GLACES — CRISTAUX
L'art du verrier icmoiile aux Phéniciens et aux Égyptiens. Les (irecs et les iloiiiaiiis employaient beaucoup le verre, qui était pour eux un objet de luxe et de grand prix. Dès les premiers siècles de notre ère, la verrerie se répandit chez les peuples conqais par les Romains, dans les Gaules , en Espagne, en Angleterre j en Allemagne, et plus tard dans les pays du Nord; mais partout elle resta grossière et primitive, tandis qu'à Venise elle acquérait une grande perfection. Au xiir siècle, le nombre des verriers avait augmenté dans une proportion telle que le gouvernement fut obligé de les reléguer à Ttle de Murano, précaution heureuse pour la ville à cause du grand nombre des fourneaux. Deux siècles plus tard , et comme la découverte de l' Aiiicriquc enlevait à Venise le niuiiopole du commerce, la ilcpublique des doives vit aussi déchoir la prospérité qu'elk avait assurée durant des siècles à Tindustrie verrière. Les procédés de fabrication dont elle avait gardé le secret si longtemps , grâce à la sévérité de ses édits, ne tardèrent pas à se répandre et à être appliqués dans les divers États de l'Europe. La persf)e{,'tivp d'un iiiuiidc nouveau et des rc£>sources imprévues que créaient aux Européens une terre et des peuplades vierges excita leur émulation et donna la plus salutaire impulsion à toutes les industries. Des usines pour la fabrication du verre s*élevèrent donc sur tous les points; mais la Bohême, qui possédait en abondance les matières premières et les combustibles iK'cessaij'cs à eettp fabrication, triomj)liii bientôt dans su concuiTence avec Venise; les produits de la
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Bohême ont conservé longtemps la vo^e (jui s est attachée dès le principe à leurs brillantes qualités. Néanmoins, au point de vue de la fabrication, le monopole de la Bohême eut moins de durée que celui de Venise. La France de Louis XIY et de Golbert vit, grftce à rinitiative de ce dernier, naître et se développer chez elle les importantes manufactures de Tourlaville , (le Saint-(iul)aiii , etc., qui lui ont permis plus tard, non-seulement de lutter pour la supériorité du verre avec toutes les autres nations, mais encore de prendre la première place.
Avant d'insister sur la valeur intrinsèque et comparée des produits de Tindustrie verrière qui figurent à TExposition de 1855, il n'est pas inutile de rappeler succinctement la nature et la marche des procédés qui ont tour à tour prévalu, et par ce coup d'œil rétrospectif de mesurer l'importance des progrès réalisés. Dans la fabrication du verre, il faut considérer troia opérations distinctes et successives : 1* le choix et le mélange des éléments qui doivent le former ; 3* la fusion de ces éléments ou matières premières ; 3" la manipulation de ces matières vitrifiées.
Tout verre est un sel simple ou multiple formé par la combinaison de Tacide silicique (silice ou sable) avec diverses bases qui sont la potasse, la soude, la chaux, la baryte, la magnésie, les oxydes de fw^ de plomb, de zinc, de cuivre, de manganèse, etc. Une loi mise en évidence par les nombreux (îssais qui ont été faits depuis Forigine de T industrie du verre , c'est que plus la proportion de base sera considérable, plus le verre sera lusible.
Une fois le mélange opéré, on procède à la fusion qui s'opère au moyen de creusets chauffés dans un four circulaire, construit en briques, et dont on aUmente la chaleur avec le bois ou la houille.
Quand les matières sont fondues et réduites en pÂte vitreuse, Touvrier procède k leur manipulation et fabrique, suivant la
m EXPOSITION UNIVERSELLE.
nature des niélans<^s et le choix des l^ases combinées avec l'acide siliciquc, soit des verres à vitrcîs ou à glaces, soit des verres à bouteilles ou de gobeletterie , soit enfin dei^ cristaux , des objets d*(]irnetnents , des émaux, des pièces d'optique, etc.
La méthode employée aujourd'hui pour la fabrication du verre h vitres, ne diffère q\w par quelques perfectionnemeuts d<î détail de celle pratiquée dès Tonii^ine de cette industrie.
Les verres soufflés s'obtiennent de la façon suivante : un ouvrier prend au bout d'une canne de fer percée dans sa longueur , une masse de matière vitrifiée qu*ii échauffé et souffle & différentes reprises jusqu'à ce qu'elle soit réduite en un cylindre long et mince. Le cylindre est fendu dans sa k>n- ^ueur, après qu'on en a séparé les deux calottes. On le poi te ensuite dans un fourneau où If rli-gré de chaleur convenable ramollit, et on raplatitsurlepianclierdu Courneaii. I.o cylindre devient par cette opération une plaque unie et droite. Tirée de ce fourneau , elle passe à celui de recnisson , où elle reste jusqu'à ce qa^elle-soit refroidie. Cette méthode est em[)loyée également pour la r;ii)ric'ati(jn des globes de pendule. On a soin, dans ce cas, de ne pas ciilever la calotte sphérique du manchon et de la couper près de la canne. Quand les vitres doivent, être cannelées, on applique le cylindre aplati et encore malléable sur nii moule qui lui donne l'empreinte de ses cannelures.
Pour fabriquer les vitres, les Anglais nni lonf;tcmps fait usage d'un procédé particulier dit par rotation, dont le principal inconvénient est de ne produire que des vitres de petite étendue; mais il a l'avantage de donner des verres plus parfaits et plus brillants.
J'assons maintenant en revue les principales verreries françaises ou étrangères dont les produits exposés au Palais de l'Industrie témoignent des perfectionnements et de l'importance que l'art du verrier a atteints à l'époque actuelle.
