GRAND ORGUE
JEl'. WfWI.
t Montre de 16 piedâ 54
3 Montre de 8 54
3 Bourdon do 16 54
4 Bourdon de 8 54
5 Solicional de 8 54
5 Violoncelle de 4 54
• 7 Prestant de 4 54
8 Nazard de 3
9 DoubleltedeS 54
10 Plein'jeu de 3 rangs 463
44 Cymbales de 3 rangs...... 408
1 2 Cornets de o rangs 1 50
13 TrompHte de 8 54
U Clairon de 4 54
RiClT.
4»e. Kt»t«.
4 FlâtedeSpieds 43
3 Flûte harmonique de 8 42
3 Flûte ociaviante de 4 43
i GambedeS 43
5 Voix céleste de 8 43
6 Bourdon de 8 43
7 Solicional de 8 48
8 Cor anglais de 16 43
9 Hautbois de 8 42
40 Humaine de 8 43
PÉ5ALRS IIS tvrm.
1 Flùt« de 16 pieds 35
2 Flûte do 8 25
3 Flûte de 4 35
4 Bomtierdeâe 46... ...... 35
5 Trompette do 8, 35
6 Clairon de 4 95
tiSUHV.
Positif 754
Grand Orgue 1014
Récit 430
Pééciiêtt 450
Total 3338
L'orgue est desservi par &2 registres, 3 claviers à main, un clavier de pédales et 9 pédales de combinaison, qui sont :
pédale, réunion des 3 claviero au pédalier.
^ — d* du positif au grand orgue, a* — d« du récit au grand orgiip.
¥ — d* du récit au positir.
;V [Modale, jeu d'anches des pédalos.
— d» ' du grand orgue.
7» — do du positif.
8* — trémolo du récit.
9* — expression.
Nous ne saurions trop féliciter Mlf. Stolz et Schaaf, dont Ip mérite est hautement reconnu, d'avoir dédaigné les boiseries
(le luxe qui recouvrent si souvent de mauvais instruments. On peut ainsi voir l'ordre admirable et la disposition symétrique de tout cet immense ensemble de leur orgue, dont chaque partie peut être abordée» touchée, vérifiée sans aucun embarras. Cette œuvre parle suffisamment en faveur de MM. Stolz et Schaaf, car c'est une œuvre d*art exécutée par de véritables artistes dont la science ésjale la modestie. Non -seulement ils font bien, mais ils font à bon marcli('. Conformément au désir de la Commission impériale, ils ont indiqué les prix de leurs instruments, et sous ce rapport , comme sous celui de la puissance et de la qualité du son, il est difficile d'entrer en lutte ayec eux.
MM. Cilaude frères, deMirecourt, se sont occupés plus spécialement de distribuer le souille dans des proportions égales sous chaque jeu. L*orgue à piston, qu'on voit exposé au palais de rindustrie, est construit d'après le système qu'ils ont inventé , et qui supprime les soui)apes, les registres, les pilotis tournants, les tirasses et les gjravures. Au moyen d'une chambre d'air comprimé sous cha([ue jeu, les lu\ aux reçoivent le souille directement et par le seul inouvf iueut de pistons qui s'adaptent à leur base. On devine dès lors que le son doit s'exhaler dans toute sa plénitude. Malgré cette remarquable simplification du mécanisme, qui rend inutile la machine pneu*matique, les claviers sont extrêmement faciles à jouer. Les témoignages les plus flatteurs ont récompensé les efforts de MM. Claude, qui avaient déjà livré en 1855, à l'église de.
m ËXPOSITION UNIVERSELLE.
Biffontaine, département des Vosges, un orgue à piston, ctabli d'après les mêmes principes, et dont les organistes les plus (iistingués avaient adisué unanimement le velouté, la rondeur et rétendue des sons.
Signalons également les orgues de M. Boudsocq et celles à double expression de M. Mustel, de Paris, qui se recommandent par des qualités sérieuses. J/or^^ue transpositeur • Nizard, d'après un système tout récent, imaginé par l'inventeur, permet de transposer instantanément, sans aucune préparation et d*une manière tout à fait distincte le plain^chant et la musique moderne.
Uorgue, ce puissant orchestre de nos temples, nous conduit naturellement à parler des magnifiques instruments de MM. Alexandre père et fils, qui ont réduit cet immense édifice aux proportions des meubles de nos appartements.
LMnvention de Torgue expressif ou Mélodium, qui envahit peu à peu tous nos salons et la plupart de nos églises, remonte à 1810. M. Adolphe Adam, membre de l'Institut, qui a prêté l'autorité de son nom à une monogra])hie de cet instrument dans lequel se personnifie Tart musical moderne, nous donne les raisons de ses préférences. S'il a choisi Torgue expressif poiir résumer Fhistoire de Tart musical à notre époque, c'est parce qu'il a trouvé que le Mélodium remplit complètement les nombreuses et importantes conditions exigées pour que son travail ait le caractère général et le but élevé qu'il a su lui donner.
11 fallait que ce fût un instrument à clavier, un orgue en état de remédier à la monotonie qu'il produirait, réduit à de petites proportions autrement que par la multiplicité des claviers et des registres; il l'allait qu'il fût Texpression vraie du sentiment de l'artiste, que son emploi fût fnrile, populaire, universel, qu'il eût aidé à la diffusion de l'art, en le mettant à la
MUSIQUE. m
portée de toas. Il fallait non -seulement que ce fût un înstniiiiont d'harmonie, mais encore et surtout qu'il sr prètrit h la mélodie en se rapprochant du type éternel et parfait de tout instrument de musique : la voix humaine.
Bornons -nous à constater que les préférences de M. Adolphe Adam pour le Mélodium, devenu si parfait entre les mains de MM. Alexandre père et fils, sont pleinement ratifiées par toutes les illustrations du monde musical, par Liszt, par Thalbri«i;, par Lefébure-Wély, et par tout ce qui sait apprécier i n Europe rimportance du problème résolu, de concilier deux éléments qui doivent se prêter un secours mutuel : Tharmonie et la mélodie, la combinaison et le chant ; de rendre abordable à tous, applicable par chacun, ce qui, avec les instruments incomplets, ou plutôt spéciaux, que l'on possédait auparavant, était le monopol*» de certaines naturp>î iirivilégices.
C'est M. Grenié, amateur d'un génie inventif et persévérant, qui, le premier, appela Tlnstitut, en 1810, à se prononcer sur Tessai qu*il venait de faire d*un petit orgue, au moyen duquel on pourrait obtenir l'expression qu'on avait vainement tenté de donner jus(pi'alf»rs à la fi;raiidc (;t puissante vo'w de Torf^ue. L'Institut accueillit, par un rapport favorable, ce premier essai qui était déjà un progrès iiranense, et quelques instruments furent construits d*après le nouveau système de M. Grenié.
Mais la faveur du monde musical ftt défaut à une invention dépourvue des perfeclioimements su.sceplil)les dv la rendre utilement exploitable, et si l'anche libre, qui fut la ciel' de voûte de l'orgue expressif de M. Grenié, est, depuis, restée la base de Torgue piano -mélodium, ce n'est qu'après avoir subi bien des phases et bien des vicissitudes.
L'idée- mère de l'orgUe expressif, l'anche libre, donna naissance à l'harmonica, qui devint accordéon, lin véritable enthousiasme, du moijis populaire, accueillit cet instrument.
Mais, ainsi que le fait remarquer M. Adolphe Adam, il est
m EXPOSITION UNIVERSELLE.
des gens auxquels ne suffît pas la vogue commerciale. « De ce nombre, dit- il, était M. Alexandre père, qui avait fondé sa
maison en 1829, et qui dével()|)j)a ot perfec^tiouiid îsa fabrication par d'heureuses innovations. »
L'accordéon s'éleva peu à peu sous les noms de concertina et d*organino jusqu'à sa forme typique, perdue assez longtemps et méconnue sous son nom originaii;e, et pourtant plus vrai, d*orgue expressif.
Cin(( ans après sa fondation, la maison Alexandre exposait un instrument li deux jeux.
Il paraît que cps résultats ne suffisaient pas à la louable ambition de M. Edouard Alexandre fils, enfant encore, mais voué déjà à Tart auquel son nom devait rester indissolublement attaché. Son génie inventif rêvait déjà ce quMI a réalisé depuis. Mais il se mit préalabkuiKMit h étudinr les procédés enij^loyés jusqu'alors avec tout le courage (\\ni donne l'amour de l'art. Voulant, comme tous los esprits pratiques, tenir compte de ce qui existait, il ne chercha d'abord qu*à rendre bon ce qui était médiocre, qu*à faire excellent ce qu^on avait fait bon, qu*à rendre parfait ce qn*on avait produit d^excellent.
Au son dur et nasillard des preniiùi es orgues expressives, il fallait substituer la douceur, la suavité, le moelleux des registres; il fallait aussi obtenir la faciUlé du clavier, question si importante pour l'exécutant.... Il y arriva !
Les instruments sortant de la manufacture Alexandre père et fils passaient pour les meilleurs : chacun les proclamait parfiiits, et cependant M\l. Alexandre père et fils comprenaient qu'il manquait encore quelque chose pour assurer à l'instrument la popularité dont il jouit aujourd'hui et surtout pour. lui conquérir le suffrage exclusif des maîtres.
MM. Alexandre père et fils se mirent donc à perfectionner les timbres et h expérimenter les découvertes nouvelles: après des essais vanicuient tentés par plusieurs facteurs, l'un d eux
venait d'acquérir un grand titre à la reconnaissance des artistes par 1 houreuse application dfs registres de l'orgue d'éfj;li.se à Torgue à anche libre,... Par cet i]ig<^nienx procédé, Torgue expressif, doué de plusieurs jeux parlant ensemble ou séparément sur un seul clavier, était constitué en principe.
