‹ Histoire grecqueChapitre 22 sur 45 · SUITE ET FIN DE LA GUERRE DU PELOPONNESE · texte numérisé non relu

SUITE ET FIN DE LA GUERRE DU PELOPONNESE

Â-ffaires de la Sicile jusqu'à l'expédition athénienne (479-41 5).— L'expédition résolue; affaire deshermès; rappel d'Alcibiade (415). — Lenteurs de Nicias; arrivée de Gylippos à Syracuse (414). — > Arrivée de Démosthène (413). — Défaites navales des Athéniens; retraite; destruction de Tarmée (413). — Dangers et énergie d'Athènes (413-412). — Révolution oligarchique à Athènes (février ou mars 411). — Rétablissement du gouvernement démocratique. — Nouvel exil d'Alcibiade (407). — Lysandre, Callicratldas; bataille des Arginuses (406). — Bataille d'Ëgos-Potamos (405). ^ Prise d'Athènes (404).

Affaires de la Slelle Jascia^li l'expédition athénienne

(dve-dtft).

Les colons dorions de Mélos avaient compté sur Tappui de Sparte. « Elle vous abandonnera , » avaient répondu les Athéniens ; et la prudente cité qui, elle aussi, en toute chose, ne voyait que Tutile , ne leur avait envoyé ni un navire , ni un soldat. Cette inertie enfla les espérances d'Athènes ; elle crut le moment venu de rattacher k son empire la grande cité de rOccident, où des divisions intérieures faisaient désirer à plusieurs villes une protection étrangère.

Gélon, le glorieux vainqueur des Carthaginois à Himère, était mort Tannée qui suivit leur défaite (479). Syracuse , qu'il avait sauvée et agrandie , lui rendit les honneurs divins accordés aux héros , et laissa son frère Hiéron succéder à son pouvoir. Ce fut l'époque de la plus grande puissance de Syracuse. Sur un message d'Hiéron, Ànaxilaos, tyran de Zancle et de Rhegium , laissa les Locriens en paix ; Cumes , que les Carthaginois et les Étrusques attaquaient, fut sauvée par sia flotte. Pindare chanta cette victoire , et un casque de

2â2 GBÀPi'mS XI.

bronze, offrande d*Hiéron, trouvé dans les ruines d*01ympie, en a conservé jusqu'à nous le témoignage. Cruel, mais magnifique, Hiéron attirait à Syracuse, la plus brillante alors des cités grecques, Pindare, Simonide, Eschyle , Épicharme et Bacchylide. La tyrannie de son frère Thrasybule, qui lui succéda, amena une révolution. Tous les Grecs de Tile aidèrent les Syracusains à chasser le tyran (465). La royauté fut abolie, et le gouvernement démocratique établi dans toutes les cités. Mais la réaction contre la dynastie de Gélon ne s'arrêta pas là. A Syracuse, les anciens habitants déclarèrent tous ceux qui tenaient des tyrans le droit de cité, incapables d'aspirer aux charges. Ce fut le commencement de nouveaux troubles et de nouveaux combats, qui se répétèrent dans toutes les villes. Le désordre dans Tile entière devint tel , qu'une diète générale fut assemblée. On y convint que ceux qui avaient été exilés par la dynastie déchue rentreraient dans leurs biens , et que Ton céderait aux anciens mercenaires et aux amis des tyrans la ville déserte de Gamarine avec tout son territoire,

Syracuse ne fut pas encore délivrée de troubles intérieurs ; plusieurs prétendants s'élevèrent qu'il fallut abattre. L'ostracisme , introduit dans la ville sous le nom de pétalisme, mais peut-être sans les sages garanties que Glisthène lui avait données à Athènes , ne rendit pas le repos à la cité. Peu à peu cependant les agitations se calmèrent, le gouvernement républicain s'affermit et la puissance de Syracuse reprit son essor. Ses flottes purgèrent la mer Tyrrhénienne des pirates étrusques; l'île d'Elbe fut conquise, la Corse attaquée (453).

