LÈS TEMPS PRIMITIFS ET L'AGE HÉROÏQUE
TEMPS iPltmiTIFS OU HISTOIRE LEGENDAIRE.
Pélasges (2200-1600) ;CoIoiisorientaux (1600-1300) etfiellônes (1400-1300). Récits mythologiques des temps héroïques : Cécrops (1580?) ; Cadmus (1314?); Danaûs, Pélops (1284?). — Prométhée, Deucalion (1434?); Bellérophon, Persée, Hercule (1262-1210?); Thésée. — Autres personnages célèbres des temps héroïques; QSdipe. — Guerre de Thèbes (1214 et 1197 ?); les Argonautes (1226?); Guerre de Troie (1193-1184?); Homère. — Retour des Héraclides ou conquête du Péloponnèse par les Doriens(1104?).
%em PéUMge« (ttOé-tIMNI) ) eolons orientaux (IHO^-ISOO)
et ttellènes (ftâ«»0-lttOO)«
Les premiers habitants de la Grèce semblent avoir été les Pélasges j race aujourd'hui disparue, mais qui aurait couvert l'Asie Mineure, la Grèce et Tltalie, et à laquelle on rapporte des monuments d'une construction particulière que les générations postérieures attribuèrent à une race de géants , les Cyclopes, Ce sont d'énormes quartiers de roc, souvent bruts, quelquefois taillés, mais toujours placés les uns sur les autres sans ciment. Tels sont les^murs de Tirynthe bâtis de pierres dont deux chevaux attelés ne pourraient ébranler la plus petite. Les Pélasges paraissent avoir fondé les plus anciennes villes de la Grèce, Mycènes, Tirynthe, Argos, Sicyône, Orchomène ; et ils commencèrent à en défricher le sol.
Suivant d'anciens récits, des étrangers partis des bords du
Nil et de là Phënicie auraient apporté en Grèce la connaissance des arts utiles, Gécrops dans TAttique, Cadmus à Thèbes, Danaûs à Argos.
On a très-légitimement révoqué en doute rorigiiie orientale de ces personiiages ; mais on ne peut nier que les nations plus civilisées de l'Egypte "et cle l'Asie occidentale ii'aient contribué pour beaucoup au développeinent de li société en Grèce. Ainsi là forme des plus anciennes lettres grecques reproduit celle des caractères Phéniciens; le système métrique des Grecs était le même que celui de Babylone et l'on trouve un lien de parenté entre les sculpteurs d'Assyrie et ceux d'Égine.
Les Hellènes, peuplade guerrière établie dans la Thessa- UOy et probablement de même sàDg que les Pélasges, se répandirent, à partir du seizième siècle avant notre ère. dans les autres parties de la Grèce. Ils paraissent avoir été oivisés eu quatre tribus principales : .
Les AchéenSy qui eurent d'abord la plus brillante fortune et dominèrent dans le Péloponnèse: Agamemnon et Ménélas furent leurs ^"^^ipaux chefs;
Les ÈolibnSy qui peuplèrent le centre et l'ouest de la Grèce : Achille, Podalire, Machaon, Philoctète, Ulysse, Nestor et Ajax, fils d'Oïlée, étaient de leur race;
Les Ioniens et les Boriens^ d'abord plus obscurs, mais qui se firent un nom immortel quand ils s'appelèrent les Athéniens et les Spartiates.
Ce que je viens d'exposer est k peu près tout ce que l'ijiistoire positive peut dire de ces temps reculés. Mais ces siècles, vides de faits authentiques, avaient été remplis, par la brillante imagination des Grecs, d'une foule de personnages, hommes ou dieux, dont la vie merveilleuse fut l'objet de légendes qui restèrent populaires jusqu'au dernier jour, de la Grèce, qui vivent à jamais dans des poèmes immortels, et dont souvent nos artistes s'inspirent encore. Il est donc nécessaire de connaître cette histoire légendaire faite par les prêtres, par les poètes, parle peuple lui-même, et qui recouvre certainement un fond historique, bien qu'on ne puisse le dégager.
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Les poètes grecs s'occupaient peu des Pélasges, perdus pour eux dans le lointain des siècles, mais ils en savaient déjà bien long sur les chefs de peuples qu'ils font venir de l'Orient, et avec lesquels conunence la période appelée les temps héroïques. Si Ton étend cette période de 1600 à 2000 avant Jésus- Christ, on y retrouvera les exploits de ceux que les Grecs appelaient les héros, l'expédition des Argonautes, les deux guerres de Thèbes et celle de Troie.
Béelffl mytbolofsiqDes des temps béroVqnes : Cécrops (IftSOf) Cadmiis (flSflAf); DanaUs, Pélops («t94f).
Cécrops (1580?) était, disait-on, un sage d'Egypte qui, chassé de Sais, sa patrie, par la guerre civile, vers 1580, vint avec quelques-uns des siens aborder dans l'Attique. Les habitants, sauvages encore , vivaient au fond des bois ; il les réunit en douze bourgades, leur enseigna à cultiver l'olivier et à extraire l'huile de ses fruits , à labourer la terre et à lui faire produire diverses espèces de grains. Pour mieux serrer les liens de la nouvelle société, il aurait institué les lois du mariage, les rites funéraires et le tribunal de r Aréopage, qui prévenait les violences par des sentences équitables. On le représentait moitié homme et moitié serpent, pour exprimer sa double patrie ou son rôle comme chef de deux peuples.
Europe, fille du roi-phénicien Ag^nor, ayant un jour disparu, ce prince fit partir son fils Cadmus pour la retrouver. Il voyagea longtemps et visita maints pays. Arrivé en Grèce (1314?), il consulta l'oracle de Delphes. « Ne cherche plus ta sœur, répondit Apollon, mais suis la première vache qui se trouvera sur ton chemin et fonde une ville au lieu où elle s'arrêtera. » Elle le conduisit en Béotie, auprès de la fontaine Arcios. Un dragon gardait ses eaux sacrées ; Cadmus le tua et sema ses dents sur la terre. Il en sortit des hommes armés qui aussitôt s'attaquèrent ; tous périrent, à l'exception de cinq, qui l'aidèrent à bâtir la Cadmée, et qui devinrent les chefs des cinq plus nobles maisons thébaines.