Dès lors, le public artistique accorda une attention si sympathique et si prononcée au nouvel instrument, que sa fabrication prit une extension considérable. MM. Alexandre père et fils, durent fonder un nouvel établissement plus en rapport avec riroportance et le nombre de leurs produits; le siège de leur maison fut transféré boulevard Bonne-Nouvelle, iO.
LMndicatioD de ce fait a une grande importance^ car il correspond à une nouvelle phase de P histoire du Mélodinm : sa lutte a\ ec tous les instruments basés sur le même principe et sa victoire décisive.
Les orgues à anches libres avaient un grand défaut : le son arrivait lentement, te temps que mettait le vent à faire vibrer la lame métallique laissait toujours un petit intervalle entre l'attaque de la touche et l'émission du son.
Les morceaux larges roinenaient donc parfaitement à rinstrumenl, mais les mouvements rapides, les détachés étaient à peu près inexécutables.
Un facteur d^orgues des plus intelligents, devenu célèbre, M. Martin de Provins , se préoccupait vivement de cette difficulté qu'il surmonta enfui.... C'était le piano qui devait fournir des armos pour vaincre cette diUiculté. T.ps niarfeaux, au lieu d'attaquer une corde, iraient frapper sur la languette, la feraient parier instantanément, et le vent précédé continuerait le son. Ce système fut nommé par son auteur : Percussion. Ce fut un résultat immense.
Eh bien, cette découverte risqua fort de rester stérile, elle fut même plusiein s années s<ins application définitive; et peutêtre était^elle perdue à jamais, lorsque M. Martin eut l'heureuse
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pCTisée de l'offrir h MM. Alexandre père et fils. Ceux-ci, en gens expériniciitcs, rccoiimiront tout d»' siiiU) ia valeur de l'invontion, ils s'attachèrent M. Martin de Provins, et appliquèrent son heureuse découverte à leurs instrttmetit& Le Mélodium-Aiexandre n'avait plus à craindre de rivalité.
Le domaine déjà si vaste de cet instrument ne connaissait plus de limites : toute musique lui étiit accessible, même la plus vive et la plus légère. L'orgue, qui naguère ne sf prêtait qu'aux andante , devenait ègalomont apte à interpréter les mouvements les plus rapides. Avec les résultats déjà acquis, tout autre facteur aurait pu ne songer qu'à produire, pour se mettre au niveau des besoins de la consommation et s'assurer une fortune brillante et rapide. C'était certes une ambition avouable; mais elle n'f'tait pa.s à la hauteur des désirs de MM. Alexandre père et tilt». Ces habiles facteurs voulurent non -seulement faire progresser un art dont ils étaient les fervents promoteurs, mais encore ils ne reculèrent devant au* cun sacrifice [)our qu'aucune maison ne put r< mporter sur la leur.... Ils firent donc tout pour pouvoir réunir h leurs propres perfectionnement ceux que les autres apportaient à T instrument, et ce résultat lut tel, que bientôt tous les artistes s'enviaient et se disputaient la satisfaction de conscience de faire valoir ceux qui sortaient de leurs ateliers.
Non -seulement nous devons, dans Tes orgues, d'immenses progrès A MM. Alexandre père et fils, mais encore devonsnous les féliciter pour de nouveaux avantages qu'ils \ iennent de donner au piano, en le douant de la faculté de prolonger des sons.
Il est impossible de prévoir toutes les ressources que d'habiles virtuoses sauront tirer de ce moyen nouveau et fécond.
Liszt en fut tellement émerveillé, (ju'il comprit que l'homme qui avait trouvé ce moyeu était celui quMI désirait pour la construction d'un instrument qui fût à la hauteur de son génie et
de son talcMit d'exécution. MM. Alexandre père et fils, qui nu reculent devant aucun sacrifice et aucune difficulté, lorsqu'il s'agit de propager une idée neuve et hardie, construisirent ce chef-d'œuvre qu'on a pu admirer dans leurs salons, et qu'ils ont baptisé du nom de Piano-Liszt, pour rendre hommage à rinitiative du célèbre artiste, et comme si ce magnifique ouvrage n'était pas en quelque sorte le résumé de tous les progrès et de tous les perfectionnements accomplis par la maison Alexandre père et fils.
PlAHO LISZT. — KÉLUDIUM DE HH. ALEXANDRE PERE ET FILS
Comprenant que la vie d'un homme suffit à peine pour être consacrée à rinstrumcïit dont ils ont rêvé la perfection , MM. Alexandre père et fils ont eu le bon esprit de ne pas se faire facteurs de pianos ; ils ont pris un excellent instrument
m EXPOSITION UNIVERSELLE.
d*Ërard pour lui appliquer toutes leurs inventions. Si rimpor^tance et la multiplicité méine des ressources de ce chef-d*<euvre
rempêchent de devenir populaire, il iveii sera pas moins |(> principe de deux grandes innovatioiia, le piano à vibrations prolongées et le piano- mélodiuni.
On peut prédire à ces deux instruments un succès assuré, et, dans un temps plus ou moins éloigné, le piano ainsi modi6é sera, au piano qne nous connaissons, ce que celui-ci a été au clavecin, qu'il a détrôné pour le remplacer uni\ersellement.
Pour résumer les ser\ ices rendus à l'art par MM. Alexandi'e et l'importance de leurs découvertes et de leurs applications, rappelons que toute musique, quelle que soit la grandeur de sa conception, quelque nombreux que soient les moyens d*exécution préparés par le compositeur, doit, pour être accessible à tous, pouvoir se rcduiie aux ressources d'un instrument h clavier, un piano ou un orgue. Or, à l'un manquait la tenue des sons, ce qui excluait l'interprétation parfaite de la musique harmonique; à Tautre, l'absence d^expression interdisait le plus grand charme que puissent emprunter de ce secours les phrases mélodiques. Grâce à MM. Alexandre, Torgue et le piano se sont, complétés l'un par i'autre. lléunis eu séparés, ces deux instruments olïVent désormais au compositeur des ressources complètes : rien de ce qui sortira de sa pensée ne peut échapper à la possibilité de leur interprétation.
M. Adolphe Adam, à qui nous empruntons tous ces détails , termine ce qu'il appi^lle la monographie du Mélodium en constatant que Ton voit recourir tout ce qui est grand et artiste ci MM. Alexandre père et iils, dès qu'il' s'agit de construire un instrument. « Est-il une commune, dit^il, un hameau si déshérités, que leur modeste église ne veuille posséder un mélodium Alexandre? Est- il un salon musical , un concert de quelque valeur où Ton ne voie figurer ces excellents instruments? Là t'sl le succès, là est le triomphe, là est la preuve de la
vaUnir et du mérite de toutes les inventions, de tous les peilectioimemenls dont je n'ai pu tracer qu'un rapide aperçu. »
Nous ne tennineroiis pas ce chapitre sur les orgues et les pianos, sans rappeler le rang distingué qu'occupe dans la fabrication parisienne la maison Ziégler , (]ui a déjà obtenu
une médaille en lH/i9, pour la bonne construction d»^ ses pianos, leur puissance de sonorité et les invenlions et perfec- Uonnements introduits dans la facture.
Ne se contentant pas de ce succès, M. Ziégler, qui est un esprit inventif autant que pratique , et Tun de nos plus habiles facteurs, a exposé en 1865 des pianos qui attestent les progrès réalisés (l('iniis IS/j9.{l;msle mécanisme et la constnirtion de son système breveté d acomiuiue. Ce système tout à l'ait inconnu jusqu'à ce jour, dégage complètement la tai)le d'harmonie, et mérite la plus sérieuse attention. Le tirage des cordes est supporté par un arc en haut et par un arc en bas, lesquels sont liés pur deux régulateurs sur les côtés, et soutenus au moyen d'un support au niilitMi avec un coulre-lira<;e.
Tous les hommes spéciaux ont été frappés de ce nouveau système d'une grande simplicité, et dont l'application, tout en présentant le triple avantage de donner au piano plus de sonorité, de légèreté et de solidité, n'augmente en rien le prix de la Fabrication, et met Taccord à Tabri de température» les.plu» vari;!l)l('s sous tous les climats, même ceux (roiitic-nior.
A. ce systèuie se trotive M})()lif|ué aux trois deniiers octaves du piano des tubes en bois de table d'harmonie, renfermant les trois cordes de chaque note jusqu'au chevalet en laissant une ouverture au frappé du marteau qui produit une forte sono> rité exceptionnelle dans cette partie généralement si faible. Son cla\i( r, mouvement en cuivre i\ régler en dessus, est trop connu pour qu'il soit nécci^saire d'eu rappeler les avantages: cette innovation perpétuera l'importance des inventions de
m EXPOSITION UNiVEHSELLE.
cette maison. Nous devons aussi mentioimer son nouveau mode
de répétition appliquée au mécanisme, et qui doiuie h l'exécutant la facilité de produire les cadences avec lu plus grande régularité, le son étant d'ailleurs plus net qu avec les instruments dépourvus de ce perfectionnement. £n résumé, M. lâé-. gler; par ses études constantes, a fait progresser la fabri-. cation des pianos, en simplifiant le mécanisme de l'instrument et en augmentant d'une manière notable la puissance du son , et cela sans élever «es prix. Aussi la maison Ziégler est-elle avantageusement appréciée en France et à l'étranger par les artistes les plus éminents.
mSTRUMËJHTS DIVERS .
La facture des instruments à vent en cuivre qui, depuis longtemps était le.^tée stalioiniaire, a l'ait, dans ces dernières années, un chemin reniarcjuable. Quelques fabricants de la capitale, d'un talent éprouvé, d'une persévérance infatigable, ont donné à la France les moyens de lutter avec Tétranger dans cette industrie où nos pères n*avaient pas déployé une haute suj>ériorité. Une large part ties préférés réalisés revient k MM. Adolphe Shx, Besson, (lautiot, Ant. Courtois, etc.
Les instruments de cuivre ne sont i-ei)ri';sentés à r£x[>osition que par deux pays : la* France et rAutrichc. Quelques-uns proviennent bien de la Saxe et du Wurtemberg; mais, par leur peu d'importance , ils ne méritent aucune mention particulière. J/Augleterre , la Belgique et la Prusse se sont abstenues.