VERRERIE
MM. Renard p^lT ot fils, de Fresne - lez-Valenciennes , ont eu rexcellente idée de placer sous les yeux des visiteurs toute la 6érie âesparaisons du verre à vitre. On peut voir, en examinant ces diverses phases de la fabrication, que le verre
passe par douze loriiifs successives depuis sa sortie du creuset jusqu'à l'étendage, qui constilue la treizième et dernière manipulation.
MM. Renard ont fourni les vitres dépolies qui forment la voûte du palais; cette immense production, livrée dans des conditions heureuses au moment fixé par le cahier des charges,
donne la plus haute idée de rimpurtancc (\o leur manufacture.
La verrerie de Bagneux, que madame. Bernard dirige avec une rare habileté, n'a pas failli à sa vieille réputation. masses de verre qu*el1e expose ne permettent pas à Vœil le plus habile de constater les plus légers défauts; on remarque entre autres objets deux manchons coupés ayant au mnlm \ mètre 80 de hauteur, d'une blancheur irréprochable^ et un globe de pendule ovale de toute beauté.
L*ancienne verrerie de Sèvres, que dirige M. de Sussex, attire le regard par le nombre, la variété et lo groupement habite de ses produits. M. de Suasex à exposé une collection de cinquante -quatre manchons de gi andeurs décroissantes et rentrant les uns dans les autres.
ha conipH^;nie de la verrin ie du Penchot (Aveyron) expose non-iseuleraeat des verres à vitre doubles et simples d'une exécution soignée, mais elle offre en outre des échantillons de toutes les matières premières qu*e1le fait entrer dans sa fabri^ cation, des sulfates de soude, des chlorures de chaux, etc. , voulant ainsi prouver que TinqxM lectiou des verres dépend très-souvent du mauvais choix ou de l'impureté de leurs éléments.
MM. Appert et Mazurier ont éu Tidée, comme M. de Suseex, de former un giroupe composé de cinquante-deux manchons de
grandeurs décroissantes. Sur aucun de ces cylindres on n'a reinarqiK^ de ces taches blanchâtres, de ces stries protubérantes qui aitèrent trop ordinairement la transparence du verre.
MM. Patoux et Drion ont envoyé de fort belles vitres.
MMi Hutter et C% de Rive-de-Gier, offrent une collection de verres h vitre dunt les couhnirs variées, bleues, rouges, etc., saisissent l'œil par la vivacité des nuances et l'uniformité de la teinte également répartie sur tous les points.
.N*oublions pas enfin MM. Dutby, de Paris, dont les manchons cannelés sont heureusement réussis, et M. Yan*Gauweiaert (de Valenciennes) , qui expose des verres à vitre fort remarquables et des. Ijoulei lies dont on peut louer la l'orme et la transparence,
L'Angleterre , comme nous avons déjà eu occasion de le dire, fabrique ses vitres par un procédé particulier, dit de rotation, que la France a cru devoir abandonner depuis longtemps à cause de ses désavantages. Elle n'est représentée au Palais de l'Industrie que par deux exposants. 11 est vrai ((ue l'un d'eux, M. Chance, de Birmingham, a déjà lait ses preuves: d'abord il a établi en Angleterre le système de fabrication française pour les verres à vitre, et en outre, lors de l'Exposition de Londres, il a pu fournir en quelques mois le vitrage du Palais de Cristal , c'est-à-dire une surface en verre d'un million de pieds carres anglais. Les produits que l'on remarque dans l'exposition de M. Chance sont des vitres épaisses planées et polies {palenlpkae''gkus) que cet industriel a inventées et que Ton emploie concurremment avec les gUces de France pour les devantures de magasin, la vitrerie de luxe, etc. A côté de M. Chance signalons M. llartley, dont les verres en manchons présentent une nuance verte assez disgracieuse, mais qui a su les approprier , sous le rapport de la forme, aux besoins du ménage et de Thorticulture, heureuse idée que personne n*avait eue avant lui.
VERKËRIE. ' m
^Exposition belge témoigne des perfectionnements qac MM. Bennert et Bivort, Frison et C*, Jonet et de Dorlodot,
Moiidron, Capellemans, etc., ont iiilioduits daiih la fabrication du verre à vitre.
J^' Autriche et Venise elle-méroe n'ont envoyé que des échantillons trèsrordinaires.
Ijfl mc'îthode du soufflage décrite précédemment avnil été appliquée par les verriers de toutes les époques à la fabrication des verres en tables désignées sous le nom de glaces. Venise elle-même , dont les produits dans ce genre ont mérité une renommée si durable, n^avait pas recours à d'autres procédés. Il est vrai que si les glaces de Venise se distinguaient par Pépaisscur» la tr.in>parence et Téclat du verro. elles ne comportaient que de très-petites dimensions, à peine un métré carré. C'est k un Français que Pindustrie de la verrerie doit la découverte de cette méthode admirable procédant par le coulage et qui permet de fabriquer des glaces ayant des proportions gigantes(}ueâ , et réunissant à un degré supérieur toutes les perfections.
Dans la méthode du coulage, on se sert d'un vaste creuset qui contient le verre en fusion. Lorsque par le jeu des machines on a fait couler sur la table préparée à la recevoir, cette nappe de feu, on détermine la largeur et Tépaisseur que Ton veut
donner à la glace, en faisant avancer plus ou moins deux tringles de fer qui rcticniiPiit par leur bord le flot du verre. A Pinstant on fait rouler sur celte matière enflammée un cylindre de fonte qui pose par ses extrémités sur les tringles et amène le verre en ifusion à une épaisseur uniforme. Ce procédé, moins les perfectionnements qu*il a reçus plus tard, fut imaginé, vers 1608, par un cei taiii Ahraliam Thcvard, d'autres disent par Lucas de Nehou, propriétaire d'une verrerie à Tourlaville.