Cadmus eut plusieurs enfants : Penthée, qui fut mis en
pièces par les Bacchantes; Actéon, le rival de Diane à la chasse, qui, un jour, osa la regarder se baignant dans une fontaine, et fut, par la déesse irritée, changé en cerf, puis dévoré par ses propres chiens; enfin Sémélé, que Jupiter aima. Elle voulut voir le dieu dans Téclat de sa majesté, au milieu des éclairs et des tonnerres ; mais le feu céleste la consuma. L'enfant qu'elle portait dans son sein ne périt pas : Jupiter le prit et le plaça dans sa cuisse jusqu'au moment fixé pour sa naissance : c'était Bacchus. Lycos, Amphion, à la lyre harmonieuse, Laios et Œdipe sont nommés parmi les successeurs de Gadmus.
Danaiis, frère d'iin roi d'Egypte, vint, fuyant sa colère, s'étaJblir un peu plus tard à Argos. Il était célèbre par ses cinquante filles, les Danaïdes , qui, mariées le même jour, tuèrent, sur son ordre, leurs époux, et furent condamnées aux enfers à remplir éternellement un tonneau sans fond, une seule exceptée, parce qu'elle avait sauvé son mari.
Pélops était aussi fils de roi. Son père Tantale régnait dans la Phrygie. Recevant un jour les dieux à sa table, il veut éprouver leur puissance. Il immole son fils et leur en sert les membres. Jupiter voit le crime ; il précipite le coupable aux enfers, où Tantale, plongé dans un fleuve dont les ondes fuient ses lèvres brûlantes, ne parvient jamais à y satisfaire sa soif inextinguible, et souffre incessamment des déchirements d'une faim dévorante, sans que sa main puisse saisir les fruits suspendus au-dessus de sa tête.
GependantJupiter ranime Pélops. Mais une de ses épaules avait été mangée par Gérés, qui, absorbée dans la douleur que lui causait la perte de sa fille Proserpine ravie aux enfers par Pluton, n'avait point reconnu ce mets détestable. Jupiter donne au fils de Tantale une épaule d'ivoire dont le seul contact guérit tous les maux. Pélops vient en Grèce; en Élide, il veut obtenir Hippodamie, fille du roi Œnomaos. Treize prétendants ont déjà péri, car Œnomaos, averti par l'oracle que son gendre le tuera, défie à la course ceux qui prétendent à la main de sa fille ; il est sûr de les vaincre avec ses chevaux rapides, et il les tue après los avoir vaincus. Pélops gagne le cocher d'Œnomaos, qui ôte la clavette des
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souei^; le char ce renveri^p dans la. lice; ŒnoQiaos meuirt; Péiops ^iii succède. Seloii d'autres récits, Neptune lui avait àopné mu char d'or et des chevaux ailés (1284?).
Mais ce- favori des dieux a une abominable postérité : Thyeste, mii déshonore son frère ; Atrée qui renouvelle, en servant à Thyestp les membres de son fils, le festin de Tantale. Ag^meia;^oA e^ Ménélas sont ses petits-fils; Êgiste, fils de Tpyeste, égorge Àgamemnon; il tombe lui-même sou$ 1q5 ppups d*Oreste, qui frappe aussi sa mère Clytemnestrç.
Proméiliée, Deucallon (fl4S4?)) BelléropliOB, Percée^ .j^ercMl^ [f f^t-fttiO?), viié^ée.
Passons maintepant aux légendes des héros indigènes. Les Hellènes nommaient comme père de leur race le Titan Prométhée, fils de Japet ou d'Uranus, et le plus sage des dieux. C'est lui qui crée le premier homme, et qui, pour animer cet puvrage de ses mains, dérobe aux cieux une étincelle du feu ^théré. L'homme doué alors d'intelligence invente les arts, et une rq,ce dégradée devient la rivale des dieux. Jupiter s'en indigne ; il foudroie Prométhée, et l'enchaîne au sommet du Caucase, où un aigle lui déchire le foie incessainment ; mais le Titan vaincu espère encore et prédit la victoire : « Jupiter tombera, dit-il, du vieux trône des cieux, précipité par un géant indomptable qui trouvera un feu plus puissant que le feu de la foudre, des éclats plus retentissants que les éclats du tonnerre, et qui brisera dans la main de Neptune le Trident qui soulève l'Océan et fait bondir la terre. »
Un fils de Prométhée, Deucalion, $auv^ la race créée par spn père. H régnait dans la Thessalie, quand Jupiter, irrité Hes crimes des hommes, envoya im déluge qui fît périr toute Ift population. Il échappa seul au fléau, avec sa femme Pyrrha, dans un navire qu'il avait construit d'après les conseils de son père. Au bout de neuf jours, l'arche s'arrêta sur la cime du Parnasse. Lorsque les eaux se furent retirées, Deucalion -et Pyrrha consultèrent l'oracle de Delphes, qui leur commanda de jeter des pierres par-dessus leurs épaules. Le^ pierres jetées par Pyrrha se changèrent en femmes, celles
qu'ayait lancées Deucalion devinrent des hommes, et la Gr^cd put se repeupler (1434?).
Deucalion put pour fils Hellen, lequel engendra Doros, père des Éoliens, et Xuthos, qui engendra Ion et Achéos,les chefs des deux autres tribus helléniques.
Après Deucalion , les légendes que nous analysons repré- SîBntent les Hellènes comme une race particulièrement aimée des dieux. Aussi, combien ne voit-on pas de merveilles dans l'histoire que lui prêtent les poètes, et, dans son sein, combien de héros qui, par leur courage ou leurs vertus, s'élèvent Jusqu'au rang des immortels I II n'y a pas dans toute la Hellade de ville, de bourgade, si obscure qu'elle soit, qui n'ait ses traditions héroïques. Nous ne redirons que les plus célèbres.
