‹ Histoire illustrée de l'exposition universelleChapitre 16 sur 27 · TIIUPUÉE DES INSTRUMENTS DE MUSIQUE · texte numérisé non relu

TIIUPUÉE DES INSTRUMENTS DE MUSIQUE

l/iinporUuic(î que les législateurs anciens attribuaient h la musique, et rinfluence qu'ils lui supposaient sur le caractère et la civilisation des peuples, frappa sans doute le gouvernement après la révolution ; car c'est depuis cette époque qu'on s'est efforcé de rendre cet art populaire en France.

Le bon sens nous apprend, mieux encore que l'histoire, l'origine des instruments de musique.

Les instnunents à vent ont dû être inventés les premiers, et la flûte de Pan, formée avec des tuyaux coupés d*inéga1e Ion*

gueur, est le premier instrument qui soit sorti de la niain des hommes.

Diodoro de Sic^e attribue son invention aux sii&ements du vent dans les roseaux des étangs.

La carapace de la tortue de Mercure forma la première lyre.

iJn arc fut sans doute le preniioi- instrument à cordes, H les caprices de la brise venant mettre ces cordes en vibration, donnèrent l'idée des harpes éoliennes.

Le choc de deux feuilles de métal et le bruit sourd que rendent les corps creux quand on les frappe, firent imaginer les instruments de percussion, tels que les cymbales, timbales, sistres, etc.

Epigonius inventa un instrument à quatre cordes, et mius inventa également un instrument du même genre, mais enrichi de trente et une cordes de plus.

IModore ajouta de nouveaux trous à la flûte.

Des écailles d'huttres, des ossements d'animaux frappés Tun contre Pautre, connue nous faisons des castagnettes, étaient également employés par les anciens pour indiquer la mesure; car, dans toute l'antiquité, la mesure ou le rhytbme était regardée comme Tâme de la musique.

La coquille de mer (Buccina marina), ou bourel de mer, a, sans aucun doute, donné l'idée de la trompette. Les poètes anciens racontent qu< , duns les triomphes de Neptune, les Tritons se servaient du twurel pour chanter le roi de la mer.

\a trompette a été, dès la plus haute antiquité , employée dans les armées. La Bible ne parle-Uelle pas des trompettes qui firent tomber les murailles de Jéricho? Cet instrument, type de tous les instruments de cuivre, était aussi fort en honneur chez les Grecs et chez les Romains, ils en avaient de deux

EXPOSITION UNIVEHSELLE.

sortes, les unes droites et tes autres courbées, h peu près

comme les nôtres, dont Textrémité était fort évasée. Les premières étaient en usage pour sonner la charge et la retraite; les autres pour donner le signai du combat. Les Romains avaient encore des cornets qui n'étaient que des cornes de bœuf sauvage, garnies d*argent, que Ton sonnait pour faire entendre te commandement aux enseignes, parce que le son en était fort et portait très-loin. On se servait aussi de la trompette dans les sacrilice.<, dans les pompes funèbres et dans les jeux pour en annoncer le commencement et la lin.

Les autres instruments des anciens étaient : lyra, psalterium, trigonitm, iombuca^ cithara^ pvciix\ magas, eftanderon. On les touchait avec les doigts ou avec le pleclrum , espèce d'archet.

A ces instnnnents à cordes on joignait l<;s instruments à vent appelés libiat /Ululai luba^ cornu et Uiuus,

Instruments à percussion : lympa xum, cymbahm, vremtarulum^ tinlinfuibulum et ûrotalim»

La plupart n'avaient ([irun seul son très-indétenniné.

Le fintitifiubidum peut être considéré comme le tam-tam des ancicnis.

Les Barbar(\s rradoptèrent que la trompette.

Attila aiTectionnait les instruments de cuivre, et s'en faisait accompagner partout.

Guy d*Arezzo, auquel on doit la notation et Tappellation des notes de la musique, inventa \i\ vielle.

Colin IMuset fut l'auteur de la musette.

Le rebec, espèce de violon informe, nous fut apporté d'Orient par les croisés.

Le rebec, la guitare (qu*on appelait guiterne au xr siècle), répinette, autre invention de Guy d'Arezzo, le théorbe et le tympanon servaient aux espèces de concerts du moyen âge et de la renaissance.

Après ie violon, la viole, la violette, la bosse de viole, on vit bientôt apparaître le violoncelle, et Tîtalie fut le bereeaa de la

plupart de nos instriiments à archet. Mais depuis longtemps les instruments des Stradivarius, des Amati, etc., ont été imités avec une telle perfection que les plus habiles connaisseurs ont renoncé à placer les luthiers italiens au-dessus des luthiers français.

La contre-basse, qui existait dès 4590, ne fîit importée en

France que vers 1710 par le célèbre Nondoville, qui, le premier, en joua à Torchestre de r Acade'niie impériale de musique.

C'est à Luily que nous sommes redevables des cors de chasse, des timbales, dont l'invention est attribuée aux Tores par Du Gange, des trompettes, du violon et des basses de viole. Gluck introduisit les trombones au théâtre, et c'est Grétry qui fit entendre, pour la première fois, deux clarinettes à l'orchestre de la Comédie italienne.

Le tambour ancien {iymparwm)^ qui se tenait d'une main et se frappait de Tautre, comme notre tambour de basque, était propre aux femmes. U en est souvent question dans le Bible, et même dès la Genèse, où Ton dit que Marie, sœur de ' Moïse et d'Aaron, prit un lambour.

Les Grecs étaient peu novateurs en fait d'instruments de musique ; ils gardaient religieusement lesanciens qu'ils croyaient avoir été inventés par les dieux. Terpandre fût condamné à Tamende et honteusement chassé des jeux pythiques pour s*y être présenté avec une lyre à cinq cordes. Il avait osé ajouter une corde de plus à la lyre îi quatre cordes, ou l''lravorde! La lyre d'Olympe n'avait primitivement que trois cordes. Plus tard, il y eut la lyre à sept cordes ou V heptacorde. Thimothéc^ milésien qui vivait sous Philippe, roi de Macédoine, vers la 108* olympiade, multiplia les cordes de la lyre jusqu'au nombre de onze.

Les Grecs avaient donc : 1" la lyre, limty autrement appe-

Jée jL f'lws, et en latin tesludo, parce que sa bast; ressemblait à récaille d'une tortue, anûnal dont la figure avait donné la première idée de œtinstrament; 2* le trinôkm, ou rinstromeni triangulaire, qui a passé juscju^à nous sous le nom de harpe; 3" la cithare, kithara, d'où dérive le nom de guitare.

On peut déjà, en considérant seulement les instrument» de musique primitifs, les diviser en trois classes principales : 1* Les instruments à vent; 2* Les instruments h cordes;

3° Les instruments à percussion.

Tous les instruments aujourd'hui en usage et qui dérivent plus ou moins, selon leur perfection, de ceux dont on se servait dans rantîqqité, peuvent être rangés dans une de ces trois grandes divisions.

