‹ Histoire grecqueChapitre 6 sur 45 · LÉGISLATION DE LYCURGUE · texte numérisé non relu

LÉGISLATION DE LYCURGUE

conversation dans les lieux publics, où il s'habitue à cette façon de parler brève et sententieuse qu'on a appelée le laconisme. Une fois quitte de ses devoirs envers la patrie, comme il méprise l'industrie, le commerce et tout travail manuel, comme il ne se soucie de philosophie, de beaux-arts, ni de littérature, quoiqu'on lui apprenne quelques vers et un peu de musique, il jouit de cette oisiveté précieuse qui lui semble l'apanage de l'homme libre. On raconte qu'un Spartiate se trouvant à Athènes, apprit qu'un citoyen de cette ville venait d'être condamné à l'amende pour cause d'oisiveté. H s'étonna fort et demanda à voir celui qu'on punissait pour s'être conduit en homme , en méprisant les arts mécaniques et les travaux serviles qui, disait-il, s'ils donnent la richesse, avilissent I

Mais il faut bien convenir que cette oisiveté et cette uniformité de vie ne donnaient pas aux Spartiates l'esprit souple, ingénieux , hardi , plein de ressources , qui était le partage des Athéniens. Ils étaient superstitieux à l'excès, et s'embarrassaient pour peu de chose , cela se remarque même à la guerre : un siège, la mer, tout ce dont ils n'avaient pas l'habitude les dérautait. A Platées, il leur fallut attendre les Athéniens pour forcer les retranchements de Mardonius ; les sièges qu'ils entreprenaient avaient une durée homérique : ceux d'Ira et d'Ithôme durèrent dix ans.

Ainsi Lycurgue avait voulu faire des Spartiates ce que, leur position exigeait qu'ils fussent, un peuple de soldats. Le travail des mains fut laissé auxHilotes, esclaves de l'État, qui labouraient et moissonnaient pour leurs maîtres, quelquefois combattaient à côté d'eux , mais ne devaient se montrer ni trop braves , ni trop habiles , de peur d'exciter les soupçons et de s'exposer à quelque sanguinaire résolution du sénat. Un jour 2000 d'entre eux furent gratifiés de la liberté, en récompense de leur courage ; mais la nuit suivante ils disparurent : Sparte les avait immolés à ses craintes.

Ce ne fut pas sans peine que Lycurgue parvint à établir sa constitution. Quand il voulut introduire la frugalité avec les repas en commun , les riches , habitués déjà au luxe et à la débauche , firent une Fédition et voulurent le lapider ; ils le

poursuivirent jusque dans un temple et le blessèrent : il eut un œil crevé. Le patriotisme pourtant et le sentiment des dangers que courait la cité, avec ces divisions, remportèrent: les lois furent acceptées.

On raconte qu'après les avoir vu adopter, Lycurgùe fit jurer aux rois, aux sénateurs, à tous les citoyens, de n'y rien changer jusqu'à son retour. Puis, s'éloignant, il alla consulter Toraclé d'Apollon. Le dieu répondit que Sparte effacerait la gloir« de toute autre cité tant qu'elle conserverait ses lois. Lycurgùe envoya cet oracle à Lacédémone, fit un nouveau sacrifice, embrassa ses amis et son fils, et, pour ne pas dégager ses concitoyens de leur serment, il se laissa mourir de liaim

Première i^erre de Messénle (948-998) j ArUtodémiMi

Une montagne, le Taygète, sépare la Laconie d*un pays bien plus riche , la Messénie. Les Spartiates et les Messeniens étaient de même race , Dorions ; mais des violences commises de part et d'autre le long des frontières les rendi* rent ennemis irréconciliables. Le récit que les anciens nous en ont laissé est encore bien mêlé de fictions et de légendes merveilleuses.

Un Messénien , Polycharès , dont un prêtre lacédémonien avait volé les troupeaux et assassiné le fils, vint à Sparte réclamer vengeance; les rois ne daignèrent pas l'écouter. É^urieux , il se posta sur la frontière et tua tous les Lacédé-* moniens qui passaient par là. Sparte, à son tour, demanda qu'on lui livrât Polycharès , et essuya un refus. Elle menaça de se faire justice par les armes; les Messéniens offrirent de soumettre le différend aux amphictyons d'Argos ou à l'aréopage d'Athènes. Les Lacédémoniens n'y consentirent point et commencèrent traîtreusement la guerre. Us firent de secrets préparatifs, s'engagèrent par serment à ne pas rentrer à Sparte avant d'avoir conquis la Messénie, et se jetè« rent pendant la nuit sur Amphée, ville limitrophe, propre à leur servir de place d'armes ; elle fut prise sans résistance el ses habitants massacrés (743).

Les trois premières années se passèrent en escarmouches

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