Bellérophon était le petit-fils de Sisyphe, le plus avisé des mortels. Prœtos, roi de Tirynthe, croyant avoir une injure k venger, voulut le tuer, mais n'osa le frapper lui- même, parce qu'il était son hôte. Il l'envoya auprès de son be^upère lobate, roi de Lycie, avec un message secret où il recommandait à ce prince de se défaire de Bellérophon. Le roi reçut magnifiquement l'étranger. Pendant neuf jours il lui donna des festins, et, chaque matin, il immola aux dieux un taureau pour les remercier de sa bienvenue. Le dixième seulement il lui demanda son message ; après en avoir pris con- ;iaissauce, il lui ordonna d'aller tuer la Chimère, monstre qui avait la tête d'un lion, la queue d'un dragon, le corps d'une chèvre, et dont la gueule béante lançait des tourbillons 4e flammes. Le héros tua le monstre avec l'aide de MineiTe, qui lui donna le cheval ailé Pégase. lobate lui commanda ensuite de combattre les Solymes et les Amazones; il les vainquit encore. Désespérant de réussir par la force ouverte, le roi mit en embuscade les plus braves de son peuple. Pas un de ses guerriers ne revit depuis sa demeure. Alors lobate reconnut le favori des dieux et lui donna sa fille en mariage. Mais un jour le héros voulut, monté sur Pégase, escalader l'Olympe, et se laissa choir. Son cprps fut brisé", et son coursier divin alla former une constellation parmi les étoiles.
Acrisios, roi des Argiens, et, comme Prœtos, descendant
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de Danaûs, avait une fille , Danaé, qîie Jupiter aima et qui eut elle-même un fils, Persée. Un oracle avait prédit à Acrisios qu'il serait privé de la couronne et de la vie par son petit-fils. Dès qu'il apprit sa naissance, il Tenferma avec sa mère dans un coffre qu'il jeta au milieu des flots. Les vagues le portèrent sur Tile de Sériphos. Le roi de ce pays délivra Persée de sa prison flottante. Il grandit vite en force et en courage ; sa première entreprise fut dirigée contre ïes Gorgones, qui portaient des serpents entrelacés dans leur chevelure et changeaient en pierre tout ce qu'elles regardaient. Mais Plu ton donna au jeune héros un casque qui le rendit invisible, Minerve lui céda son bouclier, Mercure ses ailes et une épée de diamant. Persée surprit les Gorgones endormies et coupa la tête de Méduse. Du sang de la Gorgone naquit Pégase dont Persée s'empara. Atlas, roi de Mauritanie, lui refusant l'hospitalité, il lui présenta la tête de Méduse qui le changea en montagne. Sur la côte de Palestine, il délivra Andromède, exposée à un monstre marin, et Tépousa, mais Phinée, oncle de la princesse, vint troubler avec ses partisans le festin nuptial; la tête de la Gorgone les pétrifia. Le roi de Sériphos, qui voulait contraindre Danaé à le prendre pour époux, eut le même sort.
Après ce dernier exploit, le héros rendit aux dieux les armes qu'il en avait reçues et attacha sur l'égide de Minerve la tête de Méduse. De retour dans la Grèce, il tua, un jour qu'il s'exerçait aux jeux, son aïeul d'un coup de disque lancé au hasard. Pour ne pas profiter de ce meurtre involontaire , il quitta Argos, fonda Mycènes, dont il fit bâtir les murs par les Gyclopes. Après un long règne, il y mourut de la main du fils d'Acrisios, qui vengea sur lui son père.
Hercule, qu'on disait fils de Jupiter, avait eu pour mère une mortelle, Alcmène, reine de Tirynthe (1262?). Junon, irritée de sa naissance, envoya deux serpents pour le tuer dans son berceau : l'enfant les saisit et les étouffa de ses puissantes mains. La déesse, adoucie par les prières de Pallas, consentit à lui donner le sein pour le rendre immortel; mais il la mordit si fort, que le lait jaillit jusqu'à la voûte céleste, où il forma la voie lactée. L'enfance d'Hercule
se passa an milieu des rudes exercices des pâtres du Cithëron. C'est là que lui apparurent Vénus et Minerve, la Volupté et la Vertu. Chacune plaida sa cause et tenta de Tentraîner. Hercule se décida pour Minerve et commença aussitôt ses glorieux travaux.
Il délivra les campagnes de Thespies d'un lion énorme qui les ravageait; il affranchit Thèbes du joug des Orchoméniens, et, fermant les issues du lac Gopaïs, il changea la plaine d'Orchomène en im vaste marais. Jupiter s'aida de son bras contre les Titans qui voulaient escalader le ciel; il n'en laissa pas moins son fils soumis aux capricieuses volontés d'Eurystée, roi d'Argos et de My cènes, soit en accomplissement d'un serment imprudenament fait par le dieu, soit en expiation d'un meurtre commis par le héros. Hercule tua le lion de Némée, l'hydre de Lem^ dont les têtes repoussaient, si on ne les coupait que l'une après l'autre ; le sanglier d'Erymanthe, les oiseaux gigantesques du lac Stymphale et le taureau de la Crète. H saisit à la course, après ravoir poursuivie toute une année, la biche aux pieds d'airain; nettoya les étables d'Augias en y détournant l'Alphée; fit manger par ses propres chevaux le roi thrace Diomède, qui les nourrissait de chair humaine ; ravit les pommes d'or du jardin des Hespérides, malgré le dragon qui les gardait; tua le triple Géryon, et enchaîna Cerbère pour délivrer Thésée retenu chez JPluton.
Ce furent là ses douze travaux; mais il en accomplit bien d'autres dans ses longs voyages à travers l'Asie, l'Afrique et l'Europe. H délivra Hésione du monstre qui était prêt ài la dévorer, prit Troie, tua, sur les bords du Tibre, le brigand Cacus, et, en Afrique, Antée qu'il étouffa en l'enlevant dans ses bras puissants, car il avait vu, chaque fois qu'il le terrassait, le géant retrouver de nouvelles forces en touchant la Terre, sa mère. H extermina les Centaures, délivra Alceste des mains de la Mort, et Prométhée de l'aigle qui lui rongeait le foie; il aida Atlas à porter le ciel, et ouvrit le détroit que forment les colonnes d'Hercule. Exilé pour un meurtre, il fut vendu trois talents en Lydie par Mercure, et fila aux pieds d'Omphale. De retour en Grèce, il secourut les Doriens
contï-e les Lapithes, s'empara des États d^Amyntor, un chef des Dolopes, et tua le roi d'Œchalie avec tous ses enfants, à rexception de la jeune lole.