Le jury de Londres, dans son rapport concernant les instru-. ments exposés par les facteurs français, MM. Besson, Gautrot, et Antoine Courtois, avait dit : «Ils possèdent à tous égards les qualités requises; quelques-uns ont une plus grande pléni-
MUSIQUË. 429
tude de sons qae d*autre8 ; mais tous sont construits sur les
meilleurs pi imipLs d'acoustique, et sont d'une fabrication et d'un lini de iiiccani.suit' tout à fuit supérieurs. »
Le rapport ajoutait que les fabricants anglais étaient éctip^ sés sous le rapport du bon marché par les facteurs français, qui livraient au commerce, avec un rabais de 50 p. cent les mêmes instruments et de qualités analogues.
Il est h présumer (jue cette remarque s ap[)li(iuail surtout à l'un de nos labricants les pUi^ i eiiommés, M. fiuutrot, qui présenta à très-bas prix un cornet à piston, ne différant pas pour la construction et la qualité de ceux offerts à des prix supérieurs par quelques-uns de ses confrères.
M. Gautrot peut à bon droit revendiquer Thonneur d*avoir créé le bon marché dans la vente des instruments de cuivre. Il avait à lutter avec TAIlemagne, pays où le salaire des ouvriers est cinq fois moins élevé que chez nous; et ii est résulté de cette concurrence que, sous peine de perdre les débris de la riche clientèlé qu^elle 8*était faite sur tous les points du globe, TAIleniagne a dû réduire ses prix dans une profxjrtiou notable; ce qui n'empêche pas les acheteurs de donner souvent la préférence à M. Gautrot, à cause de la supériorité de sa fabrication.
La maison Gautrot ainé, cet établissement qui, dans son genre, n*a pas de rival en Europe, a été fondée en par M. Guichard, à l'époque où la trompette h piston commençait à s'introduire en iMarice. En 18.18, M. dautrot devint son associé, et s'appliqua dûs iv principe à l'amélioration des produits et au perfectionnement des modèles. Ën 18/i5, M. Guichard lui céda son établissement. Bientôt après, M. Gautrot fit construire, rue Saint-Louis, de vastes ateliers, qui lui permirent d'ajouter à ses moyens de fabrication la vapeur et le gaz. Puis il créa une stîconde manufaeturc à Château-Thierry, et opéra une révolution dans son industrie, tant par le bon iiiurché de
sps instruments que par leur qualité, l^iimi les inventions qu'on lui doit, on peut citer : l*" le système qui permet de jouer un instrument dans plusieurs tons sans le secours des tons de rechange, système qu*il a perfectionné récemment par Taddition d*un cylindre à huit ou dix trous, dont un seul mouvement de rotation suffit pour changer le ton de l'insti-umont juscju'à douze fois; 2" des unirlioralions dans le doigt('> (lo l'ophicKide, qui acquiert ainsi plus de justesse et de sonorité; 5° un siphon mécanique pour retirer Teau de Fintérieur des trombones, sans avoir besoin d*ôter les coulisses; un système de batterie intérieure applicable aux caisses à tambour. Cette batterie , mise en mouvement par le jeu ordinaire des baguettes, produit un elTet seml^lablc à celui de quatre caisses qui battraient simultanémenL
Le nombre de brevets que cet inventeur a pris de 18&7 à 1855 dépasse douze. Tous ces perfectionnements, que Ton peut voir représentés à T Exposition , ont trait à des procédés
nouveaux de fabrication d une linutc utilité.
Indépendamment des instruments de cuivre, M. Gautrot oiïre aussi des instruments de bois, tels que violons, guitares, clarinettes, flûtes, hautbois, flageolets, etc. La qualité et le fini du travail ne laissent rien à désirer. Mais dans cette col* lection si riche, à côté de violons h très-bon marché pour l'exportation, r)ii en remarque qui se distinguent par une clarté et une puissance de son rappelant les anciens violons des grands maîtres. La préparation particulière dont le fabricant se sert pour arriver à ce résultat n*altère en rien le bois luimême.
La maison Gautrot, qui fabrique elle-même dans ses ateliers tontes les parties qui se rattachent aux instruments de musique, depuis les pièces les plus minimes jusqu aux plus grandes, occupe quatre cents ouvriers à Paris, pour la fabrica-
tîon des instfuments de cuivre» de bois et à cordes. Elle a rendu.
d'immenses services à l'art, en livrant aux artistes pauvres des instruments de bonne qualité, et du prix le plus humble. Elle a détruit partout où elle existait la concurrence allemande. Ëlle a assuré pour longtemps la supériorité des instruments français sur tous les marchés du monde. De tels titres justifient amplement la faveur dont le public se plaît à Tentourer.
Entre la maison (lautrot ot la maison Bcssoii, il y a cette différence que la première destine la plupart de ses instruments à Texportation, et qu'elle cherche par conséquent à les établir au meilleur marché possible, tandis que la seconde s*est adonnée surtout à la fabrication artistique et minutieuse spécialement consacrée aux fournitures de l'armée et de la marine. M. Besson avait à [xnne. viiip^t-denx ans, l(trs(jtril a inauguré d'intelligentes recherches et de curieuses découvertes qui lui ont valu une grande considération parmi ses confrères deP rance et de Tétranger; il a mérité divers brevets en France, en Angleterre, aux États-Unis, en Belgique et autres puissances, un grand brevet de S. M. la reine d'Angleterre, et le titre de membre de l'Académie nuLionule el de plusieurs Sociétés savantes. A l'exposition anglaise de 1851 , il obtint la médaille de prix. Ses pistons dits iyjtlème Besson, httéralement emportés par cargaison, le signalèrent à Tattention générale. CTest à lui que Ton doit Tinvention des instruments indésoadables et de Pophicléide Boéhm. Son système de perces d'acier, joint /i son procédé de cintrage, donne aux insti mneuts (|u'il fabrique une justesse infaillible, une sonorité deux fois plus étendue et une plus grande facilité dxua^ l'exécution.
Aujourd'hui ses bugles, ses altos et ses bar^ tras, ses basses à quatre et cinq pistops ont une réputation de supériorité acquise et prouvée. Sa contre-basse monstre est ordonnancée dans tous les régiments; et pour conipléter ces beaux travaux
m EXPOSiriOK UNlVEHSELLh.
qui ne semblent qu'en préparer d*autres^ H. Besson expose un mécanisme de pistons qui dirige à volonté la colonne d*air,
façonne la pièce à l'aide de mandrins pratiquant partout la même perce et donnant ainsi le diapason le plus uiiitonne et le plus invariable à un nombre indélini d'instruments.
La maison Labbaye est une des plus anciennes et des plus recommandables fabriques françaises pour les instruments de
musique. Ceux qu*elle a exposés attestent le soin minutieux qui a présidé à leur coiireciioii. CeM en 1832 que M. T.abbaye a succédé à son père. Depuis cette épo(jue, il a toujours cherché à remédier aux imperfections des instruments à vent, et il a , souvent réussi. Au concours qui eut lieu à la suite de TExposition nationale de 18/i9, ce facteur fut déclaré le premier pour les cornets î\ piston et les ophicléides, et le jury lui décerna la première médaille d'argent.
MM. Gahd frères, de Paris, dont la fabrique d'instruments à cordes fut fondée en 1794 par Lupot, qui devint le chef de récole française, n*ont pas dérogé à leur légitime réputation.
La collection de violons, d'altos, de violoncelles et d'archets qu ils ojit envoyée à l'Exposition, présente les uieilleuifs coikIitions de sonorité et de solidité. Ces facteurs suivent, dans leur fabrication, l'exemple des fameux luthiers italiens qui vernissaient entièrement leurs violons sans ménager le moindre clair. On doit tenir compte à MM. Gand de cette sincérité iiidubtrielle et artistique, d'autant plus qu'elle devient assez rare de nus jours. AI]\1. (imid iiVniploient que des bois extrêmement vieux et bien choisis, et ne les font sécher par aucun moyen artificiel. Les instruments qu'ils ont exposés se distinguent par tes plus sérieuses qualités quant au système et à la base de la construction.
Ajoutons que MM. Gand frères sont luthiers de la musique
MUSIQUE. m
de l'Empereur et du Conservatoire impérial de musique. Ils fabriquent eux-mêmes tous les instruments à cordes qui sont donnés en prix par cet établissement.
Parmi les facteurs de violon, M. Chaiiot est le premier qui ait obtenu une médaille pour avoir apporté dam la construction de cet instrument une méthode telle qu'elle lui assurait les qualités sonores et mélodieuses que Ton croyait ne pouvoir être produites que par le temps. Cette récompense, que le jury lui décerna à V Exposition de 18i9, a été confirmée en 1839, 18/i/i et 1S(i9, par de nouvelles médailles d'argent. — Il a exhibé une riche collection de violons, d'altos, de basses, de contre- basses, d'archets et cordes filées. MM. Vuillaume et Bemardel, dont les instruments ont mérité la médaille d*or à des expositions précédentes, sont toujours à la hauteur de leur réputation. Leurs instruments exposés peuvent dignement soutenir la comparaison avec ceux' des plus j^iands maîtres.
De son coté, Mirecourt, dont l'iuduijtrie spéciale consiste dans la fabrication de la lutherie, a concouru avec beaucoup d'éclat. Il suffira de citer quelques-uns des noms qui le représentent au palab de Tlndustrie : UM. Derazey, Nicolas Grandjon et Thérèse. Ce dernier offre une guitare ornée d'incrustations de bois, de nacre, de perles, de métaux, de minéraux, de marbre et d" ivoire. Quand l'œil est caressé si agréablement, l'oreille a-trelle le droit de se montrer exigeante? Pour les flûtes, nous citerons avec Tulou, M. Godfroid, dont les récompenses obtenues aux diverses Expositions dé 4827, 1834 , J 839, 184/1 et 1849, ont déjà classé le mérite.
