LES COLONIES
vrirentde leurs comptoirs tous ces rivages jusqu'au Bosphore, et du Bosphore jusqu'au Danube. Cependant Mégare se fit jour à travers ces étahhssements des Grecs asiatiques, et, au milieu du septième siècle, fonda Byzance à la place où devait s'élever une de ces cités que leur position fait reines , Gonstantinople.
Les deux îles de la côte de Thrace, Samothrace et ThasoSy celle-ci célèbre par ses mines d'or, furent enlevées, la première aux Pélasges par des Ioniens, la seconde aux Phéniciens par des colons de Paros.
Corinthe, qui de ce côté avait déjà fondé Potidée, forma dans la mer d'Ionie et l'Adriatique un groupe d'établissements exclusivement corinthiens : Corcyre, dans l'île de ce nom; et à l'entrée ou autour du golfe d'Ambracie : Leucade, Anactorion et Ambracie; plus au nord, Apollonie, aux bouches de l'Aoûs, et Èpidamne (Dyrrachium), sur le territoire des Taulantiens.
En 735, des Chalcidiens envoyèrent, sous la conduite de l'Athénien Théoclès, la première colonie grecque de Sicile, Naxos, qui fut à son tour métropole de Lcontion et de Catane.
Les traces des Chalcidiens furent bientôt suivies par les Doriens. En 734, le Corinthien Archias bâtit dans l'île d'Ortygie une ville à laquelle un lac voisin, appelé Syraco, fit donner le nom de Syracuse, Syracuse devint en peu de temps, par son admirable position, la ville la plus considérable de la Sicile, et donna naissance à son tour à des colonies : AcréeSy en 664, Casmène, en 644, Camarine, en 599. L'impulsion était donnée. De toutes parts, on accourut vers ce nouveau monde. Les Mégariens construisirent Mégara Hyhla, qui fonda à son tour Sclinonte (628); des Rhodiens et des Cretois bâtirent Gela (687), qui éleva, sur la côte méridionale, au bord de l'Acragas, une ville nommée Agri' gente (582), la rivale de Syracuse.
Au nord de l'île il n'y eut, jusqu'au temps de Thucydide, que deux établissements grecs : Zancle ou Messine, fondée par des habitants de Cumes et de Chalcis, et Himèra^ que des Syracusains, mêlés à des colons de Zancle, allèrent au-
dacieusement bàtfr près des établissements phéniciens de Solotis et de Panormos. *
Cinquante ans environ après avoir abordé en Sicile, les Grecs s'établirent dans l'Italie méridionale et s'y répandirent à tel point qu'elle prit le nom de Grande-Grèce.
Les Achéens y fondèrent SybariSy métropole elle-même de Posidonia où nous pouvons admirer des ruines majestueuses; Caulonia; Crotone, qui vit encore, et Métaponîe, où la tradition conduisait, après Troie, les compagnons de Nestor ; les Locriens, Locres épizéphyrienney qui reçut des lois du berger Zaleucos; les Dorions, Tarente; les Messéniens réunis aux Ghalcidiens, Rhégiuniy qui dut ses institutions au législateur de Gatane, Gharondas.
Ges établissements en Italie et en Sicile ouvrirent aux Grecs le bassin occidental de la Méditerranée. Vers 629, un vaisseau samien poussé par la tempête au delà des colonnes d'Hercule aborda aux bouches du Bétis, à Tartessos, pays riche en mines d'arçent, et un des grands marchés des Phéniciens. Les Phocéens y arrivèrent à leur tour, et furent bien accueillis par le roi Arga'nthonios , qui les engagea, sans doute en haine des Phéniciens, à quitter l'Ionie pour s'établir dans l'endroit de son pays qui leur plairait le plus. Il ne put Iqs y décider; néanmoins, il leur donna l'argent nécessaire pour entourer leur ville de fortes murailles.
