S. GALLICAN II
6e siècle.
a Ies légendes de l'ancien bréviaire d'Embrun nous ^ apprennent que Gallican II succéda à saint Pelade et qu'il fut placé au rang des Saints, car on y lit : « Pélade avait fait bâtir à Embrun l'église des saints martyrs Vincent et Oronce, et la consécration en fut faite, après sa mort, par le bienheureux Gallican, son successeur. »
D'autre part, la vie de saint Pélade, écrite par Vincent Dominique, auteur Espagnol, les bréviaires de Gironne et de Barcelonne font mention d'un saint Gallican, archevêque d'Embrun, et déclarent formellement qu'il fut le prédécesseur de saint Pélade.
560 HISTOIRE HÀGIOLGGIQUE
Aussi, selon la croyance constante de l'Eglise d'Embrun, nous admettons deux Gallican, qui, l'un et l'autre, pleins de mérites et de sainteté, ont honoré son siège archiépiscopal.
Une erreur chronologique qu'il nous a été facile de rectifier, a été la seule cause des objections soulevées à ce sujet par de graves auteurs.
On ne peut, en effet, douter que Gatulin, évêque d'Embrun, n'ait assisté au concile d'Epaone; sa souscription en fait foi. Or, ce concile, d'après les historiens modernes tant ecclésiastiques que profanes, n'a pu avoir lieu qu'en 517, et non en 509, comme Baronius l'affirme en ses annales. Comptant sur l'autorité de Baronius, le P. Fournier, dans son histoire de l'Eglise d'Embrun, le fixe également en l'année 509. Et comme, après ce concile, Gatulin, expulsé de son siège, vécut à Vienne encore quatre ou cinq ans; qu'ensuite Gallican 1er lui succéda, le même auteur avait cru pouvoir admettre que l'épiscopat de saint Pélade avait commencé en 515 et fini en 518; en outre, que Gallican 1er avait été évêque seulement quelques mois.
Aujourd'hui cette hypothèse est insoutenable; on ne peut se refuser, sur ce point, à une parfaite certitude historique. Nous avons donc adopté la supputation du P. Le-Cointe, qui nous permet de reconnaître, suivant nos traditions, deux Gallican, et de les placer parmi nos pontifes, sans aller contre la date des souscriptions qui leur appartiennent.
La consécration de l'église des saints martyrs Vincent et Oronce, est le premier acte que nous avons à mentionner ici. Quand leurs glorieuses dépouilles arrivèrent d'Espagne à
Embrun, elles ne furent point déposées dans la ville, mais, comme nous l'avons dit, dans une crypte particulière cédée par un juif, et, peu après, on établit en ce lieu un monastère de religieux. Or, il est probable que, plus tard, on voulut les introduire dans la ville, puisque saint Pélade forma le projet d'y bâtir, en l'honneur des saints martyrs, une église que Dieu ne lui permit pas d'achever ni de bénir : on en était au couronnement, lorsque la mort vint l'enlever à son peuple.
Gallican II fut donc appelé a remplacer Pélade pour cette consécration. On déploya en cette solennelle circonstance toute la pompe dont l'Eglise a coutume d'environner les augustes cérémonies de la religion, car rien alors ne venait mettre obstacle à l'exercice du culte.
Théodebert avait, en 554, succédé à son père; son règne acquérait de jour en jour plus d'éclat, et ce prince, reconnaissant, en faisait rejaillir une partie sur l'Eglise de Dieu, en favorisant de tout son pouvoir la tenue des conciles, vrai moyen de corriger les mœurs de ses sujets.
Childebert, roi de Paris, n'eut pas moins de zèle. Par ses soins s'était tenu, en 558, le troisième concile d'Orléans; mais la paix devait être un moment troublée : Clotaire était entré dans les Etats de Childebert qui , s'étant ligué avec son neveu , triompha de cette injuste agression.