Les Chinois, considérant avant tout la nature des corps pbonog^nes, ont établi une classification à part. Ils reconnaissent huit espèces d'instruments, selon que le son est obtenu au moyen :

I 1* Delà peau;

2" De la pierre;

3* Du métal;

&• De la terre (cuite) ;

5* De la soie (tordue) ;

6* Du bois;

T Du bambou (que les Chinois ne considèrent pas comme un bois) ; 8* De ta calebasse.

Oiiant à nous, nous nous contentons de ranger les instrumi;ats de musique dans les trois ordres indiqués.

Cette méthode nous paraît la plus logique et c'est pour cela que nous Tadoptons.

Instruments à vent,^ On peut les partager en deux grandes

sections, en raison de la matière dont ils sont formés : instruments en bois et instruments en cuivre ou en laiton.

1/orgup et !os instruments analogues où l'on se sert du moyen artificiel des soullltU pour obtenir l'air destiné h l'aire résonner les tuyaux, seront l'objet d un chapitre spécial.

Il y a quatre sortes dMnstnunents en bois (à vent) :

i* Ceux qui se composent de simples tuyaux dans lesquels on souffle de !*air, tels que les flûtes traversières, la flÛte dite de Pan, ou syringe;

2" Ceux dont rembouciiure se place entre les lèvres et qui portent une languette contre laquelle l'air va frapper et se diviser: par exemple, le flageolet, les tuyaux de Torgue dits Ht^auxh bouche;

3* Ceux dans lesquels on obtient le son à Taide d'une lame de roseau appliquée et fixée sur une petite pièce de bois creusée en forme de bateau, comme dan-, ies clarinettes ou cors du basset. L'air y est mis en mouvement par une languette élastique et vibrante qu'on appelle Vancke, 11 y a deux sortes d' anches : la simple, qui se compose d*une petite lame de roseau ou de métal fixée contre une portion de tuyau, telle que celle de la clarinette; — la double, formée de deux languettes qui laissent entre elles un vide présentant la forme d'un tuyau très-aplati. Le hautbois, le tuyau principal de la cornemuse, ont des anches de cette espèce ;

4" Ceux qui ont une embouchure semblable à celle des instruments en cuivre, tels que le serpent et le serpent-basson.

Les instruments en cuivre forment une seule classe ; toutefois on pourrait en distinguer deux : ceux qui ont fembopchure creusée en baquet, tels que le trombone, la trompette, l'ophicléide, etc., et ceux qui, comme les cors, se servent d*une embouchure disposée en cornet,

Une division plus importante consisterait à distinguer les instruments en cuivre, selon que leur canal est ou n'est pas

garni de trous latéraux ; }e cor et la trompette ordinaire seraient dans le premier cas; Tophicléidei le bugle ou trompeiie h clef» etc. , dans le second. On former ait une troisième section

(i<\s instruiiK^iits dont le tube est susceptible d'allongement et de raccourcissenoent» tels que les trombones et les instruments à pistons.

On a enrichi de nos jours la famille des instruments à vent, en établissant pour eux ce (|ui existe dans la voix humaine.

Ainsi, on a créé des clarinettes, des cornets,' des trompettes, etc., sopranos, contraltos, basses et contre-ba.sses.

inslrumcnts à cordes, — Presque tous sont construits en bds. Les cordes avec lesquelles on les monte sont ou de boyau, ou de métal, recouvertes ou entourées de fil d*tfrgent. Ces der^ nières portent le nom de métalliqve» ou filées. Toujours elles sont retenues d'une manière fixe à une des extrémités de l'instrument, et, de l'autre bout, tournées sur une cheville mobile qui sert à les hausser ou à les baisser à volonté. Dan«> Tune des parties de leur longueur, excepté dans la lyre antique et dans toutes les harpes, elles reposent sur une petite pièce, soit de bois, soit de toute autre matière, placée sur la table d*harmonie de dessus. Cette petite pièce porte le nom de rhptalei. Presque tous les insti uinenis cordes sont composés de deux tables dites d'harmonie ; celle du dessus e^t prf'sqne toujours en bois sonore, tel que celui de sapin, et celle du dessous en bois plus compacte, tel que celui de Térable. Ces tables, placées au-dessus Tune de Tautre et éloignées selon le besoin, sont soutenues par des tasseaux et des bordures auxquelles on donne le nom (iV'V//,s',s7'\. Dans qur-lques-unes, au-dessous du chevalet, ut dans l'intention d'opposer une résistance au poids clue la tension des cordes fait supporter à la table de dessus, on place aussi comme soutien une petite colonne en bois, à laquelle on donne le nom d*am«. L*on pratique dans presque tous les instruments à cordes des ouvertures à la table du

dessus pour donner une isme au son qui, sans oe moyen, oe pourrait sortir de rinstniment.

Pour faire vibrer les cordes, trois moyens sont en usage : 1* rarchet: ^ les marteaux ou sautereaux, que les touches du

clavier font mouvoir ; '6° Tnltaque des cordes opérée par le pincé.

Les instruments à cordes les plus conuas sont, pour ceux à archet, le violon, Talto, la viole d'amour, la basse ou violoncelle, la oontre-basse; pour ceux -à touches et à davier, rorgue, le clavecin, Fépinette, le piano, le clavicorde, la vielle; pour ceux de pizzicato, la lyre, la harpe, la guitare, la mandoline.

Instnitnenls à percussimu — ils se divisent en deux grandes

class<.'s :

i' Ceux que Ton forme d'une peau d'animal tendue qui se frappe au moyen de baguettes ;

2* Ceux dans lesquels le corps frappé est un métal plus ou moins sonore.

On néglige une troisième classe dans laquelle la percussion a lieu sur le bois, comme les castagnettes, par exemple ; et une quatrième, où c'est Je verre qui est frappé, comme dans l'har* momca i nuurteau.

Les instruments à percussion les plus connus sont, pour ceux à baguettes frappantes, le tympanum, le triangle, le tambour, le Uiml)onrin, la grosse caisse, le tambour chinois ; pour ceux à baguettes frappantes ou roulantes, la caisse roulante ou tambour ; pour ceux k batianta, les sonnettes, les cloches, les paviU Ions chinois ; pour ceux à marteaux, les timbres, les carillons; pour ceux à frottement, les cymbales, les cloches ; les timbres et les timbales s'accordent et font entendre tous tes sons de la gamme.

Quelques instruments de l'antiquité, tels que le psallérium, le tympsnom, porta i<^nt sur leur table d'harmonie des cordes

as EXPOSITION UNIVERSELLE.

en (il de ter on de laiton que l'exécutant faisait vibrer en les frappant de chaque main» avec une petite baguette terminée en crochet Cesit en partant de ces premières ébauches si simples, qu*on est arrivé à l'idée compliquée du piano.

