TYRANNIE DES TRENTE; SOGRÀTE
à Eleusis p et proclama une amnistie qui fut religieusement observée. L'ancienne constitution fut rétablie.
Moermie.
Ces temps déplorables virent pourtant un des plus grands hommes dont Tbistoire bonore le nom , Socrate. Il était né en 469. Son père était sculpteur, et lui-même exerça d'abord cette profession ; il abandonna son art, quoiqu'il fût pauvre , pour cbercher , non pas la richesse , mais ce qu'il estimait meilleur que l'or, la sagesse et la science. II remplit tous ses devoirs de citoyen; il combattit courageusement à Potidée , à Amphipolis et à Délion. U sauva une fois Alcibiade, une autre fois Xénophon« Sa maxime favorite était celle-ci : « Connais-toi toi-même. » Il s'était donné la mission de combattre partout l'erreur. Sans attaquer directement la religion de son pays et les dieux de l'Olympe, son enseignement tendait à reconnaître un être suprême, ordonnateur et conservateur du monde.
Un tanneur, Anytos , bomme influent par sa fortune , que Socrate avait blessé en détournant son fils , jeune bomme d'intelligence , de continuer l'industrie paternelle , un mauvais poète, Mélétos, et le rbéteur Lycon, le citèrent en justice. Lysias, le plus grand orateur du temps , ofl'rit à Socrate un plaidoyer, il n'en voulut pas, et se défendit lui-même, avec la hauteur d'un homme qui n'avait nulle envie de marchander sa vie , ni de disputer aux accusateurs et aux infirmités ses soixante-dix ans. Au premier chef d'accusation : c Socrate est coupable, car il ne croit point aux dieux que révère la république, et il introduit des divinités nouvelles, » le sage répondit qu'il n'avait jamais cessé de révérer les dieux de la patrie et de «leur offrir des sacrifices devant sa maison et sur les autels publics; qu'on l'avait entendu maintes fois conseiller à ses amis d'aller consulter les oracles ou d'interroger les augures. Mais, quand il parla de son génie , il s'éleva dans toute l'assemblée des murmures tumultueux.
Ce démon intérieur , que Socrate invoquait , n'était autre que les révélations d'une intelligence et d'un sens moral dé-
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veloppés par la plus constante application, révélations qui s'opéraient en lui sans qu'il sentît le travail énergique et instantané par lequel elles étaient produites. Il avait pris cette voix de sa conscience et de sa raison pour celle d'un génie qui^ dans tous les cas difficiles, intervenait pour le conduire. C'était bien là une divinité nouvelle. Socrate n'hésita pas à le confesser : « Je vais vous déplaire bien davantage, dit-il, en vous rappelant que la Pythie m'a proclamé le plus juste et le plus sage des hommes. » Et, comme pour augmenter à plaisir l'irritation en faisant l'éloge d'un Spartiate, il ajouta qu'Apollon avait placé Lyeurgue bien plus tiaut encore.
Quant au second chef, ses mœurs répondaient pour lui, et il somma les pères de ceux qu'il avait, disait-on, corrom-
Sus, de venir déposer contre lui. Il passa légèrement sur )ut ce qui regardait la politique, et termina par le serment de désobéir, si on le renvoyait absous, à la condition de répudier la mission qu'il avait reçue, disait-il, au grand
{profit d'Athènes : celle de chercher pour lui-même et pour es autres la sagesse. Évidemment Socrate trouvait, comme le dit Xénophon, qu'en finissant ainsi, il mourrait à propos.
283 voix contre 278 le déclarèrent coupable. Que deux voix se fussent déplacées, et il était acquitté. Mais il n'avait pas convenu à celui qui avait élevé si haut la dignité mo* raie de Thomme, de s'abaisser aux moyens employés par les accusés ordinaires pour gagner leurs juges. Il voulait que sa mort fût la sanction de ses doctrines; et, dans sa défense, c'était moins à ses juges qu'à la postérité qu'il avait parlé.
Il restait à statuer sur la peine; Mélétos proposa la mort ; Socrate dit: c Athéniens, pour m'étre consacré tout entier au service de ma patrie, en travaillant sans relftche à rendre mes concitoyens vertueux, pour avoir négligé, dans cette vue, affaires domestiques, emplois, dignités, je me condamne à être nourri le reste de mes jours dans le Prytanée, aux dépens de la république. » 80 juges, que tant de fierté blessa, se réunirent aux 281 et votèrent la mort.
Il demeura trente jours en prison en attendant le retour