Alors se tint un quatrième concile à Orléans. Les évêques de toutes les Gaules s'y rendirent, excepté ceux des deux
provinces Germaines, des deux Belgiques et ceux du royaume de Clotaire, parce que ce prince n'était pas en parfaite amitié avec les autres rois, ses parents.
L'humble et zélé Gallican II, archevêque d'Embrun, s'empressa d'assister à cette grande assemblée; il y souscrivit comme évêque, avec les autres prélats.
La fixation de la Pâque en fut l'objet principal. Cette question était depuis longtemps agitée dans le monde chrétien. Le premier canon porte, en conséquence, qu'on célébrera la Pâque selon le cycle de Victorius, et que, s'il s'élève quelque nouveau doute à cet égard, les métropolitains consulteront le saint-siége.
Qui ne serait édifié ici, de voir un concile si nombreux prendre cette détermination , moins par confiance au cycle approximatif de Victorius, que par un esprit de soumission absolue envers le siège apostolique? Cette heureuse disposition se perpétua au sein du clergé français, et contribua beaucoup à faire accepter promptement, dans tout le royaume, en 1582, la réforme du Calendrier, publiée le 24 février \ 58t. par le pape Grégoire XIII.
Les autres canons de ce concile traitent de la durée du carême, du saint sacrifice de la messe, de la consécration des évêques, des procès entre les évêques, et entre les prêtres et les fidèles, de quelques exemptions en faveur des clercs en matière de tutelle, du droit d'asile dans les églises et des abus qu'on doit réprimer sur ce point, de la punition des clercs aux mœurs trop libres; du prosélytisme interdit aux juifs, et de la non-aliénation des biens et revenus des Eglises.
De l'ensemble de ces matières, il nous est permis de conclure que la guerre désastreuse des Francs contre les Bourguignons et les Goths, et les empiétements des ariens, avaient procréé une foule d'abus dans les Eglises des Gaules.
L'année suivante, saint Césaire d'Arles mourut; Auxanius lui succéda. Théodebert, malgré ses faiblesses personnelles, ne cessa de favoriser la piété des peuples ; aussi voyons-nous Aurélius, successeur d'Auxanius au siège d'Arles, écrire à ce prince une lettre élogieuse sur sa religion et sur ses pieuses largesses envers les pauvres et les Eglises. ïl eut à peine le temps de la recevoir, car, âgé de trente ans, étant un jour à la chasse, il fut écrasé par la chute d'un arbre : Thibaud, son fils, jeune encore, lui succéda.
Vers ce temps-là, Clotaire cherchait à dépouiller les Eglises de son royaume d'une partie de leurs revenus. Childebert, au contraire, construisait des basiliques, fondait des hôpitaux, et publiait des édits pleins de sagesse et d'équité.
Il donna, entre autres, une constitution qui est un monument digne d'être cité.
« Nous ordonnons, dit-il, que quiconque, ayant été averti qu'il y a dans son champ des idoles consacrées aux démons , ne les aura pas ôtées, ou aura empêché les évêques de les briser, soit obligé de donner caution et de comparaître devant nous, afin que nous vengions l'injure faite à Dieu.
« On nous a aussi porté des plaintes touchant les débauches auxquelles se livre le peuple, au mépris de la loi de Dieu , en passant les nuits à boire, à chanter et à faire des bouffonneries. On ose même profaner par ces désordres les fêtes
de Pâques, de Noël et les autres solennités. On nous a encore représenté que, les veilles de dimanche, il y a des danseuses qui courent par les campagnes de maison en maison. Nous ne pouvons tolérer de pareils abus, car le Seigneur en est offensé. C'est pourquoi quiconque y retombera, après avoir été averti par les évêques et après la publication du présent édit, nous ordonnons que s'il est esclave, il soit puni de cent coups de fouet, et s'il est libre, qu'il soit mis en prison. »
Telle est la première ordonnance que nous avons de nos rois en faveur de la Religion.
