‹ Histoire grecqueChapitre 5 sur 45 · LÉGISLATION DE LYCURGUE · texte numérisé non relu

LÉGISLATION DE LYCURGUE

Lyçurgue obligea, en effets tous les citoyens à des eiercices continuels, car il ne proposait d'autre but à leur vie entière que de préparer et de fournir à la patrie de robustes défenseurs. Les voyant entourés d'ennemi», il voulait faire d'eux des soldats et il y réussit. Pour l'habileté à manier les armes, pour la force à supporter les fatigues, pour le courage à braver le péril et la mort, il n'y avait personne en Grèce qui pût le disputer h, un Spartiate.

Le même principe dirigea l'éducation des enfants, qui ap» partinrent bien plus à TÈtat qu'à leurs parents. Les enfants Xiés difformes étaient mis à mort, parce qu'ils n'auraient pu faire de bons soldats. De violents exercises, imposés même aux filles, donnaient aux autres la force et la souplesse. Point de chaussures; même vêtement été comme hiver; pour lit, des roseaux coupés par eux-mêmes dans l'Ëurotas; peu de nourriture, afin de les forcer à dérober par ruse et adresse de quoi satisfaire leur appétit.

Il est étrange de voir ainsi enseigner le vol; mais, à cause de la communauté qui unit les Spartiates, ce n'est point véritablement un vol.. Celui qui se laisse prendre est châtié, non comme coupable, mais comme maladroit. A la guerre, ils se souviendront, pour dépister l'-enneiiii, des ruses qu'enfants ils auront pratiquées pour trouver leur nourriture. Un d'eux qui avait volé un jeune renard, voyant venir quelqu'un, le cacha sous sa robe, et aima mieux se laisser ronger le ventre et les entrailles, sans pousser un seul cri, que de se trahir.

Pour les endurcir à la souffrance, on les soumettait à de rudes épreuves; ils étaient battus de verges devant l'autel de Diane, et c'était à qui supporterait le mieux la douleur : on en vit expirer sous les coups, sans qu'un gémissement eût décelé leurs souffrances. Â ces exercices il s'en mêlait d'une autre sorte : on leur apprenait à jouer de la flûte et de la lyre, à chanter des hymnes sacrés ou des poésies guerrières. Homère, Tyrtée, et toute poésie virile qui élève et fortifie l'âme, étaient fort en honneur; mais les vers d'Alcée, qui avait honteusement chanté sa fuite et son bouclier laissé a l'ennemi^ étaient proscrits.

36 CHAPITRE m.

Après le dévouement à la patrie, et le mépris pour la douleur et la mort, la vertu qu'on leur enseignait le plus était le respect de la vieillesse. Rien n'était plus nécessaire dans une cité où presque tous les magistrats étaient des vieillards, et où la loi, qui ne fut pas écrite, devait s'exprimer par la bouche des anciens. Il leur semblait obéir aux dieux en honorant ceux que la divinité avait jugés dignes d'une longue vie. Un jour, au théâtre d'Athènes, un vieillard cherchait ime place parmi la foule et parcourait les bancs, repoussé des uns, raillé des autres ; des députés lacédémoniens l'aperçurent, et, se levant de leurs sièges, lui firent signe de venir prendre place au milieu d'eux : « Je vois bien, dit le vieillard, que les Athéniens savent ce qui est beau ; mais les Lacédémoniens seuls le pratiquent. »

Toutefois, un vieillard qui avait fui les charges de la paternité leur semblait moins digne de respect. Un jour, Dercyllidas, général de grande réputation, se présente à une assemblée; un jeune Lacédémonien ne se lève point à son approche, comme c'était l'usage; le vieux guerrier s'en étonne ; « Tu n'as point d'enfant, dit le jeune homme, qui puisse me rendre un jour le même honneur. » Personne ne le blâma.

A vingt ans, le jeune homme était admis dans l'année et faisait le service soit à l'intérieur, soit au dehors. A trente, il devenait époux et exerçait les droits de citoyen. A soixante, sa carrière militaire était finie ; il s'occupait alors de l'administration des affaires publiques et de l'éducation des enfants.

La vie des jeunes Lacédémoniennes n'était guère moins dure, et cette éducation, qui les rendait saines et fortes, élevait leurs sentiments et leur courage. Elles n'avaient point de faiblesses maternelles, c II est bien court, disait un jeune soldat à sa mère, en lui montrant son glaive. — Fais un pas de plus, » répondit-elle. Une autre donnant le bouclier à son fils pour une expédition, lui dit : « Reviens dessus ou dessous, » c'est-à-dire : Tue ou sois tué ; mais point de déshonneur ; mienx vaut la mort.

Hormis la guerre et les exercices par lesquels il s'y prépare, les seules occupations du Spartiate sont la chasse et la

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