L'industrie des glaces est due eu France à la proteclioii de Goibert. EWe fut introduite , vers 1670, par des capitalistes français, et commencée par des ouvriers vénitiens.
Deux sociétés «'étant formées. Tune pour le verre soufflé, '
l'autre pour le verre coulé, elles avaient toutes deux des privil('g(\s dont la délimitation devint pour elles une source de dii'iicultés et de dommages; mais, en 1702, sous l'influence du ministre, elles mirent en commun leurs industries et leurs capitaux, et transportèrent, le siège de leur fabrication, de Tourlaville, près de Cherbourg, à Saint-Gobain.
Ijouis XIV donna de nombreux ]:)ri\ iléges la société nouvelle. C'est cette société, fondée ea 1702, qui subsiste encore aujourd'hui.
Après avoir vécu, depuis sa fondation jusqu'à ta révolution, sous le monopole, et avoir traversé, sans périr, les époques les plus désastreuses de la révolution , elle a subi avec honneur
l'épreuve des ÎL'uip^ nouN caux. Cuu.^^tiluéc en société anonyme, par ordonnance du roi (Charles \ , du mois de lévrier 1830, elle a su, sous le régime de la liberté, puiser de nouvelles forces dans la prudence de son administration et Thabileté de ses directeurs.
I/Exposilion universelle de 1855 jette sur elle un éclat (ju'elle n'avait pas encore atteint. La grande glace sans tain qu'elle a exposée* , et qui se trouve au haut du transept, est peut-être, parmi toutes les merveilles de cet immense bazar, ce qui a le plus attiré les regards. Les éloges ont été universels. Sa dimension excède la dimension de toutes les glaces fabriquées jusqu'à ce jour; elle a i8 mètres 0,4 superficiels (5"' 37 c. de haut sur 3"' 30 c. de lar<;c i). Ce qui est j>lus remarquable que sa dimeusiou, ou plutôt ce qui rend cette
1. Saint-Gohîiiii avait fait une giruTde 19 int-tiPS superficiels; malheureiisenunt elle a été cmsée dam le travail.
VERRERIE
m EXPOSlliON UNIVERSELLE.
dimension très-remarquable, c*est ia beauté du verre, son affinage et sa transparence. On peut presque dire que ce magnifique échantillon de Tart de couler les glaces est sans défaut.
Les trois pliares catadioptriques de Fresnel, qu'on admire si justement à l'Exposition, ont été fabriqués avec du verre de Saint-Gobain, par les habiles constructeurs de phares qui en sont les auteurs.
SainMjobain a exposé plusieurs autres produits intéressants, savoir :
Des verres blancs moulés pour dalles de trottoirs, des dalles destinées au service de la marine impériale» des glaces courbes de diverses formes", une coupole de verre et une glace cylindrique ; du verre noir coloré par Toxyde de fer, présentant
l'éclat du jais (ce verre est employé par des opticiens), et divers ;iuti-es objets provenant (rexpôi-iencos srientiriques ou industrielles, tels que du verre déviirilié et du verre à base de baryte.
La Société de Saint-Gobain n'exploite pas seulement l'industrie des glaces coulées; elle a fondé, il y a une trentaine
d'années, n Cli.'iuny, près do Saint-dobnin , une manufacture de produits chimiques, qui n'eut d abord pour objet que de fournir à ses propres besoins les matières qui entrent dans la composition du verre. Aujourd'hui cette manufacture est, par son étendue et les quantités qa*elle fabrique, la plus considérable de celles qui existent en France. L'excellente qualité de ses produits la met en outre au premier rang parmi les usines, ses concurrentes et ses rivales.
La manufacture des glaces de Girey, située dans le* département delà Meurthe, appartient à la société connue anciennement sons le nom de Verreries .de Saint-Quirin , et maintenant sous celui do (.untpagnie des Manufactures do glaces et de venes de Saint-Quirin, Girey et Monthenné. Sous des noms
VERRERIE
divers, cette Compagnie su perpétuant de père en fils dans les mêmes familles, remonte h rannce 1741.
Avant son existence, tout le beau verre à vitre blanc, Jii verre entable^ qui s*employait en France, venait de la Bohémeî La Compagnie fit venir à grands frais une colonie de verriers bohémiens pour introduire cette fabrication h Saint-Quirin, dotant ainsi la France d'une industrie nouvelle, ell(î ne tarda pas à ajouter à la fabrication des verres blancs de t>ohême celle des glaces soufflées à Tinstar de celles de Venise.
Après la révolution de 1789, ie privilège exclusif de couler des glaces dont jouissait la compagnie de Saint-Gobain, ayant été aboli , la société de Saint-Quirin remplaça le procéd onéri'ux du soufflage par celui du coulaf2:e. Dûs l'année 1817, cette industrie ayant pris un développement que ne comportait pas la localité de StrQuirin, la Compagnie fit Tacquisition delà verrerie de Cirey, à quelques kilomètres de distance et beaucoup plus favorablement sHuée à cause de la richesse de ses cours d'eau. Peu à peu elle finit par y concentrer en entier poîi industrie, de telle sorte qu'aujourd'hui Cirey est un établissement de premier ordre.
Les produits de cet établissement ont été remarqués à toutes les expositions précédentes, tant en France qu*en Angleterre, et lui ont valu, en 1834, la médaille d'or èt le rappel de cette médaille à toutes les expositions suivantes.
