SPARTE; LYCURGUE ET SES LOIS; GUERRES
DE BIESSENIE.
Les Spartiates; Lycurgue; ses lois politiques. — Lois civiles : égalité entre les Spartiates. — Éducation des enfants; Hilotes. — Première guerre de Méssénie (743-723). — Seconae guerre de Messénie '6^5-668); Aristoménès et Tyrtée. — Guerres avec Tégée et Argos; puissance de Sparte en 490.
Iie« Spartlatetf; Ijjenrgne^ me» lois polltlqaes.
Les Doriens qui s'étaient établis dans la Messénie et TAiv golide, en avaient chassé les habitants; ceux, au contraire, qui s'étaient fixés dans la Laconie avaient laissé les indigènes ou Laconiens vivre dans le pays qui leur avait appartenu, mais en les réduisant à la condition de sujets. Quelques-unes de ces peuplades laconiennes ayant voulu secouer le joug furent vaincues et placées dans une condition plus dure, celle des Hilotes.
D y eut alors trois sortes d'hommes dans la Laconie : les Doriens, ou les maîtres; les Laconiens, ou les sujets; les Hi lotes, ou les esclaves.
LÉGISLATION DE LYGDRGUB. 33
Les Doriens, peu nombreux et entourés d'ennemis, se concentrèrent dans la capitale, Lacédémone ou Sparte, d'où leur nom de Spartiates. Ayant tout à craindre de la haine de leurs sujets et de leurs esclaves, ils furent obligés de se donner une sorte d'organisation militaire, et d'avoir toujours les armes à la main , comme une armée campée en pays ennemi. De là les lois singulières de Sparte. Lycurgue ne les inventa point; il les trouva dans les usages, dans les mœurs de son peuple , et il se contenta de les coordonner en les précisant.
Il y a sur Lycui^e bien des incertitudes. On croit qu'il naquit, dans le dixième siècle, du roi Eunomos. Sparte était alors déchirée par des dissensions intestines. Son père, en voulant séparer des gens qui se battaient, reçut un coup de couteau dont il mourut. Son frère aîné, Polydectès, eut de même une fin prématurée, et tant qu'on ignora qu'il avait laissé un fils, Lycurgue fut roi. La reine, sa belle-sœur, lui offrit de faire périr l'enfant à condition qu'il l'épouserait. Il trompa ses désirs coupables et sauva le fils de son frère. Les grands, irrités de la sagesse de son administration pendant la minorité du jeune Gharilaos, le forcèrent à s'exiler. Il voyagea longtemps pour converser avec les sages et étudier les coutumes des nations étrangères. Dans l'ile de Crète, il se fit instruire par le poète Thalétas de toutes les lois de Minos; de l'Asie Mineure il n'emporta que les poésies d'Homère ; mais les prêtres égyptiens le comptèrent, disait-on, parmi leurs disciples. Les Spartiates des derniers temps voulaient qu'il fût ailé jusque dans l'Inde interroger l'antique sagesse des Brahmes.
A son retour, après une absence de dix-huit ans, Lycurgue trouva la viUe pleine de troubles; le peuple sentait luimême le besoin d'une réforme. Le moment était donc favorable. Afin d'ajouter à l'autorité de son nom celle d'ApoUon Delphien, le dieu national des Doriens, il consulta l'oracle sur ses projets. La Pythie le salua du nom d'ami de Jupiter. Fort de cet appui, il fit accepter ses lois sans résistance.
11 conserva le partage de la royauté entre deux maisons royales qui prétendaient descendre d'Hercule. Ce partage msT. OR. 3
était possible» car les rois Spartiates avaient bien peu de pouvoir : seulement le soin de veiller à Texécution des lois, quelques fonctions religieuses et le commandement des armées. Tout le gouvernement était aux mains du sénat, réunion de vingt-huit vieillards âgés d'au moins soixante ans. Les deux rois siégeaient avec eux. Une assemblée générale de citoyens, réunie chaque mois, à la nouvelle lune, votait les lois proposées par le sénat. Les éphoies ou surveillants forent institués plus tard, et dans les derniers temps devinrent les vrais maîtres de Sparte « jusqu'à forcer les rois, dit Polybe, k les respecter comme leurs pères. » Les Laconiens n'avaient aucun droit politique ; les Hilotes restaient esclaves.
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Lycurgue s'était proposé d'établir la plus complète égalité tntre les Spartiates. Pour y parvenir, il partagea toutes leurs terres en autant de lots qu'il y avait alors de citoyens : 9000 ; et il interdit que ces lots fassent jamais vendus, afin qu'aucun Spartiate ne perdît le sien, et que d'autres n'en acquissent pas plusieurs. Il voulut qu'il n'y eût dans sa cité ni pauvres ni riches.
Dans cette même vue, il défendit le luxe, les arts, les lettres, le commerce, la monnaie d'or et d'argent, n'autorisant qu'une lourde monnaie de fer dont on ne pouvait transporter la plus petite somme que sur des chariots. Il institua les repas en commun, où régna toujours la plus stricte frugalité, et dont il ne fut permis k personne, pas même aux rois, de se dispenser. Leur mets favori était ce brouet noir, mélange grossier de sel, de vinaigre, de graisse de porc et de petits morceaux de viande, qui fit faire la grimace à Denys, tyran de Syracuse, un jour qu'il lui prit la fantaisie d'y goûter. « C'est détestable ! s'écria-t-il. — Il manque vraiment quelque chose, répondit le cuisinier. — Et quoi donc? — De vous être baigné dans TEurotaSi ou d'avoir fait tous les exercices de la palestre. »
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