Au centre de l'île subsistait toujours, dispersé en petits villages, le peuple qui était le vrai propriétaire de cette terre. Tout le littoral de la Sicile était à cette époque hellénisé. Les Sicules de l'intérieur défendaient seuls encore leurs coutumes et leur langue contre l'influence étrangère. Dans trois siècles ils les auront perdues : Gicéron ne trouvera que des Grecs dans l'île aux trois promontoires. En 452, un de leurs chefs , Ducétios , entreprit de sauver ce peuple et cette indépendance qui se mouraient. Il persuada aux Sîcnles de

LA GUERRE DU PfiLOPONNËSE, DE 415 A 404. 223

fonner ime confédération et de bâtir nne eité défendue ^ comme celles des Grecs ^ par de fortes murailles. Le plan fat exécuté, et Ducétios se trouva à la tête de forces assez considérables pour oser attaquer Agrigente, qui demanda et obtint le secours de Syracuse. Vainqueur une première fois des deux puissantes cités, il fut vaincu la seconde; et, désespé*rant d'échapper à l'ardente poursuite des Grecs , se dirigea de nuit sur Syracuse , entra seul et inconnu dans la place , et vint s'asseoir sur l'autel de l'agora (451). Le peuple épargna le suppliant , et le relégua à Gorinthe. Il s'échappa quelque temps après et reparut dans l'île , mais sans y rien entre* prendre de considérable. Syracuse mit à profit sa victoire pour faire de nouveaux progrès dans l'intérieur de la Sicile • Une guerre heureuse avec Agrigente augmenta la secrète espérance qu'elle nourrissait de réduire l'île entière sous son pouvoir. Elle doubla la cavalerie, elle construisit 100 trirèmes et donna un nouvel essor à son commerce. Par ses relations avec les Carthaginois et la c6te d'Afrique, qu'elle approvisionnait de vins et d'huiles, Agrigente, sa rivale, gagnait tant de richesses, que ses monuments effaçaient ea magnificence ceux de Syracuse même. Les autres Grecs si* ciliens participaient h cette prospérité en proportion de leur puissance. Mais, pour tous, les jours de malheur allaient venir.

Quand la guerre du Péloponnèse commença, Sparte demanda aux nombreuses cités doriennes de la Sicile et de l'Italie de puissants renforts ; elles en promirent, puis trou» vèrent plus utile de profiter de l'impuissance à laquelle eUes croyaient Athènes réduite , pour attaquer les cités ioniennes de Tîle : Naxos, Gatane et Léontion. La dernière vivement pressée, en 427, envoya Gorgias solliciter des secours à Athènes. Périclès se fût opposé à une expédition aussi lointaine ; mais il était mort quand Gorgias arriva , et 20 galères partirent pour la Sicile. D'autres les suivirent, sans jamais donner de grandes proportions à cette guerre, qui s'éteignit, en 424, quand un sage citoyen de Syracuse, Hermocrate, eut montré à tous les Grecs de Sicile, réunis en congrès, Athènes envenimant à dessein leurs querelles pour en profiter le jour

où un traité avec Sparte lui rendrait la libre disposition de toutes ses forcei^.

Malheureusement ces sages avis furent vite oubliés. Des troubles à Léontion amenèrent la ruine de cette ville ; une partie de sa population émigra à Syracuse ; et, dès Tan 422, Athènes avait reformé une ligue contre la grande cité dorienne. Pourtant, jusqu'en 415, elle ne trouva pas jour à une expédition sérieuse; mais, dans une querelle qui s'éleva alors entre Égeste et Sélinonte , la dernière obtint l'aide de Syracuse. L'autre , après avoir vainement demandé l'appui de Garthage, implora celui d'Athènes, où les bannis siciliens affluaient.

l4*expé4Ull«ii rétfolae: affaire dem hermètf) rappel

d'Alelblade (4f ft).