A la vue d'Iole, Déjanire, femme d'Hercule, comprit qu'elle allait perdre son affection ; pour la retenir, elle envoya à son époux, suivant le perfide conseil de Nessus, une tunique teinte du sang du centaure et empreinte du venin de rhydre de Leme. Dès que le héros s'en fut revêtu, un feu secret et terrible dévora tout son corps. Il veut l'arracher, sa chair tombe en lambeaux ; vaincu par le mal, il se fait dresser un bûcher au sommet de l'Œta et y monte après avoir confié ses flèches à Phiîoctète. C'était la dernière épreuve. Les dieux reçoivent dans l'Olympe le héros purifié par la douleur, et lui donnent la jeune Hébé pour sa compagne immortelle (1210?)
Thésée, le compagnon d'Hercule, est fils d'Egée ou de Neptune. H naquit à Trézène. Egée avait placé son épée et sa chaussure sous uiie énorme pierre. A seize ans, Thésée se trouva assez fort pour l'enlever; mais il ne voulut se montrer à Athènes qu'après s'être rendu digne du trône par ses exploits. Des brigands infestaient l'Argolide, l'isthme de Corinthe et l'Attique : Sinnis, qui attachait les étrangers tombés entre ses mains à deux pms courbés en sens contraire, puis laissait les arbres se redresser, et déchirer ses victimes ; Sciron, qui les précipitait du haut dei? rochers dans la mer ; Gercyon, qui les forçait de lutter avec lui, et ensuite les égorgeait; Procuste, qui les étendait sur un lit de fer, coupant les extrémités à ceux qui en dépassaient la mesure^ allongeant avec des courroies ceux dont les membres étaient trop courts. Thésée les tua, arriva enfin à Athènes, et se fit reconnaître de son père, malgré Medée, princesse de Golchide, qui, répudiée par Jason, s'était réfugiée dans la ville de Minerve sur un char qu'emportaient des serpents ailés.
Dans l'Attique même, le héros trouva à montrer sa force et son courage; il* vainquit les Pallantides, qui voulaient dépouiller son père, et prit vivant le taureau qui désolait les plaines de Marathon. Athènes payait à la Crète un tribut de sept jeunes fiUes et de sept jeunes garçons que le Minotaure
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dévorait : Thésée s'offrit à être du nombre des victimes. La fille du roi du pays, Ariane, lui donna un fil à 1 aide duquel il pénétra, sans se perdre, dans le labyrinthe de Dédale. Il tua le monstre, et revint avec Ariane, qu'il abandonna dans Tile de Naxos. Il avait oublié d'ôter les voiles noires que sou navire portait au départ ; Egée, k la vue de ce signe de deuil, crut son fils mort, et se précipita dans la mer qui lui dut soii nom. Thésée hérita de son pouvoir, et donna de sages lois à TAttique.
Mais le goût des aventures le rejeta bientôt dans la vi5 errante ; il prit part à la chasse du sanglier de Galydon et à la conquête de la toison d'or ; il combattit les Amazones sur les bords du Thermodon, ravit Hélène, et voulut aider sok ami Pirithoûs à arracher Proserpine aux enfers. Mais Pirithoûs fut, mis en pièces par Cerbère, et Thésée, retenu dans le Tartâre, ne fut délivré que par Hercule. Rentré dans Athènes, après deux ans d'absence, il reçut les plaintes de Phèdre contre Hippolyte, et prononça sur son fils innocent des malédictions que Neptune entendit : un monstre marin, sorti des flots, effraya les coursiers du jeune prince, qui, renversé de son char et embarrassé dans les rênes, expira, déchiré par les rocs où ses chevaux furieux le traînaient. Dès lors tout se tourne contre Thésée. Malgré ses services, le héros perd l'amour du peuple. Les Athéniens le chassent, une tempête le repousse de la Crète sur l'île de Scyros, et le roi de cette île le fait périr par trahison. Cimon rapporta plus tard ses cendres ; les Athéniens l'honorèrent comme im demi-dieu.
Autre* peraonnag^e» célèbres de« temps héroïques | osdlpe.
Si Ton voulait connaître tous les personnages de cette époque célébrés par les poètes, il faudrait nommer encore le Cretois Minos, puissant roi, qui mérita par sa justice d'être aux enfers le juge de tous les hommes; Tyndare et sa femme Léda, qui fut aimée de Jupiter et donna le jour à Castor et à Pollux ; Hélène et Clytemnestre, beautés fatales et filles aussi de Léda; Sisyphe, roi de Corinthe, qui en-
chaîna la Mort et trompa Pluton en s'obstinant à vivre une seconde fois, qnand le dieu Ini eut imprudemment permis , de sortir des enfers et de revenir pour quelques jours sur la terre; Mélampos, qui comprenait le chant des oiseaux; Méléagre, qui tua le sanglier de Galydon ; le centaure Chiron, le précepteur d'Achille, qui connaissait tous les simples des montagnes, et savait lire dans les étoiles la destinée des honmies ; Alceste, qui se dévoua à la mort pour son époux, et Atalante, la hardie chasseresse, qui devançait à la course )es plus rapides des Grrecs et les tuait après les avoir vaincus. Elle fut cependant vaincue elle-même par Hippomène, qui, pour ralentir la course de la viei^e indomptable, jeta successivement devant elle trois pommes d'or du jardin des Hespérides que Vénus lui avait données.
Un roi thébain, Laios, effrayé par des oracles sinistres, avait fait exposer son fils Œdipe sur le mont Cithéron. Des pâtres recueillent Tenfant et le portent à Gorinthe, où le roi Polybe, dont l'hymen a été stérile, Tadopte et Télève, comme s'il était né dans sa maison. Arrivé à Tâge d'homme, Œdipe apprend qu'il doit être fatal à tous les siens. Il veut fuir sa destipée ; il s'éloigne en toute hâte de Gorinthe et de ceux dont il se croit le fils. Dans les montagnes de la Béotie, il rencontre un vieillard qui, d'une voix impérieuse, veut l'écarter de sa route. Une querelle s'engage, et le vieillard tombe mortellement blessé.