Le besoin d'augmenter le nombre des notes, la nécessité surtout de jouer ces instruments avec plus de facilité, poussa l'esprit humain dans la voie des recherches ; il erra longtemps, puis, enfin, au commencement du xiv* siècle, il découvrit le clavier, et les doigts purent alors parcourir à leur aise une longue échelle de tons différents. Le premier instrument à clavier est connu sous le nom de clar ironie ; ce n'est autre chose que le tympauum ou W tynii)anon, dans lequel les nouibreuses touches d'un clavier remplacent avec avantage les deux incom* modes baguettes recourbées. Une caisse d'harmonie recouverte d*une table d'harmonie, des chevilles auxquelles sont attachées des cordes de laiton, un clavier dont chaque touche est surmontée d'imc petite lame de cuivre destinée à frapper la corde qui lui est superpoiiée, forment tout l'appareil de cet instrument.

Le clavier avait été employé au perfectionnement des instruments à cordes frappées ; on le fit servir à l'amélioration des instruments à cordes pincées, et, vers 1530, on obtint plusieurs instruments ft clavier faisant entendre trois octaves et demie et mêjne quatre octaves. L'un était la virginale, à la caisse rectangulaire ; l'autre Véptnelte, dont la position horizontale lui donnait l'apparence d'une harpe couchée. Dans ces deux instruments, chaque son était produit par une corde unique en acier.

Mais ces nouveaux essais, tant admirés à leur apparition,

furent bientôt détrônés par le clavecin, dont la forme avait de la ressemblance^ avec nos grands pianos à queue.

Vers la tin du xvr siècle, Hans Buckers, qui, dans sa jeunesse, était un simple menuisier d*Ânvers, se fit, dans la fabrication des clavecins, une très- grande réputation. 11 monta

MUSIQUE. Vf

ses instruments, partie en cordes d'acier, pcirtie en cordes de laiton, en mit deux à chaque note, porta l'étendue du clavier à quatre octaves, et obtint une variété, une puissance de son juBqu*alors inconnues. Les cordes de Tépinette, de l» virginale et dtt clavecin étaient pincées par de petits morceaux de plumes, fixés à des baguettes à ressort ajustées dans la partie supérieure, de petits morceaux de bois minces et plats, qu'on nommait sautereamr.

L'Italien Parinelli imagina de monter ses clavecins en cordes de boyaux ; il obtint ainsi une qualité de son plus douce, plus moelleuse. Son instrument reçut le nom de clavieyleriiiBu

En 1620, Rigoli, de Florence, inventa le clavecin vertical^ qu'on a imité depuis dans une vnrif'lé du piano. Richard, de Paris, essaya de substituer de petits morceaux de bulTIe à la plume pour faire résonner les cordes ; par ce moyen, il obtint des sons plus agréables, sans perdre de la force.

On construisit des clavecins qui avaient plus de vingt changements, au moyen desquels on imitait, tant bien que mal, la harpe, le luth, la mandoline, le basson, le flageolet, le hautbois, le violon et d'autres instruments : les sons qui n'avaient d*ana1ogie avec aucun instrument reçurent des noms nouveaux, tels qoQjeu eétestetjeu angéliqw. On obtenait ces changements par le mécanisme des pédales que Ton mettait en mouvement avec les'pieds ou par des ressorts que les genoux dirigeaient à volonté. On fit, à la même époque, beaucoup d'essais qui tous restèrent infructueux; on construisit le c/ai'frn* vis-à-vis^ le clavecin d^amwtr, etc.; mais tous ces instruments étaient entachés du môme défaut» de produire un ton sec et dur, comme tous les instruments à cordes pincées dont ils n^étaient qu^une variété, et de ne pouvoir se prêter aux nuances si essentielles du forle et du piano.

Au commencement du xviir siècle, le racleui fiançais Marius, r Allemand Schrœler et l'Italien Cristofoli mirent au

jour de nouvelles découvertes ; iiuiisà Marius appartient, sans contredit, la priorité de rinvention.

Le clavecin exprimant les nuances si longtemps désirées du farte et da piMo, on Tappela pouïr cette raison clavecin fortepianùf 00 simplement forte-piano; puis, pour abréger encore, forte ou piano,

PIAWOS

Depais rinvention da clavecin à maillets, le piano, qui tixmve son origine dans cet instnmient, a subi environ huit cent cinquante métamorphoses avant d'arriver à l'état perfectionné où nous le voyous aujourd'hui dans ses types principaux, qui sont :

Los grands pianos à queue ;

Les petits pianos à queae ;

Les pianos carrés à deux cordes ;

Les pianos droits à cordes obliques ; d* à cordes verticales ;

Les grands pianos droits ;

Les pianos exceptionnels.

Les premiers pianos que Ton vit figurer aux expositions françaises sont ceux de MM. Érard, Pleyel, Roiler et Blanchet, Kriegelstein et Plantade, Henri Hert, Wolfel et Laurent

Soufléto de Paris, Boisselot et fils de Marseille.

Avant d'analyser les qualités particulières qui distniGçuent les pianos d' Érard, adoptés par tous les grands artistes, nous croyons devoir revenir sur le point de départ d*un instrument é. répandu aujourd'hui, et indiquer qaelles transfonnations il a successivement subies pour arriver à sa perfection actuelle.

Ainsi que nous T avons démontré, le piano est un instrument modfrne.

il était à peine connu il y a un siècle, et la harpsicorde, qui le précéda, ne remonte pas à plus de deux cents ans. Ëxtérieo-

MUSIQDE. a»

rement, elle ressemblait au piano à queue. C/était une cnisFie de bois de la même forme, ayant un clavier que pressaient les doigts de Texécutant. Son mécanisme difiérait con^étement de celui du piano. U consistait fiimplemeiifc en une touche sur laquelle était fixé verticalement un morceau de bois appelé s&utemtu, auquel était attaché un morceau de plume qui pinçait la corde pour la mettre en vibration. Au-dessus d»3 la plume, le 8aut«reau ôtait pourvu d'un morceau de drap qui agissait comme étouffoir, afin d'arrêter les Tibraiions de la corde dès que le doig;t de Texécutant laissait relever la touche. Tel était l'instrument qui devait faire place au piano.

Ce fut en 1716 que le facteur Marius, dont nous avoni* parlé, présenta à l'Académie des sciences de Paris un clavecin dont les cordes étaient frappées par des marteaux. Cette modification changeait complètement la nature de Tinstrument, Deux ans plus tard, un facteur italien introduisit dTautres amélKHrations qui peuvent être oonsidépées comme le point de départ du piano moderne. Ce nouvel instrument ne reçut pas d<' suite un accueil favorable du public, c?ir en 17()0, quaraate-quatre ans après son introduction dans le monde musical , on ne trouve cfue deux facteurs de pianos établis, Zempe en Angleterre et Silbermann en Allemagne. Mais, comme le célèbre Haydn a latissé soixante soiiates composées expressément pour le nouvel instrument , on pourra juger par ce fait de la position favorable qu'il occupait dans l'estime des compositeurs en face ck son rival , le clavecin.

