‹ Histoire grecqueChapitre 7 sur 45 · GUERRES DE MESSÉNIE · texte numérisé non relu

GUERRES DE MESSÉNIE

et en ravages ; ear, avant de combattre, le roi messénien Euphaès voulait amerrir son peuple , qu'une longue paix avait amolli. La quatrième année y il engagea une grande bataille qui resta indécise. Les Spartiates voulaient renoncer k cette guerre difficile ; les vieillards leur firent honte de cette défaillance, et les hostilités continuèrent. L'année suivante, il y eut encore une bataille dont l'issue fut incertaine : aucun des deux partis n*éleva de trophée; ils s'envoyèrent des hérauts, et, d'un mutuel consentement, laissèrent enlever et ensevelir les morts.

\insi se traînait la guerre, indécise, mais désastreuse pour les Messéniens, car ils étaient forcés d'entretenir à grands frais des garnisons dans chaque ville ; leurs laboureurs n'osaient cultiver les campagnes, dont tous les fruits étaient moissonnés par les Spartiates , et leurs esclaves désertaient en foule. La famine, et, k sa suite, une maladie épidémique, firent plus de mal encore. Les Messéniens se décidèrent k abandonner les villes de l'intérieur et se retirèrent dans Ithôme sur la montagne de ce nom , masse isolée qui commande toute la Messénie comme une forteresse et que ses pentes escarpées rendent de facile défense (815 mètres).

Cependant ils envoyèrent consulter l'oracle, qui répondit : « Choisissez par le sort une jeune vierge pure , du sang d'Épytos ', et immolez-la pendant la nuit aux divinités infernales. Si le sort tombe mal, une autre victime offerte volontairement suffira. > Le sort désigna la fille de Lysiscos. Dès que le père connut le terrible destin qui la menaçait, il s'enftdl avec elle à Sparte. Le peuple était consterné. Arislodêmos, un des Epytides, homme puissant et guerrier illustre, offrit volontairement sa propre fille ; mais elle était fiancée k un Messénien. Pour la sauver, le jeune homme prétendit que lui seul maintenant , et non plus son père , avait le droit de disposer d'elle, et que d'ailleurs elle ne pouvait satisfaire à l'oracle, puisqu'elle était épouse et mère. Aristodêmos, furieux de cette opposition outrageante, tue sa fille, lui

1. Épyto» avait été le second et le plus glorieux de leurs rois; ses descendants étaient appelés Épytides et la royauté était dans leur maison.

ouvre les entrailles et montre que son sein est yierge. Quoique ce meurtre n'eût pas été commis à Tintention du dieu , on s'empressa de déclarer que Toracle était rempli. Le peuple , persuadé que l'affreux sacrifice allait apaiser sa colère, célébra, par de joyeux festins, sa réconciliation avec le ciel. La même pensée jeta l'effroi dans le cœur des Spar* tiates, et la guerre fut suspendue. Les Messéniéns en profitèrent pour faire alliance avec les peuples qui s'effrayaient déjà de l'ambition de Lacédémone , les Arcadiens et les Argiens.

Six années se passèrent avant que le roi Spartiate Théopompos osât conduire une nouvelle armée contre Ithôme. Euphaès commit l'imprudence d'engager Taction avant l'arrivée de ses auxiliaires; pourtant on combattit jusqu'à la nuit, et la victoire resta indécise. Les chefs s'étaient signalés par des combats singuliers ; Euphaès attaqua Théopompos , mais il fat gravement blessé et mourut quelques jours après, sans laisser d'héritiers. Vainement les devins avertirent le peuple de se défier d'un homme qui porterait sur le trône une tache sanglante : Aristodêmos fut élu roi.