G'est dans une de ces excursions vers les terres de l'ouest que les Phocéens furent portés sur les rivages de la Gorse, et de là, sur ceux de la Gaule, où ils fondèrent Marseille (vers 600). Marseille à son tour jeta des établissements sur les côtes de Gaule et d'Espagne. — Dans ce dernier pays une colonie, partie de l'île de Zacynthe, bâtit Sagonte à une époque inconnue; Bhodes aussi envoya des colons à Rhodos (Rosas en Gatalogne), et peut-être aux bouches du Rhône, qui leur dut son nom; Parthénope (Naples), colonie de Cumes, comptait des Bhodiens parmi ses fondateurs. Enfin les Grecs eurent encore en Afrique un établissement important, de sorte qu'aucun des rivages de la Méditerranée n'échappa à leur génie colonisateur. Les Dorions avaient occupé l'île de Théra; un citoyen de cette île, nommé Battes*
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alla, sar la foi d'un oracle, fonder dans une des plus fertiles et des plus délicieuses régions de la Libye^ la ville de Cyr^^ne (632), Quatre autres s'y élevèrent bientôt : Apdloniey le port de Gyrène, Barcé, Tauchira et Hespéris^ qui soumirent à leur influence les populations nomades environnantes sur une étendue de trois degrés de longitude, des frontières de rÉgypte à la Grande-Syrte.
L'Egypte eut aussi sa colonie grecque. Dès 650, des aventuriers de Carie et dlonie , s'étant mis au service du roi Psammétichus , avaient obtenu de lui un établissement dans ce pays. La faveur que ce prince et ses successeurs accordèrent aux mercenaires grecs en attira un grand nombre en Egypte. Les marchands suivirent les soldats et eurent un comptoir à Naucratis sur la branche canopique du Nil , oU ils formèrent une communauté appelée Hellénion , ayant des officiers propres, choisis par elle, un temple avec une enceinte consacrée, bâti à frais communs par quatre villes ionjennes : Chios, Téos , Phocée et Clazomène; quatre doriennes : Rhodes , Cnide , Halicarnasse et Phasélis ; une éolienne : Mitylène. A ce comptoir qui rappelle nos factoreries fut exclusivement attribué le monopole du commerce grec. Tout marchand qui abordait à une autre bouche du Nil était contraint de jurer qu'il n'y était entré que pour échapper à la tempête ; et, après avoir fait ce serment, il lui fallait retourner avec son navire à la bouche canopique, à moins que les vents ne fussent absolument contraires; dans ce cas, il devait faire transporter ses marchandises, bien scellées , par les canaux du delta , à Naucratis , seul lieu où il lui fût permis de les exposer et de les vendre.
La civilisation de la race hellénique se trouvait donc portée au milieu des barbares. On vit même quelques-unes de ces colonies éclipser leur métropole. Sybaris mit sur pied jusqu'à 300 000 combattants, et Milet fonda à son tour 300 établissements. Les Grecs étant ainsi établis en Italie, en Espagne, en Afrique, en Asie, dans la Thrace et la Scythie d'Europe, non-seulement les relations commerciales se multiplièrent, mais aussi les relations politiques s'accrurent. Sparte, Athènes , Gorinthe eurent au loin pour alliés des peuples de
leur sang, qui invoquèrent souvent leur protection et les mêlèrent à leurs guerres. Ainsi Syracuse implora l'assistance de Corinthe au temps de Timoléon , et ce fut pour avoir protégé les Ioniens de TAsie Mineure que les Athéniens s'attirèrent la haine du grand roi. Enfin la civilisation ancienne ne dut pas moins aux colonies qu'à leurs métropoles, à Milet, k Smyrne, à Rhodes, à Syracuse, à Tarente, qu'à Athènes et à Corinthe.
iDflUtaUons commîmes aux peuples de la Ctrèce) religion.
