MOSCOU ET LE KREMLIN
lisations presque inespérées, au soin avec lequel tous les détails en sont réglés minute par minute, à l'impatience manifestée au sujet du moindre retard, à l'espèce de surprise et de contrainte exercée sur un roi malade et alité, ne voit-on pas combien étaient grands le désir de réussir et la crainte d'échouer au dernier moment ? On se souvient du récit émouvant de Bûsch :
« L'après-midi de cette journée historique s'est passé dans une attente anxieuse du résultat. A l'heure du thé, je suis descendu dans la salle à manger. Bohlen et Hatzfelt étaient là tous deux, assis sans rien dire. D'un geste, ils me désignèrent le salon où le chancelier était en train de négocier avec les trois plénipotentiaires bavarois. Je m'assis, à mon tour, en silence et j'attendis.
« Au bout d'un quart d'heure, la porte s'entr'ouvrit et M. de Bismarck apparut. Il tenait en main un verre vide et avait l'air rayonnant.'
« — Messieurs, nous dit-il d'une voix tremblante encore d'émotion, le traité bavarois est signé, l'unité allemande est assurée, et notre roi devient empereur d'Allemagne ! »
On n'attendit même pas le vote des Chambres bavaroises. Le i8 janvier, le roi Guillaume, dans la salle des Glaces, à Versailles, assuma, de lui-même, la dignité impériale et créa ainsi l'empire allemand.
Le débat devant la Chambre bavaroise fut l'épilogue tout platonique d'un événement historique si considérable et qui s'était, en somme, achevé entre augures. La commission chargée du rapport se prononça, le 4 janvier, en rejetant les propositions du gouvernement et en invitant les ministres à rouvrir les négociations en vue d'assurer une indépendance internationale plus complète au royaume de Bavière. Devant la Chambre elle-même, le débat fut long et orageux ; mais que pouvaient faire les opposants ? Risqueraient-ils d'en arriver à une rupture avec la Prusse au moment même où les dernières résistances des armées françaises étaient brisées ? Et puis, la parole du roi était engagée. Le 21 janvier, la proposition du gouvernement fut votée en séance plénière, à une majorité de deux voix seulement en plus des deux tiers nécessaires pour que le vote fût valable.
C'est dans ces conditions que les justes sen-