La douceur de son gouvernement lui concilia l'affection du peuple et des grands , et les Arcadiens plus d'une fois l'aidèrent à ravager la Laconie. Ceux de Sicyône et d'Argos attendaient pour se joindre à lui une occasion favorable, elle ne se présenta qu'au bout de cinq années. Les deux peuples, fatigués d'une lutte si longue , cherchèrent à la terminer par une action générale. Ils appelèrent à eux leurs alliés. Du côté de Sparte il ne vint que des Corinthiens. Aristodêmos adossa le gros de ses forces au mont Ithôme et plaça en embuscade, dans les replis de cette montagne, des troupes légères qui, se montrant tout à coup au fort du combat , tombèrent sur le flanc de la phal.ange lacédémonienne et lui firent essuyer des pertes considérables. •

Les Lacédémoniens, abattus par cette sanglante défaite, essayèrent de la trahison. Cent de leurs citoyens, bannis avec éclat, se réfugièrent en Messénie. Aristodêmos les renvoya en disant : « Les crimes des Lacédémoniens sont nouveaux, mais leurs ruses sont bien vieilles. » Us ne réussirent

GUERRES DE MESSÉNIB. 41

pas mieux à rompre les alliances que les Messéniens avaient nouées. Un oracle releva leurs espérances. La Pythie avait répondu aux Messéniens qui la consultaient : « Les dieux donneront le pays de Messène à ceux qui, les premiers, placeront cent trépieds autour de Tautel de Jupiter Ithômate. » Le temple de Jupiter Ithômate étant dans l'intérieur des murs, il paraissait impossible que les Lacédémoniens pussent accomplir Toracle. Mais un Delphien le communiqua aux Spartiates. Un de ceux-ci fît tant bien que mal cent trépieds de terre y les cacha dans un sac , et , prenant des filets comme un chasseur, se mêla aux gens de la campagne qui entraient dans Ithôme. La nuit venue, il o£frit ses trépieds au dieu et retourna' annoncer à Sparte ce qu'il venait de faire.

La vue de ces trépieds jeta le trouble dans le cœur des Messéniens; Aristodêmos s'efforça de les rassurer; mais il reconnut bientôt que le temps marqué pour la ruine de son peuple était arrivé. Un jour qu'il voulait sacrifier k Jupiter Ithômate, les béliers allèrent d'eux-mêmes heurter l'autel de leurs cornes avec tant de violence, qu'ils en moururent sur le coup. Ce présage, d'autres aussi menaçants, l'effrayaient, quand un songe lui ôta tout espoir. Il se voyait couvert de ses armes, et prêt à marcher au combat; devant lui, sur une table, étaient les entrailles des victimes^ quand sa fille apparut, vêtue d'une robe noire, et lui montrant du doigt sa poitrine entr'ouverte. Elle renversa ce qui était sur la table, arracha les armes des mains de son père, et en échange lui donna le long habit blanc et la couronne d'or dont les Messéniens paraient les morts illustres au jour des funérailles. Ce songe était un signe de mort. Aristodêmos réalisa lui-même le présage, en se tuant sur le tombeau de sa fille.

Privés de cette intrépide chef, les Messéniens résistèrent encore k l'ennemi et k la famine. Enfin il fallut céder (723). Les Lacédémoniens rasèrent Ithôme jusqu'aux fondements et exigèrent des vaincus restés dans le pays le serment de ne jamais se révolter; « courbés comme des ânes sous de lourds fardeaux^ ils furent dans la dure nécessité de donner

42 CHAPITRE m.

k leurs maîtres la moitié des fruits que produisaient leurs champs. » On les obligea, hommes et femmes, sous des peines sévères, à venir de la Messénie à Sparte pour assister en robes noires aux funérailles des rois et des grands personnages. « Ils pleurent, eux et leurs femmes, lorsque la Parque tranche les jours de quelqu'un de leurs maîtres. • (Tyrtée.)

Seconde i^nerre de HeMnéiile (•9ft4M9)) ArUteménès

et Vyrtée.