Œdipe arrive à Thèbes. Un monstre, tête et poitrine de jeune fille, corps de lion, ailes d*aigle avec ses puissantes serres, le Sphinx, est aux portes de la ville, proposant aux passants d'indéchiffrables énigmes, et mettant en pièces ceux qui ne peuvent les deviner. Gréon a promis la main de sa sœur Jocaste, veuve de Laios, et le trône de Thèbes à celui qui débarrasserait la cité de ce terrible voisinage. Œdipe tente l'aventure. « Quel est, lui dit le Sphinx, l'animal qui, le matin, marche avec quatre pieds, au milieu du jour avec deux, le soir avec trois? — L'homme, répond Œdipe, qui, enfant, se traîne sur les mains et les pieds, qui, au milieu de la vie , marche droit , et dans sa vieillesse appuie d'un bâton ses pas chancelants. » Le monstre, vaincu, se précipite
du hant des rochers et meurt. Œdipe épouse Jocaste ; il devient roi de Thèbes et est ainsi le meurtrier de son père, l'époux de sa mère, le frère de ses enfants.
Les Grecs, ne pouvant s'expliquer qu'on vît parfois, sur la terre^ le vice ou le crime triomphant, avaient imaginé , pour s'en rendre compte, de plac3r au-dessus de tous les dieux le Destin, qu'ils appelaient aussi la Fatalité, et dont les décrets, même injustes , s'accomplissaient toujours. Œdipe avait été l'instrument innocent de cette divinité aveugle et implacable ; il allait en êire la victime.
Une peste, en effet, survient, qui décime la ville de Thèbes. Œdipe cherche, en consultant les dieux, à savoir quel est le moyen d'apaiser leur colère et de sauver son peuple. Il apprend avec épouvante que les Thébains sont ainsi punis À cause de ses crimes, qu^iî connaît alors pour la première fois. Jocaste ne veut pas survivre à l'horrible révélation ; elle s'étrangle , et celui qui est à la fois son fils et son époux se condamne lui-même à perdre la lumière. Il s'arrache les yeux, puis abandonne ce palais souillé.
Accompagné de sa fille Antigène qui guidait pieusement ses pas, Û erra longten;ips en maint pays, objet d'effroi pour lous ceux qui le rencontraient et partout repoussé dès qu'il était reconnu. Il arriva enfin, après de longues misères, à Golone, près d'Athènes, « la seule ville, dit le poète, qui soit secourable à l'étranger. »
L'oracle lui avait annoncé qu'il ne trouverait de repos qu'auprès des Euménides, les déesses des vengeances divines. A Golone était un bois qui leur avait été consacré. Œdipe pénétra, malgré les larmes de sa fille, dans l'enceinte redoutable ; aussitôt la foudre éclata et il disparut.
«aerre dexhèbe» (ttt4V et tM9?) j le« Argontvaiem (ttt#?)} guerre de Troie (ltfra-tt84?} $ Homère.
Cependant ses deux fils Étéocle et Polynice se disputaient son trône : le dernier, chassé par son frère, se retira auprès d'Adraste , roi d'Argos , qui lui donna une de ses filles en mariage et le ramena sous les murs de Thèbes , avec une
ann^e commandée par cinq antres chefs illustres (1214?). Ménécée , fils de Créon , sauva la ville en se livrant volontairement à la mort , pour offrir à Mars le sang royal que le devin Tirésias demandait en son nom. To;is les chefs périrent à Texception d'Adraste ; il échappa aux Thébains victorieux , grâce à son coursier Arion , que Neptune avait fait sortir de la terre d*nn coup de son trident. Gapanée , un d'entre eux, avait osé braver Jupiter, et le dieu l'avait frappé de la foudre ; sa femme Evadné , pour ne pas lui sumvre, se jeta sur le bûcher où Ton brûlait le corps de son époux.
Étéocle et Polynice s'étaient tués en combat singulier; la couronne resta à leur oncle Créon , qui défendit de donner la sépulture aux morts. Jja pieuse Antigène osa enfreindre cet ordre barbare, le tyran la fit mourir; mais Thésée, gardien et vengeur des lois morales , lui déclara la guerre et le tua. Plus tard, les fils des sept chefs , les ÉpigoneSy marchère^t contre Thèbes (1197?) et la prirent après de sanglants combats. Laodamas, fils d'Étéocle, fut tué ou s'enfuit en Thessalie avec une partie des Thébains, et Thersandre, fils de Polynice, régna sur Thèbes désolée.
Le devin Tirésias , qui avait prédit ces épouvantables catastrophes, meurt' quand elles sont accomplies. Il avait vécu sept âges d'homme.
La renommée avait répandu au loin le bruit que Éétès, roi de Golchide, avait d'immenses richesses, ce que l'on exprimait en disant qu'il possédait une toison d'or, consacrée à Mars, et gardée par un dragon : c'était la dépouille d'un bélier que Jupiter avait donné à Phryxos et à Hellé , pour fuir la colère de leur père Athamas. En passant, montée sur ce bélier mer< veUleux , le détroit qui sépare l'Europe de l'Asie , Hellé se laissa choir dans la mer qui garda son nom (Hellespont). Phryxos parvint en Golchide, immola le bélier à Jupiter et en donna la toison au roi du pays. Elle devint comme le palladium de la Golchide , le gage de sa richesse et de sa grandeur.
Jason , fils du roi d'Iolchos , Éson , que son frère Pélias avait privé du trône, se proposa de reconquérir la précieuse
toison. Il copsfruisit le navire Argo, dont le mât, fait d'un chêne de 1^^ forêt de Podone, rendait lui-même des oracles. Cinquante guerrier^ le montèrent ; }es plus illustres furent Hercule, qui abandonnj^ l'expédition après avoir délivré , sur les côtes de la Mysie, ^ésione du monstre marin qui Fallait dévorer ; T^xésép, Pirithoûs, les deux frères Castor et PoUux, Rléléagre , Pé]ée , le poëte Qrptiée qui par ses chants aimés dçs dieux bannissait la discorde, et le médecin Escu^ape , fils 4' Apollon, à qui nul ipal ne pouvait résister.