• MEUBLES
On a dit que l'histoire de Tarciiitecture était aussi celle des croyances et des idées; on pourrait ajouter que Thisloire de la décoration intérieure et des meubles est aussi celle des mœurs et de la civilisation.
11 y a des rapports intimes entre l'être et le milieu qui l'entoure. 11 serait aussi facile à un archéologue qui saurait son métier de déduire toute une civilisation de lu l'orme d'un meuble, qu'à un savant, comme Cuvier et Geoffroy Saint-Hilairé, de rétablir un animal fossile d*un débris quelconque de son squelette.
Non-seulement il est possible de définir le temps, mais encore de déterminer le pays; car chaque peuple tient, du climat qu'il habite, des mœurs, des habitudes plus ou moins rudes ou policées, plus ou moins austères ou voluptueuses. Les meubles, les décorations qui servent ces goûts, satisfont ces besoins, sont dMrréfutables témoins qui portent, à travers les ftges, le souvenir des idées, des tendances et des passions des générations éteintes.
Tout se tient dans les manifestations humaines, il n'est pas jusqu'au caprice qui n'ait sa logique et sa règle ; l'excentricité même a ses lois. Plus que toutes les autres, les décorations intérieures les révèlent; je n*en veux qu*un exemple : est-il
quelque chose qui nous paraisse plus baroque et plus fantastique que les formes et les figures chinoises? Examinons de près ces fantaisies qui nous semblent aussi absurdes qu'un cauchemar, et nous serons convaincus qu*un peuple tout entier comprend et voit de cette manière, que ces créations' n*ont Tien
m EXPOSITION UNIVERSELLE.
d'arbitiaire, et qu'elles reproduisent des galbes, symbolisent des idées sanctionnées par tout un pays.
Simple au début comme ses connaissances et ses besoins, le mobilier qui orne la hutte du sauvage se ^me au coffre qui sert à la fois de table, de siège et d*armoire. Le jour où le meuble se spécialise, on peut dire que la richesse est créée : le bieii-ètre, la prévoyance apparaissent, l'individualité se dessine, la propriété a trouvé son mode do trausinission. Si même ce sujet ne nous entraînait trop loin, nous pourrions recon^ naître dans les formes des meubles les traces des migrations des peuples, de leur action et réaction les uns sur les autres de l'Orient à l'Occident, du Midi au Septentrion.
Sans prendre la question de si haut, interrogeons nos musées; nous verrons que les débris des meubles à l'usage des générations aujourd'hui couchées dans Toubli nous* en disent plus sur leur civilisation que les récits plus ou moins apocryphes qui nous on^ été conservés par les écrivains ou les poètes. Les formes lourdes et trapues de l'Egypte nous affirment l'immobilité de ses itistitutions ; l'emploi dans le mobilier des substances inaltérables, comme le marbre, la pierre, le granit, nous révèlent un si profond respect pour la tradition, qu'il semble ne laisser place à aucune initiative personnelle. Uexistence individuelle y paraît jetée dans un moule invariable.
Quekines siècles plus tard, avec la civilisation j^recque, des formes plus légères, plus variées, conlirineiit déj}\ l'émancipation du goîit. L'habitation commence à refléter la person* nalité qu'elle protège. . Les lignes sont simples totiyours, mais él^antes, harmonieuses. Déjà Ton sent la recherche du con. fortable ; le mobilier se prête à l'hospitalité. Les peintures murales, les arabesques délicates, Jes attribnis, les trophées disent bien clairement la professiori, les goûts du maîtn> de la maison. On reconnaît à la forme des meubles la disUibution intérieure et les dispositions architectoniques.
MEUBLES
Aux prtMiiières lueurs de la civilisation romaine, i" habitation et sa décoration intérieure ont la sévérité d'une tente de soldat Plus tard, quand les vainqueurs du monde se.sont amollis sous réneryante. influence de TOrient, les lits de repos» les meubles aux courbes caressantes marquent la chute de la Rome républicaine, l'avènement des Césars.
La traiir^iiion entre l'antiquité et le moyen âge est signalée par le retour des formes orientales mitigées par des goûts plus sévères, plus barbares peut-être, La religion devient peu à peu tellement prépondérante que la décoration du mobilier rappelle celle du temple chrétien : Togive domine partout, les formes droites, anguleuses, aiguës, les sculptures grêles et naïves donnent aux meul)les un caractère austi^re et des lignes peu favorables aux nobles attitudes. L'ère de rascétisme commence.
Bientôt Tâpreté des mœurs teutoniques disparaît, la Renaissance va venir, elle marquera l'apogée du luxe artistique.
La science décorative de l'Italie s'étend à toutes les nations civilisées et parficulièrenient à la France. Les artistes les plus renommés ne dédaignent pas de consacrer leur talent nux frivolités de leur siècle, et sous leurs mains des chefs-d'œuvre de goClt et d'inspiration transfigurent jusqu'aux mentis objets consacrés aux besoins de la vie.
Les meubles empruntent à rarehitin tin-e nouvelle ses coupes et ses graïuirs lignes; ils se (■oiivreiit de scniplures, d'éujaux, d'incrustations ; des raflinements inouïs multiplient leurs attributions , ménagent leurs services. C'est Bernard Palissy qui fournit les émaux, c'est Benvenuto qui cisèle les figures ; Jean Goujon, Germain Pilon modèlent les statuettes, composent les allégories. Les tapis, la soie, le velours, les étolîes brodées d'or et d'argent recouvrent les parquets de mosaïques ou de marqueterie, les meubles d'ébène, d'ivoire, de vieux chêne ou de poirier sauvage. Les bois précieux aux nuances riches, aux
veines mouvementées, au poli brillant, les remplacent bientôt; le cuivre, Técaille, les incrustations de marbres précieux» de pierres rares, ajoutent encore au luxe des sculptures.
Nous marchons vers le siècle de Tapparat et de la prétention : l'exao^ération des draperies, la grandeur emphatique des détails inur(|iuMit cette époque.
A cette période théâtrale succède une époque toute individualiste. Une fausse naïveté proteste contre la majesté et l'importance du grand siècle. Tout converge vers le bien-être, les formes recherchent les courbes coquettes, la ligne droite et les angles sont proscrits. Les draperies et le? étoffes d'ameublement abandonnent les grands dessins pour les compositions pastorales, les si^mis de fleurs, les corbeilles, les allégories champêtres. C'est le temps favori de l'ébénisterie, tous les meubles se dédoublent, se spécialisent; la recherche et la multiplicité des attributions donnent lieu à des créations et & des combinaisons sans nombre.
L'ép()(|iie qui suit parcourt la même voie, mais elle a perdu déjà le goût délicat qui animait le siècle précédent. I.cs trumeaux et les plumes , les turbans et les baldaquins étriqués remplacent les coquilles et les guirlandes, Part devient gauche et le goût vieillot. La décadence est venue, mais un certain resi)cct des traditions lui conserve encore une apparence d'originalité.
La Révolution rompt avec ces traditions, mais elle a trop à faire pour trouver de nouvelles formules esthétiques ; elle subit dans ses goûts, comme dans sa politique, Tinfluence de ses préoccupations de ranti(|uîté républicaine. Elle revient aux
formes grecques et romaines ; un moment même, lorsque ses années tuaient le so! de l'ancienne Égypte, elle s'engoue de rornenientalion égyptienne. De cette application des formes d'une civilisation séparée de la nôtre par des milliers de siècles, il résulte un compromis burlesque sans grandeur ni caractère.
MËUfiLËS. idii
Au tiea de style, nous n'avons plus que d'étranges et mala*droits pastiches coiitiv; lesquels piotestf le goût.
L'Empire n'a d'aulie originalité que celle des conjbals. Au rêve de la Rome républicaine succéda celui de la Rome impériale. Le César moderne s'enveloppe dans le noanteau du César antique* Nos ajustements, nos meubles, nos drapeaux rappellent, en partie , le caractère de Toirnementution romaine.
Lu Restauration n'invente rien, elle replâtre, elle reprend la tradition de la (in du dix-huitième siècle, modiliée par les essais de l'Empire.
Il se fait une étrange association de ces deux styles; nous retrouvons dans nos intérieurs les panneaux ornés de pastorales accompagnant les bronzes étrusques et les vasques grecques, etc.
Il s(>mble qu'à délaul (l'originalité, nous reprenions succe&sivement toutes les Ibimes du passé ; nous voici engoués du moyen âge , nous retournons aux sculptures prétendues naïves, aux meubles incommodes. Après avoir déterré tous les vieux bahuts, restauré avec plus ou moins de bonheur et d*à- propos tons les dressoirs vermoulus relégués dans les greniers des chât(;aux, j)our satisfaire l'entraînement géne-riil, nus ébénistes commencent d'horribles coiitrelat ons du gothique.
Tout passe heureusement, la réaction se fait, nous entrons dans la voie du confortable ; mais nous tombons bientôt dans le travers ; nous voulons donner à nos meubles vingt attributions dilTércntes, et m force de calculs et d'niventions , nous arrivons à |)ro(iiiire des iornies inipossibles.
Aujonnriuii. notre goût s'épure, la vulgarisation des beaux modèles par la lithographie, la gravure sur bois et la photographie ont fait faire d'incontestables progrès à nos artistes industriels et à nos fabricants. On n'est pas devenu plus original , mais on fait des pastiches intelligents des bonnes clioses. tnc fabuleuse habileté de mains, chez nos sculpteurs
de meubles, un éclectisme adroit chez nos décorateurs a relevé le goût
Malheureusement limmense msgorîté des ex|>osant$ a voulu produire des œuvres d*art , elle a donné dans le travers des
choses exceptionnelles , sans emploi et sans attribution possibles. Le lit , l'armoire à glace et les fauteuils traditionnels du faubourg Suint -Antoine ont été couverts de sculptures, d^ornements, de bronzes, d*incrustaiions.. 11 en est résulté qu'une fouie de meubles, sans valeur artistique précise, attei> gnent des prix tellement exorbitants quMIs sont appelés à rest^ à l'état de spécimens et d'échantillons.