Une génération avait déjà vécu dans la tristesse et Topprobre, quand un jeune héros, Aristoménès, se leva. Il en«> traîna tout son peuple, et les Spartiates eurent la Messénie à reconquérir. Aristoménès n'attendit pas qu'ils vinssent Tâttaquer. Un jour, il partit seul, traversa les montagnes, entra de nuit dans Lacédémone, et suspendit au temple de Minerve Ghalciœcos un bouclier avec cette inscription : c Aristoménès à Minerve, des dépouilles des Lacédémoniens. »

Sparte, effrayée, consulta l'oracle de Delphes. Le dieu répondit qu'elle devait demander un chef aux Athéniens. Athènes ne voulait pas concourir à la grandeur de Sparte, et n'osait résister aux ordres d'Apollon. Pour obéir, elle envoya à Lacédémone Tyrtée, un maître d'école boiteux, qui passait pour fou. Mais ce fou était un poète; il chanta, et sa mâle poésie ranima tous les courages.

« Il est beau pour un brave de tomber aux premiers rangs de bataille et de mourir en défendant sa patrie. Mais il n'est pas de plus lamentable destin que d'abandonner sa ville, ses fertiles campagnes, et d'aller mendier par le monde, en traînant après soi sa mère, son vieux père et ses petits enfants.

« Combattez donc avec courage pour cette terre, jeunes guerriers, et n'abandonnez pas vos aînés , ces vieux soldats dont les jambes ne sont plus légères : car c'est diose honteuse de voir étendu sur la terre, en avant des jeunes hommes, un brave dont la tête est blanchie déjà, et qui exhaie dans la poussière son âme généreuse, en retenant de la main

GUEHRBS DE ME»SÉNIE. 43

ses entrailles sanglantes. Mais à la Jeunesse tont sied : tant que le guerrier a cette noble fleur de Tâge, on Tadmire, on l'aime , et il est beau encore quand il tombe aux premiers rangs de bataille. »

Ces brûlantes paroles valaient mieux que la froide expérience d'un chef habile. Cependant, dans la plaine de Sté-/ nyclaros, la brillante valeur d'Aristoménès donna la victoire ^ aux Messéniens. Au retour, les femmes jetaient des fleurs sur son passage et chantaient : « A travers les champs de StényclaroSy et jusque sur le sommet de la montagne, Aris* toménës a poursuivi les Lacédémoniens. »

B aimait les courses aventureuses. Un jour, il tomba entra les mains de sept Cretois au service de Sparte ; ils s'arrêtèrent avec lui sur la route, dans une maison, pour y passer la nuit. Là habitait une jeune fille qui^ la nuit précédente, avait rêvé qu'elle délivrait un lion que des loups amenaient enchaîné. Frappée de cette rencontre, elle comprend qu'Aristoménès est le lion de son rêve, que les loups sont ses indignes gardiens. Elle enivre ceux-ci, et détache les liens au héros; il tue les Cretois et donne la jeune fille pour épouse à l'un de ses fils.

Cependant, vaincu par la trahison du roi des ArcadienSi Aristoménès fut contraint de se retirer sur le mont Ira. Il s'y défendit onze années; souvent même il en sortit pour porter le ravage et la terreur jusqu'au milieu de la Laconie.

Dans une de ces expéditions hasardeuses, il fut enveloppé par les Spartiates. Frappé d'une pierre à la tête, il tomba évanoui et fut pris avec cinquante de ses compagnons. On les précipita dans la Géada, gouffre où l'on jetait les malfaiteurs. Les autres Messéniens périrent brisés. Mais quand vint le tour d' Aristoménès, un aigle, dit la légende que nous abrégeons, le soutint dans sa chute sur ses ailes étendues, de sorte f qu'il arriva au fond sans blessure. Pendant trois jours, il| resta dans le gouffre, enveloppé dans son manteau, et attendant la mort. Au bout de ce temps , il entendit un léger bruit; il se découvrit la tête, et comme ses yeux étaient habitués à l'obscurité, il vit un renard qui mangeait les cadavres. Imaginant bien que cet animal avait pénétré jusque-là par

44 CHAPITRE m.

quelque issue secrète, il le laisse approcher, le saisit d'une main; de l'autre, chaque fois que le renard se retourne, il lui présente son manteau à mordre, le suit ainsi , et arrive jusqu'à un trou qui laisse passer une faible lueur ; il le lâche alors, élargit l'ouverture avec ses mains, s'écliappe et retourne à Ira.