Après maintes aventures, Jason arrive en Colchide et gftgne l'affection de la filjp du roi, Médée, puissante ma^cienp^. Elle lui révèle tous les périls qui l'attendent, mais lui ei^seigne les moyen? d'en triompher. Aidé de son art redoutable, il saisit et dompte sans peine deux taureî^ux aux pied? et aux cprnes d'airain , qui vomissent des flammes ; il les attelje à une charrue de fiis^mant, et laboure quatre arpents de terre consacrés à Mars. Des dents d'un dragon qu'il sème naissent des hommes armés qui l'attaquent; mais il jette upe pierrç au milieu d'eux et ils tournent leurs armes contre eux-mêmes. Jason s'approche alors du monstre qui gardait la toison d'or; il ^'endort à l'aide d'un breuvage magique, le tue et ravit le trésor.
Médée le suit sur son navire ; mais , pour échapper à l'ardente poursuite d'Eétès , les Argonautes prennent une roule nouvelle, ils remontent par le Phase jusqu'au fleuve Océan, qui enveloppe, comme un anneau inamense , le disque de la terre, côtoient les rivages de l'Orient, et par le Nil rentrent dans la Méditerranée.
D'autres récits conduisaient les hardis navigateurs au nord çit k l'ouest, dans la région fortunée où les Macrobiens vivaient douze mille siècles sans infirmités, dans celles des Cimmériens , qu'enveloppaient des ténèbres étemelles , enfin dans la mer de Glace et dans l'Océan occidental jusqu'aux colonnes 4*Hercule. Les géographes, qui s'effprcèrent plus tard de rapprocher la légende de l'histoire, leur faisaient seulement remonter le Danube, d'où, en traînant leur navire , ils passent dans l'Adriatique , puis dans le fleuve Éridan (le Pô), dans le Rhône et la mer de Toscane. Circé, l'enchanteresse
â4 CHAPITRE H.
si fatale, dans la suite, aux compagnons d'Ulysse , secourt au contraire ceux de Jason; les Néréides soulèvent de leurs mains le vaisseau pour lui faire traverser le dangereux détroll de Gharybde et de Scylla. Des Sirènes les appellent de leurs voix harmonieuses. Mais Orphée détruit l'enchantement fatal par les accords de sa lyre. Une tempête les jette sur les côtes de l'Afrique, ils visitent le jardin des Hespérides, dont Hercule vient d'enlever les pommes d'or, traversent encore la mer de Crète et rentrent enfin dans la Grèce que Médée épouvante de ses fureurs.
Durant le voyage, près d'être atteinte par son frère , elle l'avait livré aux coups de Jason , puis mettant son corps en pièces, elle avait semé les chairs livides et les ossements brisés le long de la route que suivait son père, pour arrêter sa poursuite. A lolchos, elle rajeunit par son art le vieil Éson et fait déchirer Pélias par ses filles en leur promettant que ses membres, mêlés dans une chaudière bouillante à des herbes magiques, retrouveront une vie nouvelle.
Cependant Jason la délaisse ; alors elle égorge ses propres entants, donne à sa rivale une tunique empoisonnée, et, s'élevaut dans les airs, sur un char traîné par des dragons ailés, se réfugie dans l'Attique où elle devient l'épouse d'Egée.
L'événement des temps primitifs de la Grèce qui laissa les plus longs souvenirs dans la mémoire des honmies, et exerça sur l'art et la poésie la plus durable influence , fut la guerre de Troie. Cet événement est certainement historique ; quelques-unes des circonstances qu'on y rattache ont même un degré de certitude plus grand qu'aucun des faits de l'expédition des Argonautes, par exemple ; mais la poésie a recouvert tous ces incidents de détails merveilleux que le génie d'Homère a pour jamais consacrés dans son Iliade,
De l'ensemble des traditions il résulte qu'un puissant royaume s'élevait en face de la Grèce, sur les côtes opposées de la mer Egée. Une partie de l'Asie Mineure appartenait à ses princes , et les peuples indépendants de cette péninsule étaient ses alliés. Priam y régnait alors, et Troie ou Ilion, sa capitale, bâtie au pied du mont Ida, était célèbre par la force de ses murailles, par les richesses de ses habitants. Des
outrages mutuels avaient excité la haine des deux peuples. Dne dernière insulte les arma l'un contre Tautre. Paris, fils de Priam, ravit Hélène, femme de Ménélas. Ce prince entraîna aisément la Grèce entière dans sa querelle. De la Crète à la Macédoine, tous les chefs s'armèrent; et 1186 vaisseaux, partis du port d'Aulis, portèrent en Asie plus de 100000 guerriers. Priam put avec peine leur opposer une armée égale, bien qu'il lui fût venu des secours de la Thrace, de la Macédoine et jusque de TÉthiopie.
Les Grecs avaient pour chefs TAtride Agamemnon, roi de Mycènes, de Gorinthe et de Sicyone. Après lui venaient son frère Ménélas, roi de Sparte, répoux outragé d'Hélène; Achille et son ami Patrocle, à la tête des Myrmidons; Diomède; les deux Ajax, Tun roi des Locriens, l'autre roi de Calamine, et après Achille, le plus beau et le plus brave des Grecs; le sage Nestor; Ulysse, le rusé roi dîthaque; Philoctète, qui possédait les flèches d'Hercule; TÉtolien Thersite, aussi lâche qu'insolent railleur. Parmi les Troyens, le vaillant Hector éclipsait tous les chefs; £née ne venait qu'après lui.
Le premier des Grecs qui mettrait le pied sur le sol troyen devait périr; les dieux l'avaient ainsi décidé. Protésilas, pour faire cesser l'indécision des chefs, se jeta le premier au rivage. Le destin s'accomplit : il tomba sous les coups d'Hector. Cependant les Grecs débarqués gagnèrent une bataille qui leur permit de se construire un camp retranché qu'une partie de leurs troupes garda, tandis que le reste alla piller les villes du voisinage ou cultiver la Ghersonèse pour fournir des vivres à l'armée.