Les Grecs étaient très divisés , mais bieji des liens aussi les réunissaient. Il y avait entre eux communauté de langue, de religion et de souvenirs historiques. Les jeux nationaux étaient ouverts à tous ceux qui prouvaient leur origine hellénique, et les amphictyonies étaient des confédérations religieuses qui auraient pu devenir des confédérations politiques
Les Grecs avaient reçu ou plutôt apporté de TOrient une partie de leurs croyances. Il serait trop long de faire ici celte histoire du polythéisme grec. Il suffira de dire que les Hellènes, ne pouvant se rendre compte par la science des phénomènes de la nature, en firent des dieux.
Le vent, Tair, le soleil, Tocéan, les fleuves, les forêts furent donc divinisés. Jupiter, le père des. dieux, fut aussi Tair même qui enveloppe toute la création ; Neptune , l'océan dont la terre est baignée ; Apollon , le soleil qui l'éclairé et l'échauffé ; comme la naïade était à la fois la source mystérieuse qui s'échappait du sein des rochers, et la déesse chaste et craintive qui se cachait au fond des grottes obscures.
La force, le courage, l'adresse, la beauté, les arts, l'intelligence devinrent aussi des personnes divines qu'on adora pour obtenir d'elles les qualités dont elles étaient en quelque sorte l'essence.
L'imagination populaire, ayant une fois créé tous ces dieux à l'image de l'homme , ne s'arrêta point là. Elle leur donna une vie agitée qui forma autour de chacun d'eux une longue histoire, une légende. Ces légendes ne furent jamais réunies en un seul livre, de sorte que les croyances religieuses des
Grecs ne forment point un corps de doctrines arrêtées , mais un pêle-mêle de récits merveilleux , fonds très-riche pour la poésie, rarement pour la morale.
Ces dieux, en effet, s'ils eurent toutes nos qualités à un degré supérieur, eurent aussi tous nos défauts, nos passions, même nos misères. Ainsi, les Grecs croyaient Mars plus fort, Apollon plus adroit, Vénus plus belle que leurs adorateurs ; mais dans les combats livrés devant Troie, Pluton, Marp, Vénus, Junon même, la reine de TOlympe, furent, selon Homère, blessés par des mortels. On disait même qu'ApoI* Ion et Neptune avaient été esclaves de Laomédon.
Puisque chaque dieu avait son domaine distinct, il était naturel qu'il eût aussi sa ville, son peuple privilégiés. Minerve régnait plus particulièrement à Athènes, Gérés à Eleusis, Junon à Argos, Apollon à Delphes, Bacchus àThèbes, Vénus en Gypre.
Les divinités qui comptaient le plus d'adorateurs étaient les douze grands dieux dont les prêtres plaçaient la demeure sur la cime du mont Olympe : Jupiter, le maître de Tunivers; Junon son épouse ; Apollon, le dieu de la poésie et des arts ; Neptune celui de l'Océan ; Minerve, la déesse de la sagesse; Vénus, celle de la beauté ; Mars , le dieu de la guerre ; Vulcain, des arts utiles ; la chaste Vesta, qui présidait aux vertus domestiques; Gérés, qui faisait mûrir les moissons; Diane ou la Lune, et Mercure, le messager des dieux, qui protégeait le commerce et donnait l'éloquence.
Mais il y avait bien d'autres dieux : Pluton , le souverain des enfers, né de Saturne comme Jupiter et Neptune, comme Gérés et Vfsta; Bacchus, le dieu du vin et le conquérant des Indes ; Esculape , le médecin céleste , tous deux divinités peut-être d'origine asiatique et récente. Enfin, les dieux secondaires des campagnes , des forêts et des eaux : Pan , les Faunes, les Satyres, les Dryades, les Naïades; et les Océanides, les Néréides , les Tritons qui suivaient , en jouant sur les flots, le char de Nérée et d'Amphitrite ; Eole et les Vents ; les Muses et les Parques ; mille autres encore et la foule innombrable des demi-dieux et des héros. Geux-ci étaient les fils des dieux comme Hercule , ou des hommes comme
Thésée, Jason, Persée, qui étaient devenus célèbres par leurs exploits, ou des chefs de colonies, des fondateurs de villes, des patrons de familles ou de corporations. Chaque cité , chaque village avait le sien et on les vénérait comme des génies tutélaires.