Aristoménès recommença aussitôt ses courses, tailla en pièces plusieurs troupes ennemies, et offrit pour la troisième fois à Jupiter Ithômate le sacriiGce appelé hécatomphoniey parce qu'il était réservé au guerrier qui avait tué de sa main cent ennemis. Cependant le temps marqué pour la prise d'Ira approchait. L'oracle avait dit : « Lorsqu'un bouc boira dans la tortueuse Néda, je ne défendrai plus les Messéniens. » La Néda est une rivière voisine d'Ira. Pour empêcher la menace de l'oracle de s'accomplir, on en écartait avec soin tous les boucs. Mais il y avait dans le pays une espèce de figuier sauvage qu'on appelait de ce nom. Or il arriva qu'un de ces figuiers poussa horizontalement sur les bords de la rivière, de telle sorte que l'extrémité des branches s'y baignait. L'oracle était accompli : le bouc avait bu dans la Néda.

Quelque temps après, par une nuit sombre, comme la pluie tombait à torrents, et qu'il n'y avait point sur les remparts d'Ira d'abri où les gardes pussent se mettre à couvert, tous se retirèrent pour attendre que l'orage eût cessé. Un esclave, transfuge des Lacédémoniens, s'en aperçut, et, saisissant cette occasion de rentrer en grâce auprès de ses anciens maîtres, courut l'annoncer au caçip des Spartiates. Ils se mirent aussitôt en marche. Le bruit de leurs pas étant couvert par celui du tonnerre et de la pluie, ils arrivèrent, sans être remarqués, jusque dans la ville. Les premiers qui les aperçurent furent Aristoménès et le devin Théoclos. Us crient aux armes, les Messéniens accourent de toutes parts, les femmes montent sur les maisons d'où eUes accablent de tuiles les Lacédémonien&\ Pendant trois jours on disputa pied à pied le terrain, au milieu de la tempête qui ne cessa pas; mais les Spartiates étaient encouragés parles éclairs qui brillaient à leur droite, présage favorable; ils avaient d'ailleurs l'avantage du nombre. Quand il n'y eut plus d'es-

GUERRBS DE MESSÉNIE. 45

poir, Théoclos se jeta au milieu des enuemis et périt en frappant. Pour Aristoménès, il fit signe aux Lacédémoniens qu'il voulait se retirer avec les siens : on n'osa pas pousser au désespoir cette poignée d'hommes héroïques. Aristoménès plaça les vieillards, les femmes, les enfants au milieu des guerriers, et sortit ainsi d'Ira, avec la fortune de la Messénie (668).

Cet homme infatigable ne désespérait pourtant pas encore. A peine retiré en Arcadie, il propose aux 500 Messéniens qui lui restent de pousser vivement en Laconie, et d'aller prendre Sparte, bu au moins d'y saisir de précieux otages. Tous accueillent avec enthousiasme cet audacieux projet , et 300 Arcadiens se joignent à eux. Mais Aristocrates, par une seconde trahison, avertit les Spartiates et fait tomber cette dernière espérance. « Quand les Arcadiens eurent découvert cette perfidie, ils accablèrent Aristocrates de pierres, et pressèrent les Messéniens d'en faire autant; ceux-ci regardèrent Aristoménès, qui baissa les yeux et se mit à pleurer. Les Arcadiens, après avoir lapidé Aristocrates, jetèrent son corps hors de leurs limites et le laissèrent sans sépulture. »

Les Messéniens furent répartis parmi les Hilotes ; mais les habitants de Pylos et de Mothoné montèrent sur leurs vaisseaux et passèrent à Cylléné chez les Ëléens. De là, ils proposèrent à ceux de leur nation qui étaient en Arcadie de s'embarquer avec eux pour chercher quelque établissement en pays étranger : ils prièrent aussi Aristoménès de se mettre à leur tête. Le héros répondit que, tant qu'il conserverait un souffle de vie, il ferait la guerre aux Lacédémoniens, et qu'il était assuré de leur causer encore beaucoup de mal. Mais il leur donna poar chefs ses fils. Gorges et Manticlos, sous lesquels ils allèrent àRhégium, où plusieurs Messéniens s'étaient déjà retirés après la première guerre. Deux siècles plus tard, un Messénien, Anaxilaos, étant devenu tyran de Rhégium, s'empara de Zancle où il établit les descendants des exilés, qui, en souvenir de la patrie de leurs pères, donnèrent à cette ville le nom de Messène : ce glorieux nom se retrouve encore dans celui de Messine.