Un artiste dun goût sévère, d'un talent éprouvé, à su se teriir en dehors des exagérations. Nous voulons parler de M. Fourdinois qui a exposé, entre autres magnifiques choses, la grande cheminiée en marbre vert de mer, ornée de bronzes dorés , dont nous donnons ici le dessin. Quatre lions héraldiques, mis au bronze nrlisti(|U(' vi d'un très -beau caractère, sont placés devant les pilastres qui supportent la frise et la tablette. Dressés sur leurs pattes de derrière, ils s'appuient sur un écusson destiné à recevoir des chiffres ou des armoiries. La frise est orné d*un bas-relief r^résentant THiver sous la figure d'enfants occupés à fendre, scier et transporter du bois. L'exécution en est parfaite et ne serait pas désavouée de nos preruiei s artistes. Toutes les moulures et tous les ornements accessoires sont en bronze doré.
Cette cheminée est surmontée d'une décoration en bois de noyer sculpté, dont Tensemble est l'allégorie de la Ghasae. Sur la tablette est placée, et formant soubassement à cette décoration, une liorlop:e à cadran en émail sur la(|uelle sont appuyées les figures symboliques du Jour et de la Nuit, sous la forme d'enfants; celui de gauche dort et celui de droite s'éveille. De chaque côté, près des colonnes, sont deux figures, debout. Celle de droite est le Départ pour la Chasse , représenté par
une femme achevant de se vêtir et ayant un lévrier à ses pieds; celle de gauche est le Retour , sous les traits d'un homme ayant aussi à ses pieds un lévrier d^Écosse. Ces quatre
figuros et les deux chiens ne seraient pas déplacés dans un
• Au milieu est un corps d'architecture, soutenu par deux colonnes surmontées d*un entablement très -riche. Cet eiH senible, à certains yeux compétents, peut paraître un peu trop surchargé d*omement6 ; mais comme toutes les proportions en sont él(^gantes et harmonieuses, et qu'elles flattent le goût lo plus exercé, cette richr.ssc mOino phiîl. Telle nous paraît une jeune et jolie femme dont la mise élégante et recherchée laisse deviner au regard toutes les formes gracieuses de son corps.
Au centre est un bas-relief offrant Pemblème de la Chasse au Cerf dans un paysage. Le dessus de Tentablement est couronné de trois groupes de gf^nies ailés de la chasse.
Mille autres détails d'ornements, tous d'une exécution irréprochable, sont siir cette décoration, mais il serait trop long de donner une description de chacun d*euXi
Nous avons aussi remarqué au nombre des objets exposés par M. Fourdinoi» : Vu meuble en bois de noyer, de style renaissance, à deux corps superposés et h portes pleines. Ce meuble est un chef-d'œuvre de sculpture ; il fait le plus grand honneur aux artistes employés chez M. Fourdinois et qui ont concouru à son exécution ;
Une table , en bois de noyer et de style Louis XV. Nous n*aimons pas ce style à cause de ses lignes trop tourmentées, mais les s(Milj)ture8 de celle table n'en sont pas moins (Tune exécution très- belle. Nous tenons comme une idée heureuse d'avoir décoré le dessus d*une sorte de marqueterie en bois de même nature et placé dans des fils opposés , ce qui en fait ressembler le dessin à celui d*une étolTe damassée ;
MEUBLES. U3
lîiic chaise, Loui«; XVI, en bois disposé pour être doré et d'un travail fort délicat.
Voilà ce qui forme Texposition des meubles sculptés de M. Fourdinois. Jusqu'à présent, nous avions cru que la sculpture seule était la spécialité de sa maison; nous nous étions trompé, et grande a été notre surprise en voyant son meuble (losiiiié à recevoir des objets précieux. II est en bois de jinirier teint eu noir, avec sculptures, partie en relief, partie en creux et ornement mat sur fond, verni. Les portes sont ornées d*émaux imités de ceux de Limoges. Ce meuble seul suflîrait poiu' soutenir la réputation de Thabile fabricant. L'Exposition, dans la partie des meubles, n'offre rien de plus simple ni de plus. dis[iii>i,ué tout à la fois.
Il nous reste à mentionner un raeuble en bois provenant de TAlgérie : thuya, pistachier, cèdre et olivier* Ce meuble, tout d*ébénisterie, est, selon nous. le meilleur spécimen du parti quMl soit possible de tirer de ces bois qui, du reste, sont fort riches de tons. Aussi ce meuble, fait dans le genre des anciens cabinets, ifa pas d'autre ornement que son bois et que des moulures, qui forment des compui timents parfaitement agencés avec quelques entrées de serrure d'un goût très-ûn. Ce meuble élégant doit être d'une grande utilité, à cause de ses dispositions bien entendues.
Il a été acheté par M. le duc d'Hamilton. Ainsi que celui en bois noir avec émaux, il est d'un travail d'cbénisterie parfait.
Indépendamment dos meubles dont nous venons de fiai ler, nous avons encore distingué un piano de M. Herz, dont la décoration est de M. Fourdinois* Dans les galeries supé». rieiires, on rencontre un buffet d'orgue de M. Suret, destiné à l'hôpital Lariboissiére , dont la menuiserie et la sculpture sortent également des ateliers de M. Fuurdinois.
Nous n'avons pu faire autrement que de dépasser, dans ce compte-rendi^ des meubles exposés par M. Fourdinois, la
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limite dand laquelle nous devons nécessairement nous renfermer pour la généralité des exposants; mais quand on a,
comme lui, tenu haut le drapeau de Tart industriel de ta France dans les deux Expositions universelles faites dans les premières villes du monde, Londres et Paris, c'est devoir et justice de lui tenir compte de ses persévérants efforts et des frais énormes quMt a dû faire. Nous savons, en effet, qa*il a entrepris tous ses meubles en vue seule de ces Expositions, et qu'aucun d'eux ne lui a été commandé d*avance.
Les récompenses qu'il a obtenues h la j^^rande Exposition de 1851, à Londres, ont été pour lui une obligation de se soutetenir à la hauteur où de prime-saut 14 s'était placé. Mais il a fait plus, car, en 1855, il s^est surpassé par la pureté des formes qu*il a su donner à toutes ses œuvres. M. Fourdinois est sculpteur, mais cette fois il montre dans ses diverses compositions qu'il possède dei> connaissances en arciiitecture et en décoration.
^exposition de M. Tahan, comme celle de M. Foordinois, révèle Tbomme de goût autant que l'artiste éclairé. G*est un de ces fabricants, dans le sens élevé du mot, qui ont une
influence diM isive sur rindustrie de leur cp()(|ue.
Le troj)liée des meubles de M. Tahan, dont le dessin ligure en téte de ce chapitre, a pour pièce principale une bibliothèque étagère commandée par TEmpereur. Cette bibliothèque ën acajou, ornée de bronzes dorés, style Louis XVI, est destinée k être ]) lacée au palais des Tuileries, entre les deux fenêtres (le la ehîiinbre à coucher de FKmpereur, (^t doit servir à mettre des objets d'art, des curiosités plutôt que des livres. Les ornements sont d'assez bonnes études des compositions de Delafosse et Salembier, dans une ample et riche interprétation.
M. Eugène Cornu, à qui Ton doit, entre autres charmants
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dessins, celui de ce meuble, paraît s*être inspiré, dans sa composition, des meubles de Triaiioii et de Fontainebleau, qui sont les meilleurs modèles de ce genre.
L'ébénisterie est construite de pilnsti-es droits, qui sont ornés de bronze doré et délicatement ciselé.
Les pilastres du bas sont surmontés d*une téte de lion, ceux du corps du meuble poi tent chacun une figure en gaîne repré- H iitaiit l'Art, la Science, l'Agriculture et l'Industrie, i^e coui'onnement se compose d'un frontoti sur lequel deux autres ligures en bronze, la Sagesse et la Force, dominent un écuason portant l'N et la couronne impériale. Des branches de chêne et jde laurier rallient la corniche au fronton.
Ce meuble, dont les côtés forment cintre, est fermé par quatre portes à glaces, laissant voir dans rii)tt'rieur un ^fiire de marqueterie qui est une innovation des |)lus remarquables.
A une certaine distance, le ton général du placage intérieur est tout marqueté et uni; de plus près la marqueterie forme un broché de deux tons obtenu par des dessins de bois d*acajou à contre-fil avec un semis d'abeilles dont les ailes seules sont en Moyor. Cela fera assin<'ment un fond d'une grande riciu^sse pour les objets que l'on placera dans ce meuble, sans nuire à la tranquillité qu'un fond doit conserver par rapport aux premiers plans.
Destiné à être placé aux Tuileries avec un lit et un guéridon
fort riches du temps de l'Empire, ce meuble a été fait de manière à compléter ces objeis d'un autre temps tout en donnant une idée des progrès réalisés par l'ébénisterie d'art à notre époque.
Les figures sculptées sont de M. Salmson , et M. Wilms a ' composé , avec beaucoup d'esprit et de goût, les rinceaux , les
moulures et les petits trophées d'attributs.
A coté de cette iMbliothèque est placée une arnioiiH' de cabinet, sculptée avec porte en marqueterie, d'un travail bien
supérieur à tout ce que les Italiens ont fait en ce genre. Le pannenu de In poi tf^, qui sert de donnée générale à ce meuble, reprébcnte un oiseau Hainand ou ibis, perché sur ses longuei» pattes, au bord d'une nappe d*eau entourée de plantes aux larges feuilles. La marqueterie de ce tableau, due À Greiner, le plus habile de nos artistes dans cette partie, est d*un effet saisissant. Le dessin est de M. Brandely, qui a un talent trèsreiîuirquable pour les peintures destinées à être reproduites en marqueterie.
