‹ Histoire illustree de la guerre de 1914. --Chapitre 10 sur 148 · LE PRINCE D · texte numérisé non relu

LE PRINCE D

(dessin de

laisserait pas dépasser de récolter certains avantages particuliers, tout cela a été écrit cent fois.

On a signalé aussi, avec force, même en Allemagne, la part d'ambition personnelle qui poussait Bismarck à réaliser, contre vent et marée, cette œuvre qui, au début, eût paru impossible. Roon écrivait le i6 février 1870, à son ami Blankenbourg : « Il (Bismarck) veut à

tout prix rester, maintenant et dans l'avenir, et cela, parce qu'il a le sentiment que l'édifice ébauché s'écroulera sous la risée universelle, dès que sa main ne sera plus là. Il n'a pas tout à fait tort, mais les moyens qu'il emploie le

mèneront - ils au but? »

Malgré le peu de choix dans la nature desmoyens, ils devaient le mener au but, en effet. Bismarck, avant la guerre contre la France, n'était pas trop exigeant : il ne réclamait même pas, pour l'Empereur, chef de la Confédération du Nord, le commandement suprême en temps de guerre, ni l'unité économique ; il se contentait , pour ainsi dire, du titre (de Ruville, la Restauration de l'Empire allemand, p. 104), quitte sans doute à gagner à la main par la suite. Mais les ambitions grandirent avec les victoires remportées bientôt sur la France.

RÉSISTANCE DU SUD De tous les Etats EN 1871 ' allemands, le seul

qui eût pu mettre en échec les desseins de Bismarck, était la Bavière.

En Bavière, le parti patriote n'était nullement disposé aux concessions; on avait un juste pressentiment de ce qui devait arriver : « On craignait surtout le militarisme, le bureau-

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lenbach)

cratisme, toutes ces formes rudes de l'Allemagne du Nord, comme autant d'éléments nuisibles, de même que les conservateurs du Nord redoutaient, par la pénétration des idées libérales et parlementaires et de toutes les manifestations de « bel esprit » propres au Sud, la dissociation de l'Etat vigoureusement organisé. Des deux côtés, on était également désireux de voir l'Etat s'étendre, mais non sous la forme d'une unité plus grande. La crainte de cette unité existait dans la Vieille-Prusse comme dans la Vieille-Bavière et formait un trait commun des deux partis. « (Ibid.)

Tels étaient les deux systèmes en présence, le point ovi ils se rapprochaient le plus. En somme, l'Allemagne désirait organiser son unité, certes, mais plus pacifiquement, avec plus de souplesse, plus d'harmonie intérieure et extérieure qu'elle ne l'a fait ; elle eût préféré se garder d'une organisation politique trop compacte, ne pas se subordonner aux partis militaires, ne pas devenir la proie du bureaucratisme et du militarisme avec toutes leurs conséquences, si la savante ambition de Bismarck ne l'avait, pour ainsi dire, acculée dans une impasse, étranglée, dans le dilemme soit d'accepter l'hégémonie prussienne, soit de renoncer à l'unité. La question fut posée de telle façon que le choix n'était pas libre, puisqu'il était dicté d'avance.

Tout l'art de Bismarck fut de dissocier la résistance des éléments indépendants, et notamment des ministres bavarois, wurtembergeois, hessois, saxons, en les opposant les uns aux autres. Il avait, de longue date, gagné à sa cause le roi Louis de Bavière ; il mit son soin à conduire les négociations avec les États séparément, pendant toute la durée des hostilités, et à exciter leur méfiance réciproque. On a des raisons de croire qu'il se servit des papiers pris à Cerçay, chez M. Rouher, pour exercer une sorte de chantage sur ceux des ministres de l'Allemagne du Sud qui avaient gardé des relations avec les Tuileries, jusqu'à la veille de la déclaration de guerre.

Après avoir forcé la main au ministre bava-

rois, le comte Bray, on obtint, vers la fin de l'année 1870, du roi Louis, la fameuse lettre par laquelle il offrait lui-même la couronne impériale au roi de Prusse. Bismarck laisse deviner les inquiétudes par lesquelles il avait passé, rien qu'au soupir de soulagement qu'il pousse quand lui parvient le précieux document.

Laissons-le, d'ailleurs, exposer lui-même l'épilogue de cette difficile manœuvre qui devait décider de l'avenir de l'Allemagne et, par suite, de l'avenir européen :

« La question du rétablissement de l'Empire était alors (fin novembre 1870) dans une phase critique et menaçait d'échouer, à cause du silence que gardait la Bavière et de l'aversion que montrait le roi Guillaume. A ce moment, le comte Holnstein se chargea, sur ma prière, de remettre une lettre à son souverain. Pour qu'elle parvînt sans retard, je l'écrivis aussitôt, assis à une table qu'on n'avait pas encore desservie, avec de mauvaise encre et sur du papier qui buvait. Le comte se mit en route le 27 novembre ; il accomplit son voyage en quatre jours avec de grandes difficultés et de fréquentes interruptions.

« Le roi, souffrant d'ime névralgie, était aHté ; il refusa d'abord de le recevoir, puis l'admit après avoir appris que le comte venait en mon nom et avec une lettre de moi. Puis il lut ma lettre dans son lit deux fois et très attentivement, en présence du comte, demanda de quoi écrire et rédigea la lettre au roi Guillaume que je lui avais demandée et dont j'avais composé le brouillon... Le septième jour après son départ, le comte Holnstein était de retour à Versailles avec la lettre du roi. Le jour même, elle fut officiellement remise à notre roi par le prince Luitpold, le régent actuel. Elle constituait un facteur important pour le succès d'efforts pénibles et souvent incertains dans leurs résultats. La résistance du roi et le fait que la Bavière n'avait pas pu parvenir à formuler ses sentiments avaient provoqué tout ce labeur. » {Souvenirs, H, 142.)

Ne voit-on pas, à la hâte apportée à ces réa-

L'ALLEMAGNE ET l'eUROPE

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