En 1855 elle a exposé une belle glace étamét; de 13 m., 35 d., 69 c. de superficie (4 mètres 59 de haut sur 2 m. 91 de lâi^e] , et la grande glace sans tain placée dans la nef ^ côté du phare exposé par le gouvernement, de 18 m., 50 d;, 29 c, de superficie (5 mètres 59 de haut sur 3 mètres 31 c. de large).
Cette glace, placée tardivement au Palais de l'Industrie, est la plus grande glacé polie qui ait été fabriquée jusqu'à ce jour. La Compagnie de Baint-Quirin, Cirey et Monthermé, a été
la première à établir la fabrication économique du verre à viire par le sulfate de soude substitué au carbonate.
La première aussi à introduire en France, en Ibotl, la fabrication des petites glaces, dites de Nuremberg, dont l'importation annuelle était de plus de six cent mille fr.
En i85/t, menacée de perdre un débouché important par les droits excessifs établis dans le ZoUverein, elle a établi la belle manufacture de glaces de M anheim qui , par son importance, ses magnifiques constructions, ses machines perfectionnées, peut être Justement placée en tête de tous les établissements de ce genre.
Cette manufacture avait aussi expédié à Paris, pour l'Exposition univei^lle, deux grandes glaces faites en juillet 1865;
malheureusement elles ont été brisées en arrivant à l'Exposition.
La compagnie belge de Floreffe a envoyé une glace ayant une superficie de 15 mètres et quelques centimètres. Malheureusement la pureté de cett grande pièce ne n-pond pas à ses dimensions. L'œil du connaisseur y distingue facilement plusieurs bouillons et points blancs qui altèrent sa transparence et lui ùtent de sa valeur.
Les trois glaces d*Ak-la-GhapelIe ne pèchent par aucun défaut essentiel. On pourrait cependant trouver à redire à leurs teintes bleuâtres.
M. de Sussex a envoyé deux glaces obtenues par le procLde du soufllage ({ui demeure encore en vigueui' pour la plupart des glaces de petites dimensions. Ces deux produits révèlent, comme tous ceux de l'ancienne verrerie de Sèvres, un grand soin de fabrication.
On peut faire le même éloge des deux glaces soufflées et étamées qui sortent do l'usine de MM. Patoux et Drion.
La Bavière, représentée par U^L Heilbronn, Hechinger et
VBRREBIK.
Lrbcr, expose des glaces d'une étendue très-réduite, mais d'une pureté renoArquable.
Pour taminer par un détail de statistique, disons que Ton a évalué à 150,000 mètres carrés environ la quantité de glaces ù de toutes sortes que les usines françaises fabriquent annuellement.
Le verre à bouteille et à gobeletterie commune, autrement dit verre à la soude, diiière essentiellement, |>ar sa composition chimique , du verre qui a pris dans les habitudes de notre langue le nom de cristal. Il est formé par un silicate de soude
mélangé à une petite quantité de potasse, d'oxyde de fer, et quelquefois de peroxyde de mangiinèse. La pohisse au.^iiiente l'éclat du verre ; l'oxyde de fer lui donne cette couleur verte qui appartient aux bouteilles communes; le peroxyde de manganèse le dépouille de cette couleur verte, et lui rend sa transparence et sa blancheur.
i^e verre à la soude se distingue par sa grande utilité; on l'applique à la fabrication d'mi nombre infini d'objets tels (jue bouteilles, verres à boire, jarres, cruchons, carafes, burettes; ustensiles pour les sciences et les arts, cornues, matras, flacons, tubes, globes pour lampes, verres à quinquets, verres d'horlogerie, etc. , etc.
La France, qui possède les riches vignobles du Médoc, de la Bourgogne et de la Champagne, consomme naturellement plus de bouteilles que les pays situés sous un soleil moins favorable à la culture du raisin. Aussi, à l'Exposition universelle le nombre des v^iers français qui fabriquent cet article est^il, comparativement à l'étranger, dans une proportion de S2 sur encore est-il bon d'ajouter que les dix exposants étrangers ne font pa?, comme les nôtres, du verre à bouteilles l'objet principal et exclusif de leur fabrication.
Nous allons signaler les fabricants français dans V ordre
indiqué à peu près par le mérite de leurs produits et Timpor* tance de leurs usines.
MM. de Violaine, à Tauxrot, près de'Sôissons (Aîsné) , offrent une collection de bouteilles présentant toutes les formes
toutes les couleurs applicjiiées de, nos jours à cette spécialité de la verrerie. La plupart sont obtenues par le moulage, et olïrent sur chaque point une épaisseur identique qui les met en état de réaster à la pression la plus forte des liquideis gazeux.
Les bouteilles de M"* Leroy-Soyez, deMasniëres (Nord}, se recommandent aussi par leur excellente facture; mais cèqne Ton a remarqué surtout, dans la collection des produits env oyés par M"" Leroy-Soyez, c'est une cloche de jardin, sur le bouton de laquelle on n*aperçoit pas la moindre trace du pontis. Les praticiens apprécieront toute la difficulté de ce perfectionnement.
