‹ Histoire illustree de la guerre de 1914. --Chapitre 111 sur 148 · DEPART D'UN REGIMENT DE RESERVE A BERLIN · texte numérisé non relu

DEPART D'UN REGIMENT DE RESERVE A BERLIN

M. Doumergue, devenu ministre des Affaires étrangères, dans le cabinet Viviani transformé, convoque le comte Szecsen, le 8 août. Il lui fait savoir que, d'après des informations certaines, le corps d'armée d'Insbruck aurait été envoyé à la frontière française. Il demande si le fait est exact. Le gouvernement austrohongrois répond : « Toutes nouvelles concernant la participation de nos troupes à la guerre franco-allemande sont inventées de toutes pièces. » Que veut, que prétend l'Autriche ?

Le 10 août, quand l'ambassadeur d'Autriche

vient apporter cette réponse au quai d'Orsay,

le ministre français déclare que, sans insister

sur le fait d'une participation immédiate et

« directe, il n'en restait pas moms que les troupes

austro-hongroises étaient en liaison indéniable avec les armées allemandes et que cela équivalait à une aide miUtaire fournie par l'Autriche à l'Allemagne. En conséquence, M. Dumaine a reçu l'ordre de demander ses passeports et de quitter Vienne avec tout le personnel de son ambassade. Le ministre a fait observer à l'ambassadeur que la présence d'une représentation austro-hongroise à Paris n'avait plus la moindre utilité et qu'un train était mis à sa disposition. Le comte Szecsen

veut bien comprendre et demande, à son tour, ses passeports (lo août ).

Le gouvernement français, pour donner la raison de sa décision, fit parvenir à Vienne, par l'intermédiaire du cabinet de Londres, le télégramme suivant :

Londres, le 12 août 1914.

A l'instance du gouvernement français, qui n'est pas à même de communiquer directement avec votre gouvernement, j'ai à vous faire la notification suivante :

« Le gouvernement austro-hongrois, après avoir déclaré la guerre à la Serbie et pris, par cet acte, l'initiative des hostilités en Europe, a amené, sans la moindre provocation de la part du gouvernement de la République française, l'état de guerre avec la France :

« 1° Après que l'Allemagne eut déclaré successivement la guerre à la Russie et à la France, le gouvernement austro-hongrois a pris part à ce conflit en déclarant la guerre à la Russie qui combattait déjà aux côtés . de la France;

« 2° D'après de nombreux renseignements dignes de foi, l'Autriche a envoyé des troupes à la frontière allemande, dans des circonstances qui signifient une menace directe pour la France.

« En considération de ces faits, le gouvernement français se voit dans la nécessité de déclarer au gouvernement austro-hongrois qu'il prendra toutes les mesures qui lui permettront de répondre à ces actes et à ces menaces. »

Quant à la rupture de l'Autriche-Hongrie avec l'Angleterre, elle découle, naturellement, de la rupture avec la France.

Sir Edw. Grey le constata par le même télégramme, en ces termes :

La rupture avec la France ayant été amenée de la façon qui vient d'être indiquée, le gouvernement de la Grande-Bretagne se voit obligé d'annoncer qu'un état de guerre existera entre la Grande-Bretagne et l'Autriche-Hongrie, à partir de minuit. » (12 août.)

M. de Bunsen fit la démarche qui lui était prescrite, auprès du comte Berchtold, le 13 août. Au dire de l'ambassadeur, le ministre austro-hongrois reçut cette communication « avec la courtoisie qui ne l'abandonna jamais ». « Il a déploré les complications malheureuses qui poussaient de bons amis, tels que l'Autriche et l'Angleterre, à se faire la guerre. J'ai expliqué, en peu de mots, comment les circonstances nous avaient imposé ce conflit fâcheux. Nous avons évité, tous deux, les arguments inutiles. «

Le contraste avec ce qui s'était passé à Berlin est frappant. Il y eut des visites et des politesses réciproques, et l'ambassadeur

quitta Vienne par train spécial, pour la frontière suisse, le 14 août, à 7 heures du soir.

La situation diplomatique était ainsi conforme aux faits que la hâte agressive de l' Allemagne avait précipités.

Ajoutons immédiatement que l' Autriche- Hongrie déclara la guerre à la Belgique, le 22 août, et que le Japon, après avoir adressé, le 15 août, un ultimatum au gouvernement allemand, celui-ci n'ayant pas répondu, l'état de guerre exista entre les deux puissances, à partir du 23 août midi, et que ce même état de guerre exista entre l'Autriche-Hongrie et le Japon, à partir du 24 août.

Telles sont les circonstances diplomatiques et internationales, par suite desquelles l'AUemagne et l'Autriche trouvèrent, contre elles, la coalition des six puissances : Serbie, Russie, Belgique, France, Angleterre et Japon ; les autres puissances principalement intéressées, notamment la Hollande, la Suisse, les Etats Scandinaves, l'Espagne, l'Italie, la Roumanie, la Bulgarie, la Grèce, gardant la neutralité.

L AMBASSADE DE RtJSSlK A BERLIN

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