Âlcibiade avait été un des plus ardents à animer le peuple contre Mélos; il ne manqua pas cette occasion de pousser Athènes à une entreprise bien autrement considérable et où il espérait un commandement. Il eut pourtant quelque peine à décider l'assemblée. On envoya d'abord des commissaires pour étudier les ressources des Égestains ; mais ils se laissèrent tromper par des ruses grossières : ils ne virent qu'or et argent là où il n'y avait que misère et impuissance ; et le tableau qu'ils firent des inépuisables richesses de la cité qui les appelait, enflamma tous les esprits. On ne trouva bientôt plus à Athènes, dit Plutarque, que jeunes gens dans lef gymnases , que vieillards dans les ateliers et dans les lieux d'assemblée, traçant le plan de la Sicile , et dissertant sur la mer qui l'environne , sur la bonté de ses ports , sur sa position en face de l'Afrique. Elle leur servirait de place d'armes, pour aller de là soumettre Garthage et dominer jusqu'aux colonnes d'Hercule. Les riches n'approuvaient pas ces témérités, mais craignaient, en s'y opposant , qu'on ne les soupçonnât de vouloir éviter le service et les frais de l'armement des galères. Nicias fût plus hardi, et même après que les Athéniens l'eurent nommé général avec Alcibiade et Lamachos, il prit la parole, montra l'imprudence d'aller chercher de nouveaux sujets quand les anciens étaient en pleine ré*

voile , comme dans la Chalcidicpie , ou n'attendaient qu'un désastre pour rompre la chaîne qui les liait à Athènes. Il 6nit par reprocher à Alcibiade de jeter la république , pour satisfaire sa seule ambition, dans une guerre d*outre-mer qui l'exposerait aux plus grands dangers. Il énumérait les forces nécessaires : au moins 100 galères, 6000 hoplites, des vaisseaux de charge, d'immenses approvisionnements, etc. Il croyait effrayer le peuple. Un des démagogues se leva et dit qu'il allait faire cesser toutes les excuses de Nicias : en même temps il proposa et fit passer un décret qui donnait aux généraux plein pouvoir d'user de toutes les ressources de la ville, pour les préparatifs de l'expédition.

Nicias avait pleinement raison. L'expédition de Sicile était impolitique, insensée. C'est dans la mer Egée qu'était, que devait rester l'empire d'Athènes, à sa portée, sous sa main. Toute acquisition par delà le Péloponnèse était un affaiblissement. Syracuse, même conquise, ne fût pas demeurée longtemps sujette. De quelque façon que l'expédition tournât, des malheurs étaient au bout. D'ailleurs , dans la mer Egée, n'y avait-il pas Ainphipolis à reprendre, la Chalcidique insurgée à soumettre , la Macédoine hostile à retenir dans la faiblesse? Mais le peuple, cette fois, était, comme Alcibiade, ivre de sa force et de sa fortune.

Gomme toujours à l'approche des grands événements, les présages et les prédictions des devins se multiplièrent pour ou contra l'entreprise au gré des partis. Dodone était favorable , Délos était contraire ; Alcibiade avait fait venir un oracle du temple d'Ammon, dont le prestige accru par l'éloignement frappait beaucoup le peuple . Mais l'astronome Méton n'augurait rien de bon de l'expédition, et le démon familier de Socrate lui en avait annoncé , disait-on , la désastreuse issue. Un événement, qui eut lieu peu de temps avant le départ de la flotte , fut aussi considéré comme un présage funeste; il arriva qu'un matin les hennés, ou bustes dé Mercure, dressés soit le long des rues, aux vestibules des maisons particulières , soit dans les lieux sacrés , se trouvèrent mutilés. Cette insulte aux dieux causa une rumeur extrême, l'assemblée et le conseil des Cinq-Cents se réuni-

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