La verrerie de Folembray (Aisne), dont les propriétaires MM. de Toilly, de Fitz-James et Labarbe obtenaient une médaille à l'Exposition de Londres , ne s'est pas contentée de vivre sur son ancienne réputation. Si dans Télégance de la forme consistait tout le mérite des bouteilles, à celles exposées par cette manufacture reviendrait infailliblement la récompense la plus honorable. '
Lr verrerie de Quincangrogne est la plus ancienne de France; sa fondation remonte à l'année 1290. Les bouteilles à vin de Champagne exposées par MM. Van Leempoel , de Golnet et G% à qui appartient aujourd'hui cette usine, ont été soumises à une pression de 25 atmosphères, et elles ont résisté. Leur forme s'éloigne de celle adoptée pour les vins mousseux et les fait ressembler piutut à des bouteilles de Madère. Mais quand le verre est solide et que le vin est bon, la forme est un préjugé.
Citons encore :
M. Ândelle, ù l43inac (Sa6ne-et-Loire} ; ses bombonnes de
grande dimension, pour le transport des acides, sont douées d*une forme aplatie qui facilite leur emballage en caisse ;
La verrerie de Blangy qui olTrc deux bouteilles coupées en deux parties pour montrer l'égale répartition davene à Tintérieisr;
ll. Ghartier(du Nord), dont les bombonnes se distinguent par leur solide emballage ;
MM. lluttcr et C% de Rlvc-de-Gier, qui niai(|uont au prix de 10 centimes leurs bouteilles à bordeaux, et à 16 centimes leurs bouteilles à vin du Hhin;
. M. IHitby» de Paris, MM. Beltzung et Graver, de Paris, etc.
Un mot sur le bouckon-bufnoir que Ton dit appelé à détrôner les bouchons en liège : il est trës-ingénieuseraent imaginé»
Taruii les exposants étrangers qui ont env oyé, des bouteilles bien faites, il faut noter M. Capellemans, de Belgique, et Mi^. Rossmann et Kismeyer, du Danemark»
. La gobeletterie de verre commun n*a pas été négligée par nos verriers qui ont cherché & ta fois à perfectionner leur fabrication et à réduire les prix de vente. Aussi s'arrête-t-on avec surprise devant les étalages de MM. Beaun, Duhour et C% fabricants à la Hochère (Haute-Saône), de MM. Bu^un^Schverer et'C*, à Meysenthal (Moselle), de M"** veuve Dupire et DU' mont, à Sars-Poteries (Nord), de MM. Leclerc frères, à Laignelet (llle-et-Vilaine), de MM. Rozan, à Marseille, et Schmid, à Vannes (Meui the), etc. Leurs verres blancs sont d'une confection qui ne laisse rien à délirer; leurs verres colorés en bleu, en vert, en jaune, nuances obtenues en mélan** géant à là pâte vitreusecertains oxydes métalliques, sont trèsk heureusement réussis et d^un bon marché qui en rendra la vente très-facile.
MM. Bourgeois, à rilonie-Cliamondut (Orne), et Boissière, à Tan ville (Oxne),. .offrent des verres pour lampes, quinquets.
candélabres, etc. , dont la forme élégante ne ndt en rien à
réclat, à la transparence et à la solidité.
. Les beaux appareils de chimie et de physique, fabriqués en verre par M. Pochet, de Plessis-Donn (Loir-et-Cher) , et MM. Grégoire et Masson, de Saint-Ëvroult (Orne), attestent les efforts tentés par la verrerie française pour rendre aux sciences physiques autant de services qu'elle en a reçus.
11 y a deux sortes de cristaux : le cristal de Bohême qui est on silicate de potasse et de chaux, et le cristal proprement dit ou flint-gUm dans lequel la chaux est remplacée par l'oxyde de plomb.
Le cristal a plus d'éclat que le verre ; il a plus de densité et rédacte mieux les rayons lumineux; en outre il se prête davantage h la taille et aux colorations.
S*il faut en juger par la comparaison des produits exposés au Palais de l'Industrie, la supériorité de la France dans cette fabrication ne saurait plus être contestée. La Bohême est descendue enfin de cette hauteur industi'icllo où elle s'est maintenue si longtemps; non pas que les cristaux qu'elle offre aujourd'hui soient traités avec moins de goût, d*art et de patience que précédemment; mais il ne suffit pas de faire toujours bien; il faut, sous peine d*être distancé par une concurrence vigilante, découvrir sans cesse de nouveaux perfectionnements. La France l'emporte désormais sur la Bohême; son cristal à base de plomb a plus de blancheur et d'éclat ; et les formes qu'elle emploie révèlent une élégance, une grâce, un génie particulier de décoration dont on ne lui ravira jamais le monopole. Le cristal de Bohême au contraire est moins limpide et offre une teinte jaunâtre; ses formes sont lourdes; ses ornements de mauvais goût : on y rencontre une (Hodigalité de dorures , d'émaux, de nuances qui se heurtent dans un désordre et un luxe dont les
VERRER1£.
yeux ne tardent point à être fatigués. Combien la simplicité hariTionirii.se des lignes qui distinguent la forme française lui assure une valeur plus solide et plus durable!
L'industrie de la cristallerie compte quinze exposants français. Deux grandes fabriques, Satnt-JLoais et Baccarat peuvent revendiquer l'honneur d*avoir placé la France au-dessus des autres nations dans cette lutte des forces industrielles.
La cristallerie de Saint-Louis, l'une des plus inipoilantes et la plus ancienne des cristalleries de France , est située k ]*extréme frontière nord -est de la France, dans Taneien comté de Bitcbe, faisant aujourd'hui partie du département de la
Moselle. Cet établissement a été créé en 1707, sous le nom de verreries royales de Saint-Kouis. Déjh h une époque reculée, il existait dans le même vallon, appelé Mùntzthal, une verrerie qui fut totalement détruite par les guerres de la Lorraine, dont cette partie de la Lorraine allemande a été le théâtre vers la fin du dix-septième siècle, et qui ont dévasté et dépeuplé la contrée.