Le meuble qu*a fait exécuter M. Tahan pour servir de cadre à ce paysage , qui orne la porte du haut , le complète agréa* blement. La porte du bas est un morceau de sculpture bien fouillé, avec un enchevêtrement de branches, au milieu desquelles on voit un nid.
Les pilastres sont formés de bambous avec leurs parties unies et leurs nœuds réguliers, d*oii s'échappent quelques bouquets de feuilles s'écartant en rosaces.
Le fronton , fait au moyen de bois enlacés, est terminé aux extrémités et comme couronnement des pilastres , d'un côté par un écureuil h la queue enroulée, de l'autre par un oiseau aux ailes déployées, qui dans leur mouvement donnent le prolil utile à la forme. Tout l'ensemble de cett€ composition se combine bien et fait honneur au goût délicat de M. Tahan , qui peut surtout s'apprécier dans la ravissante volière qu'il a exposée an milieu de la nef. Heureuse volière! qui a su fixer tant de doux reii;;ii (ls, sans préjudice des pensées de convoitise qu'elle a fait naître. Cette volière, aux formes élégantes et gracieuses, est en noyer sculpté; elle se compose d'une cage octogone , surmontée comme couronnement d'une plante aux feuilles souples et retombantes; quatre pieds formant l'S la soutiennent, et reposent sur un fond uni entouré de caisses de fleurs. Quatre vases, posés siir la courbe des pieds, coiiliennent des plantes qui touclieut les grillages de la cage , où voltigent et
MEUBLES
gazouillent ud essaim d*oiseaux do dilléreiites espèces. Sous la volière , dans le vide que laisse le cintre des branches de bois rustique, est placé un grand bassin de cristal, dans lequel nagent des poissons.
VOLlÉaB DB M. TABAN
Le succès incontesté de ce meuble, tant admiré au palais de l'Industrie, nous dispense des éloges qu'il mérite pour sa structure simple et distinguée.
M. Tahan a également exposé un prie-Dieu gothique d*un
beau caracttTe , comme ses autres objets d'art religieux , et une jardinière bois de rose à bronze dovd, reposant sur quatre pieds droits ornés de vases et de collets tournés, qui ont des profils très-fins et très-doux. Il y a aussi dans son exposition
PUIE-OIED GOTHIQUK UK M. TABA.N
deux petits lustres partie cuivre, partie bois, Tun avec des pots en terre cuite unie , Tautre avec des porcelaines du Japon ; tous deux, composés dans la donnée de ces différentes poteries,
leraieiit un chfiminnt ornement de boudoir, surtout avec les plantes qui doivent garnir les porte -bougies.
Que dire encore des délicieux coffrets de M. Tahan? 11 en a une collection riche et variée, connue de tous les amateurs.
qui assure k notre pays la plus éclatante supériorité dans cette branche de Tindustrie. II en a en chêne, ornés de fer et de
clous tournés dans le genre des portes de Notre-Dame; d'autres sont à ciselure d'or mal et à peintures sur émail lin , comme les tabatières Louis XV.
Mais les nécessaires, boîtes, coffrets, pupitres de M. Tahan, ,ne font que reproduire les excellentes études d'orneinentation et de style que Ton voit plus largement dans ses meubles. Il y a un nécessaire de poche cependant, eu ivoire scal[)té, avec les outils en or pour ouvrage de dames, qai en diffère absolument. Ce petit bijou a un véritable intérêt artistique, comme tout ce qui sort, du reste, des magasins de M. Tahan.
De M. Tahan nous pouvons passer, sans sortir du domaine de l'art |)ui-, ;i M. Uoudillon, (|ui a exposé une cheminée dans le genre de Lepautie, que l'on peut h juste titre considérer comme l'une des plus heureuses productions de l'ébénisterie française. Ce meuble, élégant de proportions, très- bien conçu d'ensemble et d'ornementation , est décoré de peintures qui s'allient parfaitement au caractère général. 11 est impossible de IrouNci- plus (r'rus('uil)le dans les sculptures, plus de linesse d'exécutiou dans les détails. La frise, surtout, dans laquelle est placé le cadran, est un morceau remarquable qui a attiré l'attention des artistes et a été jugée comme un des types les plus complets de la sculpture d'art.
Successeur de M. Kinguet-Leprince, M. Roudillon, qui n'avait encore figuré à aucune exposition, a tenu à honneur de soutenir dif^uemcnt la vieille réputation de l'importante * maison qu'il dirige, il a fait plus : il s'est placé dès le début à un rang où peu de maisons peuvent atteindre. Par son exposition, on est à même de juger la manière large dont il entend la décora Lion des appartements.
M. Roudillon a choisi le style Louis XIV, qui donnait jadis
MEUBLES
un caractèn^ si grandiosement remarquable aux palais et aux grands hôtels. Sa clKMTiinée en bois de chèiio poli rsl irèsridie, et cependant l'ou peut distinguer T architecture, qui est trop souvent sacrifiée par no8 fabricants modernes. Le candélabre placé sur la tête dos enfants est fait seulement comme maquette^ le temps ayant probablement manqué pour terminer Texécution en bronze. Le cadran en étuMil de Sèvres représente 1(> Jour (M la Nuit, et les deux i)einlures dans les panneaux latéraux complètent la décoration. Elles peuvent être remplacées par des tapisseries.
Ce meuble» vraiment magistral, est conçu et exécuté dans des proportions d^une belle harmonie. Rien ne choqu(>, rien ne vient altérer l'impression que cause la vue de cette belle anivre d'art, une des plus remarquables que nous ayons vues depuis longtemps.
M. Roudilion a aussi exposé, pour donner une idée de sa fabrication journalière, des meubles pris dansas magasins, et qui n'étaient pas faits en vue de TExposâtion. Parmi ces meubles, nous avons partieulièrement distingué une commode Louis XVI, en bois de rose, avec baguettes en bronxe doiv. Ce meuble est de très-bon goût. 1 1 serait difficile de trouver une composition plus simple et plus heureuse.
Presque en face de la cheminée de M. Roudillon se trouve la bibliothèque de M. Klein, Vm de nos fabricants les plus
estimés du faubourg Snint- Antoine.
Cette grande bibliothèque en noyer sculpté, style Renaissance , est k double corps , le corps supérieur un peu en retraite sur le corps inférieur. Ce dernier se compose de quatre portes séparées par des pilastres, sur deux desquelles sont, en médaillons, les portrait<; du Dante et de Virgile, et sur les deux autres des attributs relatifs aux sciences.
Le corps supérieur e.4 à quatre portes vitrées, st^parées par
des colonnes composites. Sur l;i colonjie du milieu est une figure d'Atlas en cariatide, symbole de l'Industrie, supportant le globe terrestre. Au milieu et au-dessus des panneaux de droite et de gauche sont les masques de la Comédie et de la Tragédie. Au sommet des colonnes , quatre Génies retenant des rideaux qui retombent en dehors du champ des portes vitrées, semblent avoir jxjur but de njettre en évidence les trésors de la :>cience enfermés dans ce meuble, et d'appeler tout le monde à en profiter.
Pour compléter renseignement, la Science assise au-dessus de la sphère, et sur un lion couché , dominant le monde et la force brutale, couronne d*UD côté PHistoire et de l'autre la Poésie.
Cet ensemble est bien siiteiidu et ollre une unité de conception, d'autant plus louable qu'on ne la rencontre pas toujours même dans des ceuvres qui ne relèvent que de Tart. Disons toutefois qu'au premier abord Tœil a quelque peine à saisir l'ensemble de cette composition et les rapports qui en lient les diverses parties. Cela tient à ce que les figures sont petites relativement à la grandeur du meuble, et pur buite un peu isolées , un peu éloignées les unes des autres* Mais remarquons aussi qu'il ne s'agissait pas ici de composer un groupe de figures allégoriques, mais de décorer un meuble qui devait être avant tout propre à remplir son objet. Le principal , dans l'intention de railleur, dexait donc être tout rrahord h nunible, la bibliothèque; Pornemejit n'était qu'un accessoire, et l'artiste ne devait venir qu'après l'ébéniste.
Examinée à ce point de vue , qui nous paraît être tout à fait vrai dans la circonstance, la bibliothèque de M. Klein ne mérite plus que des éloges. Elle se présent*^ tout d'abord comme iint^ \érit<ible bibliothèque bien appropriée à son usage; puis, on y découvre des ligures d'ornement, élégants accessoires qui en égaient le champ sans le charger; puis
enfin, en reconnaissant le lien commun, resprit d'unité qui rattncfie (Mitro ellfs ces cliv(M s<\^ parties d'ornemont. ou arrive à reconnaître que riiomme qui a composé ce beau meuble était artiste de goût autant qu*liabile ébéniste. Et cette conclusion, pour se présenter ptus tardivement à Tesprit, n'en est ni moins glorieuse ni moins flatteuse pour Tauteur.
Si de Tensemble nous passons aux détails, nous devons consUit(M" que la sculpture est conscienrit ii sèment faite, parfaitement appropriée aux sujets dont les diveraes expressions sont bien rendues ; quant à Tébénisteric proprement dite elle est toiut à fait digne du meuble de prix que nous venons de décrire, et surtout de Thonorâble maison qui Ta produit.
C'est en somme une des belles œuvres de Tébénisterie parisienne. Du reste, la maison Kinn. luiidée depuis trente ans, a dtîjà obteïiu aux expositions de iS/iU et de l'Académie
de l'Industrie, des récompenses qui attestent Texcellence de sa fabrication. Gomme tant d'autres industriels, M. Klein, faute de place, a dû renoncer à envoyer au Palais de l'Industrie plusieurs meubles du meilleur goût, qu'il avait préparés pour le grand concours de 1855.