Cette division des forces grecques et les querelles qui plus d'une fois éclatèrent, surtout celle d'AchiUe et d'Agamem.^ non, permirent aux Troyens de faire une longue résistance. Leurs ennemis restèrent dix années en face des murs de . l'imprenable cité. Mais la mort de Patrocle, l'ami d'Achille, qui tomba sous les coups d'Hector, fit oublier son ressentiment. Pour venger son ami, il reparut dans les combats, revêtu des armes divines que Thétis, sa mère, avait obtenues de Vulcain. Une foule de Troyens, Hector lui-même^
périrent frappés de sa lance. Avec Hector, Troie avait perdu son plus ferme boulevard; inais, secourue par fenthésilée, reine des Amazones, et par TÉlhiopien Memnon, elle résista encore. Achille, à son tour, tomba, percé au talon d'une flèche, partie de Tî^rc de Paris, mais qu'Apollon avait dirigée. Ajax et Ulysse se disputèrent ses aï-mes; l'assemblée des Gtecs les adjugea au second; Ajax, furieux et désespéré, se jeta sur son épée.
Cependant Troie ne pouvait être prise si une statue, le Palladium, jadis donnée par Jupiter lui-même à Dardanos, ne lui était enlevée, et si Philoctète, le possesseur dps flèches d'Hercule, n'était apaené au camp des Grecs. Le héros, t)lessé au pied par une de ses flèches, dont la pointe avait été trempée dans le sang de l'hydre de Leme, avait été abandonné par les Grecs dans l'île de Lemnos à cause de l'insupportable odeur qui s'exhalait de sa blessure. Pyrrhus, fils d'Achille, vainquit sa résistance. Machaon le guérit, et Paris tomba sous line de ces flèches qui jamais n'avaient manqué leur but.
Mais le Palladium était enfermé dans la citadelle même de la ville, et les Trpyens, pour qu'an ne pût le ravir, en avaient fait plusieurs images semblables. Ulysse, déguisé en mendiait, pénétra dans la cité, et, malgré tous Ips obstacles, rapporta au camp des Grecs la statue fatale. Troie pourtant ne succomba qu'à la ruse. Les chefs, cachés dans les laides flancs d'un cheval de bois, perfiae offrande qu'ils avaient laissée en faisant embarquer leurs soldats, fufen^ avec lui introduits dans la place par les Troyens eux-mêmeç, malgré les sinistres prévisions de Laocoon. Les dieux, résolus à perdre Troie, avaient puni la patriotique prudence du vieillard, en envoyant contre lui deux serpents qui l'étouffèrent, avec ses deux fils, de leurs replis tortueux, au pied même des autels où il sacrifiait. La nuit suivante, les cent chefs enfermés dans les flancs du colosse en sortirent pouf ouvrir les portes à leurs compagnons, revenus en toute hâte ; Troie fut détruite, Priam égorgé, Hécube et ses filles emmenées en captivité; une d'elles, Polyxène, immolée sur le tombeau d'Achille; Andromaque, la veuve d'Hector, donnée
à Pyrrhus, et Cassandre, autre fille de Priam, à Agamemnon. Énée, fils d'Anchise, et Anténor échappèrent seuls au carnage ou à la captivité (1184)*.
Mais de terribles expiations attendaient les vainqueurs. Ulysse erra dix ans sur les flots avant de revoir son île d'Ithaque. Ménélas fut, pendant huit années, battu par les tempêtes. Agamemnon périt assassiné par Égisthe et par Clytemnestre. Diomède, menacé k Argos d'un sort pareil, s'enfuit en Italie. Poursuivi par la venge^gice de Minerve, Ajax, fils d'Oïlée, eut son vaisseau brisé H s'était réfugié sur un rocher et s'écriait : « J'échapperai malgré les dieux. » Neptune fendit le roc d'un coup de son trident et précipita le blasphémateur dans l'abîme. Teucer, repoussé par la malédiction paternelle, pour n'avoir pas vengé la mort d'Ajax, son frère, alla fonder dans Chypre une nouvelle Salamine.
La tradition conduisait encore Philoctète, Idoménée et Epéos sur les côtes de l'Italie, qui offrit aussi un asile au Troyen Anténor et au fils d'Anchise, Ênée, que les Romains regardèrent ensuite comme le père de leur race. Les poètes avaient chanté }es ei^ploits et les malheurs des héros; ces récits formaient deux cycles épiques, dont il ne reste plus que» Ylliade et VOdyssée^ attribuées à Homère. Jj Iliade^ où Ton voit les dieux de l'Olympe mêlés aux combats des )iommes, ne fait pas l'histoire ^e toute la guerre de Troie; elle chante seuleipent la colère d'Achille, la mort de Pairocle et celle d'Hector, son vainqueur. U Odyssée yaconte avec un charme infini les longues aventures d'Ulysse à la recherche de son Ithaque, la constance de Pénélope et la mort des prétendants. Homère vivait probablement au dixième siècle avant notre ère. îSept villes, surtout Smyme et Ghios, se disputaient l'honneur de lui avoir donné le jour. On 1q représente comme avemgle, errant à travers les cités, et récitant sur les places des fragments de ses poèmes. Les rapsodes les recueillirent de sa bouche et, comme lui, parcoururent
1. Cette date est seulement la moins improbable de toutes celles qu'on donne pour cette guerre.
tous les pays où la laûgue grecque était parlée, en chantant les exploits des héros devant Troie, ou les malheurs du fils de Laêrte. Ces fragments, ainsi transmis de génération en génération, furent enfin réunis par Pisistrate.
Avec la guerre de Troie se termine la période dite des temps héroïques, que la poésie a remplie des fahles qu'on vient de lire. Mais l'histoire ne nous apporte pas encore ses récits certains, de sorte que nous avons à traverser plusieurs siècles, où Ton rencontre seulement de loin en loin un fait authentique. Ce n'est guère qu'à partir de Tan 600 avant notre ère que les Grecs ont des annales suivies et certaines. Avant celte époque, on ne peut afOrmer qu'un petit nombre d'événements, tels que la conquête du Péloponnèse par les Doriens', les émigrations en Asie Mineure, la législation de Lycurgue et les guerres de Messénie; celles-ci même étaient encore mêlées d'épisodes merveilleux.