L'érection de la cristallerie de Saint-Louis a été provoquée et encouragée par le gouvernement d'alors, qui cherchait à repeupler cette contrée et à attirer dans ce pays, tout couvert de montagnes et d'un sol sablonneux, aride et inculte, quelques établissements industriels pouvant écouler les produits des vastes forêts dont il est couvert, et qui, faute de débouchés et de moyens d'extraction, périssaient sur pied et ne lui donnaient aucun revenu.
Une compagnie de capitalistes entra dans les vues du goor vemement, et s'engagea à établir, dans le délai de trois ans, et ^ à l'entretenir constamment en bon état de réparations, sous
peine de retour au Domaine, sans aucune restitution de frais d'établissement, etc. , la verrerie de Saint-Louis, et à y fabriquer du verre à vitre, des verres de différentes espèces et même des cristaux que la France ne fabriquait pas à cette
m £XPOSiTIUN UNIVERSELLE.
époque, et qui lui étaieni îoutms par T Angleterre exclusk
yement.
Cet engagement des fondateurs de la verrerie de Saint-Louis a été fidèlement rempli. Peu d'années après la création de la verrerie, de fieaufort, son IMrecteur, se livra à des essais de fabrication de cristaux, à l'instar de ceux d'Angleterre,et, en 1781, il put déjà olfrir au commerce de Panades objets en cristal au-dessous des prix auxquels les livrait l'AngleteiTe. Appelée à se prononcer sur le mérite de cette découverte, l'Académie des sciences constata qu'il y avait similitude parfaite entre le nouveau cristal français et le cristal anglais, et applaudit à la naissance d*une industrie qui promettait d*étre avant a i; use à notre commerce, tout en nous -affranciiis&ant de l'Angleterre.
Le rapport de Macquer et de Fougeroux de liondaroy, daté du 23 janvier 1782, se tetmine ainsi : «On ne peut qu'encourjiger M. de Beaufort à suivre et à augmenter un objet de fabrication qui probablement procurera de l'avantage à notre commerce et pourra même devenir utile aux sciences. »
Le directeur de la verrerie de Saint- Louis s'empressa de répondre au vœu exprimé par le rapport de TAcadémie des sciences; il donna à la fabrication du cristal autant d'extension que le lui permirent les débouchés de ses produits, et, en 178A, il avait déjà un four de verrerie fondant ^dùsivement du cristal.
Ces laits sont constatés et par le jugement de l'Académie des siences en date du i23 jcinvicr 1782, mentionné plus haut, et par. un arrêt du conseil d'Ëtat du 25 mai 178/i, qui a accordé à la verrerie de Sainte-louis, comme encouragement et en quelque sorte comme récompense nationale, un supplément d'affectation, consistant en 2323 arpents hectares), pour ralijutnlation d'un tour à cristal existant déjà h cettp époque; mais cet arrêt n'a pas ref;u son exécution, pai*ce qu'il est iuter-
venu, de la part d'une commune voisine de rétablûeement,
des réclamations et des oppositions sur lesquelles il n'avait pas été prononcé lorsque arriva la révolution de 1789.
Il est donc constant, et établi par des documents authentiques, que c*est la verrerie de Saint-Louis qui a importé en France la fabrication du cristal, pour laquelle elle était tributaire de TAngleterre, et que ce n'est qu'après Saint-Louis que d'autres verreries se sont livrées à cette fabrication.
Ainsi, en 178/i, un verrier français, M. Lambert, construisit à Saint- Gloud le premier four à cristal anglais, c'est-à-dire alimenté avec de la houille* Cette usine, transportée à Montcenis (Greuzot) sous le nom de Verrerie de la Beine^ ne marcha que jusqu'en 18t>7.
Après les cristalleries de Saint-Î.ouis et de Saint-Cloud, on a vu s'élever successivemoiit celles de Baccarat, de Boulogne transportée plus tard à Glichy, de Ghoisy aujourd'hui éteinte, ' de Lyon, etc.
La verrerie de SaintrLouis, devenue propriété nationale par
suite de rémip;ratioii dos anciens propriétaires, fut mise en vente en Tan vi et adjngée comme telle avec la concession d'une alTectation de bois qui lui avait été accordée en 1707, à des capitalistes qui, ne voulant pas l'exploiter» la donnèrent à bail et la mirent en vente quelques années après. Enfin, eo 1809, elle fut acquise par les auteurs des propriétaires actuels, qui la tennient h bail depuis quelques années, et qui se constituèrent en société anonyme, sous la dénomination de Compa-' gnie des Verreries et Cristalleries de Sainl-Louis.
Lorsque les propriétaires actuels prirent à bail la verrerie de Saint-Louis, les travaux y étaient arrêtés, les ouvriers avaient quitté l'usine et s'étaient disséminés dans d'autres verreries. Ils les rassemblèrent à grands frais et donnèrent à la fabrication une impulsion et un développement qui ne se sont jamais arrêtés ni ralentis depuis.
VERRERIE
En Tan vi, on fabriquait h Saint-Louis du cristal, dtt verre
à vitre et du verre en table, dit verre de Bohême ; mais depuis une trentaine d'années, on n'y fabrique plus que de6 cristaux proprements dits et du verre dit cristal de Bohême.
Les produits de la cristallerie de Saint-Louis ont toujours figuré avec distinction aux différentes expositions de Tindustrie nationale.