Le meuble de M. Klein nous amène tout naturellement devant le gigantesque bufTet^étagère de M. Pierre Ribaillier. Cette pièce d'ébénisterie, la plus remarquée de l'Exposition, rentre
dans le groupe des meubles encyclopédiques par l'abondance (it's sujets (jui y sont représentés. Oiie de recherches n ont pas dû coûter à sou auteur le choix des allégories, le dessin des figures, le groupennent habile des décorations accessoires, l'unité harmonieuse qui préside à l'ensemble, malgré la profusion des lignes et des formes I
Quatre grandes figures symboliques, de grandeur naturelle et d'un caractère parfait^'OHMit distinct, sont hardin^Mif assises sur le corps inférieur du meuble qui leur sert de piédestal.
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Elles représentoit les quatre nations. La première, à gauche,
l'Afrique , nous apparaît sous les traits fortement accentués d'une femme qui s'appuie âur uue javeline. L'Europe a une physionomie plus grave; elle enseigne à T univers les préceptes da bien et du beau. L'Amérique se penche dans une attitude pensive sur une ancre qui symbolise à ta fois son commerce maritime et son riche avenir. Quant à l'Asie, elle rêve d*azur et d'or, nonchalamment inclinée sui* sa pipe, dont on croit respirer les énervante parfums.
Derrière chacune de ces figures, d'une exécution aussi heureuse que leur conception, s*élève une colonne symbolisant la végétation de chaque climat. Derrière TEurope, la colonne est de chêne, enlacée par une plante grimpante appartenant à notre zone tempérée. Derrière !a figure symbolique de T Amérique, une plante rampante d'Amérique e^àcalade la colonne de platane; une Kane embrasse la colonne de palmier placée derrière TAfrique. Derrière TAsie, la colonne de Paulownia est entourée par une liane empruntée à la végétation asiatique. Ces colonnes sont d'un travail délicat et d'une précision irréprorhable. Au-dessus de rentablemeiit qui Ii's surmonte, quatre groupes d'enfants, charmantes compositions qui ne laissent rien à désirer, représentent les allégories des quatre éléments : Teau, le feu, Tair et la terre.
Mais ce que Ton a le plus admiré dans ce meuble, déjà si méritoire, c'est le panneau du milieu, dont deux Renommées tonnent la couronne, et où se i^roupent en ronde-busse près de cinq cents ligures, représentant tous les grands hommes illustres, depuis les temps les plus reculés jusqu'au dix-huitième siècle, philosophes, mathématiciens, législateurs, prophètes, orateurs, historiens, commentateurs, philologues, poètes, alchimistes, chimistes, inventeurs et médecins. Les portraits des j)ersonnages du premier plan sont d'une grande ressemblance. Ce panneau rappelle la sculpture fouillée du
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nioye» âge, mais il a de plus cette supériorité que lui assurent les progrès de la sculpture moderne.
Bref, dans ce meuble, les moindres détails ont été étudiés et traités avec la conscience la plus scrupuleuse. Sa composition, aussi nouvelle que hardie, révèle une grande puissance de conception. Une critique sévère blàniora peut-être cette dépense d'imagination ; mais il en est ainsi de tous les ciiefsd*œuvre. Cette fécondité de l'auteur lui serait une excuse même si les lois architectoniques avaient été violées; M. P. Ri> baillier a prévenu cet écueil en conservant toujours aux lignes d'ensemble leur élégance et leur simplicité. Vu de loin, ce meuble oiTre encore un aspect grandiose et classi(juc 4U1 excuse le roinuntisnie de rornenienlation.
M. Pierre Ribaillier n'avait pas besoin de cette œuvre pour établir sa réputation ; sa maison date déjà de dix-sept ans; et personne n'ignore la vogue qui 8*est attachée aux meubles de ftinlaisie de tous les styles, en vieux chêne et autres bois, qu'elle fabrique. Mais le meublo dont la description précède la place sans contredit au premier rang de l'ébénisterie parisienne et artistique.
Non loin de M. Tahan, dans la nef, se trouve un autre trophée de meubles appartenant h MM. Jeanselme père et fils.
La principale pièce de ce trophéo est un l)iin('t dr chasae ach(^t('' par l'Empereur, Dans ce meuble, di'ssiiu'i et exécuté par M. Liénard, tout concourt, notamment de charmants attributs, à en rappeler la destination.
Le corps supérieur, divisé en deux compartiments qui laissent voir les armes de chasse, est couronné par un fronton renaissance. Dans la troncature de l'attique, un faucon aux ailes éployées tient dans ses serres une bécassine. Un ornement très-gracieux et très-net de dessin relie le couronnement au corps principal; sur les montants des côtés pendent des
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natures mortes très-bien étudiées. Le corps inférieur est séparé du corps supéiieur par une tablette que supportent deux belles études de chien, de grandeur naturelle, dues au ciseau de M. Jacquemart. Le panneau de la porte du buffet, ou armoire inférieure, porte un médaillon représentant en ba^ relief une chasse au cerf, saisie au moment où ranimai, sortant de l'étang, fait tèti; ciux chiens.
Les côtés sont ornés de têtes de sanglier et de cerf.
M. Liénard est avec MM. Klagmaon et Dieterle, le chef de cette école d'artistes ingénieux qui se sont voués h Tindustrie. Nous lui devons une foule d^élèves distingués qui ont servi à maintenir entre le» mains de la France le sceptre du goût. Son armoire à liisil est digne de lui.
A côté de ce meuble est placée une bibliothèque renaissance exécutée , à ce qu*il parait, sur les dessins de M. Jeanselme fils. On voit que ce jeune artiste 8*est trouvé à bonne école. Élève de M. Liénard, ses ornements rappellent les courbes, les enlacements fins et nerveux de ce maître. Il a fait un excellent usage des inci'ustations de jnarl)i"es j)n'cieux; son meuble est très- agréable de forme , très -entendu d'ornementation.
Nous ne parlerons que pour mémoire d*ttn sopha et de fauteuils de bois doré, style Inouïs XVI , dont la forme nous platt peu. Il y a cependant quelques jolis détails de pastorales et de
trophées se Lilj)tés.
Ij^exécution de ces meubles est excellente. Cela se conçoit. M. Jeanselroe a d'habiles ouvriers et sait les conserver : il en occupe plus de 300, la plupart d'entre eux sont chez lui depuis plus de vingt ans. M. Jeanselme est un de ces hommes qui doivent tout au travail et à la probité , et qui s'en souviennent glorieusement. Fondée en 4H*i/j, cette maison s'est successivement élevée au point où elle est arrivée.
Une exposition qui mérite à plus d'un titre d'attirer la sérieuse attention des hommes éclairés est celle de M. Camus, qui a condensé toute son expérience industrielle et ses vastes con-: naissances comme comptable sur un nouveau système de bur reaux de son invention , destinés à simplifier la comptabilité commerciale, et à mettre chacun en état de se tenir au courant de S3S propres alTaires sans le moindre eiïort.
Auteur d'une méthode de comptabilité qui comprend une Instruction et un Dictionnaire de l'Art de la Comptabilité, M. Camus, a créé et fabrique des registres imprimés, dispostîs d'une manière toute spéciale pour économiser plus de mille pour cent sur le travail manuel des employés. Avec ces registres, il ne reste plus au comptable que la partie intellectuelle des articles h passer.
Les bureaux tout particuliers inventés par M. Camus , et qui ont produit une certaine sensation au palais de l'Industrie, présentent l'incontestable avantage de rendre inutiles tous les autres meubles dont les administrateurs, banquiers, commerçants, hommes d'affaires, devaient s'entourer dans leur cabi-
net. Avec le bureau - comptable de M. Camus, on a, sous une seule clé, un secrétaire et un coffre-fort, des placards avec
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plans, dessins, cartes; des casîers-biblîolhèques, descarfbnniers pour les pièces counintes, des casiers à registres, des portefeuilles journaliers, hobdonindaires , mensuels, mensuelsannuels, et enfin tout^e qui est nécessaire au classement, avec otdre et méthode, des pièces les plus compliquées. Rien n'a été omis dans Texécution de ces bureaux pour en faire des auxiliaires puissants au milieu des préoccupations du travail. Il y a des sonneries pour rappeler les rendnz-vous, des mouv(>meiîts qui ne permettent jamais d'oublier les hmros, et un réveil pour le cas où, cédant à la fatigue, on s'abandonnerait pendant quelques instants au sommeil. Une chancelière et un fauteuil sont renfermés dans le meuble.
Plusieurs personnes peuvent au besoin travailler à ces bureaux, car ils contiennent des rallonges et des relarges, des pupitres à divers usages , même à écrire debout.
Par im rtiécanisme des plus ingénieux, tout cela se replie, se referme avec une facilité surprenante et n'eccupe pas plus de place qu*un bureau ordinaire. Les oublis si fréquents des administrateurs sont même prévus, le meuble ne pouvant se feriTier qu'autant que toutes les pièces sont en ordre. Ainsi un seul tiroir non poussé empêche la serrure de fonctionner.
Les burèaux de M. Camus sont de diverses grai^f^eurs, selon rimportance des affaires. II y en a pour toutes les positions, pour toutes les foirtunés. Ses portefeuilles ne sont pas moins remarquables pour permettre de ttouver à l'instant même tous les rcnseignemeuLs doiil on a l)esoin. Ils mettent la comptabilité 5 la portée de tout le monde et rendent toute erreur impossible. Les rendez-vous pris ou donnés, les lettres à répondre , les échéances et toutes les affaires dont on doit s'occuper, se pi ésentent sous les yeux en ouvrant sou portefeuille ou soii biipcau.
Travailleur infatigable, en vue de l'intérêt général, hom?no de progrès dans toute Tacception du mot, M. Camus, l'un de
nos métallurgiâtes les plus distingués, a rendu, en dehors de ses pénibles et laborieuses recherches, d'immenses services, et nous sommes heureux de pouvoir payer ici un juste tribut
d'éloges à son rare désintéressement, ^ la générosité de son caractère et à ww r.lcvation do sentiments digne de l'estime de tous ceux qui ont pu apprécier cette nature hors ligne.
