‹ Histoire illustree de la guerre de 1914. --Chapitre 110 sur 148 · ET L'AUTRICHE · texte numérisé non relu

ET L'AUTRICHE

Mais il faut que le cercle de ces pénibles tractations diplomatiques s'achève.

D'abord, que fait l' Autriche-Hongrie ? On se bat pour elle et elle reste absente, les yeux ailleurs. Il faut bien qu'elle se décide. L'ambassadeur d'Angleterre à Vienne rendra compte, un peu plus taid (i^r septembre), après les péripéties d'un voyage pénible, de ce qui s'était passé dans les derniers jours du mois de juillet et dans les premiers jours d'août :

« Le gouvernement allemand dit avoir persévéré, jusqu'au bout, dans l'effort de soutenir à Vienne vos projets successifs, lancés dans l'intérêt de la paix... Herr von Tchirschky se gardait de demander ma coopération ainsi que celle des ambassadeurs de France ou de Russie. Le 28 juillet, le comte Berchtold refusait de donner les pouvoirs au comte Szapary pour une conversation directe avec Saint-Pétersbourg. Il se ravisa, le 30 juillet, et, le i^r août, M. Schébéko me fit savoir que le comte Szapary avait enfin cédé sur le point principal en question, en déclarant à M. Sazonoff que l'Autriche consentirait à soumettre à

médiation les points de la note serbe qui paraissaient incompatibles avec l'indépendance de la Serbie. Mais, à partir de ce moment, la tension entre la Russie et l'Allemagne devenait beaucoup plus grande qu'elle n'était entre la Russie et l'Autriche... M. Schébéko travailla, jusqu'au bout, pour assurer la paix. Le comte Berchtold avait un ton des plus conciliants, comme M. Schébéko lui-même. Celui-ci m'a dit, à plusieurs reprises, qu'il était prêt à accepter n'importe quelle transaction raisonnable.

« Malheureusement, il fut coupé court à ces conversations, à Saint-Pétersbourg et à Vienne, par le transfèrement du différend sur le terrain plus dangereux d'un conflit direct entre l' Allemagne et la Russie. Le 31 juillet, l'Allemagne intervint, par ses ultimatums adressés à la fois à Saint-Pétersbourg et à Paris. Ces ultimatums étaient d'un caractère à ne comporter qu'une seule réponse, et, le i^^' août, l' Allemagne déclara ' la guerre à la Russie et, le 3 août, à la France.

« Selon toute probabilité, un retard de quelques jours aurait pu épargner à l'Europe une des plus grandes catastrophes que l'histoire connaisse. »

Quelle que soit la sincérité de l'Autriche dans ces ultimes négociations, la responsabilité de la rupture effective retombe, de toutes parts, sur l'Allemagne. L'empereur Guillaume, soit spontanément, soit cédant aux exigences de son état-major et à la poussée d'une « organisation » qui ne voulait plus attendre, a préparé cette guerre, l'a voulue, l'a déclarée.

On était le 4 août, le soir. L'Allemagne, la Russie, la France, la Belgique étaient déjà engagées dans le confht. L'Autriche non, sauf du côté serbe. La Russie s'abstenait également de rompre avec l'Autriche. M. Schébéko avait reçu, pour instructions, de rester à son poste jusqu'à ce que le gouvernement d'Autriche-Hongrie eût effectivement déclaré la guerre à la Russie.

Enfin, le gouvernement austro-hongrois se

décide. Le 5 août, il adresse à son ambassadeur à Saint-Pétersbourg, comte Szapary, le télégramme suivant, transmis le 6 août :

Vienne, le 5 août 1914- Je prie Votre Excellence de remettre la note suivante au ministre des Affaires étrangères à Saint-Pétersbourg.

« D'ordre de son gouvernement, le soussigné, ambassadeur d'Autriche-Hongrie, a l'honneur de notifier à Son Excellence Monsieur le ministre des Affaires étrangères de Russie ce qui suit :

« Vu l'attitude menaçante prise par la Russie dans le conflit entre la monarchie austro-hongroise et la Serbie et, en présence du fait qu'en suite de ce conflit, la Russie, d'après une communication du cabinet de Berlin, a cru devoir ouvrir les hostilités contre l'Allemagne et que celle-ci se trouve, par conséquent, en état de guerre avec ladite puissance, l'Autriche- Hongrie se considère également en état de guerre avec la Russie à partir du présent moment. »

Saint-Pétersbourg, 24 juillet/6 août 1914.

Szapary.

Les instructions ajoutent :

Après la remise de cette note. Votre Excellence voudra bien demander ses passeports et partir sans délai avec tout le personnel de l'ambassade, à l'exception de quelques agents qu'elle jugera peut-être utile de laisser là-bas. En même temps, M. de Schébéko recevra de nous ses passeports.

L'Autriche songe encore à ménager à la fois l'Angleterre et la France.

L'ambassadeur d'Autriche-Hongrie, comte Szecsen, s'obstine à rester à Paris dans une position des plus fausses, attendant, dit-il, les instructions de son gouvernement. D'autre part, le gouvernement austro-hongrois donne les instructions suivantes à son ambassadeur à Londres :

Je vous prie de donner à sir Edw. Grey l'assurance qu'en aucun cas, nous n'ouvrirons les hostilités contre l'Angleterre sans déclaration de guerre formelle et préalable; mais nous attendons également de l'Angleterre qu'elle observe à notre égard une attitude analogue et ne commette aucun acte hostile avant la notification officielle de la guerre.

Ilfaut en finir avec cette situation ambiguë et dangereuse. L'Autriche unit ses efforts à ceux de l'Allemagne : ses forces sont en communauté d'action avec les forces allemandes.

L'EUROPE EN ALARME. LA DÉCLARATION DE GUERRE

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