Dès Tan vi, il leur a été décem ■ une médaille d'arî^ont, et depuis ils ont obtenu à chaque exposition le rappel de la médaille d'or qui leur £ut décernée dans une des premières expositions. - - •
La cristallerie de Saint-Louis est aujourd'hui un des grands établissements industriels de la France, tant par le chiffre de ses produits que par le iitinibre d'ouvriers qu'elle occupe. KUe fabrique annuellement, tant pour la consommation intérieure que pour l'exportation, de 1,900,000 fr. à 2,000,000 fr. de cristaux blancs, unis, moulés, colorés, taillés, gravés, décorés, etc., et entretient plus de 1,500 employés, ouvriers et manœuvres , dont le salaire mensuel s'élève au delà de 60,000 fr., indépendamment de 300 à !iOO bûcherons et voituriers qu'elle occupe une grande partie de l'année, pour la main-d^œuvre et le transport du combustible. Elle se compose d'une halle, renfermant quatre grands fours de fusion, quatre tailleries contenant 500 tours que font mouvoir 6 machines à vapeur de la force de 80 chevaux, de vastes magasins, des .iteliers pour la fabrication du minium, des creuset^s, do la potasse, etc., de nombreux logements pour les chefs, les employés et les ouvriers, dont un certain nombre toutefois est disséminé dans les différents villages qui avoisinent l'établissement.
La cristallerie de Saint-Louis a toujours été signalée comme la Providence de la contrée dans laquelle elle se trouve, par les bienfaits qu'elle répand autour d'elle, et par l'existence
198 EXPOblTlUM UNIVERSELLE.
qu'elle procure aax nombreux manouvriers et journaliers
qu'elle emploie toute Tannée.
1^1 le a souvent aussi été citée pour sa sage et paternelle administration, confiée depuis quarante ans à M. Seiler qui a succédé à son père,, lequel a relevé ta cristallerie de SainirLouiSy ei!k.:qtlelque sorte abandonnée à Tépoque de la révolution de 1789. Il y a plus de vînpt-cinq ans que M. Seiler a reçu la décoration de la Légion d'honneur pour les services qu'il a rendus, ci notamment pour sa bienfaisance envers ses era~ ployés et ses ouvriers.
A la dernière exposition des produits de Tindustrie française, en lâ&9, M, Marcus, ancien officier du génie, élève de l'École polytechnique, et Tun des directeurs de Saint-Louîs, a. aussi été décoré pour les progrès qu'il a fait faire à la fabrication des cristaux, avec le concours de M. Lorin, son beau-père, qui, depuis vingt-;cinq ans, dirige, avec un rare ipénte les travaux de Tusine ainsi que le nombreux personnel qu*elle emploie. Les industriels de l'arrondissement de Sarregûeniines, en choisissant M. Lorin pour présider le Comité institué en vue de l'Exposition universelle, nous ont dispensé de faire f éloge de son caractère.
Presque tous les ouvriers qu'occupe la cristallerie de Saint- Louis sont aés dans l'usine et y ont été formés^ Il y a peu d'exemples que des ouvriers de Saint-Louis aient quitté Tusine polir chercher du travail ailleurs. Ils savent que nulle part ils ne trouvent une aciiiiiiîistralion plus paternelle ni Une existence plus douce et plus assurée, lis y sout l'objet de la constante sollicitude des directeurs de l'usine , qui leur accordent, indépendamment d'un salaire qui les fait vivre, eux et leur famille, gratuitement un logement suCfisant et commode,un jardin et quelques pièces de terre. Ils jouissent, en outre, (le diflérenis avantof2:es extrômf^ment précieux , tels que : écoles pour, les enian(s .des deux sexe^, école, gratuite de dessin, .
VËRR£R1Ë. 189
caisse d'épargne et caisse dn secours et de prévoyance, ainsi qu'une pension de retraite, saiih ictenne snrlem's sédaii e.N, pour les veuves et pour les ouvriers que leur grand âge, des infirmités ou quelque accident ont rendus incapables de travail. *
On doit tenir grand compte à la compagnie dés' cristalleries de Saint-Louis dé ne pas s*étre écartée du véritable btit des expositions, qui est de faire connaître les progrès de Tindustrie résultant non -seulement des perfectionBeraents obtenus dans Tensenible de la fabrication, mais encore des diminutions opérées dans les prix de venie. Aussi n'a-t-elle envoyé à TExpbsition de 1855 que des objets pris dans sa fabrication courante, èt tels qu*elle les livre journellement au commercé et à la consommation. Elle y a joint néanmoins quelques pièces exceptionnelles de grandes dimensions et d'un travail hors ligne pour ornements d'appartements, de cheminées, etc., qui permettent dé juger et d'apprécier avec quel soin elle traite Tensemble de ses produits.
Ainsi, on remarque des œuvres colossales', telles que candélabres, vases, etc., soit en cristal blanc, soit en verre de couleur, opaque, semi -opaque et transparent, dont les nuances sont aussi variées que la fonne et Tomementation, Tous ces cristaux élégants et artistiques se distinguent ti^ avantageusement des objets ordinaires du commerce» Les vieilles formes sont abandonnées; il ne reste plus de traces de ces décorations empreintes de mauvais goût dont on surchar*geait le cristal , et qui fatiguaient, sans le charmer, Tœil du connaisseur. Chacune de ces pièces, où se révèlent une idée neuve, une composition hardie, Toriginale simplicité des lignes et rharinonie des nuances, résume un progrès réel. Ei Ton peut dire que les cristaux de Bohême sont ici grandement dépassés cunime art, comme beauté et comme ^o^t. Pour justifier une toile opinion, il suffit de rappeler fattention ou ie souvenir sur Texposition de ta cristallerie de Saint-Jjouis, en
mentionnant nominativement ses œuvrès les plus importantes.
