VIII LETTRE PASTORALE
Saint Jean, en son Livre des révélations, nous montre un fleuve d'eau vive, clair comme le cristal, qui, du trône de Dieu et de l'Agneau, descend sur la terre. Ses eaux vivifiantes, ombragées par l'arbre qui produit la sainteté, coulent dans le vaste jardin de l'Eglise catholique, y fait croître le lis suave de la virginité, la palme vigoureuse du martyre, les mille fleurs des vertus; mais ces fleurs sont trop nombreuses pour figurer toutes dans les livres liturgiques des divers diocèses de la chrétienté. Parfois, le parfum de quelques-unes n'est renfermé que dans les sanctuaires d'une seule province. Le Vicaire de J. C. ne l'ignore pas; aussi, pour combler cette lacune, il autorise les Eglises à célébrer , avec des légendes particulières , la fête des Saints qui leur sont propres.
Or, ces légendes doivent être inévitablement tirées de quelque livre d'histoire locale. Mais, ou le prendre ce livre précieux et quadviendra-t-il si personne ne s'en occupe, si personne n'y songe? De là, cette nécessité de veiller sur notre légendaire, comme jadis Moise sur les ossements du patriarche Joseph, et d'en rassembler les plus petites feuilles, dispersées par le temps et souvent cachées sous la poussière des âges; de là, ce grand devoir de conserver nos traditions ecclésiastiques , aussi bien que le dépôt de notre foi; car un saint Père a dit, avec fondement, que la vie des Saints est l'interprétation de la doctrine; de là, le soin qui incombe à chaque Eglise de placer quelques pierres précieuses au frontispice , quelques nouveaux ornements à l'intérieur du temple déjà élevé à la mémoire de nos Saints, et d'exalter ces hommes que le Seigneur lui-même s'est plu à signaler dans sa magnificence.
DE MGR l'ÉVÊQUE DE GAP. IX
Leurs corps sont ensevelis en paix dans nos lieux saints ; quelques-uns sont vénérés dans nos églises. Leur nom a passé de génération en génération jusqu'à nous. Relevons leurs statues, montrons leur image, racontons leur vie et chantons leurs louanges. Conquérants du Ciel, ils sont bien au-dessus des conquérants de la terre, et leur histoire est autrement belle , autrement riche, autrement édifiante.
Or, Nos très-chers Frères , s'il est honteux de ne pas connaître la biographie de nos compatriotes qui se sont illustrés par des faits héroïques, par des découvertes utiles, par des actes de bienfaisance, assurément, il ne vous est pas permis, à vous, nos chers coopérateurs , ni même à vous, simples fidèles, de vivre oublieux de tarit de justes qui, par leurs vertus et leurs travaux, vous ont acquis et laissé le riche héritage de la foi. Il ne vous est pas permis d'ignorer à quels Saints, en particulier, vos oratoires, vos églises et vos autels ont été dédiés; il ne vous est pas permis de négliger les actes des Saints dont votre quartier, votre hameau, votre paroisse , peut-être, porte le nom; il ne vous est pas permis de ne point vous enquérir des immortels protecteurs qui veillent sur ce diocèse et qui l'ont fondé ; aux solennités desquels l'Eglise déploie toutes ses pompes, où les ministres sacrés redoublent de ferveur et multiplient leurs supplications. Non, il ne vous est pas permis d'oublier les glorieux pontifes dont vous pouvez encore baiser, avec respect, les restes vénérés. Pour cela, il faudrait n'avoir plus de patrie et cesser d'être ce que vous êtes : les enfants de ces Saints qui annoncèrent à nos pères la bonne nouvelle avec un zèle divin, au-dessus de toute reconnaissance