Nous savons ses persévérants eâbrts, sa louable énergie, et nous connaissons aussi son extrême modestie, qui n*a d'égal que son mérite. C'est ce qui nous détermine* en ces temps de transactions mercantiles, h louer sans restriction les résultats acquis. Ses bureaux sont dans Tesprit de TExposition universelle à tous les pointâ de vue. ils réalisent iuveutiou, progrès, simplification , économie.
M. Barbedienne , fabricant émérite de bronzes d'art, est
aussi un ébéniste distingué. Dans ces deux branches de l'art industriel, il a déployé un goût éclairé; et il a su les associer fort heureusement. La partie architecturale de ses meubles, calme et sévère, domine la décoration et n'en est point écrasée, comme il arrive chez la plupart de ses rivaux. Son exposition d'ébénisberie se compose de deux meubles, dressoir et bibliothèque , l'un d'ébène et de bronze, l'autre de noyer et de bronze. Tous les (]<'>tnils en sont larg(*ment traités. Deux qualiti's distinguent surtout cet industriel : le soin apporté dans l'exécution des reliefs et des ornements, et la sagesse des proportions établies pour faire ressortir à rœil toute l'élégance des meubles (]ui sortent de ses ateliers.
L'armoire à fusils, style renaissance, dont M. Jules Fossey a fourni les dessuis et qu'il a fait exécuter sous sou intelligente direction, n'est pas exempte de défauts. La composition pèche par la mauvaise économie de Tomementation. Le fronton écrase trop le corps du meuble, dont les sculptures sont d'ailleurs fouillées avec une remarquable délicatesse de ciseau. Il
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existe une disproportion étrange entre les armes de la paiioplie et les petites figures de chasseurs qui enrichissent le médaillon.
Ce dessinateur nous paraît avoir trop sacrifié au goût- de répoque qui, n'ayant pas encore trouvé, en fait d'ameublement, sa forme originaie et- caractéristique , ne. se contente pi^ de mélanger tous les styles, mais arrive quelquefois à violer les proportions les plus élémentaires.
Signalons également Tarmoiie à fusils de M. Guéret, composée par M. Duval. Les sculptures formant décoration ont paru d^une exécution soignée. Les enfants sonnant du cor, placés auprès de* la téte de cerf qui orne le couronnement, sont dus au eiseau-mattre de M. Hugues Protat. Cependant, on peut faire à M. Guéret le reproche mérité par tous ses confrères. Son meuble manque d'architecture ; les lignes d'ensemble ne se détachent pas avec pureté et disparaissent en quelque sorte sous la profusion des ornements.
La bibliothèque de MM. Weiber, Pitetti et G*" est un de ces meubles pour la composition duquel le dessinateur a appelé à son aide les nations, les saisons, les quatre parties de l'univers, les trois règnes de la Udliae, le mondé moral et le monde physique, la science, le progrès, la religion, los arts, l'industrie, la guerre et autres entités dont la descriptiou plastique fatigue à la fois les yeux de Te^rit et ceux du corps, malgré. le talent de Texécution et la fmessé des détails; car il faut rendre cette justice à la bibliothèque de MM. Weiber, Pilctti et G' que les rh.uiiiajilcs sculptures qui en surchargent ( haque panneau, soUt exécutées avec un savoir4dire digue d'éloges.
On peut signaler les mêmes défauts de composition dans ta bibliothèque de M. Beaufils, qui a puisé les sujets de ses ornements h la même source encyclopédique. Ici toutefois il y a plus d'iMisemble et d'harmonie. Malheunuistuiient les ligures
EXHOSITION UNIVERSELLE.
représentant les quatre parties du monde ont été confiées à des sculpteurs maladroits qui n^ont su leur donner ni une attitude
\ rni> ni une expression grandiose. La flamme qui es»saie de biiller au-dessus de la statue do la l'oi est sculptée d'une façon ridicule. Toutefois, ce meuble nous sip;nalp les efforts qtie fait ia province, car M. Beaufils est de Bordeaux, pour s^élever au niveau de la fabrication parisienne ; et à ce titre, on peut excuser lé malheureux choix que le fabricant a fait des artistes auxquels il a confié son œuvre.
l ne remarque qui a été faite avec raison par les gens sérieux, c'est que rébénisterie française n'a énvoyé à l'Exposition universelle qiie des meubles d*un prix exorbitant, pièces uniques , qui ne pourraient affecter aucune solidarité avec les autres meubles de rapi^artenient qui les recevrait. Ce sont en général des cliets-d'œuvre de goût , d'élégance, de richesse, qui peuvent tout au plus convenir à de grands seigneurs millionnaires. Mais pour la classe moyenne aisée , pour la classe ouvrière, certes ta plus nombreuse, qu*a-t-on fait? Chose étonnante ! c*est dans un pays où Ton compte dix mille rentiers ordinaires pour un millionnaire , que les ébénistes travaillent comme s'ils n'avaient que des nababs dans leur clientMe. Au lieu de viser au grand nombre, la spéculation avisé à Texc^iion ; aussi que de déceptions pour les spéculateurs maladroits I A ce point de vue, TAngleterre, dont TExposition est pourtant riche également en beaux produits, a été plus raisonnable. Ce pays, essentiellement aristocraiiciue . ;i le bon esprit de s'attacher à produire pour les contrées démocratiques, tandis que la France, nation essentiellement démocratique, semble ne s'évertuer à produire que pour les aristocraties. Les milliers de fabricants anglais, riches jus(prà Topulenee, comparés aux rares forfimes de nos industriels , disent assez où se trouve l'avantage.
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Que signifient, par exemple, les meubks compliqués de Ui maison krieger? 11 met un Ut dans une annoire à glace; mais . le tout est coté trois mille francs.
MM. Ribaillier et Mazaroz ont exposé un drefisoir où s*enchevêtrent les allégories. La décoration de ce meuble forme unaiiialgnnu' préteiiLieux et lourd où la peinture et la srulpt«l-e ont beau s»^ venir en aide; elles n'aboutissent qu'à des ellets disgracieux et à des lignes heurtées. Le seul mérite que nous reconnaissions au dressoir de MM. Aibaitiier et Mazaroz, c*est d*avoir coûté beaucoup de patience et d^argent, comme nous pourrions le dire de tant d'autres quMl vaut mieux passer sous silence.
Ces industriels ont mal compris sans doute le but de l'Exposltioi) , qui uc leur a pas dit seulement : Faites du beau ; mais aussi faites à bon marché. £n dépensant beaucoup d*argent, on arrive toujoiùns à établir des produits qui flattent Tceil. Là n'est pas le problème ; il faut à la fois rechercher le beau et l'utile, mais avant tout le boji niai ciic afin que toutes les classes, pauvres et aisées , puissent profiter des progrès de i'indusirie.
L' Angleterre a eu raison de viser à ce dernier résultat. Cependant elle a eu soin de ne pas être exclusive ; et parmi tes fabricants qui se sont adonnés aux meubles de luxe, on peut mentionner les noms suivants :
M. William Fry, de Dublin, a envoyé uii(> bibliothèque en noyer bruni, de forme octogone, dont l'aspect gracieux et élégant dissimule une infinité de combinaisons ingénieuse^. Vous tirez un tiroir, vous poussez un ressort, vous déplacez une tablette; et soudain votre bibliothèque devient un bureau : ici la papeterie, là les cartes, plus loin .les médailters.
l^e iiieubit' de M. (Irace, de Londres, est l'oit i)eaij vi i'(''\Me un seiitiraent très-pur. C'est uu dressoir gothique sur les panneaux duquel des ornements byzantins, peints sur fond d'or, se marient admirablement avec la décoration générale.
MM, Trollope et tiis ont exposé un très- beau lit et deux charmantes bibliothèques. Gîtons en outre MM. Holiand et fils, Moraiit èt Boyd, Smee et fils, Graham, Jakson, Levien et Lombard, qui Ont exposé de fort belles choses, notamment
M. Graham.
La Belgique, eiitraîiic p par son esprit friinitation , a contracté, elle aussi, la manie du mfw6/(î à tout faire.
M. Mean, de Liège, a exposé une toilette qui, grAce à des renversements de panneaux, devient successivement un bureau, un Ht» un secrétaire, une fçarde-robe, etc., etc.
M. Caiiibier (d'Ath) olVre pour llk IV. 'un lit complet avec ses accessoires; ce lit une lois leniié, ressemble à un meuble droit garni de tiroirs et occupant une petite place.
MM. Peters, l>ekein et Godefroy jeune ont exposé de vastes panneaux marquetés, admirables d^exécution et de travail.
La Suisse n*est représentée que par quelques meubles sans importance.
L'Aulriclie a envoyé un ameublement assez remarquable; les exposants principaux sont MM. Thonet frères (de Vienne), Frédéric Bœhrs (de Prague), Foradoni (de Vérone), et les fi*ères Rosani (de Milan).
La Toscane n'a pas perdu la tradition de ses précieuses mosaïques. Siîulenienl , ce ne sont |)lns les vastes coupoles des basiliques qui lui servent de champ d'étude et d'applicatioj». L'architecture leur faisant défaut, c'est à l'ébénisierio que s'assodent les mosaïstes italiens. Une magnifique table, placée dans la rotonde de Tancien Panorama, fournit un précieux spécimen de ce que Tart de la mosaïque moderne peut offrir de gracieux et de sévère h la fois.
M. Gaétan Bianchini, de Florence, a exposé deux tables de mosaïque. Tune avec guirlande de raisins, Pautre avec i^olombes, insectes et branches de laurier. L'exécution en est fort distinguée.
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MM. Viscoiiti et Bracci, de Florence, ont reproduit de beaux groupes de marbre vert.
Enfin, la bibliothèque de M. Mazzinghi, de Florence, complète assez malheureusement cette exhibition de meubles toscans, qui se recommande par de si riches qualités. Cette bibliothèque, en chêne sculpté relevé d'or, offre une ornementation mal dessinée et exécutée dans des conditions déplorables.
VERRERIE