Au trophée du transept, d'abord, on admire un splendîde vase, imitation marbre blanc et vert, deux autres vases genre Médicis, cristal et or; une jolie coupe à gravure sur cristal à plusieurs couches superposées ; deux autres coupes de forme originale et hardie, imitation parfaite de malachite; une élégante cuve malachite, flacons et verres, cristal, or et émail; deux vases potiches, très -remarquables, type neuf , décor émail et or sur fond bleu clair.
Le trophée lui-même est entouré d*une balustrade à hauteur d'appui, en imitation de malachite qui ôte tout prestige à ridée de balcons en marbre, agate ou porphyre, dont on prétend que les anciens entouraient leurs autels. Ce baiustre, fait de cristal-malachite, a tout l'air d'une gigantesque pierre précieuse dérobée à un palais fantastique et que les mains des fées auraient taillée, ciselée, modelée et pétrie.
Il né faut pas oublier que cette matière si éclatante et si douce au regard, et dont le grain délicat et pur l'emporte sur celui des minéraux les plus rares et les plus estimés, n*est fabriquée et exposée que par la cristallerie de Saint-Louis ; seule jusqu'à présent elle a connu le secret d'une telle per^ fection.
Une balustrade du même genre et de la même composition
entoure l'estrade spéciale réservée à l'exposition de Saint-Louis. Il s en détache d'abord deux beaux candélabres d'une l'orme nouvelle et grandiose près desquels brillent deux magnifiques amphores en cristal, sur piédestaux, imitation de marbre rose veiné de blanc : cette, invention récente, qui appartient à la cristallerie de Saint-Louis, est du meilleur eflFet. Mentionnons aussi deux vases cristal ambre merveilleusement gravés; les animaux, les arbres et les fleurs que la molette y a tracés sont saisissants; deux vases à feuillage noir sur bleu foncé.
VERRERIE
couroniiés de pampres et de raisins, or en relief; une pendule
malachite très-distinguée ; deux vases cristal albâtre recouverts d'une couche de cristal rose, où sont découpés par la taille et la gravure des ornements d'un ensemble heureux; de jolis flacons avec fleurs éroaillées en relief, enfin une série charmante de petits livres massifs pour presse-papier de toutes couleurs, ornés de divers gracieux dessins.
A côté de pièces de fornie sévère et classique imitant le malachite, le marbre et l'agate, se trouvent des articles de fantaisie à fond blanc mat sur lequel la gravure a lait ressortit, en relief, des guirlandes de fleurs et de feuillages; d^autres, imitation de marbres bleu, turquoise, vert et veinés de blanc, sont une création heureuse pour la fabrication de certains objets.
Mais les produits les plus dignes d'attention , comme nouveauté d'eiïets et comme réussite, ce sont les coupes et les glacières, où le cristal composé de plusieurs couches minces de verres de couleurs différentes, est gravé de feuillages à nuances variées.
Au nombre des couleurs nouvelles obtenues par coloration dans la masse du verre, Saint-Louis expose un magnifique vert céladon. Son travail de moufle a produit des décors d*émail d*un glacé parfait, et un rouge rubis pour lequel cette cristallerie n*a pas d'imitateurs en France.
N'oublions pas de mentionner ces beaux appareils d'éclairage, réflecteurs, tulipes, etc., en cristal blanc ou de couleur, doublés d'émail, que Saint-Louis fabrique seul sous la protection d'un brevet d'invention, et parmi de blancs et purs cristaux, une série très-variée d'échantillons de services de table, au nombre desquels on en distingue plusieurs d'une légèreté extrême, les uns ornés de gravures délicates, les autres à surface perlée ou quadrillée, et rehaussée d'or avec une gracieuse simplicité.
La fabrication du cristal, c'est-à-dire d'un verre à base de pluiiil), dont la France ignorait encore Ips procédés v(!rs la fin du dernier siècle, nous est venue d'Angleterre. On ne connaissait jadis que le cristal de roche dont la taille est si difficile et si coûteuse, et que nos cristaux artificiels dépassent aujourd'hui en limpidité et en blancheur. A l'Exposition de 1806, cette nouvelle industrie n'avait envoyé que quelques essais. Elle commença à pix ndre de l'essor après 1812.
L'une des premières fabriques spéciales dans ce genre que la France ait possédées, est due à M. d'Arligues qui l'a fondée à Vonèche, dans l'ancien département de Sambré-et-Meuse. Ce fabricant transporta plus tard son usine à Baccarat (Meurthe). Ses successeurs ont considérablement agrandi cette fondation, et en ont fait un établissemeuL cité souvent connue un modèle , aussi bien au point de vue du travail que cumiiie régime intérieur.
La compagnie des cristalleries de Baccarat, obtint dès la plus haute récompense que le j m y, pût accorder, la médaille d'oi- lui a été confirmée depuis à toutes les exposilions franraiMS. Cet établissement a tonjours justifié une telle distinction par les rapides progrès qu'il n'a cessé d'imprimer à l'industrie. M. Godard, son habile administrateur, a été honoré de la croix de la Légion d'honneur à l'Exposition de iBAA. La même distinction a été accordée, à l'Exposition de 18^9, à M. Toussaint, qui en était alors directeur, et qui, depuis quatre ans, est devenu administrateur.
Le cristal ordinaire est la base de rindustric de Baccarat et l'objet principal de sa fabrication, dans laquelle il entre pour près des cinq sixièmes. Les cristaux de couleurs et fantaisies diverses qui frappent principalement les yeux dans une exposition, ne représentent donc guère plus d'un sixième de sa production.
Le cristal de cette fabrique est renommé depuis longues