La maison Érard possède le piano sur lequel Gluck a composé son opéra tragilyrique d*Armde, 11 a quatre pieds et demi de long et deux pieds de large. Sa table d'harmonie est carrée ; ses cordes sont comme des fils ; les marteaux se composent de quelque> garnitures de cuir au bout d'un sautereau, et se meusent à l'aide d'une charnière. Personne aujourd'hui ne voudrait se servir d'un semblable instrument, et cette obser-

fO

valioii nous amène naturellement à rechercher par quelles causes pi.mi), si di-lectiioux à son orif^ine, a pu se substituer à d^autres instruments qui avaient déjà acquis toute leur perfection avant son apparition dans le monde.

Si les compositeurs trouvent dans le violon ou dans la voix tout le secours dont ils ont besoin pour Texécution de leurs mélodies, il n'en est pas de même pour les compositions concertantes ou d'orchestre. C'est alors que pour celles-ci le piano tient dans leur cabiuet la place des chanteurs et des musiciens qui leur manquent. Avant qu'il existât, ils le remplaçaient tant bien que mal par les instruments à clavier connus sous les noms de clavicordes, harpsicordes, épinettes^ clavecins. L*aide que les compositeurs retirèrent du nouvel instrument, ils le lui payèrent au centuple en écrivant pour lui leurs composilii)ii> favorites et en s* exerçant à le jouer avec le plus d'éclat possible. Il s'ensuivit une réaction mutuelle de l'artiste sur Tinstrur ment et de celui-ci sur Tartiste et sur le public. Sa popularité naissante engagea à Taméliorer; chaque améitoratton amena on nouvel effort du compositeur pour produire des effets nouveaux; et c'est ainsi que le piano est devenu, en passant par les mains d'un homme de génie, le plus populaire des instruments.

G*est de l'arrivée à Paris de Sébastien Érard que date la création, en France, de la facture de pianos ; car, avant lui, le petit nombre de ces instruments que Ion voyait chez nous était tiré d'Allemagne ou d'Angleterre. 11 fut donc le londateur d'une industne qui occupe aujourd'hui l'un des premiers rangs dans l'industrie parisienne.

L'utilité du piano comme instrument d'accompagnement et d'exécution était trop évidente pour qu'il restât longtemps station lia ii-e. La préoccupation des facU;urs se porta d'abord sur les moyens de donner à ces instruments des sons puissants et aussi purs que possible, et de leur assurer une bonne

tenue de Taccord, élément indispensable d'un bon piano.

Us y parvinrent par le développement de la table d^harmonie ou corps sonore, par les barrages métalliques dans le sens du tirage des cordes, et venant résister d'une manière efficace à la picssion que celles-ci exerçaient sur les deux extrémités de la caisse, et qui n'est pas moindre de ±1,000 kil. dans les pianos d'Ërard, par des agrafes ou sitlets, au travers desquels la corde passe en faisant un angle vertical relativement au plan de la partie vibrante de la corde, de manièrè à ce que celle-ci soit supportée au-dessus du coup de marteau. Si le barrage consolidait la caisse et pci-incttait d'auf^nicnter W volume du sou par Tusage de cordes d'un plus gros diamètre, Tagrafe donnait à la corde une assiette ferme et solide, surtout dans les notes aiguës, où le marteau frappe la corde tout près de son point (!'ap[Hiî. Aussi cette belle invention a-t^elle fini par être adoptée par les facteurs même qui l'avaient le plus décriée.

Mais ces perfectionnements importants ne contribuèrent en rien à améliorer une partie capitale du piano, celle dont les exécutants se plaignaient le plus, parce qu'ils en sentaient mieux que personne les défauts. Nous voulons parler du mécanisme par lequel seul ils pouvaient essayer de faire goûter h leurs auditruis les bcautt's de leurs compositions ou la pureté et l'éclat de leur exécution.

Deux systèmes de mécanisme étaient en présence. L*un adopté par les facteurs allemands et Tautre par les facteurs anglais. Le premier était remarquable par la légèreté du toucher et la grande facilité d'expression ([u'il donnait h l'exécutant. Le second se distingunit par la richesse de son produit, par sa supériorité dans le frappé du marteau.

Les inconvénients du mécanisme de Vienne provenaient d*un manque de fixité dans le centre du marteau, qui, monté sur la touche elle-même, à une certaine distance de son centre,

au moyen d'une l'uurche, devient vacillant dès que le centre, de la touche s' use par le frotteiiicnL, et par là, perd la précision nécessaire pour produire m coup net. Ensuite le marteau était exposé à rebondir sar la corde après Tavoir frappée.

Qn reprochait au mécaiijsme aogtais beaucoup de lourdeurt une difficulté à répéter presque insurmontable, défauts à peine compensés par un coup de marteau net, vigoureux et précis. Aussi les grands artistes se faisaient- ils généralement entendic sur les premiers, dont les inconvénients leur paraissaient devoir moins affecter leur talent.

Si nous examinons le rôle important que joue le mécapisroe dans les instrument*^ à clavier, nous comprendrons bien vite les tribulations des iii 1 nrtistes de l'époque. C'est au mécanisme qu'il faut s adi esser pour arriver à produire ces nuances d'expression que l'artiste produit lui-même avec d'autres instruments. Entre l'âme du compositeur qui crée et la corde qui traduit sa création, il existe une double action mécanique , celle produite d'abord par les doigts du joueur et Taulre pur les parties du piano qui uielient le marteau en mouvement. Plus on parviendra à rendre intime lu liaison qui doit exister entre ces deux actions , plus on se sera rapproché du but à atteindre, plus on aura donné à Texécutant les moyens de faire rendre avec exactitude à Tinstrument les sensations qu'il veut faire passer de son âme dans celle de son auditoire.

11 s'agissait donc de trouver un mécanisme (pii eût la netteté et la force du frappé du marteau, et la richess(; de son du système anglais, et en même temps la légèreté du toucher et la facilité de répétition du système viennois. Cest à la solution de ce problème que Sébastien Ërard dévoua toute son énergje, et c'€»t à lui qtie nous devons enfin le mécanisme h double échappement qui ne lui coûta pas moins de trente années de reciierches et d'expériences de toutes sortes qui produisirent les résultats que nous allons décrire.

MisiguE. n

A raide de œ inécatifsnw, le marteau est coiieitémmeiit nous

le rontrole de la tcrttchp, de sorto que la plus légère pression imi)i uiK'c à celle-ci est iDstnntahcinent suivie d'un elFet correspondîini du marteau sur Ui rorde. Dans l'ancien mécanisme, dès que renfoneemeni de la touche avait fait monter le mai^ teau à Ifa corde, pouf répéter le coup il faNàit d*abord laisser la touche se relever àu niveau des autres; dans le riouveau système, la touche fait parier la corde, quel que soit le degré d'enfoncement i\u()u lui dmine. C'est cet elîet qui periDcM aux artistes d'exprimer toutes les nuances intermédiaires entre le forte et le forlissintû, le piano et le pia*imimo. Le piano d*Érard se pénètre du génie du compositeur et de Texécutant et rend leurs Impressions comme ils les ressentent.