Garon, nocher funèbre, recevait les morts dans sa barque et leur faisait passer le fleuve Achéron. Quand les âmes avaient évité Cerbère, chien à triple tête, qui les laissait bien entrer, mais ne les laissait point sortir, elles arrivaient devant Minos, Eaque et Rhadamante , dont elles subissaient le jugement suprême. Les bons allaient aux champs Élysées, lieux charmants où régnait un printemps perpétuel, et où ils continuaient à goûter les plaisirs qu'ils avaient aimés sur la terre. Nestor y racontait encore les exploits des héros et la sage conduite des chefs ; Tirésias y rendait des oracles ; Orioa y chassait les bêtes fauves qu'il avait tuées jadis sur les montagnes. Les méchants, précipités dans le Tartare, le champ des larmes, y souffraient mille maux. De leur vivant même, ils avaient été livrés aux Furies vengeresses, qui, les cheveux entrelacés de serpents , une main armée d'un fouet de vipères , une torche dans l'autre , jetaient l'épouvante dans Pesprit des coupables et la torture dans leur cœur. L'âme de ceux dont le corps n'avait pas reçu les honneurs de la se* pulture errait durant cent années dans TErèbe, séjour sombre, triste et froid, qu'habitaient Cerbère, la Nuit et la Mort.
Gorome on croyait que les dieux intervenaient sans cesse dans les affaires d'ici bas, on cherchait à les gagner par des prières, des libations qui se faisaient en répandant en leur honneur tout un vase ou seulement quelques gouttes de vin ou de lait, et par des sacrifices eu immolations de taureaux, de génisses, de brebis. Les entrailles de la victime étaient brûlées sur Tautel, le reste formait le repas des prêtres et des assistants.
Des signes annonçaient les volontés divines , et toute chose soudaine, inattendue, était un présage. Les songes, envoyés par Jupiter, révélaient l'avenir. Mais c'était surtout dans la disposition des entrailles des victimes, dans la grosseur dn
foie et du cœur, dans la couleur des viscères, qu'on croyait trouver les secrets du destin. Étrange et honteuse superstition qui a cependant régné des milliers d'années, tant la vérité a de peine à se faire jour. Les devins interprétaient tous les présages.
Les prêtres faisaient aussi parler directement les dieux par les oracles qu'ils rendaient en leur nom. Les plus célèbres de ces oracles étaient ceux de Delphes, de Dodone en Épire et de rOasis d'Ammon en Afrique.
A Delphes, ine femme, la Pythie, était traînée par les prêtres vers une ouverture de la terre d'où s'échappaient certaines vapeurs. Là, assise sur un trépied, elle recevait ce qu'on appelait l'exhalaison prophétique. On voyait son visage pâlir, ses membres s'agiter de mouvements convulsife. D'abord, elle ne laissaft échapper que des plaintes et de longs gémissements; bientôt, les yeux étincelants, ia bouche ëcamaute, les cheveux hérissés, elle faisait entendre, au milieu des hurlements de la douleur, des paroles entrecoupées, incohérentes que Ton recueillait avec soin et où l'on s'iDgéniait à trouver un sens et une révélation de l'avenir. Toutefois, ces réponses n'étaient pas le fruit d'un délire insensé ; les prêtres, qui, grâce à l'immense concours des pèlerins, pouvaient se tenir fort au courant de toutes les affaires des Ëtats, même de celles des particuliers, donnaient à ces sons inarticulés une signification que la crainte ou l'espérance acceptait, et que souvent la foi réalisait.
JLmphlctyoïiies; Jeux nationaux.
