TYRANNIE DES TRENTE ; SOCRATB
gnirent que quelque poète, ami de la liberté, ne les traînai eux et leurs crimes, sans masque, sur la scène, et que le théâtre ne devînt une tribune vengeresse. Ils défendirent d*y. représenter des hommes vivants. Tout citoyen attaqué par \ui\ auteur comique eut le droit de le citer en justice* La comédie politique mourut du coup.
Théramène, un de ces hommes prudents qui savent tou*jours sortir à temps d'une maison qui croule, comme d'un^ factiQu qui se perd, commença à trouver qu'on allait trop loin. Il dit à ses collègues que la terreur rendue générale pouvait devenir la vengeance. L'avis parut bon ; les tyrans dressèrent une liste de 3000 citoyens dont ils se firent un^ garde, puis désarmèrent tous les autres. On donna à ces 3000 le privilège qu'aucun d'eux ne pourrait être mis à mort sans un jugement du conseil ; pour le reste du peuple, il fut laissé à la discrétion des tyrans. Sûrs alors de l'im^ punité, ils continuèrent à bannir et à tuer. La classe des métèques leur était contraire : un jour ils décidèrent qn^ chacun d'eux prendrait un métèque, le plus riche possible, qu'il le mettrait à mort, et s'emparerait ensuite de ses biens. Théramène refusa de participer à ce nouveau crimç. Il fallait se débarrasser au plus vite de cet importun qui vou* lait, au moins, un prétexte poUtique pour tremper ses saains dans le sang innocent. Gritias s'en chargea. En plein conseil, il accuse Théramène de versatilité, de trahison envers les honnêtes gens, et il demande sa mort. Théramène se défend : il invoque d'abord la justice, le droit, ses services, puis, ce qui valait mieux auprès de telles gens, le danger qu'ils attiraient sur leur tête en commençant h se décimer eux-mêmes. S'ils laissent Critias maître de sa vie, nul d'entre eux ne pourra se considérer comme en sûreté. Mais Gritias fait approcher de la salle des satellites apostés et armés de poignards : < Sénateurs, dit-il, un magistrat attentif, qui voit ses amis cruellement trompés, doit prévenir toute surprise. Je vais donc remplir ce devoir. Les citoyens! que voici déclarent qu'ils ne souffriront pas qu'on laisseV échapper un homme qui sape ouvertement les fondements de l'oligarchie. Les nouvelles lois ne veulent pas qu'on fasse
S68 CHAPITRE XH.
mourir sans votre avis \in homme du nombre des Trois- Mille^ en même temps qu'elles abandonnent aux Trente le sort de ceux qui ne sont pas de ce nombre : j'efface le nom de Théramène de la ûste , et, en vertu de mon autorité et de celle de mes collègues, je le condamne à mort. » On entraîna Théramène et on lui fit boire la ciguë. Quand il l'eut avalée, jetant en Fair ce qui restait dans la coupe : c  la santé , dit-il, du beau Gritias. »
Après la mort de Théramène, les Trente déclarèrent que les Trois- Mille pourraient seuls habiter dans Athènes. Argos, Thèbes, Mégare regorgèrent bientôt d'exilés athéniens. Sparte n'eut pas honte de promulguer un décret qui défendit sous de graves peines de leur donner asile, et autorisa les Trente à les saisir , en quelque lieu de la Grèce qu'ils se trouvassent. Ce décret inf^e était une insulte à la Grèce entière. Thèbes, irritée de ces prétentions souveraines, y répondit en ordonnant de recevoir les bannis dans toute la Béotie , de les secourir et de n'entraver aucune expédition qu'ils pourraient faire contre Athènes. Thèbes croyait en effet avoir rendu assez de services à la cause commune, pour qu'on lui montrât quelque déférence ; et ses réclamations au sujet des trésors enlevés par Lysandre n'avaient pas même été écoutées. A Argos il fut répondu aux Lacédémenions, venus pour réclamer l'exécution du décret, qu'ils seraient traités en ennemis , s'ils ne se retiraient avant le coucher du soleil.
Au nombre de ceux que les tyrans avaient bannis étaient Alcibiade et Thrasybule. Le premier fut assassiné sans qu'on sût qui avait fait le coup ; le second, d'abord réfugié à Thèbes, réunit quelques compagnons d'infortune, surprit une des forteresses de l'Attique , et , voyant sa petite troupe grossir , s'empara audacieusement de Munychie , un des trois ports d'Athènes. Les Trente vinrent aussitôt l'y attaquer. Un devin qui l'accompagnait lui conseilla de ne point commencer l'action avant qu'un des siens fût tombé, et pour accomplir lui-même l'oracle, marcha en avant, et, comme autrefois Godrus, se fit tuer. L'armée des tyrans fut battue. Thrasybule, pour terminer au plus tôt la guerre, leur permit de se retirer