Ce fut en 18:21 (ju Éiard prit un brevet en Anfileterre pour cette belle découverte, qui peut être tni»e en regard de mu double mouvement pour la harpe H de son jeu expresnf au doigt pour Torgue. Ce fut à M. P. Érard, son neveu et successeur, que fut dévolue la tâche de perfectiotmer les détails de ce mécanisme, afin qu'il pût donner tous les nisuHats dont son principe était susceptible. A ftirce de soins il est arrivé à faire de son grand piano un instrument parfait, ne laissant rien à désirer et recherché avec empressement par les artistes et amateurs de tous tes pays.

Lorsque son brevet d* Angleterre expira en 1835, M. Pierre foard, qui n'avait encore recueilli aucun fruit de cette belle découverte, adressa une pétition au conseil pnvé de S. M. pour obtenir sa prorogation, t ne commission composée des noms les plus éminents de l'Angleterre et présidée par lord Lyndhurst fut nommée, et après un examen minutieux auquel prirent part des artistes et des savants, les juges accordèrent à M. Ërard la prolongation quMI demandait, et lord Lyndhurst ajouta que dans tous les dis où des demandes semblables seraient adressées au conseil privé, L,eurs Seigneuries exigeraient la preuve la

plus complète, non-sealemeDt que le pétitionnaire n* avait retiré aucun fruit de son brevet, mais encore que Tutilité de Vinvention était incontestable.

Depuis cette époque, le jugement de cette commission a été ratilié par le public d'une manière irréfragable. Le piano d'£rard a été adopté par tous les grands artistes et les amateurs de tous les pays, et enfin, le jury de l'Exposition de Londres lui a décerné la seule grande médaille attribuée à cette industrie. (The Council Medal.)

M. P. Krard , que la inorL vient de IVap|>cr, n'avait rien négligé pour c^ue son exposition de Paris fiit au niveau de celle de Londres. Elle se compose de :

{• Un grand piano à queue, style Louis XV, décoré de peintures dans le genre de Wateau par M. Guicbard et orné de bronses par Victor Paillard :

La caisse de ce piano est d'une solidité extraordinaire. Elle a un barrage en bois d( bout au-dessous de la table d'harmonie, un barrage en métal parallèlement et au-dessus du plan des cordes, et appuyé sur des butés en fer. Le côté cintré de la caisse est formé de cinq planches collées ensemble dans un moule , afm de lui donner une solidité plus grande. La table d'harmonie placée sous les cordes couvre toute l'étendue comprise entre les côtés extérieurs de la caisse, sauf l'espace nécessaire |)our le passage des marteaux. Les cordes sont en acier et d'un diamètre tel que le poids total de leur tension, lorsqu'elles sont au ton, ne s'élève pas à moins de 23.000 kil. Elles traversent des agrafes taillées dans un sommier en bronze, en faisant un angle vertical relativement an plan de la partie vibrante de la corde, de manière à prévenir le plus léger déplacement de ceiui-d, quelle que soit la force du coup de marteau qui la met en vibration* Ce sommier de bronze forme avec le sommier d'attache un châs^s en métal pour supporter le tirage des cordes. Le clavier a 7 octaves du la au ta, 4 l'aide de cet

instnimeot et de son mécanisme, chef-d'œuvre de précisio]), le point du clavier sur lequel agit le doigt transmet à la partie du TTiécanisnic qui fait agir le marteau sur la corde, toutes les

nuances de st'ntiiiient de toucher, de sorte que rinstrumenl participe jusqu'à un certain point de cette sensibilité de jeu que Ton remarque dans la harpe où le doigt agit sans intermédiaire sur la corde.

^ Un piano oblique du grand modèle ayant 7 octaves du la nu la, avec barrage en fer parallèle au plan des cordes, sommier boulonné ;

3' Vn oblique ordinaire en bois de rose prné de bronzes dorés, style Louis XYl, à â cordes, de Yut au /a, avec sommier d'attache en métal ;

A* Un piano oblique à 3 cordes de Vut au la, mêmes perfectionnements que le précédent, orné dans le style renaissance ;

5" Une harpe à double mouvement, ornée dans le style gothique.

Au nom d'Érard, celui de Camille Pleyel, enlevé également à rindustrie et au monde artistique quelques jours avant Touvertore de Pexposition universelle, vient naturellement s'associer. Auteur de quatuors pour piano, violon, alto et basse, de trios charmants pour piano et violoncelle, nous ne doutons pas que celui auquel nous devons la Marche de Moïse et les Souvenirs d'Armid*', ne fût devenu un de nos meilleurs compositeurs^ mais que d'excellents pianos nous aurions de moins ! Son père, Ignace Pleyel , compositeur de musique d'un vrai mérite, fonda, en 1847, celte importante fabrique de pianos ^éréc aujourd'hui, au nom de mademoiselle Pleyel, par M. Auguste VVollT. Depuis cinq ans déjA, M. Auguste Wolff, qui réunit à un talent de pianiste très -distingué, l'avantage d'excellentes études scientifiques, partageait tous les soins de ce vaste établissement en qualité d^associé et de fondé de pouvoir. Son habileté éprouvée est à la hautair de rhonorable

K X »H »S J i l C) iN l N I V E K S 1- L L E.

mandat qui lui a été conféré. Grâce à lui, ta maison Pleyel reste en mesure, oussi bien de soutenir à Texposition universelle la liante réputation de ses produits, (juc de continuer dans ?es relations commerciîiles, intéricuros et extérieures, les habitudes de loyauté qui l'ont constamment distinguée.

En la maison Pleyei dut être entièrement renouvelée à la suite d'une étude sérieuse et approfondie des fabrications étrangères faite par Camille^ Pianiste élégant, compositeur romme sou père, dont il était l'élève. Camille Pleyrl était, plus que tout autre, en ()osition d'apporter h la facture du piano des perfectionnements qui rendissent cet instrument capable de répondre aux besoins de Técble musicale moderne. Ce fut donc armé d*un grand courage, d*une activité prodigieuse et d'une Apre constance au travail, que Camille Pleyel entreprit de triompher des obstacles qui hérissaient les débuts de sa carrière industrielle ; c'est qu'il s'agissait en clîet, moins de créer une maison nouvelle, ce qui est toujours facile avec des capitaux, de l'intelligence et de la volonté, que de rompre avec les errements suivis jusqu'alors, et d'oublier le passé pour adopter les procédés nouveaux et découvrir les améliorations, les pertectionnements dont la fabrication des ])ianos lui est redevable. C'est en s'appuyant sur de nouvelles bases que cette fabrique a pris le développement qui la place au rang élevé qu'elle occupe aujourd'hui dans la haute industrie. N'oublions pas de mentionner qu'une partie de ce résultat est due à l'association de Kalbrenner, qui, revenu de Londres en 4895, oîi il avait eu les plus beaux succès comme professeur, se fixa en France, et aida Pleyel de sa cooi)ératîon d'artist« et de capitaliste.