Les Grecs répugnaient à l'idée de faire de toutes leurs villes un seul et grand empire. Chaque cité grecque voulait être indépendante et former un État à part ; mais toutes aussi voulaient conserver le lien de parenté qui les unissait. De là, ces associations religieuses nommées Amphictyonies, dont la plus connue était formée par douze peuples qui envoyaient des députés, au printemps à Delphes, en automne aux Thermopyles. On y célébrait des fêtes religieuses. Quelquefois aussi le conseil Amphictyonique décernait des récompenses natio-
nales, une statue, un tombeau, à ceux qui avaient bien mérité de la patrie commune ; ou frappait de malédictions et mettait hors la loi ceux qui Tavaient trahie, comme Éphialtès qui guida les Perses aux Thermopyles, comme les Phocidiens qui avaient offensé la religion nationale.
Ce sentiment d'une commune origine et de la fraternité de toutes les tribus grecques donna aussi naissance aux jeux publics où Ton accourait de tous les points du monde hellénique. Les plus renommés étaient les quatre grands jeux : isthmiques près de Gorinthe, en l'honneur de Neptune; néméens dans TArgolide, en l'honneur d'Hercule ; pythiques à Delphes, en l'honneur d'Apollon, vainqueur du serpent Python, et olympiques dans FÉlide, en l'honneur de Jupiter*. Ils avaient le privilège de suspendre les guerres, pendant tout le temps nécessaire pour se rendre aux jeux et en revenir. Des hérauts couronnés de fleurs et de feuillage allaient proclamer à l'avance la trêve sacrée, et une lourde amende punissait le peuple qui l'osait violer. Plus d'une fois les villes se réconcilièrent ou firent alliance au milieu de ces solennités.
Ces jeux consistaient en exercices de toutes sortes, courses à pied, courses de chevaux et de chars , saut, lutte , pugilat, enfin le pancrace , où l'on cherchait , comme dans la lutte, à terrasser son adversaire , et, comme dans le pugilat , à le vaincre à la force du poing. Quoique la récompense ne fût qu'une couronne de laurier ou d'olivier sauvage , c'était un insigne honneur de vaincre , pour le vainqueur lui-même , pour sa famille , pour sa ville natale ; on vit des cités rendre des honneurs extraordinaires à un athlète victorieux. Une récompense héroïque était celle que Sparte décernait. A la première bataille , on réservait au vainqueur d'Olympie le poste le plus périlleux , l'honneur de braver le plus de dangers pour la patrie.
Nous nous étonnons de l'importance donnée par les Grecs à ces exercices d'athlètes. Mais ces jeux ont formé une po-
1. Les jenx olympiques se célébraient tous les quatre ans; de là les olymfHQfleSj ou période de quatre années dont les Grecs se servaient pour leur chronologie et aont le point de départ était Tannée 776 av. J. G.
pulation forte et agile qui fournit, jusqu'au moment oîi parut la légion romaine, les meilleurs soldats du monde. La gymnastique, que nous négligeons trop, a donc aidé les Grecs à gagner leurs victoires et à sauver, avec leur indépendance, la civilisation qu'ils avaient fondée.
À ces jeux, d'ailleurs, s'ajoutaient souvent des combats de musique et de poésie. Aux jeux pythiques, on vit Pindare*, contraint par l'Assemblée de s'asseoir sur un siège élevé, la couronne sur la tête, la lyre à la main, soulever par ses chants d'enthousiastes acclamations ; une part lui était réservée par le magistrat dans les prémices offertes aux immortels, et, après sa mort, le trône où le poète s'était assis fut placé dans le temple, parmi les statues des dieux. Archiloque, Simonide reçurent des hommages semblables. Quelquefois aussi un illustre. spectateur détournait de l'arène les yeux du public et devenait lui-même l'objet du spectacle. Thémistocle, Pythagore *, Hérodote et Platon eurent cet honneur ; le premier avouait qu'il avait goûté là les plus douces jouissances de sa vie. Les peintres, les sculpteurs accouraient comme les poètes et les athlètes, et exposaient à l'admiration de la foule leurs chefs-d'œuvre.
