‹ Histoire hagiologique du diocèse de GapChapitre 27 sur 43 · S. ALPHONSE · texte numérisé non relu

S. ALPHONSE

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siècle,

x^^^^^arcellin Fournier, dans son histoire des Alpes ^y(V/lf^ maritimes et dans ses annales ecclésiastiques ' "|p|^^ d'Embrun, déclare n'avoir sur saint Alphonse * M aucune date certaine, quoique les diptyques sacrées de l'Eglise d'Embrun nous aient transmis son nom , accompagné du glorieux titre de Saint. L'ordre de ces anciennes tables a mis l'auteur dans la nécessité de placer ce pontife avant saint Marcel, qui vivait en 771. Cet historien avait cru que, vers cette époque, les maires du palais, tels que Ebroïn, Eudes et Charles-Martel , s'étant emparés des biens et des revenus des Eglises, plusieurs d'entre elles, en particulier celle d'Embrun, étaient sans évêque. Plus tard, des

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historiens de mérite sont parvenus à découvrir qu'en 756 et 759, un nommé Valehin siégeait comme évêque d'Embrun. Ce Yalchin était fils de Marron et de Dodine; il avait pour frères Symphorien, évêque de Gap, et Félix qui, de son mariage avec Béatrice, avait eu un fils appelé Abbon. Abbon devenu patrice français, acquit bientôt, par sa valeur, une fortune prodigieuse. Il posséda d'immenses domaines à Suze, dans l'Embrunais et le Gapençais, leDiois, le Valentinois , le bas Dauphiné et la basse Provence. Mais voulant en employer une partie en bonnes œuvres , il fit , par testament, une donation considérable aux Eglises d'Embrun et de Gap qui, apparemment, avaient été dépouillées de leurs biens. Cependant son oncle Symphorien ayant été expulsé de son siège , cet acte resta sans effet pour l'Eglise de Gap.

Les conseils de Yalchin portèrent Abbon , son neveu , à léguer des fonds assez considérables à l'abbaye de Novalaise qui, fondée vers l'an 480 par un de ses ancêtres, puis ruinée en 575 dans une excursion des Lombards, avait déjà été rétablie par le nouveau donateur en 726 , comme on peut le lire dans son testament daté de la vingt-unième année de la gestion de Charles-Martel, maire du palais et gouverneur des Gaules, ce qui répond, d'après le savant Mabillon, à l'année 759 (1). Cette pièce authentique nous apprend encore que Valehin avait lui-même surveillé les travaux de l'abbaye de la Novalaise, depuis le commencement jusqu'à la fin, tant

(1) On trouve ce testament dans l'ouvrage intitulé : Monumenta historiœ palriœ édita jussu Régis Caroli Àlberti , '18S6. Chartarum, tom. I, pag. 15.

pour la construction entière de l'église que pour celle des autres bâtiments. De là , le P. le Cointe a pensé que Valchin devait être évêque de Maurienne, dont dépendait l'abbaye de la Novalaise, depuis le règne de Gontram, mort en 595. Or, ce raisonnement n'est pas rigoureux.

11 s'agissait, il est vrai, de la construction d'un établissement important; mais c'était par les conseils de Valchin qu'elle s'élevait; c'était son neveu qui devenait par là le restaurateur d'une abbaye fondée par sa famille; il n'est donc pas étonnant que l'archevêque d'Embrun ait voulu, lui-même, diriger les travaux. Symphorien, évêque de Gap, a pu facilement le remplacer pendant son absence; nous ignorons même si, à cette époque, il ne fut pas forcé, comme son frère, de se retirer, tout en conservant le titre d'archevêque d'Embrun. On pourrait encore concilier les différentes opinions, remarque l'auteur érudit de l'histoire de Maurienne, en supposant que Valchin a d'abord été évêque de Maurienne, ensuite archevêque d'Embrun.