£n 1827, 1839 et 18&&, la maison Pleyel obtenait, comme juste récompense de ses travaux, la médaille d'or; en 188/i, Tordre de la Légion d'honneur avait été conféré ft son chef; et

enfin, à la deraière exposition, elle était mise hors de concours.

Oiaii

Les établissements qui la composent sont montés avec la plus

grande surabondance de matériel , d'outillage et d'ouvriers. Aussi la production subvient-elle largement à toutes les demandes faites par la majeure partie de Tunivers , et les quinze cents pianos qui s'y fabriquent annuellement, sont-ils bientôt expédiés, moitié pour la France et moitié pour ritalie, l'Espagne, les deux Amériques, le Chili, le Pérou, Tlnde et jusqu'à l'Australie dont on reçoit les commandes.

ln(l(''pondanin)Pîit du dépôt des bois indigènes^ et exoticjues situé à Glignancouit, où s'élaborent les travaux de première préparation, la fabrication s'exécute à Paris^ simultanément^ me des Récollets, dans un vaste hôtel contemporain des essais primitifs de construction des pianos, sons la direction de Camille Pleyel, et rue de Rorhechouart, dans des ateli(?rs plus vastes encore, qu'il avait suceessiveiuent annexés à son établissement principal, renfermant en outre : des salons destinés à l'essai des pianos, une petite et une grande salle de concerts appropriées chacune au genre de musique qui doit y être exécuté. Enfin, une succursaU^ plus centrale, puisqu'elle est située rue de Richelieu, entre la place de la Bourse et les boulevards, ollre, dans une suite de salons parfaitement ménagés pour l'acoustique, un choix varié des meilleurs instruments tirés de l'établissement principal.

Tels sont les moyens dont dispose aujourd'hui M. Wotff, le nouveau directeur, telles sont les immenses ressources qu'offre rétablissement, dont les produits, si justement recherchés, figurent en première ligne au Palais de l'exposition universelle de 1855.

La maison connue généralement sous la raison Roixbr et Blanchbt est, depuis de longues années, au premier rang de

l'industrie musicale. Son origine remonte plus haut ([ue la

création du piano; car Blanchet (François-Étienne), habile

factéur de clavecîos, qui vivait en 1750, en est le fimdtUeier» Ses successeurs immédiats furent ses fils et petîtrfils; ce dernier (Armand-Franççîs-Nicolas), très-distingué dans sa

profession, fut attaché à la maison de TEmpereur, et, plus tard, au Conservatoire de musique. Il mourut en 1818, laissant un fils en position d'occuper dignement ses différents emplois K Blanchet (Nicolas) suivit la carrière de ses pères; il ouvrit laborieusement une nouvelle voie à la fabrication du piano, dont Tusage avait, dès cette époque, prévalu silr celui du clavecin.

Nicolas Blanchet était facteur breveté par M"" la duchesse de Berri, loraqu'en 1826 il s'associa RoUer, son émule, et leur établissement prît la dénomination sociale RoiLERet BitANchet.

RoUer et Blanchet créèrent le piano droit, et prirent un brevet (en 1827) pour s*assureF la libre et unique exploitation de ce nouveau genre de piano. Celte interdiction, faite à la facture, de produire des pianos de cette forme, souleva de grandes rumeurs. Chacun de dire que le piano droit n'aurait pas de succès, que cette invention tomberait comme tant d'autres.

Les efforts de RoUer et Blanchet ne furent cependant pas ralenti?. Loin de là, ils pcrfrctionnèrent leur idée première, améliorèrent la forme du piano droit, et firent de nombreu.\ voyages, tant en France qu'à Tétranger, pour le faire adopter. • Ce ne fut que plus tard quMIs laissèrent le champ libre à la concurrence, dans Tespoir de populariser cette ingénieuse innovation. Le succès couronna leur œuvre : ceux qui avaient le plus déprécié le nouv el instrument en furent les plu> uidculs précouiseurs ; tous clierchèrent à le rendre d'un prix accessible aux masses; et, dès lors, le piano ne fut plus un objet de luxe. La culture de Tart musical se répandit au fur et à mesure

1. Voir la Hiographie vniverxeik drs musiciens, par Félis, 1. 1, page 213.

de rintroduction da piano droit; et, la renommée de RoUer et Blancfaet grandit avec rapidité, comme il arrive lorsque le saccès repose sur an perfectionnement aussi peu contestable.

Ils obiiiircnt la m(^daille d'argent à Texposition de riiidustrie française de 1827, puis la médaille d'or en 1834, et le rappel de la même récompense eu 1839. Enûn, ils furent nommés facteurs de la reine Marie-Amélie en i8&0.

Quelques années plus tard, Blanchet, se retirant des affaires, céda sa succession à son fils, ancien élève de TÊcoIe Polytechnique, qui , à la fin de ses études, avait été nommé officier du génie , et destiné à poursuivre une brillante carrière dans les armes savantes.

Sacrifier le charme et la gloire de la vie militaire, abandonner ses affections de capiaraderie pour entrer dans la vie industrielle et commerciale, rien ne coûta à Blanchet Dis; quand il put craindre que son père laissât entre des mains étrangères une maison qu'il devait considérer comme une fortune patrimoniale. D*ailleurs, il pouvait appliquer à Tindustrie des pianos le fruit de ses études scientifiques, et entreprendre ce triple problème, digne de recherches, où Ton doit tour à tour invoquer les règles de la mécanique, les principes de Tacoustique et les considérations artistiques de l'ordre le plus élevé.

Rien ne pouvait donc mieux convenûr au progrès d'une fabrication, jusqu'alors empirique, que la coopération d'un homme jeune, éclairé, possédant ce sentiment exquis des arts qu'une éducation distinguée peut seule donner.

La maison Roller et Blanchet, en devenant Roller et Blanchet fils , acquit une nouvelle source de prospérité , et doubla sa réputation première.

En à la suite des concours de Texposition nationale, un nouveau rappel de la médaille d'or fut accordé à la fabrication de Roller et Blanchet fils, et, en 18&9, ils furent mis

m EXPOSITION UNIVERSELLE.

hors de conooursw Enfin» Texposition universelle de Londres

lut l'occasion d'un nouveau succès : the prize-medal leur fut déceriice ])ar le jury intenintioiuil.

C'est peu de temps après, en janvier 1852, que Blanchel fils devint seul propriétaire de l'intégralité des objets et valeurs composant la manufacture, par racquisitîon qu'il en fit à son ancien associé, et qu*il fut personnellement désigné pour être facteur de LL. MM. TRiiipereur et Tlmpératrice.

