‹ Histoire illustree de la guerre de 1914. --Chapitre 104 sur 148 · SUR SON YACHT · texte numérisé non relu

SUR SON YACHT

à Votre Excellence, qu'en présence de ces agressions, l'Empire allemand se considère en état de guerre avec la France, du fait de cette dernière puissance.

J'ai, en même temps, l'honneur de porter à la connaissance de Votre Excellence que les autorités allemandes retiendront les navires marchands français

dans les ports allemands, mais qu'elles les relâcheront si, dans les quarantehuit heures, la réciprocité complète est assurée.

Ma mission diplomatique ayant ainsi pris tin, il ne me reste plus qu'à prier Votre Excellence de vouloir bien me munir de mes passeports et de prendre les mesures qu'elle jugera utiles pour assurer mon retour en Allemagne avec le personnel de l'ambassade, ainsi qu'avec le personnel de la Légation de Bavière et du Consulat général d'Allemagne à Paris.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l'expression de ma très haute considération.

SCHŒN.

M. Viviani fait part du fait aux représentants de la France à l'étranger. Il ajoute: «J'ai formellement cont esté les allégations inexactes de l'ambassadeur et, de mon côté, je lui ai rappelé que, dès hier, je lui avais laissé une note contre les violations caractérisées de la frontière française commises depuis deux jours par des détachements de troupes allemandes. »

En même temps, l'ordre est envoyé à M. Jules

Cambon de demander ses passeports et de quitter Berlin.

Paris, le 3 août 1914.

Je vous invite à demander vos passeports et à quitter immédiatement Berlin avec le personnel de l'ambassade en laissant la charge des intérêts français et la garde des archives à l'ambassadeur d'Espagne.

Je vous prie de protester en même temps par écrit contre la violation de la neutralité du Luxembourg par les troupes allemandes signalée par le premier ministre luxembourgeois, contre l'ultimatum adressé au gouvernement belge par le ministre d'Allemagne à Bruxelles pour lui imposer la violation de la neutralité de la Belgique et exiger de celle-ci qu'elle lui facilite sur le territoire belge les opérations militaires contre la France; enfin contre la fausse allégation d'un prétendu projet d'invasion de ces deux pays par les armées françaises, par lequel il a essayé de justifier l'état de guerre qu'il déclare exister désormais entre l'Allemagne et la France.

René Viviani.

Le même ordre est envoyé à M. Allizé, ministre de France à Munich.

C'EST C'est donc la guerre, la

LA GUERRE! guerre européenne.

Il ne s'agit plus seulement d'écraser la Serbie, mais de maîtriser la Belgique : c'est la guerre contre les petits peuples, la guerre pour l'hégémonie, la guerre selon la Weltpolitik. L'heure prévue par les conseils impériaux allemands, depuis 1897, est sonnée, le fait auquel aspire, depuis des années, le pangermanisme, se produit ; l'événement monstrueux, que prépare l'efïort secret d'un peuple avide, orgueilleux et discipliné, est arrivé : c'est la guerre !

Il faut que le sens d'un tel événement se dégage nettement, devant l'opinion et devant l'histoire, il faut qu'un choc suprême illumine ces obscurités et ne laisse aucun doute sur les positions prises par tous et chacun, à la veille d'une telle catastrophe : ces lumières décisives se produisent dans les entretiens qui mettent ■en présence l'Allemagne et l'Angleterre et qui déterminent, enfin, la résolution de cette puissance.

Mais, pour bien saisir le caractère de ces entretiens, récapitulons d'abord les consé-

quences voulues de la note austro-hongroise. L'Autriche a déclaré la guerre à la Serbie ; la Russie, ayant mobilisé sur la frontière autrichienne, l'Allemagne, malgré l'engagement pris par elle de ne pas considérer ce fait comme l'intéressant directement, a pris des mesures de mobilisation qui ont amené la mobilisation générale russe; l'Allemagne a envoyé aussitôt un ultimatum à la Russie et lui a déclaré la guerre (i^' août).

On allègue que des troupes russes ont franchi la frontière pour pouvoir dire : « C'est la Russie qui a commencé la guerre contre nous. »

En même temps, l'Allemagne déclarait la guerre à la France. On rompt sur le prétexte le plus futile et on affirme également, contre toute vérité, que c'est la France qui a ouvert les hostilités.

Le 2 août, l'Allemagne, prenant encore l'initiative, a envoyé un ultimatum à la Belgique ; le 4 août, la frontière belge était franchie par les troupes allemandes à Gemmenich, près de Verviers : c'est le premier acte d'hostilité déclaré.

Le gouvernement belge informe officiellement et par écrit le gouvernement français « qu'il est décidé à résister par tous les

MOYENS en son POUVOIR A L' AGRESSION DE

l'Allemagne. La Belgique fait appel a l'Angleterre, la France et la Russie, pour coopérer, comme garantes, a la défense DE SON TERRITOIRE. Il y aurait une action concertée et commune ayant pour but de résister aux mesures de force, employées par l'Allemagne contre la Belgique, et, en même

temps, DE GARANTIR LE MAINTIEN DE l'INDÉ- PENDANCE ET DE l'INTÉGRITÉ DE LA BELGIQUE

DANS l'avenir ». La Belgique ajoute : «Qu'elle est heureuse de pouvoir déclarer qu'elle assurera la défense des places fortes. )>

Cependant, l'Autriche-Hongrie paraît prolonger la singulière attitude expectante qu'elle a gardée dans la dernière phase de la crise diplomatique ; alors que la rupture entre l'Allemagne et la Russie était un fait accompli, elle continue à négocier. Le i^r août, l'ambassa-

L'EUROPE EN ALARME. LA DÉCLARATION DE GUERRE

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