46 CHAPITRE ni.

Peu de temps après, Âidsfomënès était à Delphes, quand on roi de File de Rhodes vint consulter Toracle sur le choix d'une femme. La Pythie lui ayant dit d'épouser la fille du plus vaillant des Orées, il pensa qu'il n'y avait personne dans la Grèce qu'on pût comparer pour la bravoure à Âristomé'» nés, et il Ini demanda sa fille. Âristoménès se rendit avec elle dans rile de Rhodes. Il y emporta sa haine contre Sparte, et il cherchait encore quels ennemis il pourrait soulever contre elle, quand la mort vint le condamner à Tétemel repos. Son peuple fut comme lui fidèle au souvenir de la patrie perdue, et jamais ne se réconcilia avec ceux qai lui avaient injustement ravi le foyer domestique, les tombeaux des aïeux et la liberté. Tous les ennemis de Sparte, Athènes, Épaminondas les trouvèrent prêts, partout et toujours, à combattre contre l'étemel ennemi; et quand il n'y avait plus de Sparte, quand il n'y avait plus de Grèce, les derniers des Messéniens chantaient encore, neuf siècles après la chute d'Ira : « A travers les champs de Stényclaros, et jusque sur le.sommet de la montagne, Aristoménès a poursuivi les Lacédémoniens. »

«lierre» »Tee Téfée et Jkr^om^ pulMMinee de sparte en â9#*

De quelques fictions qu'on ait embelli le récit de ces guerres, le résultat n'en est pas moins certain. Sparte possédait les deux tiers dn Péloponnèse. Des guerres heureuses contre les Arcadiens de Tégée et contre les Argiens étendirent son influence sur le reste.

Au sujet de la guerre contre les Tégéates courait une de ces traditions qu'Hérodote aime tant et raconte si bien. L'oracle, consulté par les Spartiates, répondit qu'ils seraient vainqueurs quand ils auraient rapporté dans leur ville les ossements d'Oreste, ensevelis là où soufflent deux vents contraires, où le type frappe l'antitype, où le mal est sur le mal. Or il arriva qu'un Lacédémonien nommé Lichas, étant allé à Tégée, entra dans la boutique d'un forgeron ; celui-ci lui conta, par hasard, qu'en creusant dans sa cour il avait trouvé un cercueil d'une grandeur merveilleuse. Lichas se rappelle aussitôt l'oracle : les vents contraires sont bien les soufflets

GUERRES DB MESSÉNIE. kl

de la forge, le type est le marteau, Tautitype renclumey le mal sur le mal est le fer que l'on forge sur le fer : le cercueil f si donc celui d'Oreste. Lichas retourne à Sparte, révèle aux magistrats ce qu'il a découvert : on Texile pour que personne ne prenne défiance de lui. Il retourne à Tégée, loue la cour du forgeron, recueille les ossements et les rapporte aussitôt. Dès'ce moment, les Spartiates crurent à la victoire , c'est le meilleur moyen de l'assurer : ils vainquirent. Tégée cependant conserva son territoire et ses lois, mais elle tomba au rang des peuples que Sparte traînait à la guerre avec elle, et n'eut que le stérile honneur d'occuper une des ailes de l'armée lacédémonienne. Plusieurs cantons peuplés d'Arcadiens furent ajoutés au territoire des Spartiates qui dès lors eurent libre entrée dans l'Arcadie.