Aujourcrimi, tout en continuant à fabriquer des pianos semblables à ceux qui firent la fortune de ses devanciers, Blanchet fils a créé de nouveaux modèles, réunissant k Télégance du meuble tes qualités essentielles de Tinstrument. II a pu perfectionner encore les plans et calibres de Roller et Blanchet, en faisant concourir à ce but les anciens et fidèles ouvriers de cet établissement, tous initiés depuis de longues années à ses bonnes traditions.

Les instruments qu'il a exposés dans le Palais de l'Industrie sont d*un mérite hors ligne.

La maison Boisselotet fils, de Marseille, a sa place marquée au premier raiifz; dans l'histoire industrielle de notre époque. Elle est une de celles qui ont pris l'initiative de tous les perfectionnements que Ton doit signaler dans la fabrication des pianos depuis vingt -cinq années, date de sa fondation. En réputation et en mérite , elle égale les deux ou trois maisons de Paris, dont les instruments sont acceptés comme les chefsd'œuvre du genre, |iar l'élite du monde musKal. On lui doit l'introduction en France des pianos à queue . tlits de salon, et une multitude d'inventions qui lui ont valu, à diverses reprises, des médailles d*or et d'argent et autres récompenses honorifiques..

Sans revenir sur l'état de la facture du piano dans les premières années de ce siècle, on sait que 1 imperfection native

MUSIQUE. m.

du piano caiTc le rendait indocile à toutes les améliorations que les fabricants consciencieux essayaient de lui découvrir. Malgré les efforts malheureux de M. Pape, le piano carré, dut céder le pas au piano droit

M. Boiflselot père comprit, avec cette pénétration dont il a donné de si belles preuves, qu'il t'a liait entrer résolument dans la voie nouvelle. De là cette activité incroyable qu'il d('])loya. Ses pianos, que les virtuoses du midi et de Tétranger ne tardèrent pas à remarquer, rivalisaient avec les meilleurs instruments fabriqués dans les premières maisons d*£urope. Hais Paris suffisait aux besoins de la France ; et il eût été imprudent de marcher sur ses brisées. M. Boisselot , inspiré par le p;énie phocéen, tourna ses regards ailleurs. L'Espagne, le Portugal, l'Italie, les Indes, l'Amérique offraient à ses produits de vastes débouchés^ 11 essaya de rivaliser avec la fabrication anglaise sur toutes les places ; et il parvint à établir à meilleur marché des pianos d*une qualité supérieure.

VIANO VaOlT M BOISSELOT PILS, DB HAVSBILI.R

Loin de se borner toutefois à poursuivre la fortune comme tant d*autres eussent fait à sa place, il s*attacha à bien mériter de l'art et du pays, en simplifiant la fabrication du piano, en augmentant *sa sonorité, et surtout en lui garantissant une solidité susceptible de résister aux changements de température {«.ous toutes les latitudes.

M. Louis Boisselot liis , animé par Texempleet les conseils de son père, fit un voyage en Angleterre pour compléter ses études. Il en rapporta une foule de procédés ingénieux qu*il avait surpris dans ses pérégrinations à travers les ateliers d'outre -Manche. La mécanique du toucher, et les instruments de prf^rision dont les Anglais faisaient usage, pour donner nu piano plus de sonorité et une égalisation plus juste dans l'ampleur et le timbre des notes, préoccupèrent avant tout son esprit analytique. Il revint en France, riche de renseignements précieux et d'une idée toute féconde. Nous voulons parler du petit piano à queue dit de salon , dont la sonorité étonne tous les connaisseurs; car il permet aux artistxîs de traduire toutes les délicatesses de la musique sérieuse.

Le piano ciédiharmonique^ dont Tinvention remonte à 1836, et au moyen duquel chaque musicien peut sans peine accorder son instrument, a marqué la deuxième étape des recherches combinées de M^l. Boisselot père et fils. Une année après, ils abordèrent l'exposition de Toulonse avec un piano d un nouveau système , rendu plus remarquable par l'adjonction d'une invention de Pascal Taskîn, célèbre facteur de clavedns du xviii' siècle.

A Texpositîon de 18&ii, la maison Boisselot soumit deux

remarquables pianos à l'appréciation du jury.

Avec le premier, dit piano ncimné ^ l'exécutant pou\ ait en frnpi)ant une seule louche obtenir un double ton ; on entendait à la fois la note réelle et son octave.

Avec le second , dit à vibrotim libre , le pianiste prolon-

geait li volonté une note quelconque en appuyant un peu plus fortement sur sa touche que sur les autres. Jusqu'alors on s'était exciusivemeiit servi des pédaies qui présentent iUnconyénient d'allonger toutes les notes ensemble, ét d'enlever par conséquent à )a partie mélodicpie sa véritable physionomie.

En lH/i7, un deuil profond inlerrouipit les études et les travaux de ces valeureux industriels. La mort, sans pitié pour une carrière si richement fournie, frappa la maison de Marseille dans son chef et fondateur , M. Boisselot père.

M. Xavier Boisselot, son deuxième fils, qui avait embrassé la composition lyrique et moissonné bien des couronnes sur les théâtres de France , voulut aider son frère Louis à porter le fardeau glorieux qui leur avait été légué. La succession n'eut pas à souffrir dans leurs mains habiles. Ils crurent ne pouvoir mieux honorer la mémoire de leur père , qu'en mettant en pratique ses dernières idées.

Aussi à Texposition del8/i9, avons- nous vu reparaître,'' enrichi de notables perfectionnements, le piano h vibration hbre et à sons soutenus, et un autre piano dit planicorde,

M. Louis Boisselotne devait pas survivre longtemps à son père. En 1850 , une nouvelle douloureuse se répandit parmi les artistes. La mort venait de briser cette existence si riche d*avenir , et qui déjà avait tant de droits à la reconnaissance publique.

M. Xavier Boissclot sut résistxîr à cette double détresse. Seul, il se mit à la tête de l'importante maison de Marseille; il ne recula pas devant la tâche immense qui lui était imposée ; et si depuis cinq ans il a maintenu dans sa splendeur la tradition d'intelligence, d'activité, de génie industriel dont son père et son frère lui ont en mourant confié la garde, le monde musical applaudit à de si nobles efforts.

Au grand concours de 1855, M. Xavier Boisselot a exposé six pianos : un piano droit, à six octaves trois quarts en palis-

iOi EXPOSITION UNIVERSELLE.

sandre; — un piano droit à sept octaves, et de deux mètres de

hauteur (système du piano à queue) ; — un piano à cordes obliques a MX octaves trois quarts, en bois de rosi' avec décorations élégantes ♦ — un piano à queue, format de salon, et à six octaves trois quarts; — et un grand piano à queue, dit de concert.