Quelques réclamations contre Marc, évêque d'Orléans, avaient été adressées à Childebert; mais le roi, ne voulant pas lui-même juger un évêque , un concile national fut convoqué à Orléans, ville qui, par sa position centrale, était plus propre que toute autre pour une réunion de ce genre.
On ne s'y occupa point uniquement de cette cause, car les troubles que les nestoriens et les eutychéens excitaient dans l'Asie , avaient eu un grand retentissement jusque dans nos contrées : c'est ce qui motiva le premier canon du concile dont nous parlons. Ce canon frappe d'anathème les deux hérésiarques et leurs sectateurs, parce qu'ils prétendaient que la sainte Vierge n'est pas mère de Dieu, quoique mère du Christ, et qu'il y a non-seulement deux natures en Jésus-
Christ, la nature divine et la nature humaine, mais aussi deux personnes.
Les vingt-trois autres canons regardent la discipline. Il y est parlé de la modestie nécessaire aux clercs, de l'ordination des esclaves, du droit inviolable des affranchis, de la consécration des autels, de celle des évêques par les évêques de la province, de l'arbitrage des évêques ou du métropolitain, en matière de justice entre clercs, du noviciat des filles qui se consacrent à Dieu, de la visite des prisonniers, du soin des lépreux alors commis à la charge des évêques, et de la tenue annuelle des conciles de la province.
Qu'il nous soit permis d'exprimer ici tous nos regrets de ce que le canon qui prescrivait la consécration de l'évêque par les évêques de la province soit malheureusement tombé en désuétude de nos jours. Alors un évêque n'arrivait pas inconnu à son peuple; c'était dans la métropole de sa province ou dans sa cathédrale , sous les yeux des fidèles commis à sa sollicitude et à sa tendresse, presque avec leur participation, aidé de leurs prières, qu'il était revêtu du caractère sacré, qui en faisait le père du pauvre, le soutien du faible et de l'opprimé, l'ange tutélaire de la cité. Que d'heureux et féconds résultats pour le ministère épiscopal devaient avoir cette solidarité établie entre l'évêque et son Eglise, ces liens de cœur, qui unissaient le pasteur au troupeau, d'une union si intime et si durable! Ne serait-il pas grandement à désirer que les conciles qui, de toute part, aujourd'hui cherchent à renouer la chaîne brisée de ces vénérables assemblées , fissent revivre cette sainte prescription et ce touchant usage?
366 HISTOIRE ÏIAGÎOLOGIQUE.
Ces canons du concile d'Orléans, tous d'une application immédiate, furent souscrits par cinquante évêques présents et par les délégués de vingt-un absents. Saint Gallican , archevêque d'Embrun , y avait député Prolus, son archidiacre.
Le saint pontife ne tarda pas d'assembler lui-même, en sa métropole, un concile de tous les évêques de sa province. Ces prélats étaient déjà réunis, lorsqu'on vint prévenir Gallican de l'arrivée d'un étranger dont la présence avait préoccupé toute la ville. L'archevêque surpris accourut : c'était le prêtre Yéran qui se rendait à Rome.
L'humble pèlerin espérait accomplir son vœu sans être reconnu; mais Dieu ne le permit point; à son approche, les possédés du démon proclamèrent sa sainteté par des cris et des agitations extraordinaires, et le peuple, au milieu de ce tumulte, présentait ses infirmes et ses malades à Yéran, qui les délivrait par le signe de la croix.
Gallican, devenu témoin oculaire de si insignes prodiges, accueillit avec faveur cet homme de Dieu que le ciel lui envoyait pour l'édification de son peuple. Il le pria de différer son départ, et ce séjour permit à Véran de renouveler les mêmes merveilles en présence de tous les suffragants assemblés.
Notre saint archevêque, après ce concile, put édifier encore quelques années son diocèse par la pratique des vertus les plus héroïques. Dieu le voulait sans doute ainsi pour prémunir le peuple d'Embrun contre l'impiété des Lombards qui étaient à nos portes, et qui devaient causer de si grands maux à cette Eglise , ainsi que nous le dirons dans les notices suivantes.