Entre Argos et Sparte le différend avait pour cause la possession de la Gynurie, pays montagneux qui servait aux Argiens de communication avec le reste de leur territoire : car ils possédaient toute la côte orientale de la Laconie jusqu'au cap Malée, et les îles adjacentes jusqu'à Cythère. Pour épargner le sang, les deux peuples convinrent, vers 547, de choisir chacun 300 combattants ; la Cynurie devait être le prix de la victoire. Othryadès survécut seul du côté des Spartiates, mais grièvement atteint et couché parmi les morts; du côté des Argiens deux guerriers, Alcénor et Ghromios, étaient sans blessures. Ne voyant plus d'ennemis devant eux, ils se hâtèrent de porter à leurs concitoyens la nouvelle de leur victoire. Pendant leur absence Othryadès faisant un dernier effort, élevait un trophée avec les armes des ennemis et se perçait ensuite de son épée pour ne point survivre à ses compagnons. Le lendemain les deux peuples se prétendirent victorieux, et il fallut trancher la question par une bataille générale que les Lacédémoniens gagnèrent. Les Argiens cédèrent les pays disputés et toute la côte orientale de la Laconie.

En 514, une seconde victoire mena les Spartiates jusqu'aux portes d' Argos ; plus tard ils firent deux invasions dans l'Attique et, en 491, Égine, le poste avancé de leur presqu'île du côté d'Athènes, leur livia des otages.

48 CHAPITRE m.

Us occupèrent encore un autre boulevard du Péloponnèse. Gythère, au sud du cap Malée. C'était une île aride et rocailleuse où la Fable faisait aborder Vénus, quand elle sortit du sein des flots, mais elle ajoutait que la déesse des plaisirs s'était bien vite enfuie en Cypre. Les Spartiates trouvèrent là une excellente station navale, où s'arrêtaient les vaisseaux venant d'Egypte et d'Afrique; aussi ils y entretinrent une garnison, et chaque année ils envoyèrent un magistrat pour la gouverner.

Au moment où éclatèrent les guerres médiques, Sparte était donc maîtresse par elle-même des deux cinquièmes du Péloponnèse, et redoutée ou obéie dans le reste. Sa renommée alla bien plus loin que sa puissance. Même en Asie, on connut son nom, et Grésus rechercha l'alliance de ceux qu'il appelait le premier peuple de la Grèce. Des mœurs austères, la rude discipline à laquelle ils s'étaient soumis, de belles qualités militaires, et un ardent patriotisme les avaient élevés à ce haut point de grandeur.

LATTIOUE. 4^

ATHÈVES JUSQU'AUX GUERRES MEDIQUES.

L'Attique; les rois; Thésée. — L'archontat (1045?); puissance des Eupa« trides; Dracon (624); Cylon (612); fipiménide. — Solon et ses lois. ^ Pisistrate et les Pisistratides (561-510). — Les AlcméoDides ; Clisthône (508).

Ii-AUlqne) le« rol«) Thésée U

Le petit pays qui, au nord-est du Péloponnèse, s'avance en promontoire dans la mer Egée, flanqué à droite par la longue Eubée, à gauche par les îles de Salamine et d'Egine, c'est l'Attique, le point du monde le plus justement célèbre dans l'histoire de f esprit humain. Elle est divisée en trois bassins demi-circulaires, les plaines d'Eleusis, d'Athènes et de Marathon, qui semblent îermees de tous côt^s par les montagnes "et la mer. Mais des routes naturelles s'ouvrent partout à travers ces montagnes, et les communications sont faciles entre les diverses parties du pays. La surface de l'Attique n'égale pas la moitié de celle de nos plus petits départements, et son sol fijarreux n'a même pas, sauf en quelques points, la riche végétaïîDn dfe la Béotie sa voisine : à peine duJJi, un peu plu&.iorge, des figuiers, des vignes, des oliviers, les abeilles <ie rgjmette^ les carrières de marbre "du î^entélique, les lûmes d'argent du Laurron,~vonâ toûîe^ rfcBesse du pays, si vous né cbmpté'z'pâs la plus féconde et la plus glorieuse de toutes, le génie des habitants.

Beaucoup de révolutions politiques, voilà ce que nous trouverons dans l'histoire d'Athènes jusqu'aux guerres médiques.

Page 1