Le piano à queue, format de salon, est remarqué par tous

les visiteurs pour sa sonorité. I.e mécanisme du clavier est constriHl taçon à permettre à Tarliste la traduction dt; toutes les nuances, de tous les grands effets, de toutes les difficultés muflicale&

S*il entrait dans notre plan d*adjuger ici la première place

à ceux qui ont su la conquérir dans cette vaste arène où tous les genres de mérite ont été conviés, nous aurions du commencer par les pianos de la maison Henri Herz. C'eût été 'rendre hommage aux glorieux efforts de Téminent artiste qui dinge ce vaste établissement, et à la persévérance qu^il a déployée, avec une rare énergie, pour arriver à Téclatant résultat qui trouvera sa mention au chapitre des récompenses.

Nous ne parlerons pas de riniuicnso talent de M. Herz comme pianiste et comme compositeur. Tout ce qui a pu être écrit et dit à ce sujet, d'autres Tout écrit et dit avant nous. Nous passerons donc sous silence les compositions de M. Herz qui ont été jouées dans toutes les parties du monde , les progrès qu'il a fait faire h Tart du piano, la fondation de sa salle de concerts où, depuis seize ans, toutes les célébrités musicales se sont fait entendre. Nous voulons seulement nous occuper des produits de T industrie, et, comme tels, c*est aux pianos de la maison H. Herz, que sont réservés tous les honneurs.

En effet, M. H. Herz est arrivé aujourd'hui au plus haut degré de perfection dans la facture, et cela, après des elTorts inouïs, et une persistance sans égale. En faisant par lui-même, en

MUSIQUE. lOo

parcourant pendant cinq années toutes les Amériques, il a reconnu les inconvénients de tel et tel genre de fabrication,

et, à son retour en Fi'nncc , maigre toutes les dépenses faites déjà pour les recherches d'inventions, il a çhangt; tous ses plans, changé les modèles de ses pianos, changé sa méthode de fabrication. Aussi, cette fois, le succès le plus complet couronnera ses efforts, et il n*aura pas à regretter des sacri- 6ces qui Fhonorent aux yeux de tous.

Le pianoà queue grand format de M. lï. Iferza une puissance, une rondeur et aussi une qualité de son dont rien irapproche, et qui se retrouve dans tous les pianos sortis de sa Manufacture.

M. Hi Herz a fondé, en son établissement, qui se

compose aujourd'hui d^ateliers immenses. Ses pianos sont expédiés dans toutes les parties du monde , et même en Californie, où il s est créé lui-même un immense dépôt.

La facture des pianos a fait, on le voit, de merveilleux pro^ grès depuis 1830. G*est par les perfectionnements de détail, par la précision du travail , par l'entente plus complète du

mécanisme et du rôle de chaque partie de cet instrument, que les facteurs se sont généralement fait reniarcjuer. Cette remarque s'applique surtout aux noms qui vont suivre.

M. Pape a exposé un piano droit, d'une forme sévère, élégante et peu chargé d'ornement La pureté des sons, leur homogénéité irréprochable, le soin minutieux qui semble avoir présidé h la construction intérieure, rachètent suffisamment la simplicité apparente avec laquelle on a ti aité la caisse de ce piano. Les surets de M. Pnpe remontent à une date déjà éloignée. Ën 13^9, il fut décoré de la Légion d'honneur; et il a mérité des médailles à toutes les Expositions.

Le piano droit de M. Bachmann se recommande par deux perfectionnements qui ont valu à cet industriel les approbations de nos nietlieurs artistes. En eil'et, M. Hachmann est

parvenu h rendre durable et facile l'arcord des i)iaiios par le pr()( ('(lé du chevillage et de la contre-basse ; il a remplacé en outre la sourdine par un mécanise qui, en diminuant le volume des sons, leur conserve toute leur rondeur et toute leur justesse.

Le piano mécanique de M. Debain a fait sensation, dès son

origine. Cette invention, toute pittoresque, a conquis désormais les suffrages d'un certain public, qui, pour n'être pas tout à fait le public artistique, n*en a pas moins un sentiment trës-déveioppé de toutes les innovations heureuses. M. Debain est un artiste d*un grand mérite, et on se plaît à rendre justice à la supériorité bien connue de ses pianos droits et harmonicordes, qui lui onl valu déjà de brillantes recompenses.

M. Kriegelstein a exposé un piano à queue, un piano droit et un piano portatif. Il suffira de rappeler que la médaille d*or a été décernée deux fois à cet exposant, en iSkti et en 18&9. Son exposition actuelle rivalise d*élégance et de perfection avec celles de MM. Soufleto, Ziegler, Eslanger, Blondel, etc., dont les pianos réunissent toutes les ([ualités du genre. T'n facteur de Nancy, M. Mangeot, a su attirer sur ses instruments l'attention du public artistique ; ils sont confectionnés d'après les meilleurs principes, et doués d*une ampleur et d*une pureté de sons quMI est rare de rencontrer à un tel degré, même dans les pianos de nos grands maîtres.

On regietle généralement qu'un de nos plus habiles prati- , ciens, M. Wolfel, se soit abstenu.

La maison Darche, dont les propriétaires actuels et successeurs sont MM. Henry et Martin, a envoyé un échantillon de ses pianos à double système de clavier et de cylindre. On sait que Tinstrument ainsi modifié pennet aux personnes qui n'ont jamais appris le piano, d'exécuter toute espf're de morceau musical noté par avance sur le cylindre. Il leur suffit de faire tourner une manivelle, analogue à celle des orgues de

HUSIQCB. 107

Barbarie, qui s'adapte derrière le pinno, et -cache ainsi aux auditeurs Tignorance de TexécutaïU. Cette invention, fort ingénieuse, est appelée à un succès d'autant plus sûr qu*elle fournit une arme de plus à la vanité de certaines gens.

Les pianos droits à cordes droites , les pianos obliques et demi-obliques, et les pianos orgues fi^araiit au Palais, sous le nom de MM. llérold et G*" , révèlent dans leur m*' cynisme le zèle et Tintelligence que ces dignes successeurs de M. Hatzenbuhler ont dépensé pour maintenir la supériorité de fabrication qui a conqub à cette maison, fondée depuis 1832, une clientèle d*éKte. Ils ont enrichi leur industrie de perfectionnements reinaixjuables, et la solidité de leurs instruiueiits est devenue proverbiale.

il serait cruel de passer outre, sans tirer une respectueuse révérence à la harpe de M. Domeny. Un mauvais génie a souflé sur notre génération, et a dépoétisé le charme que nos pères attachaient à des meubles dont les antiquaires seuls conservent aujounrimi \r souvenir. A ce désastre des choses d'autrefois , rien n'a échappé ; et le plus mélodieux , le plus sentimental, le plus tendre des instruments, celui qui servait à nos aïeules, pour chanter les malheurs et les amours de René, n*a plus d'autres partisans que quelques Tyroliens nomades. Grâces soient donc rendues à M. Domeny, pour les soins désintéressés et bienveillant qu'il consacre à la fabrication de cet instrument méconnu. Les artistes sérieux lui tiendront compte de ses efforts.

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