Dans les quatre-vingts années qui suivirent la guerre de Troie, il y eut de grandes commotions en Grèce. Plusieurs peuples y changèrent une dernière fois de demeure. Ainsi, desÉpirotes envahirent l'Hœmonie, à laquelle ils donnèrent le nom d'un de leurs chefs, Thessalie; et des Hœmeniens chassés par cette irruption se rejetèrent sur la Béotie, dont une partie de la population, des Èoliens, émigra sur les côtes de l'Asie Mineure. Cette conquête de la Thessalie par les Épirotes fut fatale au pays. Les vainqueurs, au lieu de s'associer les indigènes, en firent une classe de serfs attachés au sol, tandis qu'eux-mêmes restaient une aristocratie militaire, régnant en maîtres sur les vaincus, éternisant à leur profit les suites de la victoire. Mais aussi le soin de veiller à leur sûreté, sans cesse menacée par cette population asservie, les détourna des travaux pacifiques, et la Thessalie ne fit rien pour la civilisation grecque.
Betonr de« Iléraeltde« on conquête du Péloponnèse
par le« Doriens (tl«4?}.
Un mouvement plus important encore se préparait, le retour des Héraclides. Les légendes grecques racontent que
Hercule avait été soumis, par Tordre de Jupiter, à Euryslhée, usurpateur du royaume de Mycènes, qui lui avait imposé les douze travaux, et qui après sa mort persécuta ses enfants. Chassés par lui du Péloponnèse, les descendants d'Hercule s'étaient retirés dans TAttique auprès de Thésée, le compagnon du héros. Sur le refus de ce prince de lui livrer les fugitifs, Eurysthée avait envahi TAttique; mais son armée avait été détruite et lui-même atteint, au milieu de Tisthme de Corinthe, par Hyllos, fils aîné d'Hercule, était tombé sous ses coups. Le passage de Tisthme forcé, les Héraclides s'étaient répandus , victorieux, dans la péninsule, quand une peste terrible les décima; Toracle consulté répondit qu'ils étaient rentrés dans le Péloponnèse avant l'époque fixée par les destins.
Suivant une autre tradition , une nombreuse armée d'Ioniens, d'Achéens, d'Arcadiens leur aurait barré le passage. Hyllos proposa de décider la querelle par un combat singulier, à condition que les Héraclides s'éloigneraient pendant trois générations s'il était vaincu. H fut tué ; ses compagnons retournèrent dans l'Attique, tandis que le Pélopide Atrée, oncle d'Eurysthée, succédait à son neveu sur le trône de Mycènes. De nouveaux efforts tentés par eux ne firent qu'accroître la puissance des Pélopides, autour desquels plusieurs peuples du Péloponnèse vinrent se ranger pour défendre l'entrée de la presqu'île contre ceux qui se présentaient en conquérants. Aux trônes de Mycènes et de Tirynthe les Pélopides joignirent celui de Sparte, quand Ménélas épousa la fille et l'héritière de Tyndare, la belle Hélène. Corinthe aussi reconnaissait leurs lois, de même que Sicyôue et sept villes des environs de Pylos. Les Héraclides, désespérant alors de réussir, quittèrent l'Attique, où d'ailleurs Thésée ne régnait plus, et se retirèrent parmi les Doriens, qui, en souvenir des services qu'Hercule leur avait rendus, les accueillirent avec honneur, épousèrent leur querelle, et, quatre-vingts ans après la guerre de Troie, les mirent à leur tête pour la faire triompher.
Oreste, après avoir vengé sur Êgisthe et Clytemnestre le meurtre de son père Agamemnon et ressaisr la couronne de
Mycènes, avait encore réuni les royaumes de Sparte et d'Ar» gos. Après un long règne, il avait laissé à son fils Tisaménès une domination qui s'étendait sur plus de la moitié du Péloponnèse. C'est contre Tisaménès que les Dorions marchèrent, guidés par l'Étolien Oxylos, et sous la conduite de trois chefs, Téménos, Gresphontès et Aristodémos.
Au lieu de chercher à forcer l'isthme de Gorinthe, si facile à défendre, ils construisirent à Naupacte une flolte qui les porta sur l'autre rive du golfe, tandis qu'un corps peu nombreux attirait, par une fausse attaque, Tattention des Pélopides Vers l'isthme. Au nombre de 20000 guerriers, ils traversèrent rÉgialée et TArcadie, prirent possession sans combat de la Laconie, et chassèrent de la Messénie Mélanthos, descendant de Nestor. Tisaménès réunissait ses forces dans l'Argolide; ils le rejetèrent sur l'Égialée, puis firent le partage de leur conquête. Téménos obtint Argos, et ses descendants régnèrent à Trézène , Épidaure, Égine et Phlionte : Gresphontès eut la Messénie et se fixa à Stényclaros; Eurysthénès et Proclès, les deux fils d' Aristodémos, mort durant l'expédition, eurent la Laconie. Un quatrième descendant d'Hercule, Alétas, régna plus tard à Gorinthe. Sicyône fut le patrimoine d'un autre ïïéraclide. Enfin l'Élide reçut, sans opposition, Oxylos et ses Étoliens, qui avaient la même origine que les anciens habitants du pays. L'Arcadie conserva son indépendance, mais fit un pacte avec les nouveaux maîtres du Péloponnèse. Quant à Tisaménès, il chassa de rÉgialée les Ioniens qui l'habitaient et s'y étabUt avec ses Achéens, qui donnèrent leur nom au pays. Les Ioniens dépouillés se retirèrent dans TAttique, où les avait déjà précédés Mélanthos, avec les Éoliens expulsés de la Messénie et une partie des habitants de Phlionte, de Gorinthe et d'Épidaure (1104).
mort de Codrufl (flOlft?].
Ainsi TAttique était comme l'asile de tous les fugitifs dû Péloponnèse. Les Dorions, après quelques années, voulureiit les y poursuivre, et chemin faisant s'emparèrent encore de
Mégare. L'oracle avait annoncé que celui des deux peuples dont le roi périrait serait vainqueur. Godrus, roi d'Athènes, entra déguisé dans le camp dorien, frappa un soldat et se fît tuer par lui. Les Dorions, effrayés par ce dévouement héroïque, rentrèrent dans leur presqu'île. Sur Tisthme qui la séparait de la Grèce centrale, une colonne fut plus tard élevée, qui, sur l'une de ses faces regardant le Péloponnèse, portait ces mots gravés : « Ici sont les Dorions ; » et sur l'autre regardant TAttique : « Là est Tlonie. » Une longue et désastreuse rivalité devait prouver cette différence.