DÉFILÉ DE GARDES
IQUES A BRUXELLES
Ces clartés, soudainement apparues, décident le gouvernement britannique.
Mais il est placé en présence d'un ordre de faits non moins graves par l'appel que la France lui adresse en se réclamant des accords militaires et navals résultant de l'Entente.
De ce côté aussi, l'Angleterre a un intérêt primordial qu'elle ne peut négliger et qui pèse sur ses longues irrésolutions.
Il ne s'agit plus des autres, il s'agit d'ellemême. L'Allemagne vise Anvers et, probablement. Calais : ce qu'elle veut, c'est l'hégémonie maritime, d'abord dans la mer du Nord, ensuite sur tous les Océans. Sinon, pourquoi cette longue et coûteuse préparation d'une flotte militaire, pourquoi cet enthousiasme marin, pourquoi la fameuse formule : « Notre avenir est sur les eaux » ?
Voici donc qu'apparaît le sens profond de la Weltpolitik. Cette politique est surtout une concurrence à l'Angleterre. Seulement, l'Allemagne préférerait procéder par étapes : d'abord occuper la Belgique, non pour la rendre mais pour la garder, ou, du moins, la dominer; puis abattre la France et s'introduire jusqu'au Pas-de-Calais. Et, quand l'Angleterre essaiera d'intervenir pour refaire une Europe avec les débris des puissances vaincues, on profitera de son impuissance militaire pour lui opposer la loi du plus fort.
L'animal de proie s'approche en rampant, il se glisse jusqu'à portée de la victime, et puis, d'un brusque élan, il lui saute à la gorge.
Voilà les perspectives qui se dévoilent devant l'Angleterre, soudain réveillée. Elle a peine à le croire. Dans le sein du gouvernement et du pays, des secousses suprêmes se produisent. Se décider à la guerre ! Jouer sur une carte le sort du grand pays prospère et pacifique, aborder la plus terrible des luttes sans
3 kilomètres de la frontière belge; le 4 aoiàt, interdiction absolue de pénétrer en territoire belge. Le 5 seulement, à la demande de la Belgique, les avions purent survoler le pays et les reconnaissances y pénétrer.
Ces points seront précisés dans le chapitre relatif à la disposition des armées.
l'avoir prévue ni préparée... Il faut se prononcer pourtant !
Un nouveau pas est fait. Et ce n'est pas encore le pas décisif: tant on hésite, tant les esprits sont divisés.
M. Paul Cambon télégraphie, le 2 août :
A l'issue du conseil des ministres tenu ce matin, sir Edw. Grey m'a fait la déclaration suivante : « Je suis autorisé à donner l'assurance que, si la flotte allemande pénètre dans la Manche ou traverse la mer du Nord, afin d'entreprendre des opérations de guerre contre la flotte française ou la marine marchande française, la flotte britannique donnera toute la protection en son pouvoir.
« Cette assurance est naturellement donnée sous la réserve que la politique du gouvernement de Sa Majesté sera approuvée par le Parlement britannique et ne doit pas être considérée comme obligeant le gouvernement de Sa Majesté à agir, jusqu'cà ce que l'éventualité cidessus mentionnée d'une action de la flotte allemande se soit produite. »
Me parlant ensuite de la neutralité de la Belgique et de celle du Luxembourg, le principal secrétaire d'Etat m'a rappelé que la Convention de 1867, relative au Grand-Duché, différait du traité relatif à la Belgique, en ce sens que l'Angleterre était tenue de faire respecter cette dernière convention sans le concours des autres puissances garantes, tandis que, pour le l uxembourg, toutes les puissances garantes devaient agir de concert.
La sauvegarde de la neutralité belge est considérée ici comme si importante que l'Angleterre envisagerait sa violation par V Allemagne comme un casus belli.
C'est là un intérêt proprement anglais et on ne peut douter que le gouvernement britannique, fidèle aux traditions de sa politique, ne la fasse prévaloir, même si le monde des affaires, où l'influence allemande poursuit des efforts tenaces, prétendait exercer une pression pour empêcher le gouvernement de s'engager contre l'Allemagne.
Cette dépêche présente le tableau exact des sentiments de l'Angleterre. Elle croit encore qu'elle peut éviter, dans une certaine mesure, de se mêler au conflit : on y voit l'action exercée, notamment sur le monde des affaires, par l'influence allemande; on y saisit la trace des dernières et plus cruelles incertitudes. M. P. Cambon ne se fait pas d'illusion, mais il agit avec vigueur.
Dans la masse du pays et dans le cabinet lui-même, c'est un déchirement. Le parti libéral est obligé de se retourner sur lui-même et de se lancer à contresens de son passé, de
L'EUROPE EN ALARME. LA DÉCLARATION DE GUERRE