C'était donc comme un concours universel de tous les arts de la Grèce dans cette plaine riante d'Olympie, que l'Alphée traverse et que dominait le temple majestueux de Jupiter. Au fond du sanctuaire s'élevait ime statue du dieu, faite par
1. Pindare (520-456}, le plus grand poëte lyrique de la Grèce, mais non pour nous le plus intelligible, était né à Thèbes. Il célébra surtout les vainqueurs des jeux. Archiloque, né à Parcs, vers 700. composa des odes et des satires d'un grand mérite ooétique, mais d'une extrême violence. On dit que deux de ceux qu'il attaqua aans ses vers se tuèrent de désespoir. Simonide (55U-468), de l'Ile de Céos, fut le rival de Pindare et l'ami de Pisistrate et de Hiéron, tyran de Syracuse. Il nous reste de Pindare 45 hymnes ou odes, des autres quelques fragments.
2. Pythagore, né à Samos vers le commencement du sixième siècle, voyagea longtemps et fonda, à Crotone,. en Italie, une école de philosophie qui devint très-célèbre, et fut pour les anciens une sorte d'institut monastique. Ses disciples n'étaient admis à la révélation de ses doetrines qu'après un long et pénible noviciat, durant lequel ils devaient garder un silence absolu. Les pythagoriciens avaient un régime très-frugal et s'abstenaient de viande, car ils croyaient à la métempsycose, c'est-à-dire que les âmes venaient après la mort animer de nouveaux corps placés à un degré plus ou moins élevé dans l'échelle des êtres, selon qu'elles 1 avaient mérité dans leur vie précédente. Ils croiraient aussi que le soleil est au centre du monde comme Copernic l'a démontré au seizième siècle de notre ère pour notre système planétaire.
Phidias*. Elle était d'or et d'ivoire, et, bien qu'assise, avait IS mètres de haut; de sorte que son front louchait h la voûte du temple. Elle portait de U main droite une Vicloii-e, de la gauche un sceptre surmonlé d'un aigle. Sa chaussure et. son manteau étaient d'or. Le trûne incrusté d'ivoire , tl'('- I)ène, d'oj, de pierreries, décoré de bas-reliefs et de magnifiques peintures couvraient la balustrade qui précédait la statue.
Mais il faut bien le répéter, ces institutions : amphictyo-
nies, oracles fêtes natonales union de plusieurs villes, liens i hosp talite entre les particuliers toutes ces coutumes
lincs do leinple d'Olïmple ont été retrouïiei pai tlon de Morée. Lee fouineB ont donné dii-neuf I isentanl les traïaui d'Hercule. Les restes de " l ont permis, avec la deaciiption détaillée représenta Hou du temple. La fsmeusa sta
traeraente de scal|
eurent une grande influence sur les esprits, aucune sur les intérêts. Dans le monde grec, il y eut unité morale, il n'y eut jamais unité politique. A Olympie, à Delphes on était frères, on était Hellènes, on honorait les mêmes dieux, on aimait les mêmes arts, on applaudissait aux mêmes chants ; hors du territoire sacré, on redevenait ennemis, Spartiates et Athéniens, Béotiens et Phocidiens. A quelques pas de sa ville natale, le citoyen trouvait la terre étrangère, où il ne pouvait acquérir un immeuble ni contracter un mariage, ni poursuivre personnellement en justice; et que de fois n'y trouvait-il pas la guerre et l'esclavage ! De là Téclat incomparable, dans la sphère de Tintelligence, de ce monde grec, à la fois si uni et si divisé; mais aussi sa faiblesse politique. En face de la formidable armée de Xerxès, les Grecs se réunirent et vainquirent : en face de la Macédoine et de Rome, ils restèf eut divisés et furent vaincus.