l'habitude du brigandage et celle d'être constamment armés. Plus haut est VÉpire; mais déjà nous sortons du monde grec et nous sommes chez les barbares*.
Que ressort-il de ce tableau? D'abord ce fait singulier que la civilisation et Timportance, à peu près également réparties dans toutes les provinces de la Grèce d'Homère, se sont accumulées et concentrées dans la partie orientale. Les peuples dunordet de l'ouest baissent; quelques-uns même se tiennent complètement à l'écart de la vie commune. Le second fait, c'est qu'il n'y eut jamais de pays intérieurement plus divisé, et par conséquent plus agité, que celui des Grecs. Ce peuple a longtemps vécu, mais surtout a J)eaucoup vécu. Cherchez dans la vraie Grèce un coin qui soit demeuré enseveli dans le lepos et l'apathie : vous ne le trouverez pas. Partout des passions, des ambitions, des luttes, des révolutions. Cette vie était une rude éducation et pour les esprits et pour les corps. Aussi viennent les Perses , et ces sentiments puissants de Uberté, d'amour de la gloire, d'émulation, qui germent de toutes parts, ces corps sains et vigoureux élevés dans les combats et les exercices auront bientôt raison de ces multitudes qui traînent paresseusement leurs longues robes sous les coups de fouet de leurs maîtres.
1. Les Thesprotes, dont le territoire renfermait Dodone et la caverne de TAcbéron où Von évoquait les morts, et les Molosses sont considérés par Bérodote comme Hellènes; Platon donne ce titre aux Athamanes^ Thucydide et Strabon ne voient dans tous ces peuples que des barbares. L'Épire n'a pas de portf, et donna par conséquent peu d« prise à la colonisation grecqua.