Quoi qu'il en soit, il demeure constant que l'épi scopat de saint Alphonse n'a pu commencer qu'après la mort de Valchin, son prédécesseur, c'est-à-dire vers l'an 740, et qu'il n'a pu s'étendre au delà de l'an 771 , où nous voyons saint Marcel monter sur le siège archiépiscopal d'Embrun.

A cette époque de trouble, le fardeau d'un diocèse était bien lourd à porter. A chaque pas, l'évêque trouvait l'occasion

d'exercer son zèle et sa patience, et de pratiquer la pauvreté.

Malgré les grands combats d'Eudes et de Charles-Martel contre les Arabes, sortis des Pyrénées comme un torrent dévastateur, des détachements nombreux pourchassés par les Francs, repoussés par les Gascons et les Yisigoths, pénétrèrent dans la Provence et dans les Alpes, en ravageant par le fer et le feu tout l'ancien royaume de Bourgogne. Le Rhône, la Durance et l'Isère leur servaient comme de guides pour gagner les montagnes, où ils choisissaient des positions inexpugnables. La soif des richesses, l'amour des plaisirs grossiers, le goût du pillage, l'habitude d'une vie errante, la rage de l'extermination distinguaient ces nouveaux venus d'avec les Bourguignons, doux et paisibles, déjà mêlés avec les anciens habitants de nos pays.

Pour arrêter ces maux, Charles-Martel usa d'un remède qui vint accroître l'affliction de l'Eglise : il livra les monastères, les évêchés et les cathédrales à ses officiers. Ces biens les récompensaient de leurs services passés, et les animaient, en outre, à garantir, par la voie des armes, des domaines considérables que les évêques n'auraient pu suffisamment protéger. « C'était, disent les historiens, le règne des hommes de guerre. La vieille alliance de l'Eglise gallicane et de l'armée franque était rompue; l'Eglise des Gaules était renversée de fond en comble. Les évêchés métropolitains de Reims et de Trêves furent, tous deux, concédés à un certain Milon, compagnon d'armes de Charles. Hugues, jeune serviteur des neveux de Charles, reçut les archevêchés de Rouen et de Baveux, et les abbayes de Fontenelles et de Jumièges.

DU DIOCÈSE DE GAI». l0§

« Un grand nombre d'évcchés furent ainsi donnés en bénéfice aux soldats heureux du maire du palais. Dans d'autres diocèses, les titulaires qui venaient à mourir n'étaient pas remplacés : on empêchait les clercs et le peuple de procéder à l'élection, et l'on partageait les terres et les villages aux Leudes de la contrée. »

« Les choses qui appartenaient aux évêchés en étaient séparées; les maisons religieuses étaient détruites, et la discipline perdue, à tel point que les clercs, les prêtres, les moines, les religieuses, vivaient sans règle aucune, réfugiés çà et là, hors de leurs légitimes demeures. Des gens qui ne savaient pas lire s'installaient, avec leurs femmes, leurs soldats et leurs chiens de chasse , dans les palais épiscopaux , et se croyaient les évêques les plus réguliers du monde, quand ils avaient coupé en rond, sur leur crâne, leurs longs cheveux et endossé une chasuble par-dessus leur jaque de fer. »

Heureux alors le diocèse où quelque évêque errant accomplissait les fonctions épiscopales, pendant que l'usurpateur laïque dévorait les revenus des clercs et des pauvres ! L'Eglise gallicane semblait prise d'assaut; l'on eût dit que les derniers rayons de l'intelligence chrétienne allaient s'éteindre, et que le monde était livré aux hasards de la force brutale.

Le règne de Charles-Martel fut donc une rude époque pour le clergé et pour le peuple. On peut juger, par ce faible aperçu, quelle vertu fut nécessaire à saint Alphonse, d'abord pour accepter Fépiscopat; ensuite quelles souffrances il eut à endurer, quels sacrifices les circonstances lui imposèrent,

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et quelles peines il dut rencontrer dans l'administration de son diocèse. Surtout on ne doit pas être surpris que ses actes n'aient pas été recueillis et conservés par nos pères; une perturbation